Ce blog a pour "ambition" de décrire la Guyane, celle d'hier et d'aujourd'hui, mais sans aucune prétention historique, en abordant l'architecture des maisons et bâtiments officiels, les monuments, quelques personnages de Guyane, ainsi que la flore et la faune ...
Le kiosque Schoelcher, situé dans la rue du même nom à Cayenne, a été rebaptisé le 17 janvier 2013 lors d'une cérémonie officielle pour prendre le nom de kiosque Léon Gontran Damas.
C'est Madame le maire de Cayenne, Marie-Laure Phinera-Horth, qui a souhaité dénommer ce kiosque en hommage au poète et écrivain guyanais Léon Gontran Damas. Cet acte symbolique s'inscrivait en apothéose de la fin de "l'année du centenaire de Léon Gontran Damas" qui s'était déroulée durant l'année 2012.
Cette dénomination n'enlève rien à l'honneur de Victor Schoelcher (1807-1893), grand abolitionniste, qui est l'initiateur du décret du 27 avril 1848 abolissant définitivement l'esclavage en France. En Guyane, un collège porte son nom à Kourou, alors que la rue à Cayenne où se trouve le kiosque Léon Gontran Damas conserve le nom de Schoelcher.
À Cayenne, une statue de Victor Schoelcher et d'un jeune esclave libéré fut érigée en 1896 - 1897 sur la Place Victor Hugo, rebaptisée plus tard Place Victor Schoelcher. Un petit article sur ce blog est dédié à ce monument, si vous voulez le lire, cliquez "ICI". Cette statue a été classée Monument Historique par arrêté du 9 mars 1999.

La cérémonie du 17 janvier 2013 s'est déroulée en présence de nombreuses personnalités qui se trouvaient en Guyane dans le cadre de la 4ième conférence des villes capitales d'Outre-Mer : Mme Lucette Michaud-Chevry (Maire de Basse-Terre, Guadeloupe), Monsieur Jacques Bangou (Maire de Pointe-à-Pitre, Guadeloupe), Monsieur Raymond Saint-Louis (Maire de Fort-de-France, Martinique) ainsi que Monsieur Abdourahmane Soilihi (Maire de Mamoudzou, Mayotte).
A cette occasion, Mme Phinera-Horth a rendu hommage à Léon Gontran Damas en rappelant son combat contre la colonisation, l'aliénation et le racisme. D’origine africaine, amérindienne et européenne, « les trois fleuves qui coulent dans ses veines » comme il l’expliquera dans Black Label en 1956, Léon Gontran Damas est avec Aimé Césaire et Léopold Sédar Senghor un des fondateurs du mouvement de la Négritude dans les années 1940.
L'allée menant du kiosque Léon Gontran Damas au Monument des chaînes brisées s'appelle désormais Allée des Trois Fleuves.
Comme nous allons le voir dans un bref rappel de sa biographie ci-dessous, Léon Gontran Damas fut aussi un homme politique. En 1970, Damas partit aux Etats-Unis où il enseigna à l'université de Georgetown, puis à l'Université Howard où il était chargé du département de recherche sur la littérature africaine. Il y demeura jusqu'à son décès à Washington DC le 22 janvier 1978.
Photos du kiosque Léon Gontran Damas :
Léon-Gontran DAMAS est né le 28/03/1912 à Cayenne (Guyane). Aux côtés de René Jadfard, nouveau député de la Guyane, Léon Damas devient alors une des principales figures politiques de Cayenne et est notamment appelé à prononcer un important discours le 21 juillet 1947, devant la statue de Victor Schœlcher, à la veille de la commémoration du centenaire de l'abolition de l'esclavage.
Après le décès brutal de René Jadfard, Léon-Gontran Damas se présente donc tout naturellement, au nom du Mouvement de la renaissance guyanaise, aux élections complémentaires du 4 janvier 1948 et est élu. Son adversaire était Edouard Gaumont.
Inscrit au parti socialiste, Léon-Gontran Damas perdra son siège de député contre Edouard Gaumont en juin 1951. Il se consacrera alors à ses activités d'écrivain, de journaliste et de conférencier. Il se représentera sans succès, mais avec une meilleure audience, aux élections législatives du 2 janvier 1956.
Léon Gontran Damas est l'auteur de plusieurs ouvrages et essais : Pigments Névralgies (1962) ; Black Label et autres poèmes (1956) ; Retour de Guyane (1938) ; Veillées noires, contes nègres de Guyane (1943) ; Poèmes nègres sur des airs africains (1948). Il est aussi et surtout le co-fondateur avec Aimé Césaire (1913-2008), et Léopold Sédar Senghor (1906-2001) de la revue "L'Étudiant noir", Paris (1935).
Décédé en 1978, Léon Gontran Damas est enterré au cimetière de Cayenne.
Tombe de L.G. Damas au cimetière de Cayenne :
Sources :
L'écho Capital - Février 2013 - N° 3
Léon Gontran Damas - Wikipedia
En janvier 2013, la Ministre de la Justice Christiane Taubira, guyanaise, cite un extrait du poème "Nous les gueux" de Damas lors d'un échange avec Hervé Mariton sur le mariage pour tous à l'Assemblée nationale.
Extrait du poème "Nous les Gueux" de Léon Gontran Damas (Black-Label - page 50-51, Gallimard) :
NOUS LES GUEUX
nous les peu
nous les rien
nous les chiens
nous les maigres
nous les Nègres
---
Nous à qui n'appartient
guère plus même
cette odeur blême
des tristes jours anciens
---
Nous les gueux
nous les peu
nous les riens
nous les chiens
nous les maigres
nous les Nègres
---
Qu'attendons-nous
les gueux
les peu
les rien
les chiens
les maigres
les nègres
---
pour jouer aux fous
pisser un coup
tout à l'envi
contre la vie
stupide et bête
qui nous est faite
---
à nous les gueux
à nous les peu
à nous les rien
à nous les chiens
à nous les maigres
à nous les nègres
...