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2 octobre 2015 5 02 /10 /octobre /2015 15:22

L'hôpital Jean Martial, situé au numéro 2 de l'avenue Léopold Héder et au 9 de la rue Fiedmont à Cayenne, tombait progressivement en ruine depuis son abandon en 1991 comme centre hospitalier. Le Conseil général l'utilisa jusqu'en 1995 pour y abriter certains de ses services. Inscrit à l'inventaire des Monuments Historiques par arrêté du 9 décembre 1992, un nouvel arrêté du 22 avril 2013 le classe Monument Historique dans sa totalité, y compris son sous-sol.

Eu égard à l'emplacement de ce site qui est en prolongement de la place des Palmistes, et à son caractère historique, de nombreux projets de réhabilitation ont été envisagés mais sans qu'aucun d'entre eux n'aboutisse. Ce ne sera finalement que le 3 septembre 2010 qu'une convention-cadre sera signée entre le Conseil Régional, le Conseil Général, propriétaire du site, et l'Etat (Ministère de la Culture) avec comme objectif de restaurer et de valoriser le site de l'ancien hôpital Jean Martial pour y créer la Maison des Cultures et des Mémoires de la Guyane. L'originalité de cette convention réside dans son montage financier puisque la parité est totale entre les trois signataires.

Cette convention a aussi permis de réaliser les premiers travaux de conservation comme les toitures en tuiles des deux bâtiments principaux, la réfection des charpentes et la construction d'une dalle de béton sous les toitures. Le projet complet est estimé à environ 50 millions d'euros répartis entre les deux sites que sont l'ancien hôpital Jean Martial (29 millions) et le nouveau site du Moulin à vent en cours de construction à Remire-Montjoly situé près de RFO, face à la mairie.

L'ancien hôpital Jean Martial abritera le musée départemental, le musée des cultures guyanaises, les archives départementales, une cinémathèque, des expositions temporaires et permanentes, le dépôt des fouilles archéologiques et un espace dédié aux enfants. Quant au site du Moulin à vent de Remire-Montjoly, il comprendra des salles de lecture des archives, un atelier de restauration, des magasins et les réserves des musées.

Déjà le 24 octobre 2014 avait été inauguré l'Espace culturel Joseph Ho-Ten-You dans le Pavillon séparé par le porche d'entrée de l'ancien hôpital, en hommage à l'ancien président du Conseil général. Cet Espace de plus de 400 m2, qui préfigure la future Maison des Cultures et des Mémoires de la Guyane, abrite des expositions temporaires des fonds patrimoniaux appartenant aux différents musées de la Guyane.

Rappelons que Joseph Ho-Ten-You décédé le 31 août 2014 à l'âge de 72 ans, chirurgien-dentiste de profession, avait été conseiller général du canton de Remire-Montjoly depuis le milieu des années 80 et conseiller municipal. Il fut président du Conseil général entre 2001 et 2004.

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Jean Martial, médecin militaire

Le nom de Jean Martial, médecin militaire ayant le grade de lieutenant-colonel, a été donné à cet hôpital lors d'une inauguration le 18 juin 1946 en présence du gouverneur Jean Peset, de Gaston Monnerville, et des autorités civiles et militaires. Originaires de la Guyane, Jean Martial et Gaston Monnerville étaient non seulement de la même génération mais ils étaient aussi amis. Ils ont fait tous les deux leurs études à la même époque au collège de Cayenne, puis à Toulouse, tout en poursuivant des chemins professionnels différents.

Jean Raphaël Olivier Eugène Martial est né le 28 mai 1896 à Cayenne au domicile de ses parents, rue des remparts. Il est le fils de Léon Mirtil Martial qui avait alors 27 ans et était employé au télégraphe, et de Pauline Victoire Caroline Monrose, 25 ans, sans profession. Jean Martial aura six autres frères et sœurs : Charles ( 1895-1942), Emilie (1897- 1985), Victor (02/1900-08/1900), Armande (1901-1982), Léonie (1903-2003) et Rose (1908-1934).

Il est à noter que ses parents Léon Martial (né le 13 novembre 1868 à Sainte Anne en Guadeloupe / décédé le 16 janvier 1949 à Aix-en-Provence) et Caroline Monrose (née le 17 novembre 1869 à Cayenne / décédée le 8 février 1955 à Aix-en-Provence) deviendront tous les deux instituteurs. Déjà, lors de la naissance de sa fille Emilie en novembre 1897, Léon avait embrassé la profession d'instituteur. On retrouve ainsi la trace de leur mutation commune à l'école primaire d'Iracoubo en 1913 (Décision du 13 octobre 1913 portant mutations dans le personnel de l'Enseignement primaire). En septembre 1916, ils reviennent tous les deux à Cayenne.

Après de brillantes études au collège de Cayenne, Jean Martial poursuit ses études supérieures à Toulouse. Il participe à la première guerre mondiale dans les troupes des tirailleurs sénégalais. Ayant intégré l'école de santé de la marine en 1920, il obtient son diplôme de docteur en médecine en 1922.

Affecté en Afrique occidentale française, puis en Indochine, on le retrouve chef du service de santé de la côte française des Somalis en 1939. Jean Martial meurt du Typhus le 18 juin 1939 à Djibouti à l'âge de 44 ans. Il était détenteur de nombreuses distinctions honorifiques : Chevalier de l'Ordre de l'Etoile noire en 1928, Chevalier de la légion d'honneur en 1931 et Chevalier de l'Ordre du Dragon d'Annam en 1936.

Marié le 1er juin 1933 à Paris avec Simone Marie Binkert (née le 17 février 1906 à Montélimar / décédée le 1er avril 2000), Il aura trois enfants nés à Lang-Son au Vietnam : Philippe (1934) et les deux sœurs jumelles Claudine et Brigitte (1936).

Autres photos de l'ancien hôpital Jean Martial aujourd'hui

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Historique de l'hôpital de Cayenne au XVIIe et XVIIIe siècle

Un premier "hôpital" avait été sommairement construit en 1698 mais détruit par un incendie : "Ainsi la ville de Cayenne compte, en 1698, un hangar recouvert de feuilles de palmiers, pompeusement appelé l’hôpital" (A. Henry)". Celui-ci fut reconstruit en pierre dans les années 1716-1717, sous le gouverneur Claude Guillouet, seigneur d'Orvilliers, capitaine de frégate, à l'emplacement des anciennes douanes en direction de l'actuel vieux port, bâtiment aujourd'hui réhabilité et occupé par la Direction des Affaires Culturelles.

Le Révérend Père Labat, de l'Ordre des Frères prêcheurs, raconte dans le Tome III de l'ouvrage intitulé "Voyage du chevalier Des Marchais, en Guinée, Isles voisines, et à Cayenne : fait en 1725, 1726 et 1727" qu'en 1726, l'hôpital des malades est au pied du port. C'est le troisième bâtiment de pierre qui est dans la ville. Une carte de la ville de Cayenne dressée par le chevalier Des Marchais positionne l'hôpital près du port au pied du fort Saint Michel maintenant nommé fort Cépérou (cliquez sur l'image à gauche pour l'agrandir).

Quatre sœurs de la congrégation de Sant Paul de Chartres, à l'époque nommées sœurs grises, arriveront en Guyane dès 1727 pour s'occuper de l'hôpital. Elles seront une trentaine à se succéder jusqu'en 1789. Mais après quelques décennies, l'hôpital royal n'est plus adapté, mal ventilé et doit être refait en urgence.

Pierre-Victor Malouet, commissaire général de la marine et ordonnateur en Guyane entre 1776 et 1778, demande en 1777 à l'ingénieur géographe du Roi Jean-Baptiste Tugny de réaliser un projet de nouvel hôpital et de présenter les devis d'après les dessins réalisés. Malouet confiera à Jean-Baptiste Tugny la réalisation de ce nouvel hôpital en 1778.

Plan du projet de l'hôpital royal dressé par Jean-Baptiste Tugny le 1er Octobre 1777, ingénieur géographe du Roi, arpenteur (Source ANOM)

Plan du projet de l'hôpital royal dressé par Jean-Baptiste Tugny le 1er Octobre 1777, ingénieur géographe du Roi, arpenteur (Source ANOM)

Histoire contemporaine de l'ancien hôpital Jean Martial

Il est difficile de savoir si ce projet d'hôpital ci-dessus a été réalisé ou non, en totalité ou en partie, en 1789 sur l'emplacement actuel de l'ancien hôpital Jean Martial. De nombreux autres plans de construction ou d'amélioration de l'hôpital militaire à partir de 1819 sont accessibles dans les archives nationales d'outre-mer. De même, de nombreux édifices de l'hôpital ont été démolis, d'autres construits et certains modifiés depuis le début du XIXe siècle ...

En 1808, il ne restait que trois sœurs de Saint Paul de Chartres à l'hôpital. Elles reviendront après le départ des Portugais de la Guyane en 1817. En avril 1842, il y aura dix sœurs affectés aux soins des malades dont une sœur supérieure. En 1865, 13 sœurs sont affectés au service de l'hôpital militaire. Un bâtiment servant de logement leur avait été construit en 1856, auquel sera rajouté une chapelle.

Les bâtiments en bois seront reconstruits en maçonnerie durant l'époque du gouverneur Jean-Louis Loubère entre 1870 et 1877. Des éléments métalliques ont été utilisés dans la maçonnerie et les galeries. Le plan de l'hôpital qui fut dénommé "colonial", puis "militaire" avant qu'on le baptise en 1946, comme déjà précisé, du nom du médecin militaire Jean Martial, n'a pas tellement évolué depuis 1879, comme on peut le voir sur le plan ci-dessous.

Plan émanant des archives nationales d'outre-mer (modifié pour y ajouter les fonctions des bâtiments)

Plan émanant des archives nationales d'outre-mer (modifié pour y ajouter les fonctions des bâtiments)

Cartes postales anciennes et gravure de l'hôpital colonial de Cayenne

Ancien hôpital Jean Martial à CayenneAncien hôpital Jean Martial à Cayenne
Ancien hôpital Jean Martial à CayenneAncien hôpital Jean Martial à Cayenne

Sources :

Bulletins officiels de la Guyane Française.

Archives Nationales d'Outre-Mer (ANOM).

Voyage du chevalier Des Marchais en Guinée, Isles voisines, et à Cayenne: fait en 1725, 1726 et 1727 "parle R.P Labat - publié en 1730.

Jean-Baptiste Tugny, géographe du Roi (Généalogie et Histoire de la Caraïbe / Numéro 64 - Octobre 1994).

Association Amicale Santé Navale et d'Outre-Mer (ASNOM).

Site du Conseil Général de la Guyane : Ancien hôpital jean Martial

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7 juin 2015 7 07 /06 /juin /2015 10:35

La fontaine Merlet était située Place des Palmistes à Cayenne, qui s'appelait à l'époque Place de l'Esplanade. Elle avait été finalisée début 1867 pour alimenter la ville en eau courante. Trois autres fontaines furent construites en même temps à Cayenne, la fontaine à l'angle du Boulevard Mandela (ex Boulevard Jubelin) et de l'avenue de Gaulle, toujours présente mais qui n'est plus alimentée en eau depuis bien longtemps, la fontaine Tardy de Montravel sur la place Léopold Héder et qui fonctionne encore et la fontaine Paul Dunez, aujourd'hui disparue, qui se trouvait à l'angle de l'avenue de Gaulle et de la rue du 14 juillet.

Ces quatre fontaines publiques étaient alimentées par un gros réservoir situé sur le Mont Cépérou qui lui-même recevait l'eau par des canalisations en provenance du lac du Rorota sur le Mont Mahury de Remire. Un deuxième réservoir fut construit un peu plus tard en 1893 sur la colline de Montabo.

Le projet d'alimenter en eau courante la ville de Cayenne fut initié par le gouverneur Tardy de Montravel qui mobilisa les services pénitentiaires en utilisant les bagnards comme main d'oeuvre, puis les travaux furent poursuivis sous la gouvernance de son énergique successeur, le Colonel Jean-Louis Loubère.

Mais c'est un autre gouverneur de la Guyane, A. Hennique, qui inaugurera ces fontaines en 1867 et qui proposera à l'administration de Napoléon III que l'une d'entre elles, celle située sur la Place de l'Esplanade, soit nommée Merlet afin de perpétuer dans le souvenir de la population de Cayenne le nom de l'ancien maire, décédé le 6 avril 1867 à son domicile du n° 12 de la rue de Choiseul (actuelle avenue du Général de Gaulle).

L'arrêté promulguant en Guyane les deux décrets impériaux du 28 avril 1868 désignant sous les noms de Tardy de Montravel, la fontaine de la Place du Gouvernement, et de Merlet, celle située Place de l'Esplanade, est daté du 4 juin 1868.

Cette fontaine Merlet restera sur cette place pendant 90 ans soit jusqu'en 1957 où elle fut enlevée pour y construire le monument érigé en l'honneur de Félix Eboué. Cette fontaine se trouvait précisément à cet emplacement comme on peut le voir sur l'ancienne carte postale ci-dessous où l'on voit aussi l'école maternelle Joséphine Horth.

Histoire de la fontaine Merlet à Cayenne, également disparue

Pierre Merlet, né à Saint Jean le Blanc (Loiret), et Magdelaine Deblois se sont mariés le 13 avril 1779 à Cayenne. Pierre Merlet dit Saint Louis était aubergiste. Magdelaine Deblois était veuve de Jean Viaud, charpentier à Cayenne. Le couple Merlet a eu six enfants dont Nicolas, né le 27 octobre 1783 à Cayenne.

Nicolas Merlet s'est marié le 27 janvier 1814 à Cayenne avec Jeanne Angélique Monach, née le 26 juin 1783 à Cayenne, fille de jean-Baptiste Monach, Capitaine du port et de Marie Elisabeth Grimard. Ils auront cinq enfants. Jeanne Angélique Monach décèdera le 13 août 1838 à Paris à l'âge de 55 ans.

Un de ses fils, Louis Augustin Nicolas Merlet, né le 14 mars 1821 à Cayenne, se mariera le 2 mai 1855 à Cayenne avec Anne Eugénie Douillard. Il exercera la profession de receveur de l'enregistrement dans l'administration en Guyane.

Avant d'entrer dans l'administration de la colonie, Nicolas Merlet était négociant propriétaire à Cayenne. Il devient lieutenant-commissaire-commandant, en charge de l'Etat-civil, adjoint à Jean-Baptiste Tonat qui était le commissaire-commandant de la ville de Cayenne. Jean-Baptiste Tonat (1775-1837) laissera son nom au bourg de Tonate où était établi son habitation La Béarnaise.

Histoire de la fontaine Merlet à Cayenne, également disparue

Nicolas Merlet démissionnera le 5 septembre 1833 de sa fonction de capitaine des Milices en raison de la multiplicité des devoirs qui lui incombaient.

Déjà en 1829, il avait été nommé membre suppléant du Conseil Général de la colonie puis, en 1830, désigné comme membre d'une commission chargée de l'inventaire de tous les biens de l'administration. Une Ordonnance royale du 18 avril 1830 le nommera, avec d'autres, membre du Collège des assesseurs appelés à faire partie des Cours d'assise à la Guyane. Il sera en outre désigné Conseiller privé suppléant pour les années 1833, 1834, 1835 et 1836.

Le 3 avril 1833, Nicolas Merlet avait été officiellement reçu chevalier dans l'ordre de la Légion d'honneur. Le 10 novembre 1835, il devient membre du Conseil municipal suite au décret colonial concernant l'organisation municipale du 30 juin 1835 organisant le territoire de la Guyane en treize quartiers ou communes, et en instituant un maire, deux adjoints et un conseil municipal à Cayenne. Le 24 décembre 1835, un arrêté du Gouverneur le nommera 1er adjoint au maire.

Par décision du 12 juin 1837, il obtient un congé d'un an pour la France en sa double qualité d'adjoint au maire de Cayenne et de conseiller privé suppléant. C'est durant ce congé en France que son épouse Jeanne Angélique décédera à Paris le 13 août 1838.

Nicolas Merlet, 1er adjoint dans le conseil municipal, sera nommé provisoirement maire de Cayenne par arrêté du 21 juin 1844 en attendant que le maire Roubaud, malade, revienne aux affaires.

Ce dernier, qui s'était remis de sa maladie, obtiendra un congé d'un an en France en 1845 mais décèdera le 19 Janvier 1845 en mer à bord de la Gabare d'Etat La Provençale. Ce décès ne sera retranscrit sur le registre des décès de Cayenne que le 12 décembre 1877 à la demande de son fils Charles Marie Roubaud, horloger à Cayenne.

Suite au décès de François Marie Roubaud, Nicolas Merlet sera nommé maire de la ville de Cayenne par arrêté du gouverneur daté du 18 juin 1845. Il restera maire jusqu'à son décès survenu le 6 avril 1865 à Cayenne à l'âge de 82 ans. Ses funérailles seront payées par le budget local.

C'est Alexandre Couy (1806-1881) qui lui succédera comme maire de Cayenne.

Histoire de la fontaine Merlet à Cayenne, également disparue

Sources :

Bulletins officiels de la GF

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7 mai 2015 4 07 /05 /mai /2015 09:46

Le Capitaine de Frégate Louis-Eugène Maissin avait été officiellement nommé Gouverneur par intérim de la Guyane française, sur décision du Président de la République du 23 janvier 1850, durant l'absence du gouverneur titulaire André-Aimé Pariset, Contrôleur en chef de la marine de 1e classe, qui avait été autorisé à prendre un congé en métropole.

Par décret du 25 du même mois, M. Eugène Maissin était, en outre, chargé du double commandement de l'aviso à vapeur le Tartare et de la Station de la Guyane française.

La remise des fonctions de gouverneur de la Guyane fut officiellement faite le 16 mai 1850 selon les formes habituelles par M. Pariset à M. Louis-Eugène Maissin. Ce dernier fut aussi élevé quelques jours plus tard, le 22 mai, par décret du président de la République, au grade d'officier de l'ordre national de la Légion d'honneur. C'est également durant cette année 1850 qu'Eugène Maissin sera nommé Capitaine de Vaisseau.

A peine huit mois après sa prise de fonction de gouverneur par intérim, Eugène Maissin tombait malade et était emporté par la fièvre jaune à 1 h du matin le 6 janvier 1851 dans son appartement de l'hôtel du gouvernement, place d'Armes à Cayenne, à l'âge de 40 ans. Au moment de son dernier souffle, il était alors entouré de son épouse, de deux sœurs de Saint Joseph de Cluny qui s'occupaient de ses soins, et du docteur Roux, son médecin.

Dès le 6 janvier au matin, la nouvelle de son décès s'était répandue dans toute la ville. C'est le Procureur général Vidal de Lingendes, et l'Ordonnateur par intérim Reisser qui se chargeront de déclarer le décès du Gouverneur à l'Officier d'Etat civil de la ville de Cayenne le matin du 6 janvier 1851.

Le Gouverneur ne fut hélas pas le seul à décéder durant cette période de fin 1850 à début 1851 à Cayenne. Une meurtrière épidémie de fièvre jaune s'était en effet répandue dans toute la colonie ...

La tombe d'Eugène Maissin, surplombée d'une colonne brisée de marbre blanc, est située très près de l'entrée au cimetière de Cayenne.

La tombe d'Eugène Maissin, surplombée d'une colonne brisée de marbre blanc, est située très près de l'entrée au cimetière de Cayenne.

Dès le matin du 6 janvier 1851, Jean-François Félix Stanislas Marie Vidal de Lingendes, Procureur général, assurait provisoirement l'intérim du gouverneur comme le prévoyait la règlementation coloniale. Sa première mission, outre d'informer le ministère de la marine et des colonies, fut de rédiger une information officielle à destination de la population sous la forme d'une proclamation :

" Habitants de la Guyane Française,

Un affreux malheur vient de nous enlever M. le Capitaine de vaisseau Maissin, notre gouverneur p.i. Jeune encore, plein d'avenir, appelé à s'élever à une haute position dans l'arme qu'il honorait, il était arrivé parmi nous plein de bonnes intentions et d'énergie pour relever cette colonie de ses infortunes. Et la mort l'a frappé, et il est tombé au milieu de l'épidémie qui nous décime, victime de son dévouement ... Honneur et regrets à sa mémoire ! ...

Appelé par les règlements à le remplacer provisoirement, vous concevrez que, dans la carrière que je parcours et dans les circonstances malheureuses où nous nous trouvons, cet honneur ne doit pas être l'objet de mon ambition. Mais puisque le fardeau peut être funeste, je ne le repousserai pas.

Habitants de la Guyane Française, prêtez-moi votre concours pendant le peu de temps sans-doute que j'aurai à tenir les rênes du Gouvernement. Nous sommes sur un champ de bataille ... seulement la mort y est sans lauriers ... Il y a toutefois aussi une triste gloire dans le courage civil. Vos administrateurs, vos fonctionnaires ont montré, ainsi que vous, une admirable abnégation.

Réunissons tous nos efforts pour éloigner le fléau qui nous atteint, et puissé-je alors n'avoir qu'à préparer, pour des mains plus habiles, après la fin du désastre de l'épidémie, l'œuvre d'une nouvelle prospérité pour cette belle colonie.

Courage et résignation ... Dieu et la France ne nous abandonneront pas.

Cayenne, le 6 janvier 1851,

Le Gouverneur p.i , de la Guyane française, Vidal de Lingendes ".

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Des funérailles accompagnées d'honneurs et d'éloges funèbres furent ensuite organisées dans l'après-midi, le corps étant porté par des hommes de l'aviso à vapeur Le Tartare dont M. Maissin exerçait le commandement en même temps qu'il était gouverneur de la Guyane.

Une dépêche ministérielle du 21 février 1851 prit note du décès du gouverneur p.i et indiqua notamment qu'un bâtiment partirait prochainement de Brest pour ramener la famille de M. Maissin. Sollicité par le ministère de la marine et des colonies, M. Pariset, gouverneur titulaire, préféra ne pas revenir en Guyane pour des raisons de santé.

Ce fut finalement M. de Chabannes-Curton, Capitaine de vaisseau, qui fut nommé par décret du Président de la République du 1er mars 1851, nouveau gouverneur de la Guyane Française en remplacement de M. André-Aimé Pariset.

M. de Chabannes-Curton occupera son poste de gouverneur de la Guyane dès le 29 juin 1851, date qui marque aussi la fin des fonctions de gouverneur provisoire de M. Vidal de Lingendes.

Gros plan sur Louis-Eugène Maissin, gouverneur de la Guyane mort de la fièvre jaune en 1851

Il semblerait que l'épidémie de fièvre jaune arriva en rade de Cayenne par l'aviso de guerre Le Tartare qui arrivait de Sainte Marie de Bélem au Brésil. En effet, le 22 novembre 1850, deux cas de fièvre jaune furent constatés à bord de cet aviso, également le 25 avec deux autres cas. Le 25 novembre, un habitant de la ville de Cayenne, monté à bord, fut également frappé par la maladie.

Peu de temps après, les autres navires de commerce mouillés dans la rade, sous le vent du Tartare, furent à leur tour touchés, puis les hommes de la Garnison dont le médecin. Finalement l'épidémie se répandit dans tout le chef-lieu. En trois mois, 685 cas furent traités à l'hôpital militaire. Au total, 211 personnes y laissèrent la vie.

Tous les navires de guerre ou de commerce et autres caboteurs mouillés en rade de Cayenne ayant eu à bord des cas de fièvre jaune reçurent l'ordre de se rendre à la pointe du Larivot où une infirmerie fut établie sur l'habitation dite Larivot pour y soigner les malades, et des logements furent installés pour les équipages avec ordre de rester sur place.

Cette épidémie de 1850-1851 a touché tout le monde, selon M. A. Garnier, médecin principal de 2ième classe des troupes coloniales au début du XXe siècle : "la Garnison, les européens de souche ancienne, les créoles blancs, les gens de couleur, à telle enseigne, a-t-on dit, que la maladie s'éteignit faute d'aliment".

En pleine épidémie et alors que les malades continuent d'affluer à l'hôpital militaire, le gouverneur Maissin, quatre jours avant sa mort, signe une décision le 2 janvier 1851 qui convertit provisoirement la caserne de gendarmerie en succursale de l'hôpital militaire. Elle sera préalablement évacuée par les gendarmes.

Mais l'épidémie ne resta pas à Cayenne et gagna tout le reste de la colonie. Elle atteignit même la Guyane hollandaise (actuel Surinam) et sa capitale. Le dernier décès survint le 21 février 1851.

Il faut noter que cette épidémie n'était pas une première dans la colonie. En effet, la Guyane fut à de très nombreuses reprises touchée par des épidémies de fièvre jaune entre le XVIIe et le début du XXe siècle.

Gros plan sur Louis-Eugène Maissin, gouverneur de la Guyane mort de la fièvre jaune en 1851

Sources :

Bulletin Officiel de la G.F (1851).

La Fièvre jaune à la Guyane avant 1902 et l'épidémie de 1902, par M. A Garnier, médecin principal de 2e classe des troupes coloniales (1903).

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Rédigé et publié par Phil - dans Personnages de Guyane
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15 avril 2015 3 15 /04 /avril /2015 16:17

Après avoir rédigé un petit article sur la fontaine Tardy de Montravel située place Léopold Héder à Cayenne, nous allons maintenant nous pencher sur la fontaine Paul Dunez, aujourd'hui disparue. Cette fontaine portait le nom d'un ancien esclave que le gouvernement de la Guyane voulut honorer en attribuant son nom à une fontaine de puisage début 1868.

Cette fontaine était située à l'angle de l'avenue De Gaulle et de la rue du 14 juillet à Cayenne. A l'époque en 1867-1868, l'avenue de Gaulle s'appelait rue de Choiseul et la rue du 14 juillet, rue d'Angoulême.

Cette fontaine faisait partie d'un ensemble de quatre fontaines publiques qui alimentaient en eau la ville de Cayenne durant la seconde moitié du XIXe siècle. Elles furent, semble-t-il, toutes construites en même temps et finalisées au début de l'année 1867. L'eau provenait du lac du Rorota de Montjoly par des canalisations et était stockée dans un grand réservoir sur le Fort Cépérou. Cette eau était ensuite distribuée jusqu'aux quatre fontaines publiques de la ville.

Rappelons en effet qu'outre cette fontaine Paul Dunez, il y avait la fontaine Tardy de Montravel située comme déjà vu sur la place Léopold Héder, qui fonctionne encore, la fontaine à l'angle de l'avenue de Gaulle et du Boulevard Mandela (ex-Boulevard Jubelin), toujours présente mais qui n'est plus alimentée en eau depuis bien longtemps, et enfin la fontaine Merlet qui a été enlevée lors de la construction du monument en l'honneur de Felix Eboué en 1957 sur la place des Palmistes.

Petite histoire de la fontaine Dunez  à Cayenne, aujourd’hui disparue

A l'occasion de la fête du travail instituée par le décret du 27 avril 1848, et célébrée en Guyane le 10 août 1851, 3ème anniversaire de la proclamation de l'esclavage, une cérémonie avait été organisée sur la place d'Armes (actuelle place Léopold Héder), en présence du gouverneur et des chefs de service de l'administration, pour distinguer les meilleurs travailleurs agricoles de la colonie, à l'exemple de ce qui se faisait en métropole pour récompenser les agriculteurs méritants.

L'objectif de cette manifestation était aussi et surtout de motiver les nouveaux libres (anciens esclaves) qui avaient fui en masse les habitations pour vivre de la chasse et de la pêche ou pour certains, de cultiver un lopin de terre leur permettant de subsister, afin qu'ils retournent travailler dans leurs anciennes habitations. Les rendements des habitations agricoles s'étaient en effet effondrés depuis l'abolition de l'esclavage. Rares étaient les anciens esclaves libérés à poursuivre leurs activités, même avec un salaire, sur les anciennes habitations esclavagistes ...

Aussi Paul Dunez, esclave libéré de l'habitation Parterre, située dans le quartier du Tour-de-L'Ile, appartenant à Mme Dunezat, qui resta seul sur l'habitation avec son épouse Félicité, à tenter de la sauver de l'envahissement de la mer, fut-il récompensé par un prix qui lui fut officiellement remis ce 10 août 1851 lors de la célébration de la fête du travail en Guyane.

Paul Dunez, du canton de Cayenne, reçut le Prix supérieur avec médaille d'honneur en raison de son dévouement, de sa fidélité et sa conduite morale. Il refusa la bourse qui était associée à ce prix pour la laisser à la famille de son ancien maître dans laquelle il y avait un enfant de douze ans.

Lors de l'abolition de l'esclavage en 1848, la propriétaire de l'habitation Parterre était Mme Dunezat, veuve en secondes noces de Jean-Baptiste Marc Gabriel de Saint Michel Dunezat, ancien officier de la marine royale, chevalier de Saint Louis, ancien commissaire commandant du quartier du Tour-de-L'Ile, décédé le 23 septembre 1839 à Cayenne à l'âge de 72 ans. Mme Dunezat née Antoinette Suc décédera à Cayenne le 25 octobre 1882 à l'âge de 89 ans.

Petite histoire de la fontaine Dunez  à Cayenne, aujourd’hui disparue

En 1852, l'Académie française décerna le Prix de la vertu à Paul Dunez. Ce prix, fondé par M. de Montyon, était décerné annuellement par l'Académie française aux actions jugées par elle comme étant les plus vertueuses. L'histoire de Paul Dunez est mentionnée dans l'ouvrage dont vous pouvez voir la couverture sur la partie gauche de ce paragraphe.

Je cite dans son intégralité l'extrait concernant P. Dunez : "Vous savez, il y a quatre ans l'abolition de l'esclavage, bienfait depuis longtemps attendu, mais auquel il importait de préparer avec sagesse ceux-là mêmes qui devaient en jouir, faillit, par sa brusque apparition, entraîner la ruine des colonies françaises.

En peu de jours, presque toutes les habitations furent désertes. Les noirs, dans les premiers transports de leur joie, se dispersaient, les uns pour fuir tout travail, les autres pour fonder çà et là de petits établissements où ils devaient enfouir d'improductifs efforts.

Le Parterre, une des habitations les plus florissantes de la Guyane, n'échappa point au sort commun. Des soixante-dix noirs qui l'avaient cultivé jusque là, un seul, Paul Dunez, ne voulut point partir ; il promit à sa maîtresse, car l'établissement appartenait à une veuve, qu'il resterait fidèlement sur cette terre, où, par sa bonne conduite et son travail assidu, il était devenu contre-maître.

D'abord il essaya de recruter quelques travailleurs libres, mais ne pouvant fixer leur humeur vagabonde, il entreprit presque seul, aidé de sa femme, courageuse négresse, de cultiver quelques parties de l'habitation, et surtout d'en prévenir la ruine. Cette propriété, située dans les basses terres, exposée deux fois par mois à l'invasion des hautes marées, n'était protégée que par des digues qui demandaient un continuel entretien.

C'est là que Paul dirigea ses efforts. Non seulement il travaillait le jour à fortifier les digues; mais à chaque quinzaine, il passait deux ou trois nuits le long du rivage, surveillant les désordres causés par la mer, et les réparant à propos. Pendant trente-deux mois cette vigilance arrêta le danger ; mais en mars 1851, à la grande marée d'équinoxe, faute de bras pour fermer les brèches qui s'ouvraient de toutes parts, les digues furent emportées, et cette habitation, naguère si belle, devint un grand lac d'eau salée.

Paul travaillait à réparer le désastre, lorsqu'il apprit avec surprise que sa noble conduite excitait à Cayenne l'admiration générale, que le gouverneur venait de lui décerner un prix comme au plus méritant travailleur de la colonie, et qu'à ce prix était attaché, en vertu du décret d'émancipation, le droit de faire élever un de ses fils, comme boursier, dans un collège.

Aussitôt la pensée lui vint de faire porter cette faveur, non sur son propre enfant, mais sur le fils de celle qu'il appelait encore sa maîtresse et que depuis trois ans, il servait sans salaire. Ce n'est pas tout : connaissant la détresse de cette famille, il demanda que le trousseau du jeune élève fut payé avec les six cents francs auxquels lui donnait droit le prix qu'il avait obtenu. Faire un si noble usage de cette récompense, c'était s'en montrer deux fois digne.

Aussi l'Académie, sur les instances du gouverneur et de toutes les autorités de la Guyane, décerne-t-elle un prix nouveau au lauréat de la colonie. Ce n'est pas seulement pour nos possession d'outre-mer qu'il est utile et opportun d'honorer de tels actes, l'exemple en est bon partout. Cet affranchi de la veille a trouvé dans son cœur une science que n'apprennent pas toujours ceux-là même qui ont reçu de leurs pères le noble don de la liberté.

Il a compris qu'en l'émancipant, on ne l'exemptait point d'être fidèle, laborieux, reconnaissant. il n'est sorti de la servitude que pour s'élever au devoir ; il y en a tant qui laissent là le devoir pour descendre aussi bas que la servitude ! ".

Petite histoire de la fontaine Dunez  à Cayenne, aujourd’hui disparue

Paul Dunez décèdera le 12 août 1865 à Cayenne à l'âge de 65 ans au n°25 de la rue de Praslin (actuelle rue Christophe Colomb). Ce sont deux fils de son ancienne maîtresse, Jean-Baptiste François de Saint Michel Dunezat et Louis François Aristide de Saint Michel Dunezat qui se rendront officiellement à la Maison commune pour déclarer le décès à Nicolas Merlet, maire et officier d'Etat-civil de la ville de Cayenne.

Deux ans après sa mort, le gouverneur de la Guyane, A. Hennique, adressa le 29 octobre 1867 une lettre à l'Amiral Ministre de la marine et des colonies en proposant que l'on attribue le nom de Paul Dunez à une fontaine de puisage située à l'angle des rues de Choiseul et d'Angoulême à Cayenne.

Un décret impérial du 25 décembre 1867, signé de Napoléon, décrétait officiellement l'attribution du nom de Paul Dunez, ancien affranchi, à la fontaine de puisage érigée au point de jonction des rues de Choiseul et d'Angoulême, afin de perpétuer le souvenir de ses vertus (Cf. la copie de ce décret ci-dessous).

Le Gouverneur de la Guyane promulguera par arrêté du 7 février 1868 dans la colonie le décret impérial du 25 décembre 1867 ci-dessus cité.

Petite histoire de la fontaine Dunez  à Cayenne, aujourd’hui disparue

Sources :

Bulletin des lois de l'Empire Français - XIe série - Règne de Napoléon III, Empereur des français - 1868 (BNF).

Bulletin officiel de la Guyane française 1868.

Les prix de vertu, fondés par M. de Montyon, Discours prononcés à l'Académie française, deuxième partie 1841-1860 (BNF).

Guyane Française, Premier concours agricole de 1877 (Manioc.org).

ANOM (Archives Nationales d'Outre-Mer).

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17 mars 2015 2 17 /03 /mars /2015 11:55

Eugène Mélinon, comme il se faisait appeler, aura passé la majeure partie de sa vie en Guyane française où il aura exercé différentes fonctions dans l'administration. En effet, il aura été successivement jardinier-botaniste, commissaire-commandant, commandant de pénitencier pour finir Commandant supérieur de la colonie pénitentiaire du Maroni.

Il est surtout à l'origine, comme nous allons le voir, de la création de la ville de Saint Laurent du Maroni qui fut une commune pénitentiaire dont les habitants étaient bagnards ou gardiens ou bien fonctionnaires de l'administration pénitentiaire. Surnommé un peu plus tard "le Petit Paris", la commune qui ne vivait que par et pour le bagne était aussi le siège de l'administration pénitentiaire de la Guyane.

La commune de Saint Laurent du Maroni, en tant que telle, ne fut créée que le 9 novembre 1949. Un maire fut pour la première fois élu au suffrage universel alors qu'il était auparavant nommé par le gouverneur de la Guyane. Ce fut longtemps le directeur de l'administration pénitentiaire ou un fonctionnaire de haut rang de cette administration qui assumait cette fonction.

Eugène Mélinon joua un rôle majeur, comme nous allons le voir, dans le développement de cette commune durant la seconde moitié du XIX siècle, commune qui deviendra la deuxième ville la plus importante de Guyane avec plus de 40.000 habitants aujourd'hui.

Une rue de Saint Laurent du Maroni fut même baptisée du nom de Mélinon. Celle-ci a aujourd'hui été renommée rue Félix Eboué. Une chaloupe à vapeur de l'administration pénitentiaire fut aussi appelée "Mélinon" ...

Gros plan sur Mélinon Nicolas Joseph dit Eugène, Commandant supérieur du Maroni durant la seconde moitié du XIXe siècle

Vie privée :

Nicolas Joseph dit Eugène Mélinon est né le 7 mars 1818 à Aubréville (Département de la Meuse), fils de Nicolas, âgé de 31 ans, maçon et de Marie Marguerite Gaillard, sans profession, demeurant tous deux dans la commune d'Aubréville.

Il s'est marié le 28 septembre 1847 à Cayenne avec Marie Françoise Rousse, née le 1er octobre 1826 à Vicdessos (Département de l'Ariège), fille de François Rousse et de Marthe Claustre. Lors de son mariage, les parents de Nicolas Joseph alias Eugène Mélinon demeuraient à La Glacière sur la commune de Gentilly, près de Paris (Actuelle rue de la Glacière dans le 13e arrondissement de Paris).

Le couple Mélinon aura plusieurs enfants dont au moins trois sont nés à Mana : Emile Nicolas François né le 25 juin 1848, Hyacinthe Marie Victoire née le 30 décembre 1849 (mariée le 5 octobre 1872 à Saint Laurent du Maroni avec Charles Jean-Baptiste Jules Roux) et Eugène Ernest Saint Martin né le 11 novembre 1853 (fut officier d'infanterie de marine / Sous-lieutenant le 26 février 1880).

Sa carrière professionnelle en Guyane l'amènera d'abord à habiter Cayenne, puis Mana et enfin, la commune du Maroni qui deviendra Saint Laurent.

Veuf, il est décédé à son domicile au n° 20 de la rue Hoche à Cannes dans le département des Alpes-Maritimes le 3 octobre 1904 à l'âge de 86 ans.

Gros plan sur Mélinon Nicolas Joseph dit Eugène, Commandant supérieur du Maroni durant la seconde moitié du XIXe siècle

Activités professionnelles d'Eugène Mélinon :

Arrivé en Guyane en 1839 venant des bords de Seine, il sera officiellement nommé jardinier-botaniste du Gouvernement par décision du gouverneur de la Guyane du 3 février 1841. Cette décision précisait que M. Mélinon était chargé à compter du 6 février du service au jardin de naturalisation de Baduel et de celui de Cayenne en qualité de jardinier botaniste. Il devenait en même temps régisseur de l'habitation de Baduel. Il sera nommé officiellement jardinier botaniste le 16 juin 1841 en remplacement du titulaire M. Cosnard, décédé.

En février 1842, il devient botaniste agriculteur toujours au jardin de naturalisation de Baduel et y restera jusqu'à sa nomination comme Commissaire-commandant au quartier de Mana sur décision du gouverneur datée du 25 décembre 1846 avec prise de fonction au 1er janvier 1847.

Toujours sur une décision du gouverneur Pariset, également datée du 25 décembre 1846, la première mission du nouveau Commissaire-commandant Mélinon en arrivant à Mana fut de récupérer une partie des terres qui avaient été concédées sur arrêté ministériel du 28 septembre 1835 à l'Etablissement de Mana tenu par la Congrégation des Sœurs de Saint Joseph de Cluny. M. Mélinon avait été désigné par le gouverneur pour être l'assistant de M. Chavane, chef de bataillon commandant le détachement du 3ième régiment d'infanterie de marine en Guyane, pour accomplir cette délicate mission.

Mélinon Eugène devait aussi récupérer officiellement tous les registres d'Etat-civil et autres documents ainsi que les archives de l'Etablissement. Tous ces documents devaient lui être remis par la Supérieure des soeurs de Saint Joseph de Cluny ainsi que par Louis Javouhey, cousin germain de la Révérente Mère Anne-Marie Javouhey (celle-ci avait quitté la Guyane à l'été 1843), et qui exercait à Mana la fonction d'officier d'Etat-civil et de police judiciaire.

La Congrégation des Soeurs de Saint Joseph de Cluny  conservait cependant les terres qui lui avaient été précédemment affectées par des arrêtés locaux des 13 décembre 1828 et 2 mars 1831. Ces terres représentaient environ 15 hectares sur la rive gauche du fleuve Mana et étaient attenantes au bourg.

Le Commissiare-commandant Mélinon assurera officiellement son service au quartier de Mana jusqu'au 22 février 1855. A compter du 24 février 1855, Mélinon Nicolas Joseph dit Eugène est nommé Agent général de culture et de colonisation. Il sera notamment chargé de mettre en place une ferme modèle à Baduel près de Cayenne.
 

 

Gros plan sur Mélinon Nicolas Joseph dit Eugène, Commandant supérieur du Maroni durant la seconde moitié du XIXe siècle

Ses activités au sein de l'Administration Pénitentiaire au Maroni :

Un arrêté du 22 août 1857 signé du gouverneur Baudin, contre-amiral, charge M. Mélinon, Agent général des cultures et de colonisation, de réaliser un essai de colonisation pénitentiaire sur la rive droite du fleuve Maroni à hauteur de la Pointe Bonaparte.

Sur le nouvel établissement créé, M. Mélinon assurait les fonctions de commandant de pénitencier tout en restant titulaire de son emploi d'Agent général de culture et de colonisation. Un supplément de salaire et une indemnité pour frais de bureau lui seront alloués durant cette mission.

Deux ans plus tard, et afin de remercier M. Mélinon pour le développement considérable qu'avait pris la colonie agricole pénitentiaire du Maroni, et voulant lui donner un témoignage de sa haute satisfaction pour le zèle et l'aptitude supérieure dont il avait fait preuve dans la création et l'organisation de cet établissement, le gouverneur Baudin le nommera commandant supérieur de la colonie agricole du Maroni et des établissements secondaires qui en dépendaient, avec effet au 1er mai 1859.

M. Mélinon poursuivra ses activités de Commandant supérieur du Maroni jusqu'en janvier 1881 où il sera officiellement mis à la retraite par décision ministérielle du 4 novembre 1880. Il est à noter qu'il avait été nommé Président de la commission municipale le 1er septembre 1880 par le gouverneur, chargé d'administrer la commune du Maroni avec le titre de Maire.

Gros plan sur Mélinon Nicolas Joseph dit Eugène, Commandant supérieur du Maroni durant la seconde moitié du XIXe siècle

Outre ses activités officielles dans l'administration pénitentiaire, Eugène Mélinon n'oubliera jamais son premier métier de botaniste et adressera à différents organismes de recherche depuis la Guyane ou lors de ses congés en métropole un grand nombre d'espèces de plantes qu'il aura récoltées.

Ainsi, au tout début de sa carrière, un petit article paru dans "L'Echo du Monde Savant" du samedi 18 juillet 1840 parle de lui en ces termes : " Un jeune voyageur, Eugène Mélinon, qui est parti de Cayenne le 1er janvier 1840, a fait parvenir au Museum deux caisses pleines de plantes. On y remarque surtout des orchidées, des aroïdées et quelques individus de la famille des palmiers. Espérons que ce voyageur plein de zèle n'en restera pas là."

En juillet 1842, E. Mélinon ramènera au Museum un Cabiaï vivant mais celui-ci mourra en février 1843. En décembre 1875, il figure toujours comme Correspondant du Museum national d'histoire naturelle, donateur de collections.

Nicolas Joseph dit Eugène Mélinon avait été nommé Chevalier de la Légion d'honneur le 23 août 1858, et plus tard, par décret du 11 juillet 1880, Officier de ce même ordre.

Gros plan sur Mélinon Nicolas Joseph dit Eugène, Commandant supérieur du Maroni durant la seconde moitié du XIXe siècle

Sources :

Bulletins officiels de la Guyane française (Manioc.org)

Ministère de la culture (B. L)

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Rédigé et publié par Phil - dans Personnages de Guyane
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11 mars 2015 3 11 /03 /mars /2015 10:33

Située place Léopold Héder, également parfois encore appelée Place de Grenoble, la fontaine Tardy de Montravel, du nom d'un ancien gouverneur de la Guyane, a été inaugurée le 28 avril 1867 en présence du préfet apostolique Mgr Jean Dossat. La place qui est maintenant classée monument historique par arrêté du 9 mars 1999 s'appelait à l'époque de l'inauguration de cette fontaine, Place du gouvernement. En effet, les gouverneurs de la Guyane et leur administration résidaient alors dans l'ancien couvent des jésuites situé sur cette place. Ce magnifique bâtiment de style colonial abrite aujourd'hui l'hôtel de la Préfecture de la Guyane.

Cette fontaine a été d'une grande utilité pour les habitants de Cayenne qui, jusqu'en 1867, se contentaient d'utiliser les eaux pluviales et l'eau de quelques puits privés pour leur consommation, ce qui était un gros problème en saison sèche ou en période de sécheresse. Trois autres fontaines publiques furent installées à différents endroits de la ville pour distribuer l'eau qui était alors stockée dans un grand réservoir sur le Fort Cépérou. Un deuxième réservoir sera construit un peu plus tard en 1893 au sommet de la colline de Montabo.

Ces trois autres fontaines sont : - La fontaine Merlet qui se trouvait à l'emplacement du monument en l'honneur de Felix Eboué sur la place des Palmistes, - La fontaine Dunez était elle située à l'angle de l'avenue du Général de Gaulle et de la rue du 14 juillet, - Et la fontaine à l'angle du Boulevard Mandela (ex-boulevard Jubelin) et de l'avenue du Général de Gaulle. Cette dernière fontaine, bien que toujours présente, n'est plus alimentée depuis bien longtemps.

C'est le gouverneur Tardy de Montravel qui, en 1862, décida d'amener l'eau courante à Cayenne à travers des canaux d'adduction d'eau en provenance du lac Rorota du Mont Mahury, situé sur la commune de Remire. La responsabilité de ces importants travaux sera confiée à Lalouette, ingénieur, directeur du service des Ponts et Chaussée en Guyane.

Fontaine Tardy de Montravel, place Léopold Héder à Cayenne

Déjà le gouverneur Tardy de Montravel avait, par un arrêté du 10 juin 1861, utilisé les condamnés à entretenir les routes de la colonie. L'article 1er de cet arrêté stipule :"Il est formé, pour être mis à la disposition de la direction des Ponts et Chaussées, un atelier de travailleurs, composé de 1) des individus condamnés à l'emprisonnement qui, de leur plein consentement, voudront s'y enrôler ; 2) des détenus pour frais, amendes ou contribution personnelle ; 3) des condamnés à l'emprisonnement pour mendicité ou vagabondage ...

Ces travailleurs condamnés recevaient un salaire de 50 centimes par jour de travail pour la restauration des routes. Un règlement spécifique daté du 14 juillet 1861 avait été élaboré avec indication de leurs horaires de travail, des pauses déjeuner, de la tenue de travail et bien entendu, des sanctions en cas d'indiscipline ou de fuites ...

Aussi, fit-il appel un peu plus tard au service pénitentiaire pour réaliser les importants travaux d'utilité publique nécessaires pour faire venir l'eau courante du lac du Rorota jusqu'aux fontaines de Cayenne. Ce fut le premier gouverneur de Guyane à utiliser les bagnards pour effectuer des travaux publics, avec bien évidemment le consentement de l'administration pénitentiaire. L'un de ses successeurs à la tête de la colonie, le colonel Jean-Louis Loubère, qui a laissé l'image en Guyane d'un grand bâtisseur, en fit de même et généralisa ce "modus operandi".

Fontaine Tardy de Montravel, place Léopold Héder à Cayenne

Sur une proposition rédigée dans un rapport du gouverneur de la Guyane, un décret impérial du 29 avril 1868 signé par Napoléon III, décrète "que la fontaine monumentale érigée sur la Place du Gouvernement, à Cayenne, prendra le nom de Fontaine de Montravel afin de perpétuer dans le souvenir de la population le nom et les services éminents de M. le contre-amiral Tardy de Montravel, ancien gouverneur de la Guyane".

Un arrêté du 4 juin 1868 signé par A. Hennique, successeur de Tardy de Montravel, promulguera en Guyane les deux décrets impériaux du 29 avril ayant pour objet l'attribution des noms de Tardy de Montravel et de Merlet aux fontaines érigées à Cayenne, l'une sur la Place du Gouvernement (actuelle Place Léopold Héder) et l'autre, sur la Place de l'Esplanade (actuelle Place des Palmistes). La fontaine Merlet, du nom d'un ancien maire de Cayenne, a, comme déjà précisé, été enlevée lors de la construction du Monument dédié à Félix Eboué.

En effet, Louis François Marie Tardy de Montravel, né 28 septembre 1811 à Vincennes près de Paris fut le 41° gouverneur de la Guyane où il restera en fonction de mai 1859 - décret impérial le nommant gouverneur de la Guyane du 16 février 1859 - jusqu'à sa mort le 4 octobre 1864 à Elbeuf (Seine inférieure). Il est en effet décédé alors qu'il était en congés de convalescence en métropole après que sa santé se soit fortement dégradée lors d'une tournée d'inspection dans les pénitenciers du Maroni.

Après avoir été admis à l'Ecole navale, il sortit le deuxième de sa promotion sur le vaisseau L'Orion. Il fit ensuite presque toute sa carrière comme officier de marine où il gravit tous les grades pour être nommé à celui de contre-amiral le 24 février 1864. Nommé chevalier de la Légion d'honneur le 28 avril 1842, puis officier le 2 octobre 1855, il sera élevé au grade de Commandeur de l'ordre impérial de la Légion d'honneur le 14 août 1860.

Durant ses longues navigations le long des côtes d'Amérique, le commandant Tardy de Montravel avait séjourné à plusieurs reprises en Guyane. il s'y est même marié le 6 septembre 1843 à Cayenne avec Adèle Marie Louis Herminie Albert, née le 27 avril 1825 à Cayenne, sans profession, fille de Pierre Albert, chevalier de la légion d'honneur, chef de bataillon du 3ième Régiment d'infanterie de marine à Cayenne.

Lors de son mariage, Tardy de Montravel était chevalier de la légion d'honneur, Lieutenant de vaisseau commandant la cannonière-brick la Boulonnaise, alors mouillée en rade de Cayenne. Bien après ce mariage, les liens familiaux qui l'attiraient en Guyane lui avaient fait considérer ce pays comme sa seconde patrie.

En 1851, alors qu'il était Capitaine de Frégate, il fait publier un manuel intitulé "Instructions nautiques pour naviguer sur les côtes des Guyanes".

Comme gouverneur de la Guyane, et outre l'approvisionnement en eau courante de Cayenne, il s'est surtout occupé de l'installation du Bagne et de sa réorganisation vers des activités utiles comme les travaux publics ou forestiers. On lui doit aussi la construction du Phare de l'enfant perdu au large de Cayenne.

Louis François Tardy de Montravel a aussi laissé son nom à une pointe située à Remire-Montjoly, aujourd'hui aménagée en espace pour les enfants mais dont l'accès est actuellement interdit pour cause de travaux de rénovation. Cette dénomination vient du fait que le gouverneur Tardy de Montravel avait fait bâtir à cet endroit une habitation de villégiature balnéaire pour les gouverneurs de la Guyane, avant l'aménagement de la Résidence de Bourda. Il ne reste pratiquement plus rien de cette habitation complètement recouverte par la végétation.

Fontaine Tardy de Montravel, place Léopold Héder à Cayenne

Sources :

Manioc.org (B.O 1868)

Photographie de Tardy de Montravel (Gallica / BNF)

Archives Nationales d'Outre-Mer (ANOM)

Revue maritime et coloniale - volume 13

Lieux patrimoniaux de Guyane (Conseil général de la Guyane)

Le Fort Cépérou (Blada.com)

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3 mars 2015 2 03 /03 /mars /2015 08:46

Lors de l'inauguration de la statue des Marrons de la liberté le 10 août 2008, ce rond-point ne s'appelait pas encore Adélaïde Tablon. Son nom officiel était, jusqu'à cette inauguration, le rond-point Vidal, du nom des anciens propriétaires de l'ancienne habitation esclavagiste dont les vestiges sont situés non loin de ce giratoire. Il aurait été effectivement pour le moins paradoxal, pour ne pas dire incongru, de maintenir ce nom de Vidal à un rond-point sur lequel un monument en hommage aux esclaves et notamment aux esclaves marrons est érigé.

Cette habitation fut une des plus importantes sucreries de Guyane durant la première moitié du XIXe siècle. L'habitation Mondélice (ou Vidal) fut achetée par le négociant Jean Vidal à Claude de Macaye vers la fin du XVIIIe siècle, elle comptera jusqu'à 300 esclaves. Elle sera reprise par le fils Jean-François Vidal de Lingendes qui fut procureur général de la Guyane et assura même l'intérim du gouverneur pendant un temps.

Rebaptisé provisoirement rond-point Léon Gontran Damas en référence au poète guyanais dont le lycée voisin porte le nom, ce rond-point sera finalement renommé Adélaïde Tablon. Avec le support du Comité du même nom, le Président du Conseil général inaugurera en mars 2010 une stèle à la mémoire de cette habitante de Roura qui joua un rôle prépondérant en 1890 dans la révolte des habitants des communes de Guyane, et en particulier de Roura, contre la suppression des municipalités rurales.

Adélaïde Tablon, un rond-point à Remire-Montjoly (Guyane)

Suppression des municipalités rurales en 1890 :

Le décret du 15 octobre 1879 avait organisé en Guyane des municipalités, élues au suffrage universel. Les résultats de cette organisation laissèrent, selon les autorités coloniales, beaucoup à désirer, notamment concernant la gestion budgétaire de ces communes rurales.

Aussi, et sur proposition du gouverneur Gerville-Réache, et après qu'il ait reçu tous les maires qui s'accordèrent à dire qu'il y a avait bien un problème, les conseillers généraux de Guyane votèrent le 29 décembre 1888, à la quasi unanimité, la suppression de toutes les municipalités, à l'exception de la commune de Cayenne. Bien que quelques communes comme Mana, Kourou ou Sinnamary n'étaient pas concernées par ces problèmes de gestion, les conseillers généraux, craignant de froisser les populations des campagnes, jugèrent qu'il ne fallait pas faire de distinction entre toutes ces communes rurales.

Mais ce n'est que le 12 décembre 1889, soit près d'un an après le vote du Conseil général, qu'un décret parisien officialisera cette décision qui divisa la Guyane en communes de 1er et de 2ième classe, avec à leur tête un administrateur principal nommé par le gouverneur, et assisté d'un comité consultatif lui-même désigné par le gouverneur, sur proposition du directeur de l'intérieur.

Dans les faits, la suppression effective des municipalités n'interviendra qu'au 1er avril 1890, provoquant alors la révolte de nombreux habitants des communes rurales qui refusèrent de recevoir les administrateurs, appelés à remplacer les conseillers municipaux élus.

Des troubles parfois violents se produisirent en Guyane, mais principalement à Roura dont l'attitude d'une partie de la population était particulièrement hostile. Aussi, l'administrateur délégué qui avait été désigné pour cette commune jugea prudent de rentrer sur Cayenne.

Le gouverneur de la Guyane par intérim était alors M. Daclin-Sibour car le gouverneur en titre, M. Gerville-Réache et son épouse avaient quitté la Guyane comme il l'avait programmé à destination de la métropole le 3 avril 1890. Ils ne restèrent que deux mois absents car le ministre des colonies demanda au gouverneur en titre de rentrer rapidement en Guyane après les troubles de début avril 1890.

M. Daclin-Sibou, qui assurait donc l'intérim du gouverneur, envoya à Roura le 4 avril 1890, une section d'infanterie de marine, commandée par le lieutenant de Pignier, et une brigade de gendarmerie. L'affaire se calma quelque peu et l'administrateur put alors s'installer dans ses fonctions. La troupe rentra sur Cayenne le surlendemain.

Mais après le départ des militaires, les troubles recommencèrent et cinquante hommes du régiment d'infanterie de marine avec à leur tête un capitaine et un lieutenant revinrent à Roura pour rétablir l'ordre.

Durant ces incidents de début avril 1890 en Guyane, un grand nombre de personnes, et principalement des femmes, furent arrêtées, poursuivies par la justice et condamnées, dont Adélaïde Tablon. Toutes les peines prononcées furent exécutées.

Un décret daté du 17 décembre 1892, promulgué en Guyane le 24 du même mois, a rétabli les communes de plein exercice, avec cependant un contrôle accru du gouverneur sur le budget des communes et lui laissant le soin de déterminer le mode de recrutement des emplois des communes rurales.

Un peu plus tard, le 27 décembre 1900, une loi accordait l'amnistie à tous les délits et contraventions commis en 1890 en Guyane et relatifs à la suppression des municipalités rurales. Cette loi a eu pour conséquence de faire disparaître les condamnations dans les casiers judiciaires des personnes jugées pour ces incidents.

Adélaïde Tablon, un rond-point à Remire-Montjoly (Guyane)

Attitude d'Adélaïde Tablon durant ces évènements :

Bien qu'il n'y ait aucune trace écrite de cette histoire, la mémoire populaire a retracé le rôle de cette agricultrice de Roura dans les évènements de 1890. Ces "faits" ont été relatés lors de la conférence-débat organisée au centre socioculturel de Roura début 2009 par le Comité Adélaïde Tablon dont voici un extrait ci-dessous :

"Adélaïde Tablon est née le 31 décembre 1838 à Roura. Elle est donc née esclave. Elle a dix ans à l'abolition de l'esclavage et 52 ans lors des évènements de 1890. Elle est agricultrice, elle a trois enfants. La mémoire populaire célèbre la femme héroïque qui mène la lutte pour la liberté et qui se bat comme un homme face à des gendarmes nombreux et armés. Elle avait un coup de tête terrible. Elle est finalement maîtrisée, enchaînée et emmenée à demi nue en chaloupe à Cayenne. Arrivée sur la Crique, la femme du gouverneur, dans un geste d'humanité, lui fait porter des vêtements. Et c'est là qu'Adélaïde Tablon marque la conscience collective guyanaise. Elle refuse le linge du gouverneur, le linge du pouvoir colonial, du pouvoir répressif qui l'emprisonne. Elle décide de marcher nue dans les rues de Cayenne, enchaînée, jusqu'à la prison du 2 rue Arago. Elle dit qu'elle marche nue pour la liberté, convaincue de la justesse de son combat, déterminée à se faire respecter; elle et son peuple. C'est ce geste qui l'élève au rang d'héroïne. ..."

Adélaïde Tablon, un rond-point à Remire-Montjoly (Guyane)

Quelques informations sur la vie d'Adélaïde Tablon :

Adélaïde Tablon exercera le métier de cultivatrice et habitera sur différentes habitations de la commune de Roura. Elle élèvera seule ses enfants.

En effet, son premier fils Pierre Louis naît le 29 mars 1856 sur l'habitation Malvina alors qu'Adélaïde n'a que 18 ans. Celui-ci se mariera le 24 novembre 1883 avec la demoiselle Belzine Marie Magdeleine Adelina, âgée de 23 ans, cultivatrice, domiciliée à Roura. L'acte de mariage précise que Pierre Louis Tablon, âgé de vingt sept ans révolus, est le fils naturel d'Adélaïde Tablon, cultivatrice, âgée de quarante cinq ans. Il y est aussi indiqué que Pierre Louis Tablon, lors de son mariage, est Conseiller municipal de la commune de Roura.

On peut dès lors penser que la fonction de son fils de conseiller municipal à Roura aura joué un rôle déterminant dans la colère d'Adélaïde suite à la suppression du Conseil municipal. Les maires, informés par le gouverneur, et les conseillers généraux, qui avaient voté la suppression, s'étaient bien gardés d'informer leur conseil municipal et la population de leur commune de ce qui allait arriver ...

Adélaïde, née esclave, devait être très fière de la position importante de son fils Pierre Louis Tablon au sein de la commune de Roura ! L'on comprend d'autant mieux sa fureur lors de ces évènements.

Son deuxième fils, Jean, naît deux ans plus tard le 21 septembre 1858. Sur l'acte de naissance de Jean, il est indiqué qu'Adélaïde a alors vingt et un ans et exerce la profession de cultivatrice. Elle est domiciliée à Malvina, quartier de Roura.

Le 15 février 1861, Adélaïde Tablon, âgée de vingt trois ans, accouche d'Isabelle sur l'habitation Beau Ménage (Bon Ménage) du quartier de Roura. Lors de la déclaration de la naissance d'Isabelle, Adélaïde est assisté de Raymond Yago, cultivateur, âgé de vingt quatre ans, qui reconnaît officiellement être son père.

Le 26 septembre 1864, Adélaïde Tablon, cultivatrice, déclare en mairie avoir accouché d'un fils, Jean-Baptiste, né le 31 mai dernier, à son domicile sur l'habitation Bon ménage. Lors de la déclaration officielle, elle est notamment accompagnée de Raymond Yago âgé de 27 ans. Bien que l'acte officiel indique qu'Adélaïde est âgée de 19 ans, il y a tout lieu de penser qu'il s'agit de "notre" Adélaïde Tablon et qu'il y a eu une erreur de transcription sur son âge.

Adélaïde donne naissance le 4 décembre 1865 à Elisa. Elle a alors vingt huit ans et travaille comme cultivatrice sur l'habitation Bon Ménage, rivière d'oyac, dans le quartier de Roura où elle est domiciliée. Lors de la déclaration de naissance d'Elisa, elle est assistée des sieurs Aimé Boulet, 25 ans, et de Pierre Marie Aly Bambara (54 ans), tous deux gardes ruraux domiciliés au bourg de Roura.

En 1869, le 11 avril, Adélaïde alors âgée de 31 ans, déclare la naissance de sa fille Mélicie. Sur l'acte de naissance, on peut lire qu'Adélaïde est toujours cultivatrice et qu'elle demeure sur l'habitation Bon Ménage dans le quarter de Roura.

Enfin, le 16 mai 1874, Adélaïde âgée de trente cinq ans, met au monde Sextius Pierre. Elle déclare être célibataire, cultivatrice et habiter sur l'habitation Saint Joseph dans le quartier de Roura. Sextius Pierre est reconnu par son père Raymond Yago, âgé de trente six ans, qui habite sur l'habitation Sainte Elisabeth sur le quartier de Roura. Sextius Pierre se mariera le 28 décembre 1914 à Roura avec demoiselle Marie Geneviève Thélassa.

Lors des évènements de Roura début avril 1890, Adélaïde a 52 ans. Elle décèdera à son domicile au bourg de Roura le 5 mars 1902 (acte de décès ci-dessous).

Adélaïde Tablon, un rond-point à Remire-Montjoly (Guyane)

Sources :

Extraits de la conférence-débat organisé au centre socioculturel de Roura les 09/01/2009 et 08/03/2009 par le Comité Adélaïde Tablon.

Archives Nationales d'Outre-Mer (ANOM).

Allocution prononcée par M. Gerville-Réache, gouverneur de la Guyane française, à l'ouverture de la session ordinaire du Conseil général le 5 novembre 1890.

Articles de la Tablette coloniale - Organe hebdomadaire des possessions françaises d'outre-mer - de l'année 1890.

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8 février 2015 7 08 /02 /février /2015 10:38

On pourrait interroger les passants dans les rues de Cayenne pour leur demander s'ils ont entendu parler de Paul Laporte, il n'y aurait vraisemblablement que peu de réponses positives ... sauf pour quelques uns à désigner l'imprimerie départementale officielle rattachée au Conseil général qui porte effectivement son nom depuis 1946.

Paul Joseph Elidor Laporte est le fils de Demoiselle Dorina Laporte qui a accouché le 15 janvier 1875 à son domicile de Cayenne au n° 61 de la rue de Provence (actuelle rue du Lieutenant Goinet). Après avoir effectué ses études en Guyane, Paul Laporte doté d'un Brevet supérieur pour l'enseignement primaire commence sa carrière d'instituteur le 19 janvier 1893.

Désigné pour être le directeur de l'école de Mana pour l'année scolaire 1901-1902, l'intéressé sera finalement maintenu à Cayenne pour raisons de santé sur décision du chef de l'instruction publique datée du 1er novembre 1901. C'est M. Amédée Véronique, instituteur adjoint à Sinnamary, qui sera désigné pour Mana.

Par arrêté du ministre de l'instruction publique et des beaux-arts du 1er août 1911, Paul Laporte sera nommé officier de l'Instruction Publique. Il recevra aussi la distinction de chevalier du mérite agricole par arrêté du ministre de l'agriculture en date du 12 avril 1913. C'est, du reste, durant cette même année 1913 qu'il deviendra officiellement directeur de l'école communale des garçons de la ville de Cayenne, alors qu'il exerçait déjà officieusement cette responsabilité en 1912.

Son ouvrage "La Guyane des écoles " sera publié en juillet 1915. Malheureusement, Paul Laporte décédera à Cayenne le 13 mars 1916 à l'âge de 41 ans.

Gros plan sur Paul Laporte, Instituteur devenu directeur de l’école des garçons de Cayenne en 1913

Cette notice (La Guyane des écoles) comme l'appelait lui-même Paul Laporte, contient des renseignements complets sur la Guyane : Histoire, Géographie, Orographie (géographie physique), Hydrographie, Routes, Canaux, Géologie, Climatologie, Flore, Faune, Population, Gouverneurs, Administration, Territoire, Agriculture, Commerce, Industrie, Communes, Faits importants et découverte de l'or ...

"Paul Laporte dédia son chef d'œuvre à son protecteur et ami M. Albert Grodet (1), l'européen, qui, sans conteste, aima le plus la Guyane et les guyanais et qui servit le pays avec le plus de dévouement ; mais où trouver la gratitude humaine ? Le maire Eugène Gober (2), ami d'enfance de l'auteur, présenta au public le beau travail de ce fils de la Guyane, dans une préface d'un style de choix et de tournures heureuses".

Ce petit paragraphe ci-dessus vient de la plume d'Auguste Elosel, conducteur des travaux publics en Guyane, et grand ami de Paul Laporte. L'intéressé, dans un article de deux pages dans le journal républicain de l'époque, L'Observateur, du mercredi 23 décembre 1936, dresse un portrait plein d'affection et d'admiration pour l'auteur de "La Guyane des écoles". Son article est intitulé "Paul Laporte, un Guyanais qui aimait bien son pays".

"La Guyane des écoles" sera réédité en 1983 avec une préface de Serge Patient, à l'initiative du comité guyanais d'action culturelle/Atipa.

(1) Albert Grodet (1853-1933) a été gouverneur de la Guyane à deux reprises, de 1891 à 1893, puis de 1904 à 1905. Il sera ensuite élu député de la Guyane de 1910 à 1919.

(2) Eugène Gober (1877-1946) fut maire de Cayenne de 1910 à 1928, et président du Conseil général à deux reprises, de 1913 à 1919, et de 1922 à 1928.

Gros plan sur Paul Laporte, Instituteur devenu directeur de l’école des garçons de Cayenne en 1913

Paul Laporte avait offert son ouvrage à son ami Auguste Elosel en le lui remettant en mains propres avec ce petit mot écrit sur la première page "A mon ami A. Elosel, des travaux publics - Cayenne : Le plus grand outrage qu'on puisse faire à la vérité, c'est de la reconnaître et en même temps de l'abandonner ou de l'affaiblir - Cayenne, le 6 juillet 1915 - Paul Laporte".

Pau Laporte avait travaillé et préparé longuement la rédaction de son ouvrage après s'être renseigné dans les bibliothèques du pays et s'être rapproché des personnalités connaissant la Guyane, encouragé en cela par ses amis comme Albert Grodet, alors député de la Guyane, d'Eugène Gober,maire de Cayenne, Fernand Lévecque, gouverneur en fonction, Jean-Marie Berland, ancien élève de l'école polytechnique, et bien d'autres médecins, avocats, le directeur de la Banque de Guyane et bien évidemment les membres de l'enseignement ...

Démocrate convaincu, Paul Laporte avait aussi une foi inébranlable dans ses convictions laïques. Il était un grand défenseur de la laïcité.

L'école communale des garçons à Cayenne où Paul Laporte a exercé ses fonctions de directeur, existe encore aujourd'hui sous le nom de groupe scolaire Samuel Chambaud, enseignant et fondateur des Eclaireurs de France en Guyane. Localisée Place des Palmiste à l'angle de la rue Mme Payé, cette école élémentaire se compose de deux groupes de bâtiments construits à des périodes différentes. Celui qui se trouve rue Mme Payé a été édifié vraisemblablement au début du XXe siècle et l'autre, plus tardivement dans les années 1950. Le bâtiment que l'on peut voir en photo ci-dessous, situé place des Palmistes, est le plus récent.

Gros plan sur Paul Laporte, Instituteur devenu directeur de l’école des garçons de Cayenne en 1913

Sources :

B.O.G.F 1901 / 1913.

Ministère de la culture - Base Mérimée.

BNF - L'Observateur du 23 décembre 1936.

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7 janvier 2015 3 07 /01 /janvier /2015 16:43

Succédant à Nicolas Merlet qui fut maire de Cayenne durant plus de vingt ans, de 1845 jusqu'à sa mort en 1867, Alexandre Coüy dirigea la municipalité cayennaise jusqu'en juin 1880, soit durant 13 années.

Fils de Pierre Aimé Coüy et de Françoise Chamaillard, Alexandre est né le 15 novembre 1806 à Nantes (Département de la Loire-inférieure, aujourd'hui Loire-Atlantique). Il s'est marié à Cayenne le 14 juin 1836 avec Joséphine Eugénie Pain, née le 17 mars 1816 à Cayenne et décédée le 28 juillet 1848 à l'âge de 32 ans.

Les époux Alexandre Coüy ont eu deux enfants : Emile Joseph Coüy né le 16 juin 1837 à Cayenne et décédé le 28 mai 1925 à Brest (29), Capitaine de vaisseau, et Marie Philippine-Eugénie COUY (1844-1878), mariée le 25 juin 1863 à Cayenne avec Artur Alexis Delteil (1837-1905), pharmacien de la marine.

Domicilé au n° 36 rue de Choiseul à Cayenne, actuelle avenue du Général de Gaulle, Alexandre Coüy est décédé le 27 juillet 1881 à l'âge de 74 ans.

Gros plan sur Alexandre Coüy qui fut maire de Cayenne entre 1867 et 1880

Activités professionnelles d'Alexandre Coüy :

Mairie de Cayenne :

Conseiller municipal du 11 novembre 1835 au 7juillet 1836

Maire de la ville du 22 avril 1867 au 25 juin 1880

Un arrêté daté du 25 juin 1880 du Gouverneur de la Guyane nomme Elie Franconie, conseiller municipal, maire de la commune de Cayenne suite au scrutin du 6 juin 1880.

Commissaire-commandant de quartier :

Lieutenant commissaire-commandant au Tour-de-L'Ile du 7 juillet 1836 au 5 août 1840

Commissaire-commandant au même quartier du 5 août 1840 au 6 juillet 1842

Commissaire-commandant provisoire à l'Ile de Cayenne du 9 octobre 1851 au 26 juin 1852

Lieutenant commissaire-commandant au même quartier du 26 juin 1852 au 15 mars 1854

Commissaire-commandant à l'Ile de Cayenne du 15 mars 1854 au 13 juillet 1860

L'administration des Commissaires-commandants fut mise en place au début du XIXe siècle dans les colonies. Nommés par le gouverneur, ils faisaient office de premier magistrat avec une fonction d'officier d'Etat-civil et de gestionnaire du quartier avant l'établissement des communes et de municipalités élues en 1879. Les commissaires-commandants étaient assistés d'un Lieutenant commissaire-commandant. Seule la ville de Cayenne bénéficiait d'un maire, mais lui aussi nommé par le gouverneur.

Gros plan sur Alexandre Coüy qui fut maire de Cayenne entre 1867 et 1880

Autres responsabilités exercées par A. Coüy :

Conseiller colonial du 29 juillet 1847 au 13 juin 1848.

Conseiller privé depuis le 27 décembre 1862.

Censeur de la Banque de Guyane du 29 juillet 1855 au 13 juillet 1856.

Administrateur de la Banque de Guyane depuis le 13 juillet 1856 (nommé directeur intérimaire le 16 août 1872 pendant les congés en métropole de six mois du titulaire M. des Robert).

Membre président élu de la Chambre d'agriculture et de commerce depuis sa création le 31 août 1871 (Arrêté du 31 août 1871 constitutif de la Chambre d'agriculture, de commerce et d'industrie).

Autres activités diverses d'Alexandre Coüy :

Après la découverte de l'or en Guyane en 1855 et comme une grande partie des notables de Cayenne à cette époque, Alexandre Coüy exploita diverses concessions aurifères dans le quartier de l'Approuague et de Roura. Il fut aussi propriétaire pendant quelques temps dans les années 1855, avec Favard, de l'habitation sucrière La Jamaïque sur l'Approuague. Celle-ci fut rachetée par le commandant Charrière, chef de bataillon d'infanterie de marine, en avril 1859 pour le compte de la Compagnie de l'Approuague dont il était devenu le directeur.

Alors qu'il était maire de Cayenne, Alexande Coüy fut l'organisateur de la voirie municipale qui appartenait auparavant aux Ponts et Chaussées. Les premiers travaux d'assainissement de la ville lui sont dûs. On lui doit notamment la Place des Amandiers qui a été créée sous sa mandature par le premier employé des Ponts et Chaussées ayant rempli les fonctions d'agent-voyer.

Distinction honorifique :

Par décret du 13 février 1872 du ministre de la marine et des colonies, et alors qu'il exerçait les fonctions de maire de Cayenne, Alexandre Coüy a été nommé Chevalier de la légion d'honneur. Cette décoration lui sera remise le 15 septembre 1872 par Jean-Louis Loubère, Colonel d'Infanterie de marine, Gouverneur de la Guyane Française.

Félix Coüy, frère d'Alexandre :

Un "Gros plan" sur ce blog est dédié à Félix Coüy, frère aîné d'Alexandre, à qui l'on attribue la découverte de l'or en Guyane en 1855 dans le quartier de l'Approuague où il était Commissaire-commandant, avec l'amérindien Joseph Paoline (Pour consulter l'article sur Félix Coüy, cliquez "ICI").

Gros plan sur Alexandre Coüy qui fut maire de Cayenne entre 1867 et 1880

Sources :

Manioc.org (B.O.G.F).

Archives nationales d'Outre-Mer (ANOM).

Ministère de la culture (B.L).

Deuxième séance du comité de patronage du Musée local (5 décembre 1901).

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7 décembre 2014 7 07 /12 /décembre /2014 08:00

A la fin du XIXe siècle à Saint Laurent du Maroni, tout le monde connaissait Victor Darquitain, négociant propriétaire du Bazar de l'Espérance, véritable notable de cette petite ville pénitentiaire de l'Ouest de la Guyane.

Originaire de la Guadeloupe, il a débarqué en Guyane en 1886 où il a, pendant près de deux ans, exploré les hautes régions guyanaises.

Fils naturel d'une couturière de Basse-Terre en Guadeloupe, Victor Darquitain aura mené une existence professionnelle hors norme. Avant de retracer rapidement son cursus professionnel, une petite présentation de cet Antillais devenu Guyanais de cœur s'impose...

Gros plan sur Victor Darquitain, négociant à Saint Laurent du Maroni à la fin du XIXe et début du XXe siècle

Vie personnelle et familiale

Victor Marie Jules Darquitain est né le 29 mai 1866 à Basse-Terre en Guadeloupe. Sa maman, Demoiselle Monique Darquitain, alors âgée de 35 ans au moment de la naissance de son fils, était couturière et habitait la rue Lardenoy à Basse-Terre. Monique Darquitain qui aura eu trois enfants est décédée le 30 janvier 1884 à Basse-Terre.

En effet, Victor aura eu un frère et une sœur : Cyril Nestord Darquitain, né le 16 février 1855 à Basse-Terre et décédé le 5 décembre 1865 dans la même ville suite à une épidémie de choléra, et Pauline Marie Adélaïde Darquitain, née le 22 mai 1862 à Basse-Terre.

Victor Darquitain aura un enfant nommé Daniel Edmé Gaston Darquitain, né le 16 novembre 1891 à Cayenne, de Mme Marie Eugénie Genevièvre Dumbard veuve Cassé, sans profession, alors âgée de 37 ans, à son domicile de la rue Chaussée-Sartines à Cayenne. Victor reconnaîtra officiellement son fils le 21 février 1894 à Cayenne.

Victor s'est marié le 16 février 1895 à la mairie de Saint Laurent du Maroni avec Aglaé Louise Albert, née le 7 avril 1860 à Fort-de-France en Martinique. Ils ont eu une fille Blaise Monique Maria Darquitain, née le 3 février 1900 à Saint Laurent du Maroni.

Gros plan sur Victor Darquitain, négociant à Saint Laurent du Maroni à la fin du XIXe et début du XXe siècle

Cursus professionnel

Les informations ci-dessous émanent d'une notice de renseignements établie par les autorités de l'Etat lorsque lui a été délivré son grade de Chevalier de la Légion d'honneur :

1886 : Stage administratif de 2 années dans les directions de l'intérieur en Guadeloupe.

1986 à 1888 : A exploré les hautes régions guyanaises.

1888 - 1898 : Dix années au service de la Trésorerie en Guyane comme caissier, comptable, fondé de pouvoirs.

1898 - 1918: Commerçant en Guyane pendant 20 années.

En France depuis août 1919

- Conseiller du commerce extérieur

- Membre de l'Institut Colonial Français

Décorations

- Officier d'Académie par arrêté du 30 mai 1913

- Chevalier de la Légion d'honneur par décret du 11 août 1931

En 1931, Victor Darquitain se déclarait publisciste et demeurait au 10 rue Melingue à Paris 19e, non loin du jardin des Buttes Chaumont.

Gros plan sur Victor Darquitain, négociant à Saint Laurent du Maroni à la fin du XIXe et début du XXe siècle

Ouvrages publiés

Notice sur la Guyane française, seize ans au Maroni

Il s'agit d'un récit documentaire paru en 1911 édité par Augustin Challamel et préfacé par R. Attuly, avocat près la Cour d'appel de Paris et Secrétaire adjoint de la "Solidarité coloniale". Ce petit livre décrit la Guyane avec ses potentialités économiques, industrielles et agricoles mais aussi ses difficultés, sa main d'œuvre insuffisante. Il décrit bien évidemment Saint Laurent du Maroni à cette époque et le bagne, ainsi que la Guyane politique et sa situation sanitaire.

Cet ouvrage sera adopté par la ville de Paris qui le distribuera dans les bibliothèques municipales ainsi que dans les écoles communales du Département de la Seine, et par la Ligue française de l'Enseignement. En 1919, il sera aussi diffusé pour l'enseignement primaire en Alsace-Lorraine.

Dans la collection Etudes de psychologie sociale, V. Darquitain et L. Le Boucher publie "La Grande Géhenne" en 1928, édité par Marcel Rivière. La préface est signée Me Henri-Robert, de l'Académie française, ancien bâtonnier de l'ordre des avocats à la Cour de Paris. Cet ouvrage a été publié sous le patronage de l'Institut Colonial Français. Au moment de la publication de ce livre, L. Le Boucher était sous-chef de bureau à l'Administration centrale du Ministère des Colonies (Affaires judiciaires et pénitentiaires).

Rappelons que dans le Nouveau Testament, la Géhenne est synonyme de tortures et d'intenses souffrances.

Maître Henri Robert résume clairement dans sa préface le contenu et l'esprit de ce livre consacré au bagne et aux bagnards :"Les textes anciens n'étaient plus en harmonie avec l'esprit et le sentiment de notre époque. Par leur dureté, par leur brutalité, ils avaient provoqué, en des circonstances trop nombreuses, des assassinats de surveillants, des rébellions et la quantité d'évasions qui se trouvent relatées en de saisissants tableaux dans la troisième partie de cet ouvrage. L'opinion publique s'était émue de tels faits. Si la société veut et doit être protégée, les sentiments généreux qui l'animent n'admettent pas que ceux qui l'ont atteinte soient traités sans humanité. Venant après le livre de M. Albert LONDRES, cette œuvre documentaire lui donnera toute satisfaction. "

Quelques photographies anciennes de la Guyane et de Saint Laurent du Maroni, extraites de la Notice sur la Guyane française de V. Darquitain :

Si vous voulez les agrandir, cliquez au milieu de chaque photo.Si vous voulez les agrandir, cliquez au milieu de chaque photo.Si vous voulez les agrandir, cliquez au milieu de chaque photo.
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Si vous voulez les agrandir, cliquez au milieu de chaque photo.

Sources :

www.manioc.org

Archives Nationales d'Outre-Mer (ANOM)

Ministère de la Culture

Notice sur la Guyane Française de Victor Darquitain

La Grande Géhenne de V. Darquitain et de L. Le Boucher

Gros plan sur Victor Darquitain, négociant à Saint Laurent du Maroni à la fin du XIXe et début du XXe siècle

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28 novembre 2014 5 28 /11 /novembre /2014 08:23

Il faudrait sans doute un ouvrage entier pour décrire l'énergie déployée par cet ingénieur agricole guyanais qui a consacré la plus grande partie de sa vie professionnelle à la recherche sur l'agriculture, d'abord en Guyane puis en Martinique.

Ce petit article relate une partie de sa vie personnelle et professionnelle. Ce "post" n'est sûrement pas exhaustif par manque d'informations sur l'intéressé. En effet, tous les renseignements recueillis proviennent de fonds documentaires accessibles en ligne sur Internet.

Dans un autre article sur ce blog, j'avais déjà présenté toutes les photographies et illustrations insérées dans l'ouvrage intitulé "Notice sur la Guyane", qu'Eugène Bassières avait rédigé dans le cadre de l'exposition universelle de 1900 à Paris. Si vous voulez voir ces photos, il faut cliquer "ICI".

Gros plan sur Eugène Bassières, ingénieur agricole guyanais de la fin du XIXe siècle et du début du XXe

Gustave "Eugène" Emile Bassières est né à Cayenne le 16 Décembre 1870 de Gustave Adolphe Bassières, 32 ans, Garde du Génie et de Demoiselle Eugénie Clarisse Michel, 30 ans, sans profession, au n° 29 de la rue Voltaire (actuelle rue Justin Catayée).

Il va poursuivre ses études à Montpellier à la Faculté des Sciences et à l’Ecole Nationale d’agriculture. Son diplôme d’ingénieur agricole en poche, il revient en Guyane à 23 ans et obtient son premier poste de directeur fondateur du jardin d’essais de Baduel en 1894.

A l’occasion de l’Exposition Universelle de 1900, il est nommé Commissaire Adjoint pour la Guyane. C'est à cette occasion qu'il rédigera son ouvrage "Notice pour la Guyane". La préface de cette notice est signée Henri Ursleur, député de la Guyane de 1898 à 1906 et ancien maire de Cayenne (1890-1898).

L'objectif de l'auteur à l'occasion de cette exposition universelle de 1900 est de faire connaître la Guyane et de contribuer à son développement. Tous les aspects tels que la géographie, l'histoire, la flore, la faune et surtout les potentialités économiques impliquant l'agriculture, l'industrie et le commerce sont abordés et détaillés dans cette Notice sur la Guyane.

Eugène Bassières sera membre réélu de la Chambre d'agriculture et officiellement nommé le 16 février 1901 sur Décision du Gouverneur Louis Mouttet, agent général de culture et de colonisation.

Il sera aussi désigné le 26 septembre 1901 par le nouveau Gouverneur de la Guyane Emile Merwart, et alors qu'il était déjà membre du Comité de patronage du Musée local, premier conservateur de ce musée jusqu'au 31 décembre 1903, musée qui deviendra plus tard le Musée départemental Alexandre Franconie.

L'intéressé s'occupera aussi de la colonie agricole de Montjoly et de son organisation après l'arrivée des réfugiés martiniquais suite à l'éruption de la montagne Pelée en 1902.

Le jardin d'essais de Baduel ayant été abandonné au début du XXe siècle, Eugène Bassières quitte la Guyane pour la Martinique où il arrive le 6 juin 1911 sur décision du Gouverneur de la Guyane en conformité avec la dépêche du ministre des colonies du 24 mai 1911.

Il réorganisera la production agricole en Martinique et sera officiellement nommé Inspecteur d'agriculture de 2e classe puis, chef de service de l'agriculture. Par Décision du 3 mai 1921, M. Bassières Eugène deviendra directeur d'agriculture de 3ième classe et maintenu dans ses fonctions du moment.

Le 1er août 1923, alors qu'il est chef du service de l'agriculture en Martinique, il sera nommé par décret Chevalier dans l'ordre national de la légion d'honneur sur le rapport du ministre des colonies comme membre de la commission locale de l'Exposition nationale coloniale de Marseille.

En 1926, il organisera le premier concours agricole de la Martinique et développera de nouvelles méthodes de formation et de simulation. Il sera nommé ingénieur en chef en 1927.

Cette même année 1927, il reçoit la Croix d'officier de l'Académie et du Mérite agricole.

Par ailleurs, Eugène Bassières enseignera à la fois au lycée de Fort-de-France et au Cours Normal d'instituteurs. Il aura également en charge l'administration des eaux et forêts.

Il s'était marié une première fois à Cayenne le 18 juin 1895 avec Magdeleine Antonia Idelma Laudernet, née le 17 janvier 1872 à Cayenne. Le couple aura un enfant, Marie-Thérèse "Eugénie" Bassières, née le 18 septembre 1895 à Cayenne et décédée le 10 août 1985 à Nice (Alpes-Maritimes). Son épouse Magdeleine décèdera prématurément à Cayenne le 6 juillet 1903 à l'âge de 31 ans.

Eugène se remariera une seconde fois à Fort de France le 5 Octobre 1918 à l'âge de 48 ans avec Marie, Louise, Clémentine Barbe. Il resta en Martinique jusqu’à son décès qui surviendra le 9 septembre 1931 à Fort-de-France.

Son corps repose au cimetière de Cayenne.

Gros plan sur Eugène Bassières, ingénieur agricole guyanais de la fin du XIXe siècle et du début du XXe

Gustave Eugène Bassières avait deux frères qui vivaient aussi en Guyane et qui, bien que moins connu que leur grand frère, ont cependant eu de belles carrières professionnelles :

Adolphe Léon Bassières, né le 20 Décembre 1871 au n° 22 de la rue de Provence à Cayenne. Il se mariera à Cayenne le 20 décembre 1898 avec Ada Sylvie Marie Galliot, née le 14 juin 1889 à Cayenne, fille de Henri Cuthbert Joseph Edgar Galliot et de Marie Thérèse Laudernet.

Le maire de Cayenne, officier d'Etat-civil, qui officiait pour ce mariage était alors Flavin Eleuthère Le Blond. L'un des témoins n'était autre que Paul Théodule Le Blond, 49 ans, négociant, Chevalier de la Légion d'honneur, Consul des Pays-Bas et surtout, cousin de l'époux.

L'intéressé a exercé les professions de secrétaire rédacteur de la mairie de Cayenne, de Conseiller général, d'avocat, de journaliste et sera également nommé conservateur de la Bibliothèque Franconie et du Musée local le 10 mars 1922. Il deviendra plus tard Archivistes du Gouvernement à Basse-Terre en Guadeloupe. Il recevra les distinctions honorifiques d'Officier d'Académie et de Chevalier du mérite agricole. Léon Bassières sera un temps président du syndicat de la Presse guyanaise.

Adolphe Léon Bassières a rédigé quelques ouvrages et études :

- Essai d'acclimatation à Cayenne de chèvres laitières de race maltaise en 1908, - Une question de taxes et contributions locales : de l'illégalité des redevances superficiaires pour permis d'exploitation forestière en Guyane française en 1914, - Acte de foi en réponse à l'ordre du jour du Conseil Général de l'Allier préconisant la cession aux Etats-Unis de la Guyane et des Antilles françaises pour payer les dettes de guerre de la France Victorieuse !, - Les origines de l'Entente cordiale (épisode de la conquête des Îles d'Amérique par les Puissances européennes 1625-1635), - Introduction à des notes documentaires sur l'administration de l'île française de Saint Barthélémy, par les rois de Suède, pendant près d'un siècle en 1935, - La Guyane aurifère ou "la poule aux œufs d'or" en 1936.

Octave Anselme Bassières, né le 21 avril 1874 au n° 35 de la rue d'Artois à Cayenne. Il se mariera le 6 décembre 1902 avec Louise Camille Marie Ferdinand, née le 14 août 1881 à Cayenne, fille de Demoiselle Marie Anaïs Aglaé Ferdinand (1855-1886).

Parmi les quatre témoins du mariage, on peut noter : Paul Théodule Le Blond, 53 ans, négociant, Consul des Pays-Bas, Chevalier de la Légion d'honneur, et son demi-frère Flavin Eleuthère Le Blond, 47 ans, négociant, Chevalier de la Légion d'honneur, Vice-consul d'Angleterre. Paul Théodule et Flavin Eleuthère ont été tous les deux, à des dates évidemment différentes, Président du Conseil Général de la Guyane.

Dans un arrêté du Gouverneur de la Guyane Emile Merwart, daté du 31 juillet 1901, et portant constitution d'une mission chargée d'opérer dans la région de l'Inini, Octave Bassières est cité comme délégué, pour la durée de la mission, dans les fonctions de commissaire de police de 4ième classe à titre auxiliaire.

Lors de son mariage en décembre 1902, il est précisé qu'il exerce la profession de Commissaire de police spécial.

Gros plan sur Eugène Bassières, ingénieur agricole guyanais de la fin du XIXe siècle et du début du XXe

Les trois fils Bassières sont issus de :

- Gustave Adolphe Bassières, né le 15 Octobre 1838 à Cayenne rue Praslin, fils du sieur Louis Bassières (Louis dit Bassières), âgé de 37 ans et de dame Marie-Thérèse Lodoïska Hélène, âgée de 30 ans,

- et de Demoiselle Eugénie Clarisse Michel dit Stratonis Michely, née à Cayenne le 2 Juin 1840, fille de Jean Baptiste Michel dit Stratonis Michely âgé de 31 ans et de Rose Virginie Latouffy, 33 ans. Célibataire, Eugénie qui aura trois garçons avec Gustave Adolphe Bassières, décédera à son domicile du 39 bis rue Arago à Cayenne le 28 août 1883 à l'âge de 43 ans.

Rose Virginie Latouffy (ou Latoufie) est ausi la mère de Lise Virginie (Le Blond), mère de Paul Théodule Le Blond. Ceci explique que lors du mariage d'Adolphe Léon Bassières, il est mentionné dans le registre officiel de la mairie que Paul Théodule Le Blond est son cousin.

Gustave Adolphe Bassières s'engagera dans l'armée le 6 juin 1861 dans le 8 ième arrondissement de Paris et mènera dès lors une carrière militaire dans le Génie qui le conduira aussi bien en Guyane qu'en Algérie. Il séjournera en Guyane de 1869 à 1874. C'est durant ce séjour guyanais qu'il aura ses trois enfants, respectivement né en décembre 1870 (Eugènes), décembre 1871 (Léon) et avril 1874 (Octave).

Gustave Adolphe Bassière décédera le 1er décembre 1893 à l'hôpital militaire de Médéa à l'âge de 55 ans alors qu'il était adjoint principal du Génie. L'intéressé s'était remarié le 22 juin 1876 avec Clothilde Félicité Arsène Duboc, alors domiciliée à Guelma dans le département de Constantine (Algérie).

Gustave Adolphe avait été nommé Chevalier dans l'ordre national de la Légion d'honneur par décret du 29 décembre 1887.

Gros plan sur Eugène Bassières, ingénieur agricole guyanais de la fin du XIXe siècle et du début du XXe

Sources :

www.manioc.org

http://feobus.centerblog.net/4948134 - Eugène-Bassiere

Ministère de la culture

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27 octobre 2014 1 27 /10 /octobre /2014 08:21

Herménégilde Tell n'aura pas eu une existence banale dans l'administration pénitentiaire de Guyane où il aura fait toute sa carrière. Entré par la petite porte, si l'on peut dire, à l'âge de 17 ans 1/2, il terminera directeur de l'administration pénitentiaire de Guyane à Saint Laurent du Maroni, ce qui est tout à fait exceptionnel à l'époque pour un noir dont le père était né esclave ...

En effet, Herménégilde, Philippe, Hippolyte, Athénodore Tell est né le 19 décembre 1865 à Cayenne au 23 rue de Choiseul - actuelle avenue du Général de Gaulle - fils de Hippolyte âgé de vingt sept ans, tonnelier, et de Eudora Résumé.

Son père Hippolyte avait 10 ans en 1848 lorsque fut aboli l'esclavage dans les colonies françaises. La fiche provenant des Archives nationales d'Outre-mer précise que TELL Hippolyte, alors âgé de 10 ans, était esclave à l'Habitation La Ressource, chez la veuve Lemarinier, sur l'Île de Cayenne, quartier de Remire avec toute sa famille. Hippolyte était le fils de Guillaume (42 ans) et de Cécile Base (45 ans) et avait deux autres frères et une sœur : Edouard (17 ans), Auguste (15 ans), et Rosillette (7 ans) au moment où ils furent déclarés "nouveaux libres" en 1848.

Gros plan sur Herménégilde Tell, premier directeur noir du bagne de Guyane

Hippolyte Tell, père d'Herménégilde, était lui-même tonnelier de 2e classe dans l'administration pénitentiaire depuis le 6 août 1861 au magasin des subsistances à Cayenne. Il est notamment cité dans une décision du Gouverneur en date du 1er février 1862 qui détermine la solde et le supplément des boulangers et des tonneliers employés à Cayenne et sur les établissements pénitentiaires. Il y est indiqué que la solde annuelle des tonneliers passait de 1,080 francs à 1,095 francs au 1er février 1862.

Une autre décision du Gouverneur daté du 30 juin 1877, précise qu'Hippolyte Tell, distributeur de vivres de 1e classe, est nommé à partir du 1er juillet suivant, second commis aux vivres de 2e classe, à la solde annuelle de 1,700 francs, soit 900 francs pour la solde d'Europe et le supplément colonial de 800 francs. Alors qu'il était affecté à Saint Laurent du Maroni depuis septembre 1874, il est nommé le 13 juillet 1877 commis aux vivres de 2e classe au pénitencier de Cayenne, en remplacement du sieur Carrera, qui a reçu une autre destination. Le 1er Janvier 1883, le sieur Tell Hippolyte est nommé second commis aux vivres de 1e classe avec une solde annuelle de 2,175 francs.

Hippolyte Tell, commis aux vivres de la Marine, est décédé le 9 avril 1885 à l'âge de 47 ans à son domicile de Cayenne, au numéro 78 rue de la Provence (actuelle rue du Lieutenant Goinet).

Nota : Le 20 Octobre 1877, le Gouverneur accorde à Herménégilde Tell, ainsi qu'à d'autres élèves, vraisemblablement en raison des faibles revenus de son père, la gratuité exceptionnelle pour poursuivre ses études au Collège de Cayenne. Cette Décision portait concession de bourses au Collège de Cayenne et à l'externat des dames de Saint Joseph de Cluny.

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Gros plan sur Herménégilde Tell, premier directeur noir du bagne de Guyane

Sa carrière professionnelle :

Herménégilde Tell entre dans l'administration pénitentiaire le 13 mars 1883 comme commis de 3ième classe sur décision ministérielle, notifiée le 29 mars du même mois. Il sera appelé sur décision du directeur de l'administration pénitentiaire à servir au Maroni le 13 septembre 1883, en remplacement de M. le Teste, employé du même grade, rappelé au chef-lieu. Il sera désigné au choix et à l'ancienneté commis de 2ième classe le 1er juillet 1886 avec une augmentation de solde de 200 francs.

Il est à noter qu'un commis débutant de 3ième classe de l'administration pénitentiaire avait en 1882 une solde annuelle de 2,500 francs alors qu'au sommet de la hiérarchie, un directeur de l'administration pénitentiaire dans les colonies gagnait 14,000 francs par an.

De commis rédacteur de 3e classe le 1er juillet 1887, il avancera progressivement les échelons pour devenir commis rédacteur de 1e classe le 1 juillet 1892. Le 1e janvier 1895, il est nommé sous-chef de bureau de 3e classe pour atteindre le grade de sous-chef de bureau de 1e classe le 1er mai 1900.

Le 1er janvier 1904, il est nommé chef de bureau de 3e classe avant de devenir chef de bureau de 1e classe le 25 juillet 1907. Il sera nommé sous-directeur de l'administration pénitentiaire le 13 avril 1915. En juillet 1914 alors qu'il n'est alors que chef de bureau de 1er classe, puis en novembre 1916 et en avril 1917, Herménégilde Tell est nommé "directeur p.i " de l'administration pénitentiaire de la Guyane en remplacement du titulaire (retraite / maladie).

Il devient directeur de l'administration pénitentiaire coloniale de Guyane le 4 septembre 1919 jusqu'au 1er juillet 1925, date de son départ à la retraite, à l'âge de 60 ans.

Il est à noter qu'un arrêté du Gouverneur de la Guyane du 19 janvier 1923 nommait Herménégilde Tell, en sus de ses fonctions de directeur de l'administration pénitentiaire, Président du Conseil du contentieux administratif pour l'année 1923. Aujourd'hui, ce Conseil s'appellerait Tribunal administratif ... Herménégilde Tell a aussi exercé diverses fonctions de juge au tribunal de première instance aussi bien à Cayenne qu'à Saint Laurent du Maroni.

Son départ à la retraite "forcé" est dû à l'insistance du gouverneur Chanel qui trouvait qu'Herménégilde Tell n'était pas à la hauteur du poste qu'il occupait. Ce revirement brutal des excellentes appréciations habituelles attribuées à ce directeur de l'administration pénitentiaire était-il dû à ses capacités devenues insuffisantes, au soutien de l'intéressé à Jean Galmot ou fait suite à la visite du journaliste Albert Londres en Guyane en 1923 ... ?

Dans son ouvrage "Au Bagne" (Bnf, p.141), Albert Londres relate sa visite à Saint Laurent du Maroni en ces termes : " Saint Laurent du Maroni est le royaume de l'administration pénitentiaire. C'est une Royauté absolue, sans Sénat, sans Chambre, sans même un petit bout de conseil municipal. C'est la capitale du crime. Le roi règne et gouverne, c'est M. Herménégilde Tell, un nègre. Son premier ministre est M. Dupé, un blanc ".

Pour l'anecdote, les bagnards n'appréciaient pas beaucoup le directeur de l'administration pénitentiaire qu'il surnommait le "Machoiran", comme le poisson de Guyane du même nom, en raison semble-t-il de ses yeux un peu globuleux ...

Gros plan sur Herménégilde Tell, premier directeur noir du bagne de Guyane

Activités diverses après sa retraite :

L'intéressé aurait tout d'abord exercé les fonctions d'avocat puis de conseiller général et de conseiller municipal de la ville de Cayenne en 1928 avec l'équipe de J. Galmot. Il a exercé, après le décès de J. Galmot, les fonctions de Secrétaire général du Parti de la Liberté. Dans un récapitulatif de sa carrière, il est indiqué qu'Herménégilde Tell était titulaire d'une licence en droit obtenu en 1894. On peut supposer qu'il aura préparé son diplôme universitaire tout en travaillant dans l'administration pénitentiaire. Il se rendra à cette occasion en France pour passer sa licence.

Herménégilde Tell avait cependant été battu lors du scrutin du 21 juin 1925 devant élire un Conseiller général de la 2ième circonscription (Approuague - Oyapoc - Kaw). Il avait été battu au premier tour par Paul Claire, élu avec 199 voix, contre 126 pour Herménégilde Tell.

Gros plan sur Herménégilde Tell, premier directeur noir du bagne de Guyane

Franc-maçonnerie et décorations diverses :

Herménégilde Tell a intégré la loge maçonnique de la France Equinoxiale en 1893. Cette loge a été créée à Cayenne en 1844. Il sera nommé Vénérable de la loge à deux reprises. L'intéressé avait atteint le haut "grade " de franc-maçon 33e degré ...

L'intéressé a reçu au cours de sa carrière professionnelle un certain nombre de distinctions et de titres honorifiques :

Chevalier du Dragon d'Annam, le 25 Octobre 1899

Officier d'académie, Arrêté du 1er mars 1903

Médaille d'honneur pénitentiaire coloniale, Arrêté ministériel du 30 janvier 1917

Chevalier de la Légion d'honneur, décret du 19 janvier 1919

Officier de l'ordre d'Orange Nassau, le 14 Septembre 1922

Gros plan sur Herménégilde Tell, premier directeur noir du bagne de Guyane

Sa vie de famille :

Herménégilde Tell se marie à Cayenne le 13 décembre 1887 avec la demoiselle Joséphine, Rose, Elisabeth Halmus, sans profession, née à Saint Laurent du Maroni le 16 février 1866. Celle-ci est la fille légitime d'André Halmus, commis aux vivres dans l'administration pénitentiaire et de dame Octavie Pollux, demeurant à Cayenne.

Le couple aura trois enfants : Guillaume né en 1889, Eugénie née en 1891 et Charles né en 1894. Eugénie Tell épousera Félix Eboué le 14 juin 1922. Après avoir été institutrice à Saint Laurent du Maroni, elle rejoindra son mari en Afrique (Oubangui-Chari) en 1923. Elle mènera une vie exceptionnelle aux côtés de son illustre mari et aura elle-même une très belle carrière politique jusqu'à sa mort survenue en 1972.

Au décès de son épouse en 1924, Herménégilde Tell aura deux autres enfants avec la demoiselle Julienne Félix : Roger né en 1926 et Charlotte née en 1928.

Herménégilde Telle décédera le 5 mars 1931 à son domicile de Cayenne, au 54 rue Mme Payé, à l'âge de 66 ans. Son domicile, qu'il avait acheté en 1890, deviendra bien plus tard en l'an 2000 une annexe du Musée des Cultures guyanaises qui se trouve au n° 78 de la même rue.

Gros plan sur Herménégilde Tell, premier directeur noir du bagne de Guyane

Sources :

WWW.manioc.org.

Ministère de la Culture.

Centre des Archives d'Outre-Mer (CAOM).

Exposé de Martine Sagne, Juriste, le 13 mai 2011 sur la vie et la carrière d'Herménégilde Tell dans le cadre d'une série intitulée Regards sur l'Histoire (Université des Antilles et de la Guyane)

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19 octobre 2014 7 19 /10 /octobre /2014 15:01

Le kiosque Schoelcher, situé dans la rue du même nom à Cayenne, a été rebaptisé le 17 janvier 2013 lors d'une cérémonie officielle pour prendre le nom de kiosque Léon Gontran Damas.

C'est Madame le maire de Cayenne, Marie-Laure Phinera-Horth, qui a souhaité dénommer ce kiosque en hommage au poète et écrivain guyanais Léon Gontran Damas. Cet acte symbolique s'inscrivait en apothéose de la fin de "l'année du centenaire de Léon Gontran Damas" qui s'était déroulée durant l'année 2012.

Cette dénomination n'enlève rien à l'honneur de Victor Schoelcher (1807-1893), grand abolitionniste, qui est l'initiateur du décret du 27 avril 1848 abolissant définitivement l'esclavage en France. En Guyane, un collège porte son nom à Kourou, alors que la rue à Cayenne où se trouve le kiosque Léon Gontran Damas conserve le nom de Schoelcher.

À Cayenne, une statue de Victor Schoelcher et d'un jeune esclave libéré fut érigée en 1896 - 1897 sur la Place Victor Hugo, rebaptisée plus tard Place Victor Schoelcher. Un petit article sur ce blog est dédié à ce monument, si vous voulez le lire, cliquez "ICI". Cette statue a été classée Monument Historique par arrêté du 9 mars 1999.

Kiosque Léon Gontran Damas à Cayenne (Guyane)

La cérémonie du 17 janvier 2013 s'est déroulée en présence de nombreuses personnalités qui se trouvaient en Guyane dans le cadre de la 4ième conférence des villes capitales d'Outre-Mer : Mme Lucette Michaud-Chevry (Maire de Basse-Terre, Guadeloupe), Monsieur Jacques Bangou (Maire de Pointe-à-Pitre, Guadeloupe), Monsieur Raymond Saint-Louis (Maire de Fort-de-France, Martinique) ainsi que Monsieur Abdourahmane Soilihi (Maire de Mamoudzou, Mayotte).

A cette occasion, Mme Phinera-Horth a rendu hommage à Léon Gontran Damas en rappelant son combat contre la colonisation, l'aliénation et le racisme. D’origine africaine, amérindienne et européenne, « les trois fleuves qui coulent dans ses veines » comme il l’expliquera dans Black Label en 1956, Léon Gontran Damas est avec Aimé Césaire et Léopold Sédar Senghor un des fondateurs du mouvement de la Négritude dans les années 1940.

L'allée menant du kiosque Léon Gontran Damas au Monument des chaînes brisées s'appelle désormais Allée des Trois Fleuves.

Comme nous allons le voir dans un bref rappel de sa biographie ci-dessous, Léon Gontran Damas fut aussi un homme politique. En 1970, Damas partit aux Etats-Unis où il enseigna à l'université de Georgetown, puis à l'Université Howard où il était chargé du département de recherche sur la littérature africaine. Il y demeura jusqu'à son décès à Washington DC le 22 janvier 1978.

Photos du kiosque Léon Gontran Damas :

Kiosque Léon Gontran Damas à Cayenne (Guyane)Kiosque Léon Gontran Damas à Cayenne (Guyane)Kiosque Léon Gontran Damas à Cayenne (Guyane)

Léon-Gontran DAMAS est né le 28/03/1912 à Cayenne (Guyane). Aux côtés de René Jadfard, nouveau député de la Guyane, Léon Damas devient alors une des principales figures politiques de Cayenne et est notamment appelé à prononcer un important discours le 21 juillet 1947, devant la statue de Victor Schœlcher, à la veille de la commémoration du centenaire de l'abolition de l'esclavage.

Après le décès brutal de René Jadfard, Léon-Gontran Damas se présente donc tout naturellement, au nom du Mouvement de la renaissance guyanaise, aux élections complémentaires du 4 janvier 1948 et est élu. Son adversaire était Edouard Gaumont.

Inscrit au parti socialiste, Léon-Gontran Damas perdra son siège de député contre Edouard Gaumont en juin 1951. Il se consacrera alors à ses activités d'écrivain, de journaliste et de conférencier. Il se représentera sans succès, mais avec une meilleure audience, aux élections législatives du 2 janvier 1956.

Léon Gontran Damas est l'auteur de plusieurs ouvrages et essais : Pigments Névralgies  (1962) ; Black Label et autres poèmes (1956) ; Retour de Guyane (1938) ; Veillées noires, contes nègres de Guyane (1943) ; Poèmes nègres sur des airs africains (1948). Il est aussi et surtout le co-fondateur avec Aimé Césaire (1913-2008), et Léopold Sédar Senghor (1906-2001) de la revue "L'Étudiant noir", Paris (1935).

Décédé en 1978, Léon Gontran Damas est enterré au cimetière de Cayenne.

 

Tombe de L.G. Damas au cimetière de Cayenne :

Si vous voulez agrandir une ou des photos, cliquer sur l'image voulue.Si vous voulez agrandir une ou des photos, cliquer sur l'image voulue.Si vous voulez agrandir une ou des photos, cliquer sur l'image voulue.
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Si vous voulez agrandir une ou des photos, cliquer sur l'image voulue.

Sources :

L'écho Capital - Février 2013 - N° 3

Léon Gontran Damas - Wikipedia

En janvier 2013, la Ministre de la Justice Christiane Taubira, guyanaise, cite un extrait du poème "Nous les gueux" de Damas lors d'un échange avec Hervé Mariton sur le mariage pour tous à l'Assemblée nationale.

Extrait du poème "Nous les Gueux" de Léon Gontran Damas (Black-Label - page 50-51, Gallimard) :

NOUS LES GUEUX

nous les peu

nous les rien

nous les chiens

nous les maigres

nous les Nègres

---

Nous à qui n'appartient

guère plus même

cette odeur blême

des tristes jours anciens

---

Nous les gueux

nous les peu

nous les riens

nous les chiens

nous les maigres

nous les Nègres

---

Qu'attendons-nous

les gueux

les peu

les rien

les chiens

les maigres

les nègres

---

pour jouer aux fous

pisser un coup

tout à l'envi

contre la vie

stupide et bête

qui nous est faite

---

à nous les gueux

à nous les peu

à nous les rien

à nous les chiens

à nous les maigres

à nous les nègres

...

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13 octobre 2014 1 13 /10 /octobre /2014 08:17

Flavin Eleuthère Le Blond fut un personnage de premier plan dans la Guyane de la fin du XIXe et du début du XXe siècle. Il exerça en effet un grand nombre de responsabilités dans diverses institutions de l'époque.

Eleuthère est né le 3 août 1855 à Cayenne. Sa mère, demoiselle Adélaïde Virginie, âgée de vingt quatre ans, avait accouché à neuf heures du matin à son domicile du 57 rue du Collège à Cayenne (Aujourd'hui rue Mme Payé).

En marge de son acte d'Etat civil, figure la mention suivante : "Par arrêté du gouverneur de la Guyane française du 14 juin 1869, Flavin Eleuthère, dénommé en l'acte ci-contre, a été autorisé à porter le nom patronymique de Le Blond".

Eleuthère Le Blond (ou Leblond) décèdera le 6 décembre 1933 à Cayenne à l'âge de 78 ans. Selon ses dernières volontés, le défunt fut enterré au cimetière de Cayenne dès le lendemain, sans cérémonie et sans discours. Le gouverneur Lamy offrit une magnifique gerbe de fleurs naturelles.

Gros plan sur Flavin Eleuthère Le Blond, Président du Conseil général de la Guyane entre 1898 et 1902 (Maire de Cayenne entre 1898 et 1900)

Récapitulatif des mandats électifs et autres responsabilités exercées par Flavin Eleuthère Le Blond:

Mairie de Cayenne

- Conseiller municipal de Cayenne de Juin 1887 à mai 1900

- Adjoint au maire du chef-lieu le 16 mai 1892

- Maire de Cayenne : 13 juillet 1898 à mai 1900

Conseil général de Guyane

- Conseiller général depuis 1893

- Vice-président du Conseil général en 1897

- Président depuis 1898 jusqu'en 1902.

Divers

- Membre de la Chambre de commerce depuis 1889

- Vice-président de la Chambre de commerce depuis 1899

- Conseiller du commerce extérieur

- Censeur élu de la Banque de Guyane depuis 1889

- Rédacteur-gérant du Journal Républicain La Vigie (1890 - 1891)

- Directeur du Journal Républicain Le Combat (1897-1898)

- Vice-consul d'Angleterre à compter de novembre 1901

Décorations

- Commandeur de l'ordre du Cambodge par décision du 24 décembre 1901

- Chevalier de la légion d'honneur par décret du 9 janvier 1902

Gros plan sur Flavin Eleuthère Le Blond, Président du Conseil général de la Guyane entre 1898 et 1902 (Maire de Cayenne entre 1898 et 1900)

Il est à noter qu'un autre Le Blond prénommé Paul Théodule, né le 20 janvier 1849, fut aussi président du Conseil général de la Guyane du 28 juin 1886 au 19 février 1891. Négociant, il exerça aussi d'autres responsabilités à la Chambre de commerce de Cayenne de 1882 à 1887 et sera un temps nommé Consul des Pays-Bas.

Paul Théodule est le fils de Demoiselle Lise Adélaïde Virginie, âgée de 21 ans, couturière, qui a accouché à son domicile de la Maison des citoyens Joseph Annas, rue Saint Louis à Cayenne. En marge de son acte d'Etat civil, figure exactement la même mention que celle de Flavin Eleuthère : "Par arrêté du gouverneur de la Guyane française du 14 juin 1869, Paul Théodule, dénommé en l'acte ci-contre, a été autorisé à porter le nom patronymique de Le Blond".

Paul Théodule Le Blond s'est marié le 20 juillet 1878 avec Marie Pauline Mélidor, née le 15 août 1847, fille de jean Mélidor, habitant le quartier de Kaw, et de Marie Alexandrine Eudorie Céide. Le couple aura deux filles : Lise Araïtis née en 1879 et Marie Aurélie née en 1889.

Un des témoins du mariage de Paul Théodule était son autre frère Marie Auguste Fabien Jean-Baptiste Le Blond, né le 21 juin 1851 à Cayenne, lui-aussi fils de Demoiselle Lise Virginie Adélaïde, couturière, demeurant rue du Collège à Cayenne. Négociant, il se mariera le 18 octobre 1876 à Cayenne avec Marie Elisabeth Caroline Herminie Théodore-Dabren. Le couple aura six enfants. Marie Auguste Fabien Jean-Baptiste Le Blond décèdera le 12 avril 1903 à Cayenne à l'âge de 52 ans.

Un autre Le Blond prénommé Maximilien est né le 13 novembre 1853 également au domicile de sa mère Lise Adélaïde Virginie, couturière, rue de La Liberté à Cayenne. Comme ses trois autres frères, il sera autorisé à porter le nom patronymique de Le Blond. Célibataire, il exercera la profession de négociant et sera le détenteur provisoire de plusieurs concessions aurifères sur les communes de Mana, Approuague et Camopi. Maximilien décédera le 23 juin 1895 à Cayenne à l'âge de 41 ans. On peut encore voir sa sépulture avec une stèle très originale en fonte moulée au cimetière de Cayenne (voir l'image en haut à gauche de ce paragraphe).

Lise Adélaïde Virginie, mère des fils Le Blond, décèdera le 7 août 1865 à l'âge de 38 ans dans sa maison sise au numéro 57 de la rue du Collège à Cayenne (aujourd'hui rue Mme Payé). Elle était la fille de Rose Virginie.

 

Sources :

www.manioc.org

Ministère de la Culture.

Archives Nationales d'Outre-Mer

L'Observateur du 13 décembre 1933.

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7 octobre 2014 2 07 /10 /octobre /2014 07:28

Le complexe scolaire dit "Externat Saint Joseph" à Cayenne regroupe à la fois une école maternelle (Place des Amandiers), une école primaire, un collège et un lycée. L'ensemble représente un peu plus de 1200 élèves aujourd'hui.

Créée par les sœurs de Saint Joseph de Cluny, cette école vit le jour en août 1822 à Cayenne sous l'impulsion de quatre religieuses qui avaient été envoyées en Guyane par la Révérende Mère Anne-Marie Javouhey, fondatrice de la congrégation des sœurs de Saint Joseph de Cluny.

L'une d'entre elles, sœur Marie-Thérèse Julien, deviendra la première directrice du pensionnat de l'école des sœurs de Saint Joseph. Le plus ancien des bâtiments se situe à l'angle de la rue Lalouette et de la rue François Arago. Au cours du XIXe siècle, des travaux d'agrandissement seront progressivement réalisés.

L'Externat Saint Joseph est inscrit au titre des monuments historiques par arrêté du 10 avril 1989.

Externat Saint Joseph à Cayenne (Guyane), hier et aujourd'hui

Implantation de la Congrégation de Saint Joseph de Cluny en Guyane :

Née le 10 novembre 1779 à Jallanges (Côte d'Or), Anne Javouhey entre en religion le 12 mai 1807 dans l'église Saint-Pierre de Chalon-sur-Saône devant l'évêque d'Autun sous le nom de sœur Anne-Marie, en compagnie de ses trois sœurs et de cinq autres compagnes.

Pierrette Javouhey prend le nom de sœur Marie-Thérèse ; Marie-Françoise devient sœur Marie-Joseph et Claudine, la plus jeune, choisit le nom de sœur Rosalie. En mai 1812, Balthazar Javouhey achète pour ses filles l'ancien couvent des Récollets à Cluny. Suite à cette acquisition, la congrégation prendra le nom le 29 mai 1812 de Sœurs de saint-Joseph de Cluny.

Outre quatre religieuses arrivées en Guyane en février 1822, la Mère Javouhey accepte également d'envoyer deux sœurs hospitalières pour s'occuper des nouveaux colons à Mana. Agées de 23 et 25 ans, elles partent de Brest au début de février 1823 sur la Corvette "La Sapho".

Mère Rosalie avait obtenu du Baron Milius la promesse de l'envoi d'une troisième sœur, nécessaire à la formation d'une nouvelle communauté ; elle s'inquiétait de l'isolement qui attendait les religieuses en raison de l'éloignement de Cayenne où se trouvait déjà la première communauté de Guyane. Elles s'installeront comme sœurs hospitalières au poste de la Nouvelle Angoulême.

Quant à la Révérende Mère Javouhey, elle s'embarquera le 26 juin 1828 depuis le port de Brest sur le second bateau "La Ménagère" accompagnée de 6 sœurs de voile, 28 converses et 3 aspirantes. En effet, un premier bateau, La Bretonne, avait déjà embarqué 56 colons et leurs familles.

Le 13 décembre 1828, les religieuses se voient concéder un terrain défriché situé sur la rive gauche de la rivière Mana à environ 2 lieues et demi de l'embouchure, ayant 15 hectares environ de superficie, borné par la rivière Mana à l'Est et au Sud, par le bourg du port de la Nouvelle Angoulême ...

Photos actuelles de l'Externat Saint Joseph (Rue Lalouette) :

Pour agrandir les photos, cliquez sur chaque image.Pour agrandir les photos, cliquez sur chaque image.Pour agrandir les photos, cliquez sur chaque image.

Pour agrandir les photos, cliquez sur chaque image.

Photos actuelles de l'Externat Saint Joseph (Rue Mme Payé) :

Externat Saint Joseph à Cayenne (Guyane), hier et aujourd'huiExternat Saint Joseph à Cayenne (Guyane), hier et aujourd'hui

L'Externat Saint Joseph de Cayenne en 1865 :

En 1865, il y avait 42 sœurs de Saint-Joseph de Cluny en Guyane, chargées de l'instruction primaire à Cayenne et à Mana, de la léproserie à la Montagne d'Argent et de plusieurs autres œuvres pieuses telles que l'œuvre de la Sainte-Enfance et l'œuvre de la Propagation de la Foi. 23 d'entre elles étaient attachées à des "services entretenus par le Gouvernement".

La maison principale de Cayenne, fondée en 1822, comprenait un demi-pensionnat et un externat qui se composaient de huit classes réparties en seize sections, suivant le degré d'instruction des élèves. Le demi-pensionnat comptait au 31 décembre 1865, 24 élèves et l'externat, 166.

16 sœurs, y compris la supérieure, étaient attachées à cet établissement, desservi par un membre du clergé de Cayenne. Le programme des études de cet établissement comprenait la lecture, l'écriture, la grammaire, la littérature, l'arithmétique, la géographie, des notions de cosmographie, l'histoire et l'instruction religieuse. Les arts d'agrément comme la musique et le dessin y étaient aussi enseignés avec succès. On exerçait également les élèves à des travaux d'aiguille et de goût.

Le mode d'enseignement adopté dans les divers établissements dirigés par les sœurs de Saint-Joseph en Guyane était "la méthode d'enseignement simultané" (sic).

Externat Saint Joseph à Cayenne (Guyane), hier et aujourd'hui

Les bâtiments sont à ossature bois avec un remplissage de briques au rez-de-chaussée et un remplissage de planches aux deux étages. L'ancienne chapelle qui jouxtait l'Externat rue Lalouette a été détruite en 1967 pour être remplacée par une cour. Cette chapelle que l'on peut voir sur les vieilles photos ci-dessus et ci-dessous, faisait l'admiration des Guyanais et de nombreuses célébrations y étaient assurées.

Accueillant aujourd'hui des garçons et des filles et ce depuis la fin des années 1940, l'Externat Saint Joseph fut pendant très longtemps réservé aux seules filles. De même et depuis la fin du siècle dernier, un uniforme est adoptée. Il se compose actuellement pour les garçons : d'un pantalon, short ou bermuda bleu et d'un tee-shirt blanc avec le logo Saint Joseph, et pour les filles : d'une jupe écossaise et d'un tee-shirt blanc avec le logo Saint Joseph.

L'externat Saint Joseph, composé aujourd'hui de chefs d'établissement et d'enseignants civils, a eu un taux de réussite au baccalauréat (séries générales et technologiques) de 94 % sur les résultats de l'année 2013.

Externat Saint Joseph à Cayenne (Guyane), hier et aujourd'hui

Sources :

Ministère de la Culture - Base Mérimée

Conférence d'Armand Hidair sous l'égide du Conseil Général sur l'Externat Saint Joseph de Cluny

La Guyane Française en 1865 - Aperçu Géographique, Historique, Législatif, Agricole, Industriel et Commercial, par M. Léon Rivière, Directeur de la Banque de la Guyane Française - Publié dans la Feuille officielle de la Guyane - Cayenne, Imprimerie du Gouvernement - 1866.

Colonisation, christianisation et émancipation - Les soeurs de Saint Joseph de Cluny à Mana (Guyane Française) - 1828/1846 - par Philippe Delisle dans la Revue française d'histoire d'outre-mer.

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