Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog

Présentation

  • : Marie-Odile et Philippe
  • : Ce blog a pour ambition de décrire nos balades à travers la Planète, nos vacances snorkeling, mais aussi et surtout, la vie en Guyane (petites histoires, monuments, faune et flore) ...
  • Contact

Heure de Guyane

 

Recherche

Météo en Guyane

19 juin 2017 1 19 /06 /juin /2017 11:51

A un peu plus d'une encablure de la berge française du fleuve Maroni en face de Saint-Laurent, gît un navire épave qui s'est peu à peu au fil des ans transformé en une véritable île végétalisée. En effet, les plantes, arbustes, palmiers et autres arbres ont envahi le pont de ce cargo à vapeur anglais nommé Edith Cavell qui s'est échoué il y a un peu plus de quatre vingt dix ans sur cet écueil.

Affrété par la Société Générale des Transports Maritimes de Marseille, le vapeur anglais Edith Cavell effectue en novembre 1924 un transport de marchandises de Marseille vers les Antilles en passant par la Guyane (Cayenne d'abord, puis Saint-Laurent-du-Maroni). Après avoir quitté Cayenne le 27 novembre, il arrive à Saint-Laurent-du-Maroni le lendemain. Deux jours plus tard, le 30 novembre, en voulant accoster le quai de l'administration pénitentiaire, il s'échoue sur un rocher. L'eau envahit progressivement la salle des machines mais les pompes du navire sont inefficaces, il est alors fait appel à celles du vapeur Maroni, appartenant à l'administration pénitentiaire. Rappelons ici que Saint-Laurent-du-Maroni fut la seule commune de France créée et gérée par l'administration pénitentiaire jusqu'en novembre 1949 où elle devint alors une commune "civile" de plein droit. Elle est aujourd'hui avec plus de 40.000 habitants, la deuxième ville la plus peuplée de Guyane après Cayenne.

Le 13 décembre 1924, le gouverneur de la Guyane, Charles Jean Chanel,  infligera un blâme avec inscription au dossier  à Jean-Louis Cagnet, pilote de 4e classe, et à Julien Cabéria, guetteur de vigie de 3e classe, pour négligence dans le service à l'occasion du "stationnement hors rade du vapeur Edith Cavell". Cette décision sera finalement rapportée en juin 1925.

Malgré toutes les tentatives faites pour le renflouer, le vapeur anglais se brisera en deux le 30 décembre 1924. Les treuils du cargo anglais étant hors d'usage, ce sont ceux du vapeur Oyapock, autre bateau de l'administration pénitentiaire, qui se chargèrent de vider la cargaison. Seuls 1200 tonnes purent être sauvées et déchargées sur la rive. L'administration pénitentiaire mettra à la disposition de l'équipage des bagnards afin de transporter les marchandises jusqu'à un hangar près de l'hôpital.

Le navire épave Edith Cavell échoué fin 1924 à Saint-Laurent-du-Maroni ...

L'administration locale diligenta une enquête aboutissant à la responsabilité du capitaine du navire qui, lui, rejettera la faute à la fois sur une erreur du pilote français chargé de guider le navire et à la mauvaise position de la bouée signalant l'écueil. Cette argumentation ne tiendra pas car l'échouage s'étant produit de nuit, cette bouée n'était pas lumineuse. 

Cependant et après audition de l'ensemble de l'équipage, le capitaine et le 1er officier ainsi que le chef mécanicien seront arrêtés et emprisonnés le 13 janvier 1925 pour avoir délibérément abandonner leur navire sur les côtes françaises. Le reste de l'équipage sera rapatrié à destination du Havre à bord du vapeur Prins Frederik Hendrik (voir photo ci-dessous) le 24 janvier. De leur côté, et eu égard aux accusations venues de Guyane, les propriétaires du vapeur Edith Cavell déclareront que "le Capitaine et son second sont absolument incapables d'une telle indélicatesse".

L'affaire fera grand bruit en Angleterre où la presse se déchaînera interpellant le Foreign Office sur les mesures prises pour faire libérer les officiers du navire. De plus, l'état de santé du Capitaine John G. Joys s'étant détérioré, le Consul britannique en poste à Paramaribo - capitale de la Guyane hollandaise devenue aujourd'hui le Suriname - viendra rendre visite aux officiers écroués afin de les interroger et d'avoir aussi la version des officiels français. Après une forte pression du gouvernement anglais, le ministre des colonies demandera officiellement au gouverneur de la Guyane de remettre en liberté les deux officiers de marine, le chef mécanicien ayant déjà été autorisé à quitter la Guyane.

Finalement le Capitaine John G. Joys et son 1er officier Francis W. Burton furent libérés le vendredi 6 février 1925 sous caution d'un montant de 20.000 francs. Malgré les intentions des autorités locales en Guyane d'intenter un procès  contre les deux officiers anglais, le gouvernement français le jugera totalement inopportun. Les deux hommes décèderont malheureusement quelques mois après leur retour en Angleterre et la presse britannique imputera ces décès aux conditions de leur emprisonnement injustifié en Guyane.

Cette affaire de l'Edith Cavell se poursuivit encore plusieurs années après le naufrage, notamment après qu'elle fut à quelques reprises évoquée à la Chambre des communes du Parlement du Royaume-Uni notamment par Sir Basil Peto qui demanda des compensations financières afin d'indemniser les familles des deux officiers. Ce fut finalement le gouvernement local en Guyane qui dût se charger de cette indemnisation à hauteur de 225 000 francs qui seront imputés sur le budget de l'année 1927.

Vapeur Prins Frederik Hendrik à bord duquel sera rapatrié le reste de l'équipage de l'Edith Cavell.

Vapeur Prins Frederik Hendrik à bord duquel sera rapatrié le reste de l'équipage de l'Edith Cavell.

Le vapeur 'Edith Cavell' dont le nom était 'Wagner' jusqu'en 1915, fut construit par Bartram & Sons à South Dock et mis à l'eau le 23 mai 1898 pour le compte de l'armement Jenneson Taylor and Co (Sunderland). Jaugeant 3475 tonneaux, le vapeur mesurait 106,60 m pour une largeur de 14,50 m et un tirant d'eau de 5 mètres.

Il fut racheté à la fin de l'année 1915 par "Sefton SteamShip Company" appartenant à Mr Edward Ashley Cohan, mais gérée par H. E. Moss & Co de Liverpool. La compagnie Sefton SS était une filiale anglaise de la Société Générale des Transports Maritimes (SGTM) de Marseille, ce qui explique sa présence en Guyane en novembre 1924. Lors de son rachat fin 1915, le vapeur fut renommé 'Edith Cavell' du nom de l'infirmière anglaise fusillée par les allemands en Belgique le 12 octobre 1915. Dans le milieu de la marine, on a l'habitude de dire que cela porte malheur de changer le nom d'un bateau ...

Edith Louisa Cavell (voir photo ci-dessus) naît le 4 décembre 1865 dans le village de Swaderson (Angleterre) où son père était pasteur. Après avoir été un temps gouvernante en Belgique où elle s'était installée, elle deviendra infirmière après son retour en Angleterre au "Royal London Hospital". Devenue infirmière chef, elle sera directrice de la première école d'infirmières dans la ville d'Ixelles près de Bruxelles.

Dès le début de la première guerre mondiale, elle aidera une centaine de soldats britanniques et français à quitter la Belgique occupée par les allemands pour se réfugier aux Pays-Bas qui était resté neutre. Dénoncée, elle sera arrêtée le 3 août 1915 et accusée de haute trahison devant une cour martiale. Condamnée à mort avec d'autres membres de son réseau, et malgré des demandes internationales de clémence, Edith Cavell sera fusillée le 12 octobre 1915 par un peloton d'exécution dans le camp militaire connu sous le nom de Tir national à Schaerbeeck dans la région bruxellloise.

 

Sources :

Bulletin officiel de la Guyane française (1925).

Journal officiel de la Guyane française (1924, 1927, 1935).

Brochure "Laissez-vous conter l'épave Edith Cavell" (plaquette de la ville de Saint-Laurent-du-Maroni - texte : Jean-Louis Conte).

Presse britannique : - Dundee Courier/12 february 1925, - Western Morning News/12 february 1925, - Gloucester Journal/14 february 1925).

Presse française : - Le Radical du 12 février 1925, - Annales coloniales du 12 février 1925, - La Lanterne du 10 mars 1925, - Le Gaulois du 12 février 1925).

http://www.sunderlandships.com/

Photo du vapeur Prins Frederik Henrik : Ships Nostalgia.

 

Partager cet article

Repost 0
Rédigé et publié par Phil - dans Vie en Guyane
commenter cet article
10 juin 2017 6 10 /06 /juin /2017 08:38

 

Située à l'angle de la rue Christophe Colomb et de la rue Félix Eboué, cette petite maison de style créole dans laquelle Félix Éboué aura passé une partie de sa jeunesse avant de partir en métropole en 1901 pour y poursuivre ses études est devenue aujourd'hui un musée dédié à la mémoire de ce grand homme. Rappelons en effet que les restes de Félix Eboué, premier résistant de la France d'Outre-Mer, ont été transférés au Panthéon le 20 mai 1949, en même temps que ceux de Victor Schoelcher.

Cette maison fut labellisée "Maison des Illustres" en 2011 par le Ministère de la Culture, ainsi que deux autres édifices en Guyane. Un petit article est dédié sur ce blog à cette labellisation des trois maisons de Guyane (pour lire l'article, cliquez "ICI"). La maison natale de Félix Éboué est composée d'un rez-de-chaussée, d'un étage et, comme la plupart des maisons créoles de l'époque, la cuisine était située dans la cour.

C'est son père, Yves Urbain Éboué, chercheur d'or, qui fit construire cette maison dans le centre de Cayenne après avoir acheté le terrain localisé au n° 37 de la rue Richelieu le 23 juillet 1883 à Mlle Elisa Pindard.

Yves Urbain Éboué naquît le 21 mai 1851, soit trois ans après l'abolition de l'esclavage, dans le quartier d'Approuague sur l'habitation La Joséphine, fils de Marie-Gabrielle Éboué, cultivatrice sur ladite habitation. Quant à la mère de Félix, Marie Joséphine Aurélie Léveillé, elle vit le jour le 2 janvier 1856 à Roura sur l'habitation Sainte-Anne (Davaux) où sa mère Palmire Léveillé était elle aussi cultivatrice.

Félix né le 26 décembre 1884 à Cayenne sera le quatrième d'une famille de cinq enfants : Yves Gilbert (1875-1895), Maximilien Alexandre (1877-1904, était commis-greffier au tribunal de Cayenne en 1903), Gabriel Joseph Edgard (1880-1911, garde particulier de placers : Tard-Venu, Enfin, Adieu-Vat, Deux-Frères ...), et la dernière Cornélie. Non mariés, les trois autres garçons mourront relativement jeunes, alors que la seule fille de la famille Éboué, Cornélie, née le 27 novembre 1890 à Cayenne, se mariera le 25 novembre 1916 à Cayenne avec Félix Albert Gratien.

L'aîné des garçons, Yves Gilbert né, comme ses frères Maximilien et Gabriel sous le nom de famille de leur mère "Léveillé", le 15 février 1875 à Roura, décèdera à l'âge de 20 ans le 10 juillet 1895 à Sinnamary où il était instituteur. Urbain Yves Éboué reconnaîtra officiellement ses trois garçons le 9 décembre 1881 à l'Etat-civil de la mairie de Cayenne.

Je ne vais pas reprendre ici le récit de la biographie de Félix Éboué qu'on retrouve dans de très nombreux articles sur Internet, y compris, mais d'une manière laconique, dans un petit article rédigé sur ce blog concernant le Monument érigé en son honneur, place des Palmistes à Cayenne. Un récent projet d'embellissement de ce monument, proposé par le Cercle Félix Éboué, a été réalisé par l'architecte André Barrat, petit-fils de Roland Barrat qui était alors maire de Cayenne lors de l'inauguration de la statue de Félix Éboué le 1er décembre 1957.

 

Maison natale de Félix Éboué à Cayenne (Guyane)

A sa mort le 14 juillet 1898, Urbain Yves Éboué lègue ses biens à sa veuve Marie-Joséphine Aurélie Léveillé et à ses enfants. Lors du décès de celle-ci le 23 mars 1926 à l'âge de 70 ans, les deux héritiers Éboué, Félix et Cornélie, vendent la maison familiale aux demoiselles Merckel le 2 avril 1927. Un peu plus tard, le 7 octobre 1929, celles-ci la cède aux enfants Lony. Mme Maurice Bernardine Lony épouse Bertrand en deviendra l'unique propriétaire le 8 mai 1848.

Le Conseil général de la Guyane achètera cette maison le 20 février 1989 et entreprendra des travaux de restauration afin d'y reconstituer la vie de l'époque afin d'en faire un musée. Inauguré le 16 juillet 1994 à l'occasion du cinquantenaire de la mort de Félix Éboué, la maison sera fermée en 1999.

Occupée pendant un temps par l'Office de l'eau, la maison d'une surface de 140 m2 a subi d'importants travaux de réhabilitation et de sécurité en 2012 pour être symboliquement inaugurée 18 juin 2013. Son espace est entièrement dédié à la vie professionnelle et familiale de Félix Éboué, gouverneur général de l'Afrique Equatoriale Française, décédé au Caire (Egypte) le 17 mai 1944.

Bien que le mobilier ne soit pas celui de la famille Éboué, on y trouve beaucoup d'objets personnels du gouverneur général ainsi que de nombreuses photographies familiales,  offerts pour la plupart par sa veuve Mme Eugénie Éboué née Tell (1891-1972) qui mènera, après la mort de son mari, une belle carrière de parlementaire en Guadeloupe. Eugénie Éboué-Tell était la fille d'Herménégilde Tell, premier directeur noir de l'administration pénitentiaire en Guyane.

Photos de l'extérieur de la maison :

cliquez sur une photo pour l'agrandircliquez sur une photo pour l'agrandircliquez sur une photo pour l'agrandir

cliquez sur une photo pour l'agrandir

Ce que l'on sait moins sur les parents de Félix Éboué, c'est qu'ils se sont mariés tardivement, bien après avoir eu leurs enfants, et dans l'urgence, le 24 octobre 1894 dans cette maison. En effet, Urbain Yves Éboué était gravement malade. La gravité et l'évolution de sa maladie ont entraîné leur décision de se marier dans les plus brefs délais.

Pour ce faire, le docteur en médecine Philippe Pain avait fourni un certificat attestant de la gravité de la maladie d'Urbain Yves Éboué et de son incapacité à se déplacer. Celui-ci précisait aussi que l'intéressé était "sain d'esprit, mémoire et entendement". Par ailleurs, une dérogation avait aussi été obtenue auprès du chef du service judiciaire, M. Maximilien Liontel, pour dispenser les futurs époux de la deuxième publication des bans du mariage. Contrairement à la loi à cette époque, une seule publication avait été en effet apposée à l'entrée de la mairie de Cayenne le dimanche 21 octobre 1894, soit trois jours avant leur mariage.

C'est donc le mercredi 24 octobre 1894 que Louis Hippolyte Henri Ursleur, maire et officier d'Etat-Civil de la commune de Cayenne, se déplaça à la maison des futurs époux. L'acte du mariage précise : "Nous transportant dans une maison sise en cette ville à l'un des angles des rues Christophe Colomb et Richelieu(1) où étant entré dans une salle au rez-de-chaussée, toutes portes et fenêtres ouvertes, ont comparu publiquement Urbain Yves Éboué ... et Marie Joséphine Aurélie Léveillé". Il ne sera pas établi de contrat de mariage. La mère du futur mari et celle de la future épouse, toutes les deux habitant Cayenne, étaient présentes lors ce mariage civil.

Finalement, Urbain Yves Éboué se sortira de cette grave maladie car il ne s'éteindra, comme déjà mentionné, que quatre ans plus tard le 14 juillet 1898 dans cette maison familiale.

(1) Sur proposition du maire de Cayenne, la rue Richelieu sera renommée Rue Félix Éboué le 14 juillet 1944, soit deux mois après le décès du gouverneur général.

Photos de l'intérieur de la maison :

Maison natale de Félix Éboué à Cayenne (Guyane)Maison natale de Félix Éboué à Cayenne (Guyane)Maison natale de Félix Éboué à Cayenne (Guyane)

Sources :

Archives Nationales d'Outre-Mer (Etats-civil).

Maison natale de Félix Éboué (Musée Alexandre Franconie).

Lieux patrimoniaux de Guyane : La maison Félix Éboué à Cayenne (par Tchisseka Lobelt et Marie-Georges Thébia).

Journal officiel de la guyane française.

Partager cet article

Repost 0
Rédigé et publié par Phil - dans Vie en Guyane
commenter cet article
17 mai 2017 3 17 /05 /mai /2017 17:06

Ce mécanisme d'horloge, très ancien, se trouve au premier étage de l'hôtel de préfecture, place Léopold Héder, à Cayenne. Elle n'est visible, pour le public, que lors des deux journées du patrimoine organisées chaque année, et dans la mesure où cet hôtel de préfecture est prévu dans le programme des visites guidées.

C'est lors de l'une de ces visites que j'ai pu découvrir cette horloge, ou plus précisément ce mécanisme d'horloge monumentale. Malgré mon interrogation, notre honorable guide ne put m'en dire plus que ce qui est écrit, mais à peine visible, sur une petite plaque toute rouillée fixée sur le support en bois de ce mécanisme, à savoir "Horloge suisse du XVIIIe siècle commandée à Liège par les Jésuites". On peut dès lors s'interroger sur le côté "suisse" d'une horloge commandée à Liège. Quelques recherches m'ont permis d'en savoir un peu plus.

Cet hôtel (voir la photo ci-dessous) a été construit par les jésuites entre 1749 et 1752 pour abriter le Père supérieur et son coadjuteur, même s'il existait déjà à cet endroit une résidence, mais beaucoup plus modeste, qu'ils avaient déjà édifiée. Le Supérieur des jésuites était alors Philippe d'Huberland, né en 1697 en Belgique, reçu dans la compagnie de jésus en 1718 à Tournai. Arrivé en Guyane en 1738, il assuma cette mission supérieure de 1746 à 1760. On le retrouve curé de Rémire en 1768 avant qu'il ne regagne la France en 1769.

Cette horloge fut commandée à Liège, qui était alors une principauté, après que cet hôtel fut construit selon les plans et sous la directive du Père Philippe d'Huberland.

Ancien hôtel des jésuites, puis hôtel des gouverneurs, et hôtel de préfecture (depuis 1947). Cet hôtel, tel qu'on peut le voir aujourd'hui, a subi de nombreuses transformations et améliorations au fil des ans.

Ancien hôtel des jésuites, puis hôtel des gouverneurs, et hôtel de préfecture (depuis 1947). Cet hôtel, tel qu'on peut le voir aujourd'hui, a subi de nombreuses transformations et améliorations au fil des ans.

L'histoire de cette horloge est narrée dans le compte-rendu de la quatrième séance du comité de patronage du Musée local (actuel Musée Alexandre Franconie) qui s'était tenue le vendredi 21 mars 1902. Lors cette séance, la commission chargée de recenser les monuments historiques et les objets d'art se trouvant en Guyane, a cité un grand nombre d'œuvres d'art et en particulier l'horloge du gouvernement. Cette horloge était installée à l'origine dans la tour carrée qui existait à l'époque à l'angle occidentale de l'hôtel des jésuites.

Celle-ci fût transportée, sur les ordres de Victor Hugues, qui était à l'époque gouverneur de la Guyane, au fronton de la grande porte d'entrée. Cette horloge a fait l'objet d'un rapport daté du 8 septembre 1821, rapport qui sera inséré dans la Feuille de la Guyane. Le rapport rédigé par M. Duvau Delvaty, horloger du Roi, est adressé à son Excellence M. le Gouverneur et commence par ces mots : "Cette horloge est une pierre précieuse qui sort de la classe des horloges ordinaires. La cage est composée de quatre colonnes d'ordre corinthien, avec huit plates-bandes en très beau laiton. Trois corps de rouage y sont distribués avec des combinaisons de métaux et de principes de l'art aussi savants que sages ...".

Suit une description très détaillée du mécanisme de cette horloge qui sonnait à l'origine, et avant modification, la demi-heure pour annoncer l'heure future. Elle a subi au cours des ans des modifications, et notamment par M. Duvau Delvaty lui-même qui, dans son rapport, fait état de ces réparations essentielles et nombreuses.

Malheureusement, le nom de son auteur-fabriquant n'a pas été retrouvé car il figurait sur un cadran en cuivre qui fut déposé au contrôle de la marine après le transport de l'horloge sur les instructions de Victor Hugues. Malgré des recherches, ce vieux cadran ne fut jamais retrouvé et le créateur de cette horloge demeura inconnu. On sait que l'horloge, commandée à Liège, coûta dix mille francs une fois arrivée à Cayenne.

L'horloge de l'ancien hôtel des jésuites à Cayenne, un chef-d'oeuvre venu de Liège ...

Curieux d'en savoir un peu plus sur ce mécanisme d'horloge venant de Belgique, je commençais à chercher sur Internet des sites concernant l'horlogerie ancienne dans ce pays. Je découvris rapidement l'Association Campanaire Wallonne qui comptait parmi ses membres des spécialistes en horlogerie.  Ayant reçu une réponse positive de cette association à laquelle j'adressais par courriel une photographie du mécanisme de cette horloge et des extraits du journal officiel de la Guyane française de 1902.

Un des spécialistes de cette association me répondit très rapidement après avoir examiné la documentation et la photographie associées, qu'il s'agissait selon toute vraisemblance d'une horloge de facture néerlandaise et redirigeait ma demande vers M. Eddy Fraiture, historien en horlogerie néerlandophone. En effet, le fait que cette horloge avant qu'elle ne fut modifiée, sonnait la demi avant l'heure, lui donnait une signature flamande.

Après de longues et minutieuses recherches, M. Fraiture qui sollicita aussi l'avis d'autres horlogers et notamment de l'un d'entre eux qui, comme lui, répondit immédiatement après avoir vu la photographie qu'il s'agissait à presque 100% d'une horloge de tour signée Gilles de Beefe. Cet avis partagé par deux experts en horlogerie ancienne s'est appuyé sur les caractéristiques du mécanisme, sur la comparaison de la façon dont est construite la cage, sur la forme et la décoration des piliers ... Pour atteindre les 100%, il aurait fallu que j'adresse à M. Fraiture plus de photographies détaillées de cette horloge que je n'avais malheureusement pas. Peut-être à l'occasion d'une autre journée du patrimoine, aurais-je l'occasion de prendre celle-ci sous toutes les coutures.

La famille des de Beefe (ou de Befve) est connue pour s'être distinguée dans l'horlogerie depuis les années 1550 à 1793, grâce à une longue lignée de maîtres horlogers. Gilles de Beefe (1694-1763) s'est installé à Liège en 1726. Après avoir travaillé au Portugal (Mafra et Lisbonne), il revint au pays et devint horloger du prince-évêque Georges-Louis de Berghes en 1740. Il a aussi réalisé, notamment avec ses fils, de nombreuses et exceptionnelles horloges tant en Belgique qu'au Pays-Bas.

Il est possible que l'origine "belge" du Père supérieur de l'époque, Philippe d'Huberland, l'ait tout naturellement conduit à commander l'horloge à Liège ...

L'horloge de l'ancien hôtel des jésuites à Cayenne, un chef-d'oeuvre venu de Liège ...

Remerciements :

Mes remerciements à l'Association Campanaire Wallonne, et notamment à l'un de ses spécialistes de l'horlogerie, M. Marc Streel.  Je remercie beaucoup M. Eddy Fraiture qui s'est lui-aussi intéressé à cette ancienne horloge de Cayenne et qui a effectué de nombreuses recherches, consulté d'autres experts et passé beaucoup de son précieux temps pour identifier son créateur.

Sources :

Journal officiel de la Guyane Française du 19 avril 1902.

Voyages et travaux des Missionnaires de la Compagnie de Jésus - Mission de Cayenne et de la Guyane Française (1857).

Partager cet article

Repost 0
Rédigé et publié par Phil - dans Vie en Guyane
commenter cet article
20 avril 2017 4 20 /04 /avril /2017 11:12

Cette belle et élégante maison, bien entretenue, est l'ancienne propriété de Léonce Melkior qui l'a occupée jusqu'à son décès en 1928. Située au numéro 9 de l'avenue Léopold Héder à Cayenne,  elle appartient aujourd'hui à Maud Rullier, petite-fille de Léonce Melkior. Construite dans le style créole, son ornementation extérieure (épis de faîtage, balcon en fer forgé, frises) est remarquable. Dotée d'un grand jardin avec un manguier centenaire, et protégée par un mur de clôture, elle possède tous les attributs d'une maison de notable.

Maud Rullier est la fille d'Arsène Gilbert Auguste Thémire (1887-1958), contrôleur principal des postes, chevalier de la légion d'honneur (décret du 28 février 1938) et de Anna Jeanne Melkior (1892- X), fille de Léonce. Ses parents Arsène et Jeanne se sont mariés le 18 novembre 1914 à Cayenne.

Maud Thémire, née le 27 octobre 1925 à Cayenne, épousera à Cayenne Paul Rullier, officier de carrière qui sera nommé en Guyane comme commandant militaire. Ayant pris sa retraite en 1954, il reviendra en Guyane comme chef des services administratifs du BRGM (Bureau de Recherches Géologiques et Minières) jusqu'en 1962. Paul Rullier se lancera dans la politique en devenant conseiller municipal (1959-1965), puis conseiller général (1966-1972) assumant durant quatre ans les fonctions de vice-président.

Après avoir été enseignante au lycée Félix Eboué, Maud Rullier travaillera comme cadre à la Préfecture. Elle est aujourd'hui retraitée de la fonction publique. Comme son mari avant elle, Maud deviendra présidente de la croix rouge en Guyane. Paul et Maud Rullier assureront aussi de nombreuses responsabilités au sein du mouvement Gaulliste dans le département.

Gros plan sur Léonce Melkior, ingénieur-entrepreneur dans la Guyane de la fin du XIXe et début du XXe siècle

Fils de Jean Jules Melkior (1826-1877) et de Anne Thérèse Bremond (1830-XX), Edmé Marie Jean Etienne Léonce  est né le 9 mai 1859 au domicile de ses parents, au n° 52 de la rue de Berry (actuelle rue François Arago) à Cayenne. Après de longues et brillantes études en métropole, il reviendra en Guyane avec son diplôme d'ingénieur (mécanicien) obtenu en 1882 à l'école centrale des arts et manufactures. Cette grande et prestigieuse école forme encore de nos jours des ingénieurs plus familièrement appelés "centraliens".

Léonce Melkior se mariera à Cayenne le 17 décembre 1888 avec Louise Marie Julia Bremond, alors âgée de 17 ans. Le couple aura quatre enfants, tous nés au n° 9 de la rue Nationale (actuelle avenue Léopold Héder) à Cayenne : Jean-Jules Etienne (né le 9 novembre 1889), Théophile Baptiste (né le 1er décembre 1890), Anna Alice "Jeanne" (née le 30 août 1892) et Madeleine Pauline (née le 5 mars 1898). Pauline décèdera prématurément le 15 mai 1900 à l'âge de deux ans.

Léonce avait deux autres frères et une sœur : Marie Anna Louise Joséphine (née le 22 juillet 1855 / mariée à Cayenne le 14 août 1883 avec  Alexandre Hildevert Sévère, né le 1er juin 1854 à Fort-de-France), Jules Théophile Etienne Albert (né le 25 juin 1857 / célibataire / décédé à Cayenne le 29 avril 1897) et Jean Jules Joseph Marie Etienne (né le 6 aout 1869 /Marié le 20 avril 1922 à Cayenne avec Ernestine Joséphine Anna Bremond, née en 1871).

Léonce Melkior décèdera le 29 septembre 1928 à Cayenne.

Maison Melkior-Rullier, 9 avenue Léopold Héder à Cayenne (Guyane)

Maison Melkior-Rullier, 9 avenue Léopold Héder à Cayenne (Guyane)

A son retour en Guyane, Léonce comme beaucoup d'autres, et notamment comme son père Jules, se lancera dans la recherche de l'or. Depuis la découverte de l'or en 1855, ce métal précieux deviendra un véritable attrait pour tous les habitants de la colonie. En effet, presque toutes les familles guyanaises, représentées par un père, un frère, un cousin ou un oncle, étaient directement ou indirectement concernées par l'orpaillage. Dès 1885, Léonce Melkior deviendra l'un des administrateurs du Placer "Enfin" situé sur le Haut-Mana. La société anonyme du Placer "Enfin", créée en juin 1880 par la Société Générale Française de Crédit, qui deviendra Crédit de France,  succéda à une société civile.

Mais Léonce Melkior avait aussi obtenu et exploitait pour son propre compte d'autres placers comme "Dagobert" ou "Souvenir" situés à l'ouest de la Guyane dans le bassin du fleuve Mana. A la fin de l'année 1901, et à sa demande (Arrêté du gouverneur du 28 octobre 1901), il montera à ses frais, une expédition de police et d'arpentage dans l'Inini afin de faire fuir les maraudeurs qui exploitaient illégalement les placers dans la région et de délimiter précisément les concessions aurifères. "Maraudeurs" est le nom qui était donné à l'époque aux orpailleurs illégaux. On peut souligner que la situation s'est encore aujourd'hui aggravée malgré les nombreuses opérations officielles de lutte contre cet orpaillage clandestin, principalement d'origine brésilienne.

Entrepreneur, Léonce Melkior participera à la reconstruction d'une partie de la ville de Cayenne ravagée par un incendie en 1888. Il construira notamment des maisons particulières et quelques édifices connus comme l'Habitation Leblond ou Thémire, connue aujourd'hui sous le nom de Bar des Palmistes, ou la Banque de la Guyane, détruite par l'incendie précitée.

Il prendra de nombreuses autres responsabilités tout au long de sa vie professionnelle :

Conseiller municipal de la ville de Cayenne dont il fut, un temps, le premier adjoint, il sera aussi nommé membre du comité d'organisation de l'Exposition universelle de 1889 et de 1900, de même que de celui chargé de faire la propagande nécessaire pour une représentation de la Guyane à la Foire commerciale de Bordeaux en septembre 1917.

Il sera en outre nommé Juge suppléant de la justice de paix de Cayenne, membre de la commission consultative des mines, membre de la chambre de commerce

En août 1922, et après enquête de Commodo et Incommodo, il construira sur sa propriété au kilomètre 2 de la route de la Madeleine à Cayenne une briqueterie (voir ses initiales sur la brique, photo ci-dessus à gauche), une scierie et une distillerie de bois de rose. On peut encore voir aujourd'hui les vestiges de la briqueterie au cœur de la Cité Césaire.

Léonce Melkior apportera aussi son aide financière à l'orphelinat de Cayenne, aidera les jeunes guyanais à poursuivre leurs études en France et s'impliquera dans le développement de l'enseignement technique en Guyane. Il participera activement à la vie politique en Guyane notamment en apportant son soutien à son grand ami Jean Galmot  et tentera d'apaiser les esprits après les évènements de 1928 à Cayenne. Il aura l'occasion de le recevoir et de l'héberger à son domicile de la rue Nationale.

Intelligent, brillant, travailleur et philanthrope, Léonce Melkior, avec ses multiples talents, aura durablement marqué son passage dans la société guyanaise.

Gros plan sur Léonce Melkior, ingénieur-entrepreneur dans la Guyane de la fin du XIXe et début du XXe siècle

Sources :

Journal officiel de la Guyane Française.

Bulletin officiel de la Guyane Française.

Le Patrimoine des communes de la Guyane (Fondation Clément).

Geneanet.

Partager cet article

Repost 0
4 février 2017 6 04 /02 /février /2017 09:17

Composée d'un peu moins de 1000 habitants, Régina est la deuxième plus grande commune de France par sa superficie après Maripasoula qui se trouve également en Guyane. Celle-ci est de 12.130 km2 alors que par exemple la Gironde, le plus grand département de la France hexagonale, ne fait que 10.000 km2. Située sur la rive du fleuve Approuague (270 km de long), Régina est aujourd'hui une petite bourgade paisible au cœur de la forêt amazonienne située à 116 km de Cayenne par la RN2, communément appelée route de l'Est. Cette route se prolonge jusqu'à Saint-Georges-de-l'Oyapoc, ville frontière avec le Brésil, après encore 65 km.

Depuis Régina, de nombreuses balades en pirogue sont proposées pour admirer la faune et la flore mais aussi pour se rendre sur les camps touristiques installés en pleine forêt sur le fleuve Approuague ou sur la crique Mataroni, à moins de 2h du bourg. Outre l'église Saint-Etienne avec son architecture créole, on y trouve aussi une épicerie chinoise, une boulangerie, un centre de santé, un gîte municipal, et surtout l'écomusée d'Approuague-Kaw, inauguré en mai 2008.

Cet écomusée municipal est situé dans une maison créole qui abritait autrefois un commerce connu localement sous le nom de Maison Aubin-Laigné, les derniers occupants jusqu'au milieu des années 1970. La visite du musée est très intéressante car on y apprend l'histoire du quartier d'Approuague, les premiers peuplements amérindiens, les techniques traditionnelles de l'orpaillage ...

Régina qui n'était alors qu'un hameau du quartier d'Approuague, ne deviendra officiellement chef-lieu de la commune qu'en janvier 1936, détrônant ainsi Guizanbourg, ancien bourg du quartier qui deviendra à son tour un hameau de la nouvelle commune.

Mais commençons cette petite histoire par le début ...

 

Régina, une commune de Guyane dont l'histoire est liée à la ruée vers l'or au milieu du XIXe siècle

C'est avec Pierre-Victor Malouet, commissaire général de la marine et ordonnateur de la colonie, que commence à se développer cette région de la Guyane à partir de la fin des années 1770. En effet, ce dernier est chargé du projet d'assainir les terres basses afin de rendre cultivable ces terres inondées mais riches... Il chargera Joseph Samuel Guisan, un ingénieur suisse qu'il avait rencontré au Suriname d'étudier et de poldériser ces terres inondées depuis Cayenne jusqu'à la rive gauche de l'Approuague.

En 1789, ce même Guisan fera creuser à la main par les esclaves le canal Roy, reliant le fleuve Approuague à la rivière de Kaw.  Il donnera son nom au village de Guisanbourg, situé dans l'estuaire du fleuve, autour duquel étaient déjà installés de nombreuses habitations esclavagistes agricoles exploitant des plantations de cacao, de coton, d'indigo, de sucre, de roucou. Celles-ci, au milieu du XIXe siècle,  avaient pour nom : Le Collège, La Ressource, La Joséphine, La Garonne, La Constance, La Jamaïque ... et d'autres encore.

C'est par une décision du 22 avril 1834, prise par le gouverneur Jubelin, que le bourg récemment formé dans le quartier, au confluent de l'Approuague et de la rivière Courouaïe, prit le nom de "Guisan-bourg" suite à une demande du commissaire-commandant de ce quartier. Cette décision avait pour but d'honorer la mémoire de l'ingénieur Guizan qui, en 1777, avait introduit en Guyane la culture des terres basses et qui pouvait être considéré comme le véritable fondateur du quartier d'Approuague où il avait réalisé les premiers asséchements.

A partir de 1855 avec la découverte de l'or sur la rivière Arataye par l'amérindien d'origine brésilienne Paoline, l'activité se tourne principalement vers l'extraction de l'or avec la création de placers (concessions aurifères) mais aussi progressivement à la fin du XIXe siècle, vers l'exploitation du bois de rose et de la gomme de balata. Guisanbourg, chef-lieu du quartier d'Approuague, perdra au fil des années de son importance au profit du hameau de Régina, situé à trente kilomètres plus en amont sur le fleuve, créé par des commerçants qui s'y étaient installés.

L'un d'entre-eux, Louis Athanase Théophane Régina, donnera son nom à la future commune ...

 

Les quais de Régina-Approuague (source Ulysse)

Les quais de Régina-Approuague (source Ulysse)

Théophane Régina arrive en Guyane à l'âge de quinze ans avec son père et son oncle en provenance de la Martinique. La famille Régina fait du commerce sur le fleuve Approuague. Né à Fort-de-France le 11 décembre 1868, Théophane est titulaire d'un certificat d'études primaires. Outre son comptoir qu'il ouvrit en amont un peu avant le premier saut sur l'Approuague, il deviendra aussi Secrétaire de mairie à Guisanbourg.

En mai 1902, il obtient comme beaucoup d'autres à cette époque un permis d'exploitation d'un gisement aurifère de 100 hectares sur la rive droite de l'Approuague. En 1903, il est nommé, avec d'autres, membre de la commission consultative des mines.

Le nom de la commune aurait été donné à ce qui n'était encore qu'un hameau, car les habitants du coin avaient l'habitude de dire "On va chez Régina" ou "On va à Régina", c'est-à-dire au commerce de Théophane Régina. On le retrouvera dans les années 1910 secrétaire de mairie à Macouria, puis en octobre 1913, il est élevé à la première classe de son emploi et est nommé à Sinnamary. Théophane Régina décèdera le 6 avril 1922 à Mana où il exerçait alors son emploi de secrétaire de mairie dans cette commune.

Théophane Régina s'était marié le 12 juin 1909 à Sinnamary avec Marie-Madeleine Thoulmey, née le 16 octobre 1887 à Kourou. Celle-ci décèdera le 19 mai 1978 à Cayenne à l'âge de 90 ans.

Mort d'une hémorragie cérébrale suite au paludisme, maladie contractée en service, son épouse Marie-Madeleine Thoulmey veuve Régina et ses six enfants, le dernier d'entre-eux étant né le 4 mars 1922, bénéficièrent d'une pension annuelle sur la Caisse de retraite des employés locaux de la Guyane. La plaque commémorative, sous son buste, indique qu'il est le fondateur éponyme de la commune de Régina.

Théophane Régina repose au cimetière de Cayenne.

 

Monument commémoratif de Louis Athanase Théophane Régina au milieu de la place de la commune à laquelle il aura donné son nom.

Monument commémoratif de Louis Athanase Théophane Régina au milieu de la place de la commune à laquelle il aura donné son nom.

Longtemps encore, Guisanbourg resta le bourg du quartier d'Approuague, même si le hameau de Régina poursuivait son développement au détriment de son chef-lieu. Ainsi, un poste d'adjoint spécial fut créé à Régina par décret du Président de la République Deschanel le 6 août 1920 suite à la demande du Conseil municipal d'Approuague en raison du "mouvement commercial et industriel qui s'y est produit depuis quelques temps car ce centre tend, en effet, à devenir beaucoup plus important que Guisanbourg, chef-lieu de la commune" (extrait du décret présidentiel d'août 1920).

Le ministre des colonies, A. Sarraut, expliquait aussi que le lieu-dit Régina était situé à plus de 25 km du chef-lieu et uniquement accessible par voie fluviale. La conséquence de cet éloignement était que les naissances et les décès n'étaient pas toujours déclarés au bourg ou alors, tardivement et hors des délais. Les enterrements se faisaient aussi sans l'autorisation du maire. Pour remédier à ce problème, il était donc décidé de créer un poste d'adjoint spécial.

En 1922, seront créés successivement à Régina au mois de mai une station radiotélégraphique ouverte au public, permettant d'envoyer des télégrammes à Cayenne, et en novembre, un poste de gendarmerie composé de deux hommes détachés des brigades de Cayenne. C'est, du reste, le gendarme chef de poste qui sera provisoirement chargé de l'exploitation du poste T.S.F de Régina. Une école publique sera aussi ouverte au cours de cette année 1922.

Outre l'installation progressive de services administratifs, l'activité économique de Régina poursuivra également son essor. Mais ce n'est qu'en 1936, par décret présidentiel du 11 janvier, que Régina sera érigée en bourg, chef-lieu de la commune à la place de Guizanbourg qui deviendra un hameau (une "section" selon la formule utilisée par l'administration de l'époque) doté d'un poste d'adjoint spécial. Au fil des années, Guisanbourg sera peu à peu abandonnée, ses derniers habitants quitteront l'ancien bourg au milieu des années 1980.

Les quais de Régina dans les années 1930 (source Ulysse).

Les quais de Régina dans les années 1930 (source Ulysse).

Quelques photos de Régina aujourd'hui :

Cliquer sur une photo pour l'agrandirCliquer sur une photo pour l'agrandirCliquer sur une photo pour l'agrandir
Cliquer sur une photo pour l'agrandirCliquer sur une photo pour l'agrandirCliquer sur une photo pour l'agrandir

Cliquer sur une photo pour l'agrandir

Sources :

Archives Nationales d'Outre-Mer (Etat-civil).

Base Ulysse (IREL).

Bulletins officiels de la Guyane Française.

Journal officiel de la Guyane Française.

Le Patrimoine des communes de la Guyane (Fondation Clément).

Partager cet article

Repost 0
Rédigé et publié par Phil - dans Vie en Guyane
commenter cet article
17 novembre 2016 4 17 /11 /novembre /2016 15:58

Au cimetière de Cayenne, se trouve un monument dédié aux médecins et pharmaciens de marine morts en combattant la fièvre jaune en Guyane durant les années 1850-1858. Cette tombe fut d'abord érigée à la mémoire des trois chirurgiens de marine qui moururent durant l'épidémie qui toucha la ville de Cayenne au milieu du XIXe siècle et dont les noms sont inscrits en lettres d'or sur trois des quatre faces de la stèle en forme de pyramide qui surplombe le monument.

Sur la quatrième face de la pyramide, on peut lire ces mots : "Victimes de leur dévouement pendant  l'épidémie de fièvre jaune qui a ravagé Cayenne en 1850 et 1851". Il y est précisé que la stèle fut élevée par souscription auprès de leurs collègues et de leurs amis. Le nom de l'artisan qui a fabriqué ce monument figure aussi en bas de cette quatrième face. Il s'agit de GORJU, maçon et marbrier à Brest (Finistère), ville où se trouvait l'une des trois écoles de santé de la marine à cette époque (Brest, Rochefort et Toulon).

Le monument est composé d'une stèle en pierre en forme de pyramide très élancée surmontée d'une croix de fer, qui repose sur quatre boulets eux-mêmes posés sur un socle carré, également en pierre. Outre les quatre faces de la stèle pyramidale sur lesquels des inscriptions ont été gravées, les noms des autres médecins et pharmaciens morts entre les années 1853 et 1858, également de la fièvre jaune, figurent aussi en lettres d'or sur trois des quatre côtés du socle, soit un total de 26 noms. Sur le dernier côté, on peut lire l'inscription suivante :" Victimes du même fléau, en attendant le grand jour de la résurrection, qu'ils reposent en paix".

Ce monument était à l'origine placé à la gauche de la porte d'entrée du cimetière, au bout de l'allée qui longe l'avenue d'Estrées. Il a été déplacé il y a quelques années et se trouve maintenant dans le carré militaire du cimetière.

Il est à noter qu'un autre monument en hommage aux 21 médecins et pharmaciens de la marine victimes de la fièvre jaune au Sénégal en 1878 a été élevé, par souscription du service de santé de la marine, sur l'Île de Gorée. En réalité, 24 officiers de santé périrent durant cette épidémie au Sénégal, trois noms furent oubliés sur cette stèle commémorative.

A partir de 1868, l'appellation de "chirurgien" disparaîtra au profit de celle de "médecin"  (Mise en application généralisée du décret impérial du 14 juillet 1865 concernant la réorganisation du service de santé de la marine).

Monument à la mémoire des chirurgiens et pharmaciens de la marine morts en combattant la fièvre jaune en Guyane entre 1850 et 1858.

Monument à la mémoire des chirurgiens et pharmaciens de la marine morts en combattant la fièvre jaune en Guyane entre 1850 et 1858.

L'identification des victimes, à partir des informations nominatives et du mois de décès inscrits sur le monument, et malgré quelques petites erreurs orthographiques dans certains patronymes ou dans les prénoms, a permis de constater que l'hommage était non seulement dédié  aux chirurgiens de marine, mais aussi à leurs collègues pharmaciens. Commençons par les trois noms gravés sur la stèle pyramidale (voir les trois photos ci-dessous), chirurgiens décédés durant l'épidémie de fièvre jaune à Cayenne de 1850-1851 :

- Joachim-Louis Perbosc, né le 6 Messidore an XI (25 juin 1803) à Paris. Chirurgien-major sur l'aviso à vapeur Le Tartare, il décédera début décembre 1850 à l'âge de 47 ans sur cet aviso alors mouillé au large de Cayenne. Il semble que l'épidémie de fièvre jaune ait été importée en Guyane par cet aviso Le Tartare qui venait de Sainte-Marie-de-Bélem au Brésil. Le Capitaine de vaisseau Louis-Eugène Maissin, qui assurait officiellement l'intérim du gouverneur de la Guyane, mais aussi le commandement de l'aviso le Tartare sur lequel il était arrivé en Guyane en provenance de Toulon le 12 mai, mourut lui-aussi de la fièvre jaune le 6 janvier 1851 (Voir l'article sur Louis-Eugène Maissin "ICI").

- Hippolyte Louis Célestin Mittre, né le 8 juillet 1811 à Cuers (Var), Chirurgien de 1ère classe de la marine, décèdera le 8 janvier 1851 à l'âge de 39 ans à son domicile de la rue de Provence à Cayenne où il résidait avec sa famille. Il était alors chargé de la direction du service médical à l'hôpital militaire de Cayenne.

- Eugène Pierre Thomas Leconte, né le 8 janvier 1822 à Tonnay-Boutonne (Charente-inférieure, aujourd'hui Charente-Maritime). Venant de la Martinique pour renforcer l'équipe médicale durant l'épidémie de fièvre jaune, affecté à l'hôpital militaire le 27 décembre 1850, il sera chargé de la direction du service médical à l'hôpital militaire pendant la maladie d'Hippolyte Mittre. Chirurgien de 1ère classe de la marine, Chevalier de la légion d'honneur, il décèdera lui-aussi quelques jours après Hippolyte Mittre, le 13 janvier 1851 à l'âge de 29 ans au domicile de la veuve de Saint Quentin, rue Dauphine à Cayenne.

 

Trois chirurgiens de marine morts de la fièvre jaune en Guyane fin 1850 - début 1851 : Joachim-Louis Perbos, Hippolyte Mittre et Eugène Leconte (cliquer sur une photo pour l'agrandir)Trois chirurgiens de marine morts de la fièvre jaune en Guyane fin 1850 - début 1851 : Joachim-Louis Perbos, Hippolyte Mittre et Eugène Leconte (cliquer sur une photo pour l'agrandir)Trois chirurgiens de marine morts de la fièvre jaune en Guyane fin 1850 - début 1851 : Joachim-Louis Perbos, Hippolyte Mittre et Eugène Leconte (cliquer sur une photo pour l'agrandir)

Trois chirurgiens de marine morts de la fièvre jaune en Guyane fin 1850 - début 1851 : Joachim-Louis Perbos, Hippolyte Mittre et Eugène Leconte (cliquer sur une photo pour l'agrandir)

Outre les chirurgiens de la marine, de nombreux pharmaciens comme déjà précisé au paragraphe précédent, disparurent aussi du fait des épidémies de fièvre jaune en Guyane. On peut citer quelques noms pris au hasard sur ce monument du cimetière de Cayenne :

- Honoré Oscar Bouyer, né à La Rochelle (Charente-Inférieure), pharmacien de 3ème classe de la marine, décèdera le 12 septembre 1856 à l'hôpital militaire de Cayenne, à l'âge de 23 ans.

- Eugène Daniel Délidon, né le 10 août 1830, pharmacien de 3ème classe de la marine, succombera le 3 janvier 1854 à son domicile sur l'Île Royale (Îles du Salut), à l'âge de 24 ans.

- Artur Nedelec, né le 6 juin 1835 à Brest (Finistère), pharmacien de 3ème classe de la marine, perdra la vie le 31 octobre 1856 à l'hôpital militaire de Cayenne, à l'âge de 21 ans.

Et bien d'autres encore, chirurgiens ou pharmaciens de marine, mourront du "vomito negro (*)", comme l'on nommait parfois la fièvre jaune, à l'hôpital militaire de Cayenne, ou dans des camps et pénitenciers de Guyane, ou à bord de leur navire de guerre  ...

Les sœurs de Saint Paul de Chartres, qui soignaient les malades, notamment à l'hôpital militaire de Cayenne mais aussi dans les divers établissements pénitentiaires, payèrent aussi un lourd tribut à la suite de ces épidémies. Le coût des funérailles des personnels coloniaux, comme par exemple des officiers de santé, mais pas uniquement, décédés de la fièvre jaune durant l'exercice de leurs fonctions, était payé par l'Etat.

Ainsi, par une décision du gouverneur Louis-Adolphe Bonard du 6 août 1855, et en application des instructions ministérielles, les différents frais des funérailles de deux sœurs hospitalières de Saint Paul de Chartres et d'un chirurgien de marine, frappés par la fièvre jaune à quelques jours d'intervalle, à l'hôpital militaire de Cayenne furent intégralement pris en charge par l'Etat (imputés sur les crédits des services des hôpitaux).

Ces obsèques concernaient Mmes Scholastique  Pinsonnet, sœur Azélie, et Jenny Saulier, sœur Saint-Julien, de l'ordre de Saint Paul de Chartres (voir "ICI" l'article sur les sœurs hospitalière de St Paul de Chartres en Guyane) et de Laurent Claude Micolon, chirurgien de marine de 3ème classe.

(*) "Vomito negro" était le nom parfois donné à cette maladie à cette époque car les malades de la fièvre jaune vomissaient abondamment du sang noir.

Liste des chirurgiens et pharmaciens de marine morts de la fièvre jaune en Guyane entre 1853 et 1858 (noms gravés sur les côtés du socle du monument funéraire). Liste des chirurgiens et pharmaciens de marine morts de la fièvre jaune en Guyane entre 1853 et 1858 (noms gravés sur les côtés du socle du monument funéraire). Liste des chirurgiens et pharmaciens de marine morts de la fièvre jaune en Guyane entre 1853 et 1858 (noms gravés sur les côtés du socle du monument funéraire).

Liste des chirurgiens et pharmaciens de marine morts de la fièvre jaune en Guyane entre 1853 et 1858 (noms gravés sur les côtés du socle du monument funéraire).

Sources :

Bulletins officiels de la Guyane française.

Archives Nationales d'Outre-Mer (Etat-civil).

Association Amicale Santé Navale et d'Outre-Mer (lire "ICI").

 

Partager cet article

Repost 0
Rédigé et publié par Phil - dans Vie en Guyane
commenter cet article
11 novembre 2016 5 11 /11 /novembre /2016 08:56

Cette œuvre en bronze massif poli patinée noir, réalisée par le sculpteur bordelais Alain Cantarel, représente un orpailleur avec sa batée. Elle se trouve dans le grand hall de l'aéroport international Félix Éboué, à gauche avant l'entrée dans la salle d'enregistrement des passagers et des bagages, a priori depuis le 18 décembre 2008. L'initiative de sa réalisation et le choix de l'œuvre ont été faits par le Club Soroptimist de Cayenne, club service qui a aussi récolté les dons pour l'achat de cette sculpture, moderne et stylisée aux formes épurées.

Bien qu'il n'y ait apparemment aucun lien avec l'administrateur colonial et grand résistant durant la seconde guerre mondiale qui donna officiellement son nom début 2012 à cet aéroport international auparavant appelé "Rochambeau", Félix Éboué, fils de la Guyane, était aussi le descendant direct d'un orpailleur. Son père, Yves Urbain Éboué, commença son activité professionnelle comme chercheur d'or sur le placer "Enfin" avant de devenir directeur-adjoint du placer "Dieu merci", non loin de la commune de Saint-Elie.

L'objectif affiché de cette œuvre est de marquer le lien historique liant l'activité de l'orpaillage avec nombre de familles guyanaises, mais aussi de faire prendre conscience de la nécessité de respecter l'Environnement.

En effet, sur le socle en bronze de cette œuvre, sont inscrits en lettres d'or ces mots :" l'or, c'est la vie, mais la vie c'est de l'or, protégeons notre environnement".

 

"L'orpailleur", une oeuvre d'art en bronze poli, à l'aéroport international Félix Éboué (Guyane)

L'exploitation de l'or en Guyane a débuté au milieu du XIXe siècle lorsque l'amérindien d'origine brésilienne, Joseph Paolino (ou Paoline), découvrit en juillet 1855 des pépites en bordure de la crique Arataye, un des affluents du fleuve Approuague, à l'est de Cayenne. Suite à cette découverte, le commissaire-commandant du quartier de l'Approuague, Félix Couy, fut chargé par le gouverneur de la Guyane de l'époque, Louis Adolphe Bonard, par une décision du 1er août 1855, de diriger une expédition d'exploration des terrains aurifères situés sur les bords de la rivière Arataye.

D'abord localisée dans cette zone géographique avec la création en 1857 d'une première "Compagnie de l'Approuague", la recherche aurifère s'étendit plus tard au centre et à l'ouest de la Guyane. Nombre de familles guyanaises investirent dans la recherche de l'or en obtenant des concessions aurifères (placers) notamment durant le dernier quart du XIXe siècle et le premier quart du XXe siècle.

Si l'exploitation de l'or n'a pas cessé en Guyane depuis sa découverte, elle a pris depuis les années 1990 une tournure dramatique avec le développement de l'orpaillage illégal sur le territoire guyanais, principalement d'origine brésilienne. Les effets sont  dévastateurs pour l'environnement mais aussi au plan sanitaire et social : empoisonnement au mercure des populations amérindiennes, rivières polluées, déforestation sauvage de grandes superficies, dérangement de la faune, destruction des écosystèmes aquatiques, rejet de déchets divers ...

Depuis presque quinze ans, des opérations de lutte contre l'orpaillage illégal sont menées en Guyane. D'abord appelée "Opération Anaconda" en 2002, cette lutte était opérée par la seule gendarmerie nationale.  A partir de février 2008, les forces armées se joignirent aux gendarmes pour combattre ce fléau sous le nouveau nom "d'Opération Harpie". Plus d'un millier de militaires, dit-on, participent à cette opération qui obtient, jour après jour, de nombreux succès (interpellation d'étrangers en situation irrégulière, destruction des moyens logistiques). Mais la tâche est énorme par rapport aux maigres moyens mis en œuvre et à l'immense superficie concernée par ce désastre  ...

"L'orpailleur", une oeuvre d'art en bronze poli, à l'aéroport international Félix Éboué (Guyane)

Le  premier Club Soroptimist international fut créé aux Etats-Unis à Oakland le 3 octobre 1921, puis en France à Paris en janvier 1924 par Suzanne Noël. Quant à l'organisation de l'Union Française des Clubs Soroptmimist international, elle date de janvier 1930 alors que la Fédération européenne vit le jour deux ans plus tôt en 1928.

En Guyane, c'est Raymonde Henriot qui fonda le 1er Club Soroptimist International de Cayenne le 6 novembre 1976. Puis quatre autres clubs suivirent : Kourou le 9 novembre 1991, Arouman de Guyane le 29 mai 2009, et Saint-Laurent-du-Maroni le 13 septembre 2013.

Pour reprendre les termes de l'encart paru début novembre 2016 dans le quotidien France-Guyane sur l'historique du mouvement, le Soroptimist International est une voix universelle pour les femmes, une voix pour une éducation durable. Il s'engage pour : la promotion du statut de la femme, le maintien d'un haut niveau de moralité, l'égalité, le développement et la paix, le principe des droits de l'homme pour tous.

Mouvement interprofessionnel, non politique et non confessionnel, le Soroptimist International est à l'origine de nombreuses actions caritatives et éducatives à travers la planète, et notamment en Guyane via ses quatre clubs.

 

"L'orpailleur", une oeuvre d'art en bronze poli, à l'aéroport international Félix Éboué (Guyane)

Sources :

Historique du Club Soroptimist de Cayenne paru début novembre 2016 dans le quotidien France-Guyane.

Bulletins officiels de la Guyane Française.

Partager cet article

Repost 0
Rédigé et publié par Phil - dans Vie en Guyane
commenter cet article
1 juillet 2016 5 01 /07 /juillet /2016 08:14

Avant le début de la desserte aérienne en Guyane, la seule voie d'accès était alors le bateau (grands voiliers longs courriers ou navires à vapeur alimentés au charbon) et cela a perduré jusqu'au premier quart du XX° siècle. Il y eut bien une petite compagnie privée appelée la Société des Transports Aériens Guyanais qui a fonctionné de 1919 à 1922. Installée à Saint-Laurent-du-Maroni, elle ne desservait que la Guyane et a finalement mis la clé sous la porte en raison de son manque de rentabilité. Si vous voulez connaître l'histoire de cette société aérienne (STAG), vous pouvez lire le petit article sur ce blog dédié à cette société "ICI".

Au début des année 1930, la société Pan American Airways (PANAM) dessert la Guyane en faisant escale à Cayenne sur sa route vers le Brésil avec ses hydravions Sikorsky. La ligne aérienne qui relie les Etats-Unis au Brésil fait également escale à Paramaribo (Surinam) et à Trinidad. Il y a un voyage dans chaque sens par semaine. L'agent d'escale de la PANAM en Guyane est M. Julien Sainte-Claire. L'amerrissage des hydravions se fait sur la rivière de Cayenne où une petite station est installée à la Pointe Macouria. Une vedette à moteur fait alors la liaison lors des escales d'hydravions avec la ville de Cayenne. Elle ne desservira la Guadeloupe, et la Martinique depuis la Guyane que plus tard vers 1935.

En septembre 1934, l'agence de la Pan American Airways est dirigée par le nommé S.M Filipovich. En 1935, celui-ci sollicite l'exonération de droits sur les matériaux que cette compagnie aérienne pense introduire dans la colonie pour la construction d'un aéroport moderne à la Pointe Macouria. Il ne s'agissait que d'une mesure provisoire, la société américaine s'engageant à se retirer dans le cas où une société française voudrait s'installer en Guyane. Le 6 mai 1935, le gouverneur Lamy autorisera cette compagnie aérienne américaine a installé un dépôt de gazoline et de lubrifiant d'une contenance de 350 m3 nécessaire pour le fonctionnement de leur station d'aéronautique à la Pointe Macouria. Ce dépôt sera installé sur le terrain appartenant à M. Ernest Prévôt et à l'ancienne Compagnie des Transports Aériens Guyanais sous certaines restrictions.

En février 1936, le nouveau gouverneur Masson de Saint-Félix accordera une concession provisoire gratuite de 10 ans renouvelable par tacite reconduction à La "Pan American System" pour installer à cette Pointe Macouria un appontement destiné à l'accostage de ses hydravions, appontement d'une longueur de 50 m sur une largeur de 30 m. En juin 1938, un pylône privé d'une hauteur de plus de 14,40 m est installée par la Pan American sur cette Pointe avec deux nouveaux feux intermittents ne fonctionnant que lors des amerrissages de nuit des hydravions.

Le 17 août 1938, une convention sera signée entre le gouverneur de la Guyane et la Pan American Airways Inc. relative aux transports des correspondances par voie aérienne. Trois gardes privés seront recrutés en septembre 1941 pour surveiller les installations de "l'aéroport" de la PANAM à la Pointe Macouria.

Petite histoire de la desserte aérienne de la Guyane ...

En 1940, une mission de la Pan American Airways étudie en Guyane la construction d'un aéroport terrestre en vue de remplacer ses hydravions par des avions plus importants. Les Etats-Unis, puissance étrangère, ne pouvant construire un aéroport dans une colonie française, un arrangement juridico-politique sera monté entre Robert Chot, gouverneur de la Guyane, et Messieurs Alexandre Quintrie-Lamothe, Julien Sainte-Claire et Paul Rambaud.

Dès le 16 août 1941, M. Alexandre Quintrie-Lamothe avait obtenu, après l'avoir sollicité, une autorisation provisoire de l'Amiral Robert, Haut-Commissaire aux Antilles et en Guyane, de construire un aéroport civil au lieu-dit "Le Gallion" sur la commune de Tonnégrande. Une convention sera signée par M. Quintrie-Lamothe, industriel, et le gouverneur Chot, sur la construction et l'exploitation de l'aéroport civil du Gallion, sous certaines conditions, convention approuvée en Conseil privé le 21 mars 1942.

Un commissaire du gouvernement de la Guyane française, M. Pantélimon Dumitrescu, géologue des colonies, sera nommé le 9 avril 1942 afin d'assurer l'exécution de la convention. Le commissaire du gouvernement sera par deux fois remplacé, le dernier nommé le 2 juin 1943 sera M. Breul, ingénieur et chef du service des travaux publics. Le nouveau gouverneur de la Guyane, René Veber, prendra par ailleurs un arrêté le 9 septembre 1942 créant un poste fixe de gendarmerie à l'aéroport du Gallion.

L'entrée en guerre des Etats-Unis obligera les américains à modifier leur stratégie, notamment dans les Caraïbes, en transformant les aéroports commerciaux à des fins militaires afin d'accueillir leurs bombardiers devant se rendre en Europe en passant par l'Afrique. Le petit aéroport guyanais du Gallion ne pouvait répondre à ce besoin. Or les échanges entre les Etats-Unis et le régime de Vichy étaient au plus mal. La nécessité de transformer cet aéroport civil en aéroport militaire afin de l'intégrer dans le dispositif du pont aérien vers l'Afrique a poussé le gouvernement américain, et en particulier le Consul des Etats-Unis d'Amérique en Guyane, M. Georges D. Lamont, a appuyé en Guyane le mouvement de dissidence contre le gouvernement de Vichy.

Le ralliement de la Guyane à la France libre le 17 mars 1943 (déclaration officielle du gouverneur René Veber dans le Journal Officiel de la Guyane française du 27 mars 1943 adressée au Consul des Etats-Unis en Guyane et à celui en poste au Brésil) a aussi eu pour conséquence d'autoriser les américains à construire leur aéroport militaire en Guyane. Celui du Gallion ne pouvant correspondre en raison de sa topographie ne permettant pas de faire atterrir des avions lourds, c'est finalement un terrain situé au PK 17, route de Matoury, sur l'ancien camp dit des Malgaches, que le nouveau site fut choisi.

Il est à noter que le nouveau Gouverneur de la Guyane et du Territoire de l'Inini, Jean Rapenne, désigné par le Général Henri Giraud, Haut-Commissaire de l'Afrique française à Alger, atterrira sur cet aéroport du Gallion le 30 mars 1943 où l'attendait une importante délégation officielle conduite par le lieutenant-colonel Le Bel, désigné provisoirement le 19 mars 1943 par le Général de division Bethouart, chef de la Mission militaire représentant le Général Giraud en Amérique.

Traces encore visibles de l'ancien aéroport du Gallion sur la route de l'Est en Guyane.

Traces encore visibles de l'ancien aéroport du Gallion sur la route de l'Est en Guyane.

Commencé en mars-avril 1943, les travaux du nouvel aéroport seront terminés en décembre de la même année. Il faut dire que l'armée américaine, en particulier le service du Génie, commandée par le lieutenant-colonel Homer S. Piper, avait déployée d'importants moyens tant en hommes qu'en matériels pour finir cet aéroport au plus vite. Les matériels étaient acheminés par des transports américains et déchargés en rivière de Cayenne. Outre un recrutement très important de main d'œuvre au niveau local, les américains avaient aussi fait venir plus de mille Portoricains.

La nouvelle piste mesurait alors 2000 mètres de long pour une largeur de 50 mètres, et une épaisseur de bitume de 50 cm. La base aérienne américaine ainsi terminée permettra alors le transit des bombardiers vers l'Europe via l'Afrique. Une base météorologique sera aussi installée avec du personnel américain, assisté d'un agent français détaché de la Martinique.

Croyant bien faire, les forces américaines baptisèrent ce nouvel aéroport militaire du nom du français "Rochambeau". Mais les américains en attribuant ce nom pensait à Jean-Baptiste Donatien de Vimeur, comte de Rochambeau, qui s'illustra à la tête du corps expéditionnaire français aux côtés du marquis de La Fayette lors de la guerre d'indépendance des Etats-Unis (1775-1783). Il terminera sa carrière comme Maréchal de France.

La polémique, soulevée très justement par la députée guyanaise Christina Taubira, portait sur son fils Donation Marie Joseph de Vimeur, Vicomte de Rochambeau, général de la Révolution et de l'Empire, qui réprima durement et sauvagement l'insurrection haïtienne durant l'expédition de Saint-Domingue (1801-1803). Afin de sauvegarder l'honneur et la mémoire de tous ces insurgés et esclaves morts pour défendre leurs droits et leurs libertés, il était préférable de changer le nom de cet aéroport dont le nom "Rochambeau" ne faisait pas de distinction entre le père et le fils !

Bien que le changement de nom fut sollicité par Mme Taubira en 1999, il ne sera finalement réalisé qu'en 2012 avec le choix de Félix Éboué comme nouvelle dénomination de cet aéroport international. La cérémonie officielle de changement de nom se tiendra le samedi 21 janvier 2012 en présence de Nicolas Sarkozy, Président de la République Française.

Mais pour en terminer avec ce nouvel aéroport, construit tout d'abord à des fins principalement militaires par les Etats-Unis, celui-ci subira à plusieurs reprises, et au fil des années depuis sa construction, de nombreux et importants travaux d'agrandissement et d'amélioration. Rappelons cependant que cet aéroport ne sera rendu (ou vendu) officiellement à la France par les américains et ne deviendra civil qu'en 1949, moyennant quelques pièces sonnantes et trébuchantes ...

Quant à l'aéroport international de Cayenne-Félix Éboué d'aujourd'hui, il mérite bien à lui seul un prochain article sur ce blog ...

Petite histoire de la desserte aérienne de la Guyane ...

Sources :

Journal officiel de la Guyane Française (de 1930 à 1944).

http://www.cimacdom.com/actualite-42-inauguration-de-laeroport-cayenne-felix-eboue-le-21-janvier-2012.html.

Sites Internet Wikipédia sur les "Rochambeau", père et fils.

Partager cet article

Repost 0
Rédigé et publié par Phil - dans Vie en Guyane
commenter cet article
30 mai 2016 1 30 /05 /mai /2016 17:13

Depuis le XVII° siècle, le rocher de l'Enfant perdu servait déjà comme point de repère pour les vaisseaux de fort tonnage arrivant dans la rade de Cayenne. En raison des brisants et des bancs de vase, notamment à marée basse, les bateaux mouillaient au large de cet amer en attendant la haute mer leur permettant ainsi de se rapprocher de la ville. Par très grosse mer, ils devaient aller se réfugier aux Îles du Salut. Ce n'est qu'à la fin de l'année 1863 que le gouverneur Tardy de Montravel inaugura ce phare à feu fixe construit en deux ans par les forçats sur ce gros monticule rocheux qui surplombe la mer de quelques mètres.

En 1906, Albert Bordeaux qui avait fait le voyage en bateau depuis Saint Nazaire écrivait dans son ouvrage, la Guyane inconnue : " A deux ou trois heures de distance des îles du Salut, voici un îlot, un rocher qui sort de la mer comme le dos d'un cétacé, mais ce dos est surmonté d'un bâti en bois portant un phare et d'un mât avec un drapeau : une maison minuscule se blottit sous le phare. C'est l'Enfant-Perdu, le rocher balayé des vagues qui porte le phare de Cayenne. Le séjour y semble peu réjouissant ; il y a pourtant plus de stabilité que sur le bateau-feu de Surinam. Ici les gardiens du feu sont des forçats et on les relaie tous les mois. Ce poste est une punition ; ils y vivent séparés de leurs semblables. Je ne vois pas pourquoi on les plaindrait : le bateau-feu du Surinam n'est pas une punition".

Ce phare était en effet très utile en raison de la ligne de brisants et des très nombreux bancs de vase qui aboutissaient souvent à des échouages. Les conditions pour accoster sur ce récif ne sont pas toujours simples, même parfois aléatoires, en raison de la mer souvent démontée et des grosses vagues qui balaient les abords de ce rocher de moins de un hectare, complètement dépourvu de végétation.

Cet îlet, situé à environ 11 km au nord-ouest de Cayenne, dépend administrativement à la commune de Macouria. On le rattache à la famille des Îlets de Rémire-Montjoly dont la légende est rappelée ( "ICI" ). Il est aujourd'hui toujours en fonctionnement même s'il est maintenant automatisé, comme quasiment tous les phares du monde. C'est le service des phares et balises, rattaché à la direction de la mer qui en a la gestion.

Le phare de l'Enfant perdu, au large de Cayenne

Depuis son inauguration à la fin de l'année 1863, ce phare a subi de nombreuses réparations, mais aussi de notables travaux d'amélioration. Du reste, on le constate sur les quelques gravures et photos de cet article. C'est le service du Port qui entretenait ce phare et l'administration pénitentiaire mettait le personnel, composé de trois forçats, pour l'allumage du feu.

En effet, une décision du gouverneur Tardy de Montravel du 20 novembre 1863 mettra à disposition du service local trois transportés chargés de la surveillance et de l'allumage du feu du Phare de l'Enfant-perdu. Une autre décision du 6 juin 1864 chargera la direction du Port du soin des envois à faire à ces hommes. Enfin, une autre décision du nouveau gouverneur Antoine Favre en date du 12 septembre 1864 fixera les diverses prestations, tant en vivres qu'en deniers, à délivrer aux trois transportés chargés de la surveillance et de l'allumage du feu du phare de l'Enfant-perdu, prestations à partager entre les services de l'administration pénitentiaire et ceux du service local.

En 1894, G. Vershuur dans son livre intitulé "Voyage aux trois Guyanes et aux Antilles", raconte "Nous piquons tout droit pour éviter un banc de sable assez étendu, sur un rocher isolé en pleine mer, où l'on a élevé en 1863 un phare à feu fixe ; ce rocher porte le nom de "l'Enfant-perdu". Il est habité par trois transportés arabes, dont la promenade se borne à un espace de quelques mètres, et dont la distraction quotidienne ne peut consister que dans la contemplation de l'océan et l'entretien de leur feu. On leur envoie de temps en temps des vivres et des objets de première nécessité".

En 1905, on installera sur l'Enfant-perdu une grue à potence pouvant supporter 300 kg pour la fixer sur l'arche et on y construisit un petit hangar sur le budget du service local. Le service local avait en outre la charge d'octroyer une gratification aux "allumeurs" du phare.

Cette gravure d'Edouard Riou représentant le phare de l'Enfant perdu est extraite de l'ouvrage de Frédéric Bouyer "La Guyane Française, notes et souvenirs d'un voyage exécuté en 1862-1863". Dans ce livre, l'auteur précise qu'en 1863, un phare à charpente de fer a été élevé sur l'Enfant-perdu. C'est un excellent relèvement pour attérrir et entrer de nuit dans Cayenne.

Cette gravure d'Edouard Riou représentant le phare de l'Enfant perdu est extraite de l'ouvrage de Frédéric Bouyer "La Guyane Française, notes et souvenirs d'un voyage exécuté en 1862-1863". Dans ce livre, l'auteur précise qu'en 1863, un phare à charpente de fer a été élevé sur l'Enfant-perdu. C'est un excellent relèvement pour attérrir et entrer de nuit dans Cayenne.

En 1929, une décision du gouverneur Bernard Siadous précise les conditions de ravitaillement du phare de l'Enfant-perdu et des responsabilités qu'engageraient l'inexécution des instructions données à cet effet. L'article 1er de cette décision du 8 juin indique que "l'équipe des gardiens du phare comprend trois transportés ; elle est renouvelée par tiers de telle sorte que la durée du séjour de chaque homme sur l'îlot n'excède pas trois mois. Autant que possible ces transportés seront choisis dans une liste de 6 hommes habitués au service du phare".

Cette décision prescrit les responsabilités des services concernés, notamment le lieutenant du Port qui doit prévoir la date des ravitaillements que lui communique l'administration pénitentiaire ainsi que le ou les hommes à embarquer, le service des travaux publics duquel est rattaché le service du Port pour l'entretien du phare et de ses annexes, l'administration pénitentiaire pour assurer la relève et le ravitaillement et enfin les responsabilités des gardiens.

Outre l'allumage du feu et de l'utilisation des différents signaux selon les circonstances, les gardiens bagnards devaient aussi établir un rapport chaque mois pour le gouverneur établissant les faits significatifs et les remarques qu'ils jugeaient bon de transmettre à l'autorité supérieure. La décision du 8 juin 1929 détaillait aussi la ration mensuelle de nourriture d'un forçat sur le phare.

Le 17 août 1934, le feu fixe rouge du phare installé au sommet de la tour en maçonnerie sera remplacé par un feu à éclats blancs, fonctionnant au gaz, d'une portée de 15.000 milles par temps moyen. Fin 1937 début 1938 on reconstruira le logement pour les gardiens du phare mais en béton armé. Lorsque le bagne fermera définitivement en Guyane, après-guerre, ce ne seront plus des transportés mais des personnels civils qui assureront le fonctionnement du phare. Les deux gardiens seront relevés tous les mois avec un ravitaillement tous les quinze jours.

En 1960, un mur de protection sera édifié entre le phare et la maison des gardiens afin de casser les déferlantes qui inondaient le rocher durant la mauvaise saison. Ce mur de protection ne sera jamais totalement terminé. Eu égard aux mauvaises conditions de sécurité, les gardiens seront retirés définitivement du phare de l'Enfant-perdu en 1971.

Le phare de l'Enfant perdu, au large de Cayenne

Les conditions d'accès étaient parfois telles durant les fortes houles que la relève et le ravitaillement n'étaient pas possibles. En effet, le canot ou la chaloupe assurant la relève devait se tenir à distance des rochers de l'Enfant-perdu. Les vivres comme les hommes étaient hissés avec la potence mobile fixée sur l'arche, comme on peut le voir sur la photo ci-dessous.

Pour les forçats, cette mission sur cet îlot perdu était très difficile et apparaissait comme une punition. Du fait de l'isolement, du grondement incessant des vagues venant se fracasser sur les rochers, de la relève qui n'était pas toujours assurée en raison des difficultés d'accès par mer forte, et donc du ravitaillement qui tardait pour les mêmes motifs, il y eut de nombreux suicides parmi les transportés chargés de cette pénible tâche.

Une fois, l'on oublia de ravitailler les trois gardiens. L'un d'entre eux mourut de faim et faute de combustible, le phare cessa d'éclairer. Les deux survivants confectionnèrent un radeau de fortune qui les amena s'échouer sur la côte non loin de Kourou. Les deux transportés furent arrêtés par les gendarmes pour désertion de poste.

Le phare de l'Enfant perdu, au large de Cayenne

Sources :

Voyage aux trois Guyanes et aux Antilles, de G. Verschuur, publié en 1894 (Librairie Hachette).

La Guyane inconnue : voyage à l'intérieur de la Guyane française par Albert Bordeaux 1906 (Libraire Plon).

Bulletin officiel de la Guyane Française 1864.

Journal officiel de la Guyane Française (1905/1929/1934/1937/1946).

Une Saison en Guyane : Le dernier gardien de phare (Entretien avec Julien Prudent).

http://www.bagnedeguyane.fr/archives/2013/04/01/26798314.html

Guy Marchal : Histoire du Bagne de Guyane.

Partager cet article

Repost 0
Rédigé et publié par Phil - dans Vie en Guyane
commenter cet article
8 mai 2016 7 08 /05 /mai /2016 09:45

Lorsque vous vous rendez de Cayenne en direction de Kourou, à environ 3 km avant le bourg de Macouria, vous avez très certainement remarqué sur votre droite le long de la route nationale 1 une statue et un nouveau bâtiment en bois, là où il y avait auparavant des baraquements. Nous pouvions alors, sans même nous arrêter, apercevoir de la vannerie amérindienne en exposition et en vente.

Celle-ci est réalisée par les femmes Palikur du village amérindien voisin de Kamuyeneh, rattaché à la commune de Macouria (Tonate).

Ces baraques en bois ont en effet aujourd'hui disparu pour laisser la place à un nouveau bâtiment des savoir-faire traditionnels amérindiens. Il a été inauguré le 25 avril 2015 par le maire de Macouria, Gilles Adelson, en présence de nombreuses personnalités politiques locales ... et de Félix Roland, vice-président du conseil consultatif des villages amérindiens de Guyane. Cet édifice en bois de plus de 210 m2 a aussi vu le jour grâce à la volonté de Serge Adelson, ancien maire de Macouria, décédé le 23 décembre 2012.

Une sculpture monumentale, située à côté du bâtiment, représentant une vannière amérindienne au travail, a été réalisée par l'artiste Djalma Dos Santos. Le nom donné à cette sculpture est "KAYANO", qui est l'acronyme formé par les deux premières lettres du nom des trois villages amérindiens Palikur présents sur le territoire de Macouria : KAmuyeneh, YApara, et NOrino. Véritable vitrine de l'artisanat Palikur, ce bâtiment des savoirs traditionnels permettra également de valoriser le patrimoine culturel amérindien de la commune.

La cérémonie d'inauguration avait aussi été animée par des chants et danses traditionnels, rythmés par le tambour amérindien sanpula.

La vannerie amérindienne Palikur à Macouria (Guyane)

La vannerie Palikur qui est utilisée pour la fabrication d'objets domestiques, utiles à la vie de tous les jours (chasse, pêche, cuisine ...), était autrefois réalisée uniquement par des hommes. Aujourd'hui, et depuis quelques décennies, les femmes Palikur s'y sont mises et ont ainsi trouvé un moyen, à travers leur savoir artisanal traditionnel, d'améliorer sensiblement leurs revenus en proposant des vanneries dites commerciales avec des motifs colorés telles que des paniers simples ou à anse, avec ou sans couvercle, tamis, corbeilles de différentes tailles ... et des colliers à base de graines. Dans d'autres ethnies amérindiennes de Guyane, notamment de l'intérieur, seuls les hommes pratiquent des objets en vannerie, objets qui seront par contre principalement utilisés par les femmes ...

Les Palikur (ou Palikour), comme les autres peuples amérindiens, utilisent principalement les fibres d'arouman pour tisser leurs vanneries. Deux espèces sont particulièrement visées par les artisans vanniers : l'arouman rouge (Ischnosiphon arouma) et l'arouman blanc (Ischnosiphon obliquus). Cette plante, de la famille des Marantacées, est présente en Amérique tropicale humide (Petites antilles), Amérique centrale et du sud (Brésil, plateau des Guyanes, embouchure de l'Amazone ...). On retire de l'arouman des lanières fortes, longues, flexibles et solides permettant de réaliser des vanneries d'une longue durée.

D'autres fibres comme celles du palmier awara, du comou ou d'autres lianes sont également utilisées. Tous les peuples amérindiens de Guyane fabriquent des objets usuels en vannerie, y compris les Noirs marrons (Bushiningués) installés le long du fleuve Maroni et les Créoles.

Pour réaliser une grande corbeille tressée en arouman, de type grande bourriche, il faut compter environ deux jours. Pour la décoration, certaines fibres sont teintes avec de la peinture acrylique et le tout est ensuite enduit de vernis industriel. La couche de vernis consolide la vannerie en protégeant les fibres contre la pourriture. Les peuples amérindiens de l'intérieur utilisent encore des techniques locales pour teinter naturellement les fibres d'arouman. Le prix d'une grande corbeille est d'environ 50 €.

La vannerie amérindienne Palikur à Macouria (Guyane)

Les Amérindiens étaient présents en Guyane bien avant l'arrivée des premiers colons européens. Il est admis qu'au XVII° siècle, la population amérindienne s'élevait à environ 30.000 personnes. Pour différentes raisons liées notamment aux maladies importées, aux retombées des conflits diverses entre Européens, Hollandais et Portugais, cette population amérindienne a continuellement diminué jusqu'au début du XX° siècle, en particulier pour les communautés du littoral, et au milieu du XX° pour les populations amérindiennes de l'intérieur. Certains peuples amérindiens n'ont du reste pas survécu et ont complètement disparu du territoire guyanais, comme par exemple les Norak, Piriou, Maraone ...

Aujourd'hui, les Amérindiens représentent 5% de la population guyanaise, soit autour de 10000 personnes. Six ethnies amérindiennes sont présentes : Arawak (ou Lokonos), Kaliña (ou Galibis), Wayana, Émerillons (ou Tokos), Wayampi et Palikur (ou Paykweneh).

Les peuples amérindiens du littoral guyanais sont les Palikur (Macouria, Regina et embouchure du fleuve Oyapock) ainsi que les Kaliña qu'on retrouve dans l'ouest de la Guyane (Kourou, Iracoubo, Mana, Awala-yalimapo, Saint Laurent du Maroni) et les Arawaks qui, eux, sont répartis à l'ouest (Saint Laurent du Maroni) mais aussi près de Cayenne (Matoury).

Les Wayana sont localisés dans le sud le long du fleuve Maroni (Antécum-pata, Elaé, Twenké) ; les Émerillons se situent tout au sud de la ligne Maripasoula-Camopi ; et les Wayampi sont principalement à Camopi sur le fleuve Oyapock.

Ces six ethnies appartiennent à trois grandes familles linguistiques : la famille Karib avec les Kaliña et les Wayana, la famille Tupi-guarani avec les Émerillons et les Wayampi, et la famille Arawak avec les Palikur et les Arawak.

La vannerie amérindienne Palikur à Macouria (Guyane)

Quelques photos supplémentaires

Cliquer sur une photo pour l'agrandirCliquer sur une photo pour l'agrandirCliquer sur une photo pour l'agrandir

Cliquer sur une photo pour l'agrandir

Sources :

Parc amazonien de Guyane (Étude de l'arouman).

http://guyanecollectivites.fr/macouri-bayai-kayano-593.

" Vannerie et vanniers " Approche ethnologique d'une activite artisanale en Guyane francaise par Damien Davy (Thèse / Décembre 2007/ Université d'Orléans).

Partager cet article

Repost 0
Rédigé et publié par Phil - dans Vie en Guyane
commenter cet article
29 avril 2016 5 29 /04 /avril /2016 17:08

La Pointe Buzaré à Cayenne est un promontoire rocheux d'origine volcanique qui s'avance dans la mer, avec à sa droite l'Anse Méret et à sa gauche, l'Anse Nadau. Cette pointe est parfois orthographiée avec le nom de "Buzaret", alors que l'écriture conforme est "Buzaré", comme le nom patronymique d'une famille autrefois propriétaire de cette pointe. Nous reviendrons un peu plus loin dans cet article sur l'origine de la dénomination de cette avancée rocheuse naturelle qui se jette dans l'océan.

Pour accéder à la Pointe Buzaré, il faut emprunter l'avenue Pasteur, et prendre la route entre cet Institut Pasteur et la DRIRE (Direction Régionale de l'Industrie de la Recherche et de l'Environnement), petite rue justement dénommée Impasse Buzaré. Un site de la Direction de l'Environnement, et de l'Aménagement et du Logement (DEAL) est aussi installé dans cette impasse.

Un parking se trouve tout au bout, face à la mer. Ce site naturel offre un très joli paysage avec une plage de sable coquillier pour se baigner côté anse Méret, des cocotiers, un kiosque et des tables pour le pique-nique. Les nombreux cocotiers permettent aussi d'installer un hamac à l'ombre pour une petite sieste avec une ventilation naturelle ...

Ce site de presque deux hectares est, depuis de nombreuses années, la propriété du Conservatoire du littoral, établissement public administratif de l'Etat rattaché au ministère chargé de la protection de la nature.

La Pointe Buzaré à Cayenne, un joli site naturel protégé

Un site remarquable, aujourd'hui bien valorisé, au milieu de l'espace urbain

Suite à une convention de gestion du domaine terrestre et littoral signée entre le Conservatoire du littoral et des rivages lacustres et la Commune de Cayenne, cette dernière est désignée gestionnaire des sites appartenant au Conservatoire du littoral situés sur la partie continentale de son territoire. Tous les sites déjà gérés par la commune ont été regroupés le 5 mars 2015 au sein du site terrestre "Rivages de Cayenne", y compris l'Anse Chaton.

Une première convention avait en effet déjà été signée le 15 octobre 2008 concernant la gestion de la Pointe Buzaré, de la colline de Montabo, de l'Anse du Montabo et du Mont Bourda. L'objectif est la sauvegarde du littoral, le respect des sites naturels et de l'équilibre écologique.

La mairie de Cayenne qui avait déjà mis en œuvre depuis plusieurs années une politique de reconquête de son front de mer, a décidé de valoriser la pointe Buzaré jusqu'alors quasi abandonnée. Ainsi les travaux d'aménagement et de revalorisation de cette pointe furent voté à l'unanimité du Conseil municipal le 30 mai 2011.

Dès le 15 octobre 2013, une première tranche des travaux était inaugurée par le Maire de Cayenne et son conseil pour l'illumination de ce site mettant en valeur la cocoteraie, le kiosque, le mobilier et l'enrochement. L'éclairage a été choisi afin de respecter l'environnement du site tout en le sécurisant, permettant aussi une utilisation nocturne prévue avec l'installation d'un auditorium de plein air.

L'inauguration de cet amphithéâtre par le Maire, Mme Phinéra-Horth, s'est déroulée le 14 octobre 2014 en présence d'un représentant du préfet, et de M. Julien Cottalorda, architecte du projet. Ouvert aux manifestations culturelles et de loisirs de la ville, ce premier ouvrage de plein air permet d'accueillir 135 places assises, et six emplacements pour des personnes à mobilité réduite.

La Pointe Buzaré à Cayenne, un joli site naturel protégé

Origine du nom de cette Pointe

A la fin du XIXe siècle, Mr. Joseph François Marie Buzaré et son épouse Marie-Louise vinrent s'installer sur cette avancée sur laquelle ils avaient obtenu une concession temporaire. En effet, lors de la naissance de leurs enfants, Lucien Joseph et Marie-Louise Ernestine, ils habitaient à d'autres adresses à Cayenne. Ainsi Lucien Joseph Buzaré est né le 3 octobre 1891 au domicile de ses parents rue Christophe Colomb, alors que sa sœur cadette Marie-Louise Ernestine a vu le jour le 29 novembre 1893 à la rue Malouet.

Originaire du Finistère, Joseph François Marie Buzaré exerçait à Cayenne le métier aujourd'hui disparu de "Ferblantier", qui consistait à fabriquer et vendre des ustensiles en fer blanc tels que des bassines, des assiettes, casseroles ou autres lanternes, recouverts d'une fine couche d'étain. Né le 8 décembre 1865 à Landerneau (29), il est décédé le 29 mars 1903 à Cayenne.

Quelques temps après le décès de son époux, sa veuve Marie-Louise Buzaré sollicita officiellement le 24 novembre 1905 auprès du gouverneur de la Guyane une demande de concession définitive d'un terrain bâti situé à Cayenne sur l'Anse Nadau, dans la zone des 50 pas géométriques réservés à l'Etat, et qu'elle détenait depuis plusieurs années.

La demande de Mme Veuve Buzaré, ainsi que le plan des lieux, avaient été déposés au bureau du service du Domaine de l'Etat et de la Colonisation, sis au n° 16 de la rue de la Liberté, afin d'ouvrir une enquête de commodo et incommodo. C'est encore aujourd'hui le nom donné à ce type d'enquête préalable effectuée par l'Administration avant la prise de certaines décisions soumises à une autorisation administrative.

L'annonce de cette enquête fut publiée dans le Journal officiel de la Guyane Française avec cette mention :"Les personnes qui se croiraient fondées à réclamer contre cette demande seront admises à présenter leurs moyens d'opposition pendant toute la durée de l'enquête qui sera faite par le Chef du service de la Colonisation et qui sera close le 16 février 1906".

Finalement, la concession définitive sera accordée en juin 1906 à Mme Marie-Louise Bauduret, veuve du sieur Marie Joseph François Buzaré, d'un terrain situé à l'anse Nadau dans la banlieue Est de Cayenne et dépendant des 50 pas géométriques réservés à l'Etat : "Ce terrain, d'une superficie totale de 51 ares 79 centiares, est borné : au nord et à l'ouest, par le rivage de la mer ; au sud, par un sentier public faisant communiquer l'anse Nadeau avec l'anse Méret ; et à l'est, par les terres du domaine public bordant le littoral".

Mme Veuve Marie-Louise Buzaré, veuve en premières noces de Jean-Jules Navant, et en deuxièmes noces de Buzaré, décèdera le 7 avril 1912 à l'âge de 50 ans.

Cette propriété Buzaré, qui donnera son nom à cette "Pointe" du littoral nord de Cayenne, restera pendant de nombreuses décennies la propriété de cette famille.

La Pointe Buzaré à Cayenne, un joli site naturel protégé

Quelques photos supplémentaires du site

Cliquer sur une photo pour l'agrandirCliquer sur une photo pour l'agrandirCliquer sur une photo pour l'agrandir

Cliquer sur une photo pour l'agrandir

Sources :

Archives Nationales d'Outre-Mer (Etat-civil).

Journaux officiels de la Guyane française (13 janvier 1906 / 20 janvier 1906 / 19 juin 1906).

Bulletins municipaux de la ville de Cayenne (Écho Capital).

Conservatoire du littoral.

Partager cet article

Repost 0
Rédigé et publié par Phil - dans Vie en Guyane
commenter cet article
24 avril 2016 7 24 /04 /avril /2016 17:47

Excepté pour quelques uns qui s'intéressent à l'histoire de la Guyane, le nom de Paul Merwart ne doit rien évoquer pour la grande majorité de la population. Ce n'est a priori pas si étonnant car ce peintre de la marine et des colonies n'a pas non plus séjourné très longtemps en Guyane, et il y a très longtemps de cela ! En effet, il n'est resté que neuf mois car arrivé le 29 juin 1901 à Cayenne, il a quitté la Guyane à destination de la Martinique le 3 avril 1902. Pourtant, et comme vous allez le voir, il a laissé quelques belles réalisations, encore aujourd'hui visibles, de son passage dans ce pays qui était alors une colonie française en Amérique du Sud.

Né le 25 mars 1855 en Russie à Marianowka, d'un père français résidant en Pologne mais à l'époque partie de l'empire russe, et d'une mère polonaise. Il passe sa jeunesse en Pologne puis fait ses études aux Beaux-arts de Vienne, de Munich et de Dusseldorf. Il s'inscrit à l'école des beaux-arts à Paris entre 1877 et 1884. Élève préféré du portraitiste réputé Henri Lehmann, il réalise de nombreuses toiles, et des tableaux remarqués qui seront achetés par l'Etat ou par des musées locaux (Cf. son autoportrait ci-dessus).

Artiste-peintre, décorateur, illustrateur, il s'essaie à la peinture d'histoire, de genre, au portrait, au paysage, à la décoration. Il s'applique à acquérir la maîtrise complète de toutes les branches de son art : peinture à l'huile, aquarelle, pastel. Puis, il effectue de nombreux voyages pour visiter les musées d'Allemagne, de Hollande, d'Italie, et fait plusieurs séjours en Russie sur le Mont Oural et la mer Caspienne.

Comme dessinateur, son œuvre est très importante. Il réalise de nombreux dessins pour des journaux comme L'Illustration ou L'Univers illustré. Il participe notamment à illustrer l'Édition nationale de l'Œuvre de Victor Hugo. Par décision du ministre du 6 juin 1895, il devient officiellement peintre des colonies. Il sera nommé peintre de la marine en 1900. Il voyage dans de nombreux pays (Asie, Îles Canaries, Sénégal, Tunisie, Congo, Soudan ...). Il sera d'ailleurs nommé vice-président de la société coloniale des beaux-arts.

Affecté par le décès de son épouse en mars 1901, il sollicite auprès du ministère des colonies une mission en Guyane et aux Antilles, colonies encore inexplorées des peintres. Son frère cadet, Émile Merwart, secrétaire général des colonies, est alors gouverneur par intérim de la Guyane française.

Malheureusement, après son séjour guyanais, Paul Merwart trouvera la mort à Saint-Pierre en Martinique lors de l'explosion de la montagne Pelée le 8 mai 1902 à l'âge de 47 ans.

En hommage à Paul Merwart, une stèle avec son portrait en médaillon, sera apposée à l'entrée de la caverne d'Augas en forêt de Fontainebleau. Érigé par souscription publique, ce monument, oeuvre du sculpteur Ernest Dubois, sera inauguré le 15 juin 1906 en présence de sa famille : sa mère Mme Pauline Merwart, son frère, Mr. Émile Merwart, gouverneur du Congo français, et son autre frère Mr Léon Merwart, expert comptable.

En hommage à Paul Merwart, une stèle avec son portrait en médaillon, sera apposée à l'entrée de la caverne d'Augas en forêt de Fontainebleau. Érigé par souscription publique, ce monument, oeuvre du sculpteur Ernest Dubois, sera inauguré le 15 juin 1906 en présence de sa famille : sa mère Mme Pauline Merwart, son frère, Mr. Émile Merwart, gouverneur du Congo français, et son autre frère Mr Léon Merwart, expert comptable.

Paul Merwart visitera durant son séjour les sites les plus pittoresques de la Guyane française mais aussi de la Guyane hollandaise (actuel Surinam) prenant partout des croquis et des esquisses. Il remontera le fleuve Oyapock, frontière naturelle avec le Brésil, jusqu'au saut Café soka. Puis il fera une petite exploration du fleuve Maroni, frontière avec la Guyane hollandaise, jusqu'au saut Hermina.

En août 1901, il s'embarquera avec M. Levat sur le fleuve Sinnamary. David Levat était un explorateur, ingénieur civil, qui étudiera en Guyane un tracé de chemin de fer devant desservir les placers depuis Cayenne. Ils remonteront ce fleuve jusqu'au confluent avec la rivière Courcibo et jusqu'à la crique Tigre. A Courcibo, une drague à or, système Levat, était installé et semblait donner d'excellents résultats avec un personnel restreint. Cet ancien élève de l'école polytechnique et de l'école des mines concevra en effet en Guyane plusieurs dragues aurifères telles que les dragues Danica et Flora.

P. Merwart séjournera aussi chez les amérindiens Palicours et dans les villages des noirs marrons Saramacas au cours duquel il peindra de nombreuses toiles. Exténué par son exploration de la Guyane, il clôturera sa mission artistique par une exposition au musée local (actuel musée Alexandre Franconie) de Cayenne du 23 au 30 mars 1902 où près de 80 toiles seront présentées. Cette exposition qui attirera plus de 2000 visiteurs, avait été ouverte le dimanche 23 mars à 9 h du matin par le gouverneur Joseph François, accompagné de son épouse, et par le secrétaire général des colonies, Émile Merwart.

A cette occasion, le gouverneur félicitera l'artiste-peintre pour le travail considérable accomplie durant sa présence en Guyane. Il constatera aussi que pendant son séjour dans la colonie, il avait conquis la sympathie de tous, et que les habitants conserveraient un souvenir ému de l'homme et de l'artiste.

Oeuvre de Paul Merwart, cette peinture à l'huile représente l'inauguration du monument le 31 août 1901, érigé au cimetière de Cayenne, en hommage aux victimes de Mapa.

Oeuvre de Paul Merwart, cette peinture à l'huile représente l'inauguration du monument le 31 août 1901, érigé au cimetière de Cayenne, en hommage aux victimes de Mapa.

La toile ci-dessus représentant l'inauguration du Monument de Mapa au cimetière de Cayenne est encore aujourd'hui exposée au musée Franconie de Cayenne. Si vous voulez connaître l'histoire de ce monument, il faut cliquer "ICI" pour accéder à l'article qui lui est dédié sur ce blog. Outre ce tableau, Paul Merwart réalisera également une esquisse représentant la Reprise du fort Cépérou par le vice-amiral d'Estrées. Celle-ci sera finalisée sous forme de peinture à l'huile par le peintre Charles Morel en 1903.

Paul Merwart avait pris la précaution d'envoyer en France un bon nombre de ses peintures et aquarelles de Guyane avant de s'embarquer pour la Martinique. Son travail réalisé localement n'a donc pas totalement disparu avec lui lors de l'explosion de la Montagne Pelée. On retrouve certaines de ses toiles dispersées dans plusieurs musées en métropole. Pour l'anecdote, et à l'initiative de son frère Émile, quelques restes de la dépouille physique de Paul Merwart, ainsi que quelques objets lui ayant appartenu, avaient été retrouvés le 29 octobre 1903 dans les ruines de son atelier à l'hôtel de l'Intendance à Saint-Pierre. Ces menus ossements furent envoyés à sa famille sur décision du gouverneur de la Martinique du 8 mai 1906 et placés derrière la plaque en marbre de la stèle érigée en forêt de Fontainebleau.

Sur la demande de son frère, le gouverneur par intérim Émile Merwart, qui s'étonnait que Cayenne n'ait pas d'armoiries ni de devise comme la plupart des villes de France, le peintre de la marine et des colonies s'attela donc à dessiner le blason de Cayenne qu'il présentera le 25 septembre 1901 lors de la première réunion du comité de patronage du Musée local. Les armoiries de Cayenne avaient été peintes sur un tableau en wacapou, bois du pays, avec la devise écrite en latin "Fert aurum industria". Cette devise, proposée par Émile Merwart, qui se traduit littéralement par "Le labeur produit l'or", signifie "Le travail procure la richesse" (Cf. Blason de Cayenne en haut à gauche de ce paragraphe). Ces armoiries de Cayenne ont été dessinées par P. Merwart mais avec les précieux conseils d'Hippolyte de Saint-Quentin.

Enfin, Paul Merwart préparait l'illustration, malheureusement inachevée, de toute une série de timbres-poste pour les colonies françaises et notamment pour le Moyen Congo, le Congo français, l'Oubangui-Chari ... et la Guyane Française. L'illustration de ces timbres-poste de Guyane, sur lesquels le nom de Paul Merwart apparaît discrètement, représente trois scènes : le fourmilier, le laveur d'or (Orpailleur) et la place des palmistes. Edités bien après la mort du célèbre illustrateur, ces timbres furent commercialisés pour la première fois en 1904, puis entre 1922 et 1928 à des montants différents, et sous plusieurs colories, comme on peut le voir sur les trois exemplaires ci-dessous.

Timbres-poste de la Guyane française illustrés par le peintre de la marine et des colonies Paul Merwart (Cliquer sur un des timbres pour l'agrandir).Timbres-poste de la Guyane française illustrés par le peintre de la marine et des colonies Paul Merwart (Cliquer sur un des timbres pour l'agrandir).Timbres-poste de la Guyane française illustrés par le peintre de la marine et des colonies Paul Merwart (Cliquer sur un des timbres pour l'agrandir).

Timbres-poste de la Guyane française illustrés par le peintre de la marine et des colonies Paul Merwart (Cliquer sur un des timbres pour l'agrandir).

Sources :

Journal officiel de la Guyane française (28 septembre 1901 / 8 février 1902 / 19 avril 1902).

Le Petit Parisien du 16 juin 1906.

Revue moderne des arts et de la vie (Octobre 1902 / Août 1906).

Gil Blas du 31 mai 1902 (La Mission Merwart).

Revue universelle 1902 (L'année philatélique).

Copie des timbres-poste de Guyane sur le site des enchères publiques (www.catawiki.fr).

http://portraitsofpainters.blogspot.com/ (Autoportrait de P.Merwart).

Partager cet article

Repost 0
Rédigé et publié par Phil - dans Vie en Guyane
commenter cet article
22 mars 2016 2 22 /03 /mars /2016 10:40

Œuvre du sculpteur Jacques Raybaud, la statue de Jean Galmot a été inaugurée le vendredi 30 avril 2004 à Cayenne non loin du village chinois sur le rond-point communément nommé rond-point Galmot. L'inauguration a eu lieu en présence de M. Rodolphe Alexandre, à l'époque président de la Communauté de Communes du Centre Littoral-Guyane et de son Conseil communautaire :

M. Jean-Claude Lafontaine, maire de la ville de Cayenne, M. Antoine Karam, président du Conseil Régional, de M. Pierre Désert, président du Conseil Général, de M. François Martin, président directeur général de la Générale des Eaux, de M. Roger-Michel Loupec, président du Conseil Économique et Social Régional. Cette sculpture monumentale en bronze a été offerte à la ville de Cayenne par la Communauté de Communes du Centre-Littoral ainsi que par la Société Guyanaise des Eaux.

Jean Galmot fut homme politique, industriel, chercheur d'or, écrivain, pilote d'avion, journaliste, publiciste et sans-doute, aventurier. Je ne vais pas décrire ici toutes ses activités ni sa vie en Guyane, ni même les circonstances de son décès, car tout a été dit, écrit, et commenté dans la presse de l'époque. Nombre d'articles plus récents sur des blogs ou autres sites Internet retracent la vie pour le moins aventureuse et originale de cet homme d'exception qui fut député de la Guyane de 1919 à 1924, et apprécié d'une large majorité de la population guyanaise qui le surnommait affectueusement Papa Galmot.

Rappelons simplement que Jean Galmot était né le 2 juin 1879 à Monpazier en Dordogne et décédera le 6 août 1928 à l'hôpital Saint Paul de Cayenne à l'âge de 49 ans. La rumeur de son assassinat par empoisonnement déclencha des émeutes dans les rues de Cayenne les 6 et 7 août aboutissant à la mort brutale de six personnes, amis ou partisans d'Eugène Gober, ancien maire de la ville, et opposant politique de Galmot. Eugène Gober avait en effet "lâché" Galmot après l'affaire des Rhums, pour soutenir la candidature d'Eugène Lautier lors des élections législatives de mai 1924, puis ensuite celle d'avril 1928 contre le galmotiste Georges Anquetil.

Suite à ces très graves incidents, trente six personnes furent arrêtées, mais seules quatorze d'entre elles dont deux femmes furent inculpées pour pillages, crimes et complicité de meurtres lors d'un procès retentissant délocalisé à Nantes (Loire-Inférieure) en mars 1931. Les insurgés de Cayenne, comme ils étaient appelés, seront tous acquittés le 21 mars. L'on prête cet acquittement à la brillante plaidoirie de Gaston Monnerville, l'un de leurs avocats. A la suite de cette affaire Galmot, Gaston Monnerville se présentera aux élections législatives de 1932 en Guyane contre le député sortant Eugène Lautier. Il gagnera avec une très large majorité.

Jean Galmot repose au cimetière de Cayenne (voir les photos de sa sépulture en fin d'article).

La statue de Jean Galmot à Cayenne

Alors qu'il est rédacteur à Nice au journal le Petit Niçois depuis 1904, Jean Galmot fait la connaissance, lors d'une réception chez M. André de Joly, préfet des Alpes-Maritimes, du diplomate américain Heydecker, ancien vice-consul des Etats-Unis à Saint-Pétersbourg en Russie. Alexandre William Heydecker lui parle de la Guyane et notamment du placer Elysée (Mine d'or) dont il est le propriétaire. Le courant passe bien entre les deux hommes, tant et si bien que J. Galmot sera invité au domicile niçois du diplomate.

A cette occasion, J. Galmot fera la connaissance de Marianne Heydecker, sa fille, âgée de huit ans de moins que lui, et de laquelle il s'éprendra. Le coup de foudre réciproque entre les deux jeunes gens aboutira à leur mariage, d'abord civil, à la mairie de Nice le 24 octobre 1905, puis à l'église américaine du boulevard Victor Hugo. Lors de son mariage, Jean Antoine Galmot se déclare publiciste, demeurant boulevard Cimiez à Nice. Ses parents, absents mais consentants à ce mariage, Jean-Baptiste et Anne Galmot, habitent à Qilleboeuf dans l'Eure.

Marianne Antoinette Heydecker est née le 28 septembre 1887 à Paris, de nationalité américaine, sans profession, demeurant Villa Heydecker, boulevard de la Mantega à Nice, fille mineure de Heydecker William Alexander, rentier, et de Pain Marie Étiennette, sans profession.

Leur union donnera naissance à leur fils Robert William, né le 16 juillet 1906 à Nice. Malheureusement leur fils souffrira rapidement de maladie, maladie qui était alors nommée "folie précoce". Jean Galmot restera jusqu'à son dernier souffle très attaché à son épouse Marianne malgré de longues et fréquentes périodes d'éloignement.

En 1927-1928, l'adresse des époux Galmot en métropole était Château de Soriac à Soriac en Dordogne et au numéro 4 de la rue Parrot à Paris dans le 12° arrondissement. A son retour en Guyane en 1928, J. Galmot occupait une chambre à la rue Malouet, et une autre transformée en bureau, rue des Marais (actuelle rue du Lieutenant Becker) à Cayenne.

Au décès de Jean Galmot, sa veuve désignera le nouveau maire de Cayenne Auguste Quintrie comme exécuteur testamentaire car c'était un ami du défunt. Celui-ci fut soupçonné peu après d'avoir extrait une grande partie des affaires personnelles de Galmot dans une grande malle qu'il amena chez lui. Mme Veuve Galmot fut en effet déçue de ne recevoir que quelques objets personnels de son mari alors qu'il avait beaucoup de dossiers à Cayenne.

La statue de Jean Galmot à Cayenne

Ce qu'on sait moins de la vie de Jean Galmot, c'est qu'il fut aussi écrivain. Il a rédigé plusieurs ouvrages : La fille de Faust (1901), Nanette Escartefigue - histoire de brigands (1906), Quelle étrange histoire ... (1918), Un mort vivait parmi nous (1922). Son dernier manuscrit, non encore publié, qu'il avait fini d'écrire peu de temps avant sa mort, ne fut jamais retrouvé dans ses affaires personnelles à Cayenne ... Ce brouillon de livre, si l'on peut dire, fut semble-t-il lui-aussi subtilisé comme beaucoup d'autres de ses documents après son décès. Son titre était "Double existence". Seules quelques pages éparses furent retrouvées.

Mandaté par son beau-père pour examiner les conditions d'exploitation de son placer Elysée sur la Mana, Jean Galmot effectuera son premier voyage en Guyane à cheval entre les années 1906 et 1907. Il obtiendra aussi pour l'occasion, sur les recommandations de son beau-père, une mission d'études sur le commerce en Guyane française par le ministère des colonies. A son retour, il fera plusieurs conférences dont une à la société de géographie le 21 juin 1907 où il rendra compte de son périple dans la Guyane anglaise, hollandaise et française. A cette occasion, il exposa un grand nombre de photographies notamment de chercheurs d'or prises sur les fleuves Maroni et Mana. Un compte-rendu sera publié dans le Journal Officiel de la République Française du 11 juillet 1907.

Suite à une décision ministérielle prise le 2 avril 1915, Jean Galmot sera chargé d'une nouvelle mission d'études par le ministre des colonies portant sur les débouchés offerts aux produits français dans les Antilles anglaises et françaises ainsi qu'en Amérique centrale.

Jean Galmot continuera occasionnellement à alimenter par quelques articles quelques périodiques de métropole.

La statue de Jean Galmot à Cayenne

La vie tumulteuse de Jean Galmot inspira de nombreux auteurs, aussi bien avant qu'après sa mort. Louis Chadourne, qui avait rencontré Jean Galmot et qui fut son secrétaire lors d'un voyage aux Caraïbes, écrira deux romans dans lesquels il décrit le personnage controversé de J. Galmot dans " Terre de Chanaan" chez Albin Michel paru en 1921, et "Le Pot au noir" chez le même éditeur en 1922. Cependant, l'un des plus célèbres est sans-doute le roman de Blaise Cendrars intitulé "Rhum. L'aventure de Jean Galmot", paru chez Grasset en 1930.

Plus récemment André Bendjebba publia aux éditions Le Cherche midi en 2010 "Le prophète de la Guyane - La vie aventureuse de Jean Galmot". Un autre écrivain Jacques Magne a publié aux Éditions Caribéennes "Jean Galmot, l'homme des tropiques" en 1990. Michèle Touret fit paraître aux Presses Universitaires de Rennes en 1998 "Cendrars au pays de Jean Galmot : roman et reportage".

Un écrivain guyanais, Georges Othily, qui deviendra sénateur de la Guyane en 1989, rédigea aux Éditions Caribéennes en 1987 un ouvrage nommé : "1928, tragédie à Cayenne : les émeutes, la mort du Dr Jean". On peut aussi citer "Guyane à fleur de mots : essai littéraire : la représentation du milieu naturel guyanais dans les œuvres de Jean Galmot, René Jadfard et Micheline Hermine" d'Hervé Vignes paru aux éditions Aguer en 1995.

Le cinéaste Alain Maline tourna un film "Jean Galmot, aventurier" avec, dans le rôle principal, Christophe Malavoy. Sorti en octobre 1990, il fut principalement tourné en Guyane. Un documentaire destiné à la télévision intitulé "les insurgés de Cayenne, le premier procès colonial à Nantes" de l'auteur André Bendjebbar, fut réalisé par Barcher Bauer en 2009.

Sa sépulture au cimetière de Cayenne :

Photographies de la sépulture de Jean Galmot au cimetière de Cayenne : celle de gauche a été prise quelques années après sa mort, l'autre date de mars 2016 (cliquer sur une photo pour l'agrandir). .Photographies de la sépulture de Jean Galmot au cimetière de Cayenne : celle de gauche a été prise quelques années après sa mort, l'autre date de mars 2016 (cliquer sur une photo pour l'agrandir). .

Photographies de la sépulture de Jean Galmot au cimetière de Cayenne : celle de gauche a été prise quelques années après sa mort, l'autre date de mars 2016 (cliquer sur une photo pour l'agrandir). .

Sources :

http://data.bnf.fr/12128019/jean_galmot/studies

Archives Nationales d'Outre-Mer (IREL).

Journal Officiel de la République Française du 11 juillet 1907.

http://data.bnf.fr/12128019/jean_galmot

La Revue Hebdomadaire de 1934 (La vie véridique et cruelle de Jean Galmot).

Différents articles de la Presse de l'époque (Gallica).

Partager cet article

Repost 0
12 mars 2016 6 12 /03 /mars /2016 11:51

La Maison hospitalière des sœurs de St Paul de Chartres, située place des Palmistes, était le premier hôpital privé au début du XXe siècle en Guyane. Datant de l'année 1904, elle ne recevait que des malades payants. Le docteur Henry qui avait aidé les sœurs à créer cet établissement y exercera comme chirurgien. Il y avait aussi à l'époque à Cayenne deux autres établissements hospitaliers dans lesquels les sœurs de St Paul officiaient :

- L'hôpital colonial, qui deviendra plus tard l'hôpital Jean Martial en juin 1946, recevait les fonctionnaires, les militaires, les bagnards et les particuliers, mais à leur frais pour ces derniers.

- Quant à l'hôpital-hospice civil du camp St Denis, il accueillait les fonctionnaires municipaux, les indigents, les impotents et les aliénés.

Les sœurs de St Paul de Chartres avaient alors en Guyane la mission principale de soigner les malades. On les retrouvait dans tous les hôpitaux de la Guyane, et notamment dans les hôpitaux du bagne comme celui des Îles du Salut. Une plaque commémorative est d'ailleurs apposée depuis le 3 novembre 1993 dans la chapelle de l'Île Royale (Cf photo à gauche) en souvenir de leur présence aux Îles du Salut entre 1852 et 1904. Elles soignaient alors les bagnards mais aussi les personnels de l'administration pénitentiaire et leur famille.

La congrégation des sœurs de St Paul de Chartres fut fondée en 1696 par l'abbé Louis Chauvet, curé d'un petit village de Beauce nommé Levesville-la-Chenard, situé à trente cinq kilomètres de Chartres. Marie-Anne de Tilly, co-fondatrice de la communauté, prépara ses jeunes compagnes pour leur mission : éduquer les filles des laboureurs, visiter les pauvres et les malades, servir les hospices en petites communautés de deux ou trois sœurs.

Aujourd'hui, si la congrégation a des représentantes un peu partout sur la planète (Europe, Afrique, Asie, Amérique du nord et du sud, Antilles-Guyane ...), la Guyane fut leur première implantation hors de France.

Maison hospitalière des Soeurs de Saint Paul de Chartres au début du XXe siècle à Cayenne

En 1727, le Comte de Maurepas, Secrétaire d'Etat à la marine, demanda à l’évêque de Chartres, après avoir essuyé quelques échecs auprès d'autres congrégations, des religieuses pour prendre soin des malades à l’hôpital de Cayenne en Guyane et instruire les enfants des officiers de cette ville.

Quatre sœurs furent alors choisies parmi le grand nombre de celles qui s’offrirent. Elles arrivèrent à Cayenne le 12 septembre 1727 à bord de la Flûte Dromadaire (Bateau de trois mâts aux voiles carrées de 350 tonneaux construit en Angleterre en 1718), soit six mois après leur départ de Rochefort le 23 avril.

Elles s'appelaient Sœur Marie Méry, supérieure, Sœur Françoise Taranne, toutes les deux natives de Nogent-le-Rotrou, Sœur Madeleine Bilharan, et Sœur Marie Malaivre de Mantes. Les sœurs de Saint Paul de Chartres étaient à l'époque appelées les soeurs grises car elles portaient des habits gris.

Cette demande du Comte de Maurepas faisait suite à la lettre du gouverneur de la Guyane, le Capitaine de frégate Claude d'Orvilliers, fils de l'ancien gouverneur, qui avait sollicité le Secrétaire d'Etat à la marine afin qu'il lui envoie des religieuses pour aider les jésuites à l'hôpital royal qu'il avait fait construire à Cayenne dans les années 1716-1717. Celui-ci se trouvait alors au pied du fort Cépérou, à l'emplacement du bâtiment de l'ancienne douane, aujourd'hui restauré et occupé par la Direction des Affaires Culturelles (DAC) de Guyane.

Depuis 1727, les sœurs de St Paul de Chartres ne quittèrent plus la Guyane même si, au fil des ans, il y eut de nouvelles arrivées, des départs et bien évidemment de nombreux décès. A la révolution de 1789, les sœurs soignèrent aussi les déportés politiques exilés en Guyane. Au moment de l'invasion portugaise en 1809, il ne restait plus qu'une seule sœur de St Paul à Cayenne. Elles ne revinrent en Guyane qu'après le départ des Portugais en 1817.

Les sœurs de Saint Paul de Chartres s'acquittèrent avec zèle de leurs tâches en Guyane s'occupant à la fois de l'hôpital de Cayenne et de l'instruction des enfants. Ce n'est qu'à partir de l'arrivée en Guyane des sœurs de Saint Joseph de Cluny en 1822, que les sœurs de St Paul ne se consacrèrent plus qu'à soigner les malades. L'instruction fut en effet confiée aux soeurs de St Joseph.

A la création de l'hospice civil au camp St Denis à Cayenne en 1836, ce nouvel établissement de soins ne sera confié aux sœurs de St Paul de Chartres qu'en 1838. C'étaient les sœurs de St Joseph de Cluny qui en avaient jusqu'alors la responsabilité.

Maison hospitalière des Soeurs de Saint Paul de Chartres au début du XXe siècle à Cayenne

La Maison hospitalière des sœurs de St Paul de Chartres deviendra bien plus tard une maison de retraite, toujours gérée par les sœurs de St Paul. Cet ancien bâtiment, qui avait déjà subi plusieurs rénovations au cours des années, sera entièrement réhabilité pour un coût total de 3,7 millions d'euros et inauguré le 30 novembre 2007, avec toujours la même fonction de maison de retraite, mais avec un nom d'aujourd'hui : Etablissement d'Hébergement des Personnes Âgées Dépendantes (EHPAD) Saint Paul (Voir la photo ci-dessous).

Cet établissement est géré depuis 1974 par l'Association Guyanaise d'Aides aux Personnes Agées (AGAP) dans le cadre d'un partenariat avec les sœurs de St Paul de Chartres et d'une convention signée en 1976 avec le Département lui confiant la mission d'assurer l'hébergement des personnes âgées valides ou dépendantes en leur dispensant des soins.

Presque trois cents ans après leur installation en Guyane, les sœurs de St Paul de Chartres sont toujours présentes et disposent de plusieurs communautés : communauté des Palmistes (EHPAD St Paul) et communauté Clinique Saint-Paul (hôpital privé) à Cayenne ; communauté de Saint-Georges-de-l’Oyapock (Home indien), communauté de Cacao (Ecole et collège) à Roura. Présentes depuis plus de quarante ans à Maripasoula où elles s'occupaient des collégiens venant des villages isolés, les sœurs ont quitté cette commune fin juillet 2012 suite à la vente du Home qui, propriété du diocèse, a été vendu à la mairie.

Nombreuses sont les sœurs de St Paul de Chartres qui ont marqué la population guyanaise et leur passage sur cette terre française d'Amérique. Certaines ont été officiellement félicité par le ministre de la marine et des colonies pour leur abnégation et leur courage lors des épidémies de fièvre jaune, notamment celle de 1889. Pour n'en citer qu'une, bien que d'autres mériteraient aussi d'être nommées, on peut parler de Mme Jullie Charleux (1835-1900), Soeur Anselme en religion. Arrivée en Guyane en 1858, elle ne devait plus quitter ce pays et fut nommée Supérieure de l'hôpital militaire de Cayenne en 1889. Elle reçut la Croix de Chevalier de la légion d'honneur le 27 juillet 1896 (Décret du ministre des colonies).

L'EHPAD Saint Paul est situé sur l'emplacement de la Maison Hospitalière des soeurs de St Paul de Chartres du début du XXe siècle.

L'EHPAD Saint Paul est situé sur l'emplacement de la Maison Hospitalière des soeurs de St Paul de Chartres du début du XXe siècle.

Sources :

Site Internet de l'ancien Conseil général de Guyane (article du 20/12/2007 : Inauguration de l'EHPAD Saint Paul).

http://diocese.cayenne.free.fr/egliseguya.php/

Les hospitalières françaises en Amérique aux XVIIe et XVIIIe siècles par Marie-Claude Dinet-Lecomte.

La Guyane Française en 1865 : aperçu géographique, historique, législatif, agricole, industriel et commercial, par Léon Rivière, directeur de la Banque de la Guyane française (Imprimerie du Gouvernement Cauenne,1866).

Journal officiel de la Guyane Française (12/1900).

http://www.redris973.fr/HTML/Henry.htm

Partager cet article

Repost 0
Rédigé et publié par Phil - dans Vie en Guyane
commenter cet article
5 mars 2016 6 05 /03 /mars /2016 09:04

Pour tout vous dire, découvrir une bestiole dans sa piscine n'a rien d'inhabituel en Guyane, surtout lorsqu'on a un jardin sur les bords du littoral guyanais. Habitant à Remire-Montjoly, nous avons régulièrement des lézards, des iguanes, des crapauds, grenouilles et araignées ... Excepté pour les araignées, les grenouilles et certains iguanes, ces petites bébêtes ont en général besoin d'un coup de main pour sortir de leur bain.

Quant aux serpents, cela arrive assez régulièrement d'en rencontrer dans notre jardin. Il est par contre moins fréquent qu'ils décident de faire trempette. Mais il faut quand-même se méfier car si pratiquement tous les serpents de Guyane sont inoffensifs, certains peuvent cependant être qualifiés de "mordeurs". Il semble que celui qui s'est invité début février dans notre piscine fait partie de cette catégorie !

J'avais déjà rédigé un petit article sur ce blog sur un iguane qui se promenait sans crainte autour de la piscine (pour voir cet article, cliquer "ICI"). Il y a en effet souvent des iguanes, jeunes et moins jeunes, qui viennent se prélasser autour de cette piscine et qui finissent parfois par y faire un plongeon lorsque notre chien les a repérés.

Un serpent dans notre piscine à Montjoly !

Le serpent de notre piscine est un juvénile de la famille des Colubridae. Son nom scientifique est Mastigodryas boddaerti (Sentzen, 1796). Adulte, il peut mesurer au maximum 1 m 30. Diurne, terrestre et semi-arboricole, ce serpent est très vif dans ses déplacements. Je n'ai d'ailleurs pas réussi à l'extraire de la piscine avec une épuisette. Il a fallu que j'utilise une "frite" en mousse pour que notre serpent vienne se poser dessus, comme on peut le voir sur la photo ci-dessous.

On observe ce serpent en forêt secondaire, dans les abattis, dans les zones cultivées, les plages, ainsi que les jardins. Il chasse au sol dans la végétation herbeuse et les petits arbustes. Il s'accommode bien de la présence des hommes et fréquente la proximité immédiate des maisons.

Il consomme des lézards, grenouilles, oiseaux, et petits mammifères qu'il rencontre en abondance dans les jardins des habitations.

Un serpent dans notre piscine à Montjoly !

Le Mastigodryas boddaerti est très irritable lorsqu'on le capture. Importuné et acculé, il fait vibrer violemment sa queue. C'est un serpent mordeur qui mastique facilement le doigt ou la main qui a réussi à le saisir. Il est donc préférable d'être prudent même si la morsure, certes parfois douloureuse, ne provoque pas d'envenimation. Il est en effet aglyphe, c'est-à-dire qu'il ne possède pas de crochets à venin ni d'appareil venimeux.

Une fois posé sur la frite, ce jeune serpent a été délicatement remis dans un buisson pour qu'il poursuive sa vie ... dans notre jardin ou ailleurs.

Il est présent dans tout le nord de l'Amérique du Sud, de la Bolivie jusqu'au Brésil.

Un serpent dans notre piscine à Montjoly !

D'autres petites bestioles dans la piscine ...

Cliquer sur une photo si vous voulez l'agrandirCliquer sur une photo si vous voulez l'agrandir
Cliquer sur une photo si vous voulez l'agrandirCliquer sur une photo si vous voulez l'agrandir

Cliquer sur une photo si vous voulez l'agrandir

Source :

Serpents et amphisbènes de Guyane Française, par Fausto Starace (Ibis Rouge Editions).

Partager cet article

Repost 0
Rédigé et publié par Phil - dans Vie en Guyane Faune de Guyane
commenter cet article
Créer un blog gratuit sur overblog.com - Contact - CGU -