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  • : Ce blog a pour ambition de décrire nos balades à travers la Planète, nos vacances snorkeling, mais aussi et surtout, la vie en Guyane (petites histoires, monuments, faune et flore) ...
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20 avril 2017 4 20 /04 /avril /2017 11:12

Cette belle et élégante maison, bien entretenue, est l'ancienne propriété de Léonce Melkior qui l'a occupée jusqu'à son décès en 1928. Située au numéro 9 de l'avenue Léopold Héder à Cayenne,  elle appartient aujourd'hui à Maud Rullier, petite-fille de Léonce Melkior. Construite dans le style créole, son ornementation extérieure (épis de faîtage, balcon en fer forgé, frises) est remarquable. Dotée d'un grand jardin avec un manguier centenaire, et protégée par un mur de clôture, elle possède tous les attributs d'une maison de notable.

Maud Rullier est la fille d'Arsène Gilbert Auguste Thémire (1887-1958), contrôleur principal des postes, chevalier de la légion d'honneur (décret du 28 février 1938) et de Anna Jeanne Melkior (1892- X), fille de Léonce. Ses parents Arsène et Jeanne se sont mariés le 18 novembre 1914 à Cayenne.

Maud Thémire, née le 27 octobre 1925 à Cayenne, épousera à Cayenne Paul Rullier, officier de carrière qui sera nommé en Guyane comme commandant militaire. Ayant pris sa retraite en 1954, il reviendra en Guyane comme chef des services administratifs du BRGM (Bureau de Recherches Géologiques et Minières) jusqu'en 1962. Paul Rullier se lancera dans la politique en devenant conseiller municipal (1959-1965), puis conseiller général (1966-1972) assumant durant quatre ans les fonctions de vice-président.

Après avoir été enseignante au lycée Félix Eboué, Maud Rullier travaillera comme cadre à la Préfecture. Elle est aujourd'hui retraitée de la fonction publique. Comme son mari avant elle, Maud deviendra présidente de la croix rouge en Guyane. Paul et Maud Rullier assureront aussi de nombreuses responsabilités au sein du mouvement Gaulliste dans le département.

Gros plan sur Léonce Melkior, ingénieur-entrepreneur dans la Guyane de la fin du XIXe et début du XXe siècle

Fils de Jean Jules Melkior (1826-1877) et de Anne Thérèse Bremond (1830-XX), Edmé Marie Jean Etienne Léonce  est né le 9 mai 1859 au domicile de ses parents, au n° 52 de la rue de Berry (actuelle rue François Arago) à Cayenne. Après de longues et brillantes études en métropole, il reviendra en Guyane avec son diplôme d'ingénieur (mécanicien) obtenu en 1882 à l'école centrale des arts et manufactures. Cette grande et prestigieuse école forme encore de nos jours des ingénieurs plus familièrement appelés "centraliens".

Léonce Melkior se mariera à Cayenne le 17 décembre 1888 avec Louise Marie Julia Bremond, alors âgée de 17 ans. Le couple aura quatre enfants, tous nés au n° 9 de la rue Nationale (actuelle avenue Léopold Héder) à Cayenne : Jean-Jules Etienne (né le 9 novembre 1889), Théophile Baptiste (né le 1er décembre 1890), Anna Alice "Jeanne" (née le 30 août 1892) et Madeleine Pauline (née le 5 mars 1898). Pauline décèdera prématurément le 15 mai 1900 à l'âge de deux ans.

Léonce avait deux autres frères et une sœur : Marie Anna Louise Joséphine (née le 22 juillet 1855 / mariée à Cayenne le 14 août 1883 avec  Alexandre Hildevert Sévère, né le 1er juin 1854 à Fort-de-France), Jules Théophile Etienne Albert (né le 25 juin 1857 / célibataire / décédé à Cayenne le 29 avril 1897) et Jean Jules Joseph Marie Etienne (né le 6 aout 1869 /Marié le 20 avril 1922 à Cayenne avec Ernestine Joséphine Anna Bremond, née en 1871).

Léonce Melkior décèdera le 29 septembre 1928 à Cayenne.

Maison Melkior-Rullier, 9 avenue Léopold Héder à Cayenne (Guyane)

Maison Melkior-Rullier, 9 avenue Léopold Héder à Cayenne (Guyane)

A son retour en Guyane, Léonce comme beaucoup d'autres, et notamment comme son père Jules, se lancera dans la recherche de l'or. Depuis la découverte de l'or en 1855, ce métal précieux deviendra un véritable attrait pour tous les habitants de la colonie. En effet, presque toutes les familles guyanaises, représentées par un père, un frère, un cousin ou un oncle, étaient directement ou indirectement concernées par l'orpaillage. Dès 1885, Léonce Melkior deviendra l'un des administrateurs du Placer "Enfin" situé sur le Haut-Mana. La société anonyme du Placer "Enfin", créée en juin 1880 par la Société Générale Française de Crédit, qui deviendra Crédit de France,  succéda à une société civile.

Mais Léonce Melkior avait aussi obtenu et exploitait pour son propre compte d'autres placers comme "Dagobert" ou "Souvenir" situés à l'ouest de la Guyane dans le bassin du fleuve Mana. A la fin de l'année 1901, et à sa demande (Arrêté du gouverneur du 28 octobre 1901), il montera à ses frais, une expédition de police et d'arpentage dans l'Inini afin de faire fuir les maraudeurs qui exploitaient illégalement les placers dans la région et de délimiter précisément les concessions aurifères. "Maraudeurs" est le nom qui était donné à l'époque aux orpailleurs illégaux. On peut souligner que la situation s'est encore aujourd'hui aggravée malgré les nombreuses opérations officielles de lutte contre cet orpaillage clandestin, principalement d'origine brésilienne.

Entrepreneur, Léonce Melkior participera à la reconstruction d'une partie de la ville de Cayenne ravagée par un incendie en 1888. Il construira notamment des maisons particulières et quelques édifices connus comme l'Habitation Leblond ou Thémire, connue aujourd'hui sous le nom de Bar des Palmistes, ou la Banque de la Guyane, détruite par l'incendie précitée.

Il prendra de nombreuses autres responsabilités tout au long de sa vie professionnelle :

Conseiller municipal de la ville de Cayenne dont il fut, un temps, le premier adjoint, il sera aussi nommé membre du comité d'organisation de l'Exposition universelle de 1889 et de 1900, de même que de celui chargé de faire la propagande nécessaire pour une représentation de la Guyane à la Foire commerciale de Bordeaux en septembre 1917.

Il sera en outre nommé Juge suppléant de la justice de paix de Cayenne, membre de la commission consultative des mines, membre de la chambre de commerce

En août 1922, et après enquête de Commodo et Incommodo, il construira sur sa propriété au kilomètre 2 de la route de la Madeleine à Cayenne une briqueterie (voir ses initiales sur la brique, photo ci-dessus à gauche), une scierie et une distillerie d'huile essentielle de bois de rose. On peut encore voir aujourd'hui les vestiges de la briqueterie au cœur de la Cité Césaire.

Léonce Melkior apportera aussi son aide financière à l'orphelinat de Cayenne, aidera les jeunes guyanais à poursuivre leurs études en France et s'impliquera dans le développement de l'enseignement technique en Guyane. Il participera activement à la vie politique en Guyane notamment en apportant son soutien à son grand ami Jean Galmot  et tentera d'apaiser les esprits après les évènements de 1928 à Cayenne. Il aura l'occasion de le recevoir et de l'héberger à son domicile de la rue Nationale.

Intelligent, brillant, travailleur et philanthrope, Léonce Melkior, avec ses multiples talents, aura durablement marqué son passage dans la société guyanaise.

Gros plan sur Léonce Melkior, ingénieur-entrepreneur dans la Guyane de la fin du XIXe et début du XXe siècle

Sources :

Journal officiel de la Guyane Française.

Bulletin officiel de la Guyane Française.

Le Patrimoine des communes de la Guyane (Fondation Clément).

Geneanet.

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2 mars 2017 4 02 /03 /mars /2017 17:22

En Guyane, tout le monde a entendu parler de D'chimbo dit "Le Rongou", un bandit sanguinaire, dont la légende se perpétue encore aujourd'hui. Il fut pourtant décapité le 14 janvier 1862 à 6h30 sur la place du marché - actuelle place du coq - à Cayenne devant une foule nombreuse et matinale qui s'était massée autour de l'échafaud. Son surnom "Le Rongou" vient du fait qu'il appartenait à cette tribu africaine du Gabon dont nombre de ses membres avait immigré en Guyane. C'est le cas de D'chimbo qui a débarqué le 26 septembre 1858 sous le numéro 1144, soit dix ans après l'abolition de l'esclavage.

Outre l'arrivée des premiers bagnards en Guyane en 1852 qui devait aussi en partie remplacer la main d'œuvre servile, l'administration coloniale avait favorisé l'arrivée de travailleurs extérieurs dans cette colonie de la Guyane, mais aussi dans les autres, afin de relancer leur économie. L'abolition de l'esclavage en 1848 avait en effet logiquement abouti au départ massif des esclaves de toutes les habitations. De plus, la découverte de l'or en 1855 dans le quartier d'Approuague nécessitait beaucoup de personnel pour exploiter tous les gisements déjà découverts et ceux qui allaient progressivement l'être durant la seconde moitié du XIXe siècle.

Il faut savoir qu'un nouveau Traité - le premier datait de janvier 1854 - avait été signé par le ministre de la marine et des colonies du Second Empire avec le capitaine nantais Charles Chevalier (*) le 30 juin 1858 ayant pour objectif l'introduction de 2000 immigrants africains en Guyane. Il était précisé que ceux-ci pourront être cédés aux habitants de la colonie qui voudront les engager selon les termes de l'arrêté du gouverneur de la Guyane du 7 septembre 1858 concernant l'exécution dudit Traité. Ces immigrants africains arrivés en Guyane en 1858 et 1859 étaient recrutés selon la méthode du rachat de "captif" et engagés pour dix ans en échange de leur affranchissement ... contrairement aux immigrants africains "libres" recrutés avant 1858 et dont la durée d'engagement n'était que de six ans.

La Compagnie des mines d'or de l'Approuague, pour laquelle D'Chimbo avait été engagé, avait elle-même fait venir d'Afrique 141 immigrants sur le navire le Joseph vers la fin de l'année 1858. Les frais inhérents à la venue de ces immigrés avaient été payés par la Compagnie de l'Approuague à la Maison Vidal du Havre. Il est tout-à-fait raisonnable de penser que D'Chimbo, arrivé en Guyane en septembre 1858, était de ceux-là.

 

(*) Charles Chevalier, né en avril 1798 à Nantes, était un ancien capitaine négrier après qu'il ait été reçu capitaine au long cours en avril 1825. Après avoir abandonné sa spécialité en 1830, il fera six expéditions de recrutement d'immigrants africains pour la Guyane entre 1854 et 1859.

Ce portrait au crayon de D'chimbo a été réalisé par Hippolyte de Saint-Quentin, receveur des Domaines, en décembre 1861 à  la prison de Cayenne, quelques semaines avant son exécution.

Ce portrait au crayon de D'chimbo a été réalisé par Hippolyte de Saint-Quentin, receveur des Domaines, en décembre 1861 à la prison de Cayenne, quelques semaines avant son exécution.

Né en 1828 au Gabon, D'chimbo qui était engagé comme ouvrier agricole, se fit rapidement remarquer par ses nombreux vols et sa violence. Suite à ses méfaits, il fut arrêté une première fois sur les "placers" (gisements aurifères) de l'Approuague mais réussit à s'échapper. Repris et conduit à la geôle de Cayenne, Il fût condamné par la chambre correctionnelle de la Cour impériale le 10 décembre 1859 pour coups et blessures, vol et vagabondage à trois mois de prison et cinq ans de surveillance par la haute police. Il parvint à s'échapper de la prison le 28 janvier 1860 et se réfugia dans la forêt au sud de Cayenne.

C'est durant près d'un an et demi qu'il demeura caché dans la brousse, vivant de rapines, volant dans les habitations, dévalisant à mains armées les passants isolés, surtout des femmes, et commettant un grand nombre de vols, de viols et d'assassinats. C'est ainsi que la légende de D'chimbo naquît, le dotant de pouvoirs surnaturels, véritable démon qui terrorisait la population et se métamorphosait pour ne pas être pris. Des battues furent organisées par les colons, mais Le Rongou s'échappait toujours, changeant régulièrement de cachettes, dormant dans des carbets provisoires sous le vent des sentiers, et poursuivaient ses crimes.

"Petit mais trapu, et prodigieusement musclé, les dents de devant limés en pointe, tatoué sur la poitrine, le ventre et le dos, couturé sur tout le corps de cicatrices de coups de sabre et de coups de feu, D'chimbo joignait à une force herculéenne, une agilité incroyable", telle est la description physique du Rongou rédigée de la propre main d'Emile Merwart, président du comité de patronage du musée local de Cayenne en 1902, et secrétaire général de la Guyane.

Emile Merwart avait en effet rédigé un résumé de l'histoire guyanaise et meurtrière de D'chimbo, au verso du portrait de ce dernier réalisé par Hippolyte de Saint-Quentin.

Image provenant du livre rédigé par Frédéric Bouyer, Capitaine de frégate " La Guyane Française, Notes et souvenirs d'un voyage exécuté en 1862-1863".

Image provenant du livre rédigé par Frédéric Bouyer, Capitaine de frégate " La Guyane Française, Notes et souvenirs d'un voyage exécuté en 1862-1863".

Sa tête ayant été mise à prix, il se jouait des coups de fusil tirés dans sa direction lors des battues et passait aux yeux de la population pour invulnérable alors qu'il n'avait pour seule arme qu'un mauvais sabre d'abatis. Il fut pourtant capturé le 6 juin 1861 à deux heures du matin sur l'habitation La Folie dans le quartier d'Approuague où il était venu chercher du feu. Ce sont deux autres immigrants africains, Tranquille et Anguilaye, de la tribu des Rongous comme lui, et qui, employés sur cette habitation, réussirent à le maîtriser après une terrible bagarre. Les deux hommes furent largement félicités et officiellement remerciés par une gratification de mille francs chacun.

Ligoté et ramené à la geôle (terme utilisé à l'époque pour désigner la prison) de Cayenne dès le lever du jour, il fut présenté au juge d'instruction Frédéric Besse auquel il fit des aveux partiels. L'instruction du dossier fut longue car il y avait beaucoup de témoins à entendre et de nombreux chefs d'accusation  Il comparut le 19 août 1861 devant la Cour d'assises présidée par M. Baudouin, chef du service judiciaire. Le procès dura quatre jours. Le 22 août, D'chimbo fut condamné à mort et son pourvoi rejeté. Le Conseil privé déclara qu'il n'y avait pas lieu de recourir à la clémence de l'Empereur.

Il fut conduit à pied depuis la geôle jusqu'à la place du marché et fit montre de la plus totale indifférence face à la préparation de l'exécution, sans-doute cette machine étrange nommée guillotine ne lui disait rien du tout. Les autorités de la colonie avaient placé toute la tribu des immigrants rongous au premier rang devant l'échafaud. Quelques minutes encore avant son exécution, le Révérend Père Guyodo, curé de Cayenne, l'exhortait à se repentir, Le Rongou lui répondit en créole "D'abord, puisque c'est si bon, pourquoi ne prends-tu pas ma place ?".

Il fut donc guillotiné le 14 janvier 1862 à 6h30. Sa tête fut exposée à l'amphithéâtre de l'hôpital militaire de Cayenne (devenu hôpital Jean Martial et actuellement en cours de réhabilitation). Ainsi se termina la vie meurtrière de l'immigrant africain D'chimbo qui est aujourd'hui devenu un personnage de la littérature guyanaise.

 

Extrait de l'Etat-civil de Cayenne (Archives Nationales d'Outre-Mer).

Extrait de l'Etat-civil de Cayenne (Archives Nationales d'Outre-Mer).

Sources :

Les migrations de travail à destination de la Guyane et des Antilles françaises - Sociétés post-esclavagistes, macule servile et genre, par Céline Flory (OpenEdition Press).

Archives Nationales d'Outre-Mer (Etat-civil).

"La Guyane Française : Notes et souvenirs d'un voyage exécuté en 1862-1863" par Frédéric Bouyer, Capitaine de frégate.

Musée Franconie de Cayenne (portrait de D'chimbo d'Hippolyte de Saint-Quentin et son histoire rédigée par Emile Merwart).

site internet "www.manioc.org"

Bulletin officiel de la Guyane française (1868).

Compagnie de l'Approuague - Assemblée générale du 30 janvier 1859 - Rapport présenté au nom du Conseil d'administration par M. A. Franconie Aîné.

Guadeloupe, Guyane et Martinique en 1848-1898, Trois colonies françaises des Caraïbes sous l'optique de l'histoire et de l'historiographie par Oruna D. Lara.

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Rédigé et publié par Phil - dans Personnages de Guyane
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13 février 2017 1 13 /02 /février /2017 14:38

Après avoir rédigé précédemment un petit article sur Louis Grilly, un bagnard devenu artiste durant sa détention au bagne de Guyane, nous allons aujourd'hui nous intéresser à Casimir Prenefato, lui-aussi devenu artiste alors qu'il purgeait sa peine également en Guyane. Rappelons que pendant l'époque des bagnes coloniaux, en Guyane et en Nouvelle-Calédonie, certains bagnards amélioraient leur ordinaire en peignant des toiles ou en réalisant des dessins, aquarelles, en sculptant des objets en bois, en os, en coquillage ou même de simples noix de coco ... qu'ils vendaient ensuite, souvent à des personnels de l'administration pénitentiaire.

Si certains sont devenus très connus comme Francis Lagrange alias Flag qui a peint l'intérieur de la chapelle de l'Île Royale en Guyane et réalisé de nombreux tableaux représentant des scènes de la vie au bagne, ou Pierre Huguet qui a entièrement décoré l'intérieur de l'église Saint-Joseph à Iracoubo (Guyane), d'autres bagnards ont aussi réalisé de belles toiles qui, aujourd'hui, sont recherchées sur le marché de l'art par les collectionneurs. Outre Louis Grilly, déjà mentionné, citons Valentin Pourcillot, Daniel Capbal, LK, Vanhove ...

Casimir Prenefato est né le 17 février 1888 dans la province d'Aragon en Espagne. Il se fait rapidement connaître des services judiciaires à la suite de nombreux délits qu'il commet en Midi-Pyrénées. Il passera à plusieurs reprises devant les juges du tribunal correctionnel mais aussi devant ceux de la Cour d'assises jusqu'à sa condamnation aux travaux forcés aboutissant à son départ pour le bagne de la Guyane.

Bagne : Une case : vie intime du forçat (Musée des beaux-arts de Chartres - 28000)

Bagne : Une case : vie intime du forçat (Musée des beaux-arts de Chartres - 28000)

Le 29 avril 1915, Casimir Prénéfato, sans profession ni domicile fixe, comparaît devant la Cour d'assises du Gers pour vol qualifié. Il sera condamné à cinq ans de travaux forcés. Il est jugé une nouvelle fois le 23 juillet 1915 mais cette fois, devant le tribunal correctionnel de Lectoure (Gers) pour tentative d'évasion avec un de ses complices, le nommé Trinchon.

Casimir Prénéfato étant l'inspirateur et principal auteur de la tentative d'évasion, il sera condamné à un an de prison ferme, alors que son complice ne prendra qu'un mois. Cette dernière condamnation de Prénéfato viendra s'ajouter aux cinq ans de travaux forcés pour lesquels il avait été précédemment condamné.

Les deux compères seront transférés début juillet 1915 à la prison de la rue Montaigne à Agen, Prénéfato ayant fait appel de son jugement du tribunal de Lectoure suite à sa condamnation à un an de prison ferme pour tentative d'évasion. Dans la nuit du lundi 5 au mardi 6 juillet, ils tenteront une nouvelle fois de s'évader de la prison d'Agen mais seront interpellés par le surveillant-chef qui faisait sa ronde de nuit.

Après de nombreux autres délits et péripéties, Il sera finalement condamné en 1922 par la cour d'assises de l'Ariège aux travaux forcés. Sa fiche conservée aux Archives nationales d'Outre-Mer précise que Casimir Prénéfato "vivait du vol, intelligent mais d'un cynisme et d'une audace inouïs. Spécialiste du vol qualifié. A plusieurs évasions à son actif."

 

Evasion de forçats (Musée Alexandre Franconie à Cayenne - 97300).

Evasion de forçats (Musée Alexandre Franconie à Cayenne - 97300).

Casimir Prenefato réalise ses "œuvres" au début des années 1940. Au bagne, il est officiellement "peintre aux travaux publics". Il sera même mentionné dans un arrêté du 20 janvier 1945 portant révision au titre de l'année 1945 de la liste des condamnés aux travaux forcés classés "Ouvriers d'art" et "Bons ouvriers", dans la liste des bons ouvriers alors qu'il est peintre à Cayenne.

Quelques mois plus tard, un nouvel arrêté du 20 octobre 1945 portant révision pour le 3e trimestre 1945 du classement des condamnés aux travaux forcés classés "Ouvriers d'art" et "Bons ouvriers", précise que Casimir Prenefato, bon ouvrier, est libéré.

L'intéressé portait des tatouages notamment d'un oiseau de mer, nid, oiseau en vol et sur le poignet gauche le mot "Amor". Casimir Prenefato décèdera le 5 octobre 1946 à Cayenne d'une hémorragie interne et d'un pneumothorax, soit à peine un an après sa libération. Il semblerait qu'il ait été violemment percuté par la roue d'une voiture qui s'était accidentellement détachée ...

Les Îles du Salut (Galerie Morand Collection à Sainte-Eulalie-en-Born - 40200)

Les Îles du Salut (Galerie Morand Collection à Sainte-Eulalie-en-Born - 40200)

Evasion au clair de lune à Sinnamary (MuCEM de Marseille - 13000)

Evasion au clair de lune à Sinnamary (MuCEM de Marseille - 13000)

Autres tableaux de Prenefato au Musée Balaguier de La Seyne-Sur-Mer :


Le musée Balaguier est situé à l'intérieur du fort, ouvrage militaire construit en 1636 dans le but de protéger la rade de Toulon.  Il relate l’histoire des bagnes de Toulon et d’Outre-Mer mais il accueille aussi des expositions relatives à la Marine méditerranéenne et à l'histoire de la ville.

Une exposition intitulé "Les artistes du bagne. Chefs-d’œuvre de la débrouille 1748-1953" a été présentée dans ce musée du 27 mars 210 au 18 septembre 2011 avec une vue d'ensemble riche et variée de la production artistique issue des bagnes français (Toulon, Nouvelle-Calédonie et Guyane française). Criminocorpus présente virtuellement sur son site une grande partie de l'exposition du musée Balaguier sur les artistes du bagne.

 

 

 

L'île Royale avec l'île du Diable au fond, reliée par un câble permettant l'approvisionnement des bagnards (Musée Balaguier à La Seyne-sur-Mer - 83500)

L'île Royale avec l'île du Diable au fond, reliée par un câble permettant l'approvisionnement des bagnards (Musée Balaguier à La Seyne-sur-Mer - 83500)

Île Royale : Le camp de la transportation et l'hôpital (Musée Balaguier à la Seyne-sur-Mer - 83500)

Île Royale : Le camp de la transportation et l'hôpital (Musée Balaguier à la Seyne-sur-Mer - 83500)

Sources :

Journal officiel de la Guyane française (1945).

L'express du Midi (1915).

Site internet Criminocorpus.org.

Musée Balaguier à La Seyne-Sur-Mer.

Archives Nationales d'Outre-Mer.

 

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Rédigé et publié par Phil - dans Personnages de Guyane
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25 novembre 2016 5 25 /11 /novembre /2016 09:02

Le nom de Félix Coüy est surtout connu de celles et ceux qui s'intéressent à la découverte de l'or en Guyane, car il a en effet été, avec l'amérindien d'origine brésilienne Paolino (ou Paoline), l'un des découvreurs de ce précieux métal au bord de la crique Arataye dans le quartier d'Approuague en juillet 1855.

Il faut simplement retenir que Si l'amérindien Joseph Paoline est celui qui a découvert quelques grammes d'or au bord de la rivière Arataye, Félix Coüy, le commissaire-commandant du quartier d'Approuague a, quant à lui, adressé un rapport au directeur de l'intérieur du "gouvernement" de la Guyane sur cette découverte en y joignant quelques échantillons. Quelques temps plus tard, il se verra confier, par décision du 1er août 1855, une mission d'exploration des terrains situés sur le bord de la crique Arataye, l'un des affluents du fleuve Approuague, avec pour objectif de relever avec exactitude l'emplacement des terrains aurifères.

Un commissaire-commandant avait à cette époque des missions plus ou moins identiques à un maire d'aujourd'hui, sauf qu'il n'était pas élu, mais nommé par le gouverneur. Il était assisté d'un Lieutenant-commissaire et parfois, sur demande du commissaire-commandant et en cas de besoin, d'un second lieutenant. Seule la ville de Cayenne avait un maire et des adjoints, mais eux-aussi désignés par le gouverneur.

De même, un quartier était un peu comme une commune actuelle mais sans autonomie de décision et de budget car complètement dépendant des services rattachés au gouverneur. Il faudra attendre l'application du décret du 15 octobre 1879 qui organisait en Guyane les municipalités, élues au suffrage universel, pour que les quartiers deviennent de véritables communes.

Gros plan sur Félix Coüy, commissaire-commandant du quartier d'Approuague en Guyane, au milieu du XIXe siècle

Félix Coüy est né à Nantes dans ce qui était à l'époque la Loire-Inférieure le 24 pluviôse an VII (12 février 1799), fils de Pierre Aimé Coüy, né le 20 avril 1767 à Nantes, Commis principal de la marine, et de Françoise Chamaillard (1766-1813). Félix avait un frère Alexandre Coüy qui restera durant treize ans maire de la ville de Cayenne entre 1867 et 1880.

Félix Coüy épousera Louise Jeannette Rouxel, née en 1801 à Cayenne, le 16 janvier 1826. Lors de son mariage à Cayenne, l'intéressé a déclaré exercer le métier de  Capitaine au long cours et de négociant. Il habitait alors rue Chaussée Sartines. Le couple aura un enfant, Elisabeth Caroline née le 15 décembre 1829 à Cayenne.

Louise Jeannette Rouxel, épouse de Félix Coüy, fille de Sophie Philippine Elisabeth Rouxel, décèdera le 2 septembre 1847 au domicile de son beau-père Jean-Joseph Pain, rue de Choiseul (actuelle avenue du Général de Gaulle) à Cayenne.

Elisabeth Caroline Coüy se mariera le 14 janvier 1848 à Cayenne avec Alexis Aimé Joseph Cerisier, né le 29 avril 1821 à Brest, chirurgien de la marine. Celui-ci sera nommé Chevalier de la légion d'honneur par décret du 30 octobre 1852. Ils auront deux enfants :

- Charles Aimé Marie Cerisier, né le 22 mars 1849 à Cayenne, marié à Emilie Françoise Neveu, sous-commissaire à la marine, fera une belle carrière dans l'administration coloniale où il terminera avec le grade de directeur de l'intérieur au Congo français, et recevra de nombreuses distinctions : chevalier de la légion d'honneur par décret du 20 juillet 1892, officier d'académie, commandeur de l'étoile noire du Bénin, médaille de 1ere classe en or à l'occasion de l'incendie de Cayenne en 1888, officier de l'ordre royal du Cambodge. Mis à la retraite en octobre 1892 pour cause d'infirmité contractée en service, il décèdera le 10 octobre 1906 à l'âge de 57 ans à sa maison de Saint-Maurice (Val de Marne). Son corps sera ramené à son domicile au 15 rue Molitor à Paris 16e et sera inhumé au cimetière de Billancourt.

- et Louise Léontine Alexandrine Cerisier, née le 25 janvier 1857 qui décèdera un an plus tard, soit le 27 janvier 1858.

Elisabeth Caroline Coüy épouse Cerisier décèdera le 20 avril 1857 à l'âge de 27 ans, à son domicile, au numéro 40 de la rue de Choiseul à Cayenne.

Gravure extraite de l'ouvrage "La Guyane Française, Notes et souvenirs d'un voyage exécuté en 1862-1863 par Frédéric Bouyer, Capitaine de Vaisseau".

Gravure extraite de l'ouvrage "La Guyane Française, Notes et souvenirs d'un voyage exécuté en 1862-1863 par Frédéric Bouyer, Capitaine de Vaisseau".

Félix Coüy sera nommé lieutenant-commissaire-commandant du quartier de l'Approuague le 22 avril 1833. Il restera commissaire-commandant quasiment sans interruption jusqu'au 7 juillet 1860, date de sa révocation par le gouverneur. Parallèlement, Félix Coüy sera membre du Conseil Colonial de la Guyane dont il assurera la vice-présidence à partir de 1835. Dans le quartier d'Approuague, il était le propriétaire de l'habitation esclavagiste La Ressource. 135 esclaves seront recensés dans cette habitation lors de l'abolition de l'esclavage de 1848.

Alors qu'il est commissaire-commandant dans le quartier d'Approuague, il est nommé Chevalier de la Légion d'honneur par ordonnance du roi du 16 octobre 1842. On trouve deux traces de ses écrits : Un Rapport fait par Félix Coüy, membre du Conseil colonial, sur son voyage au Surinam, Démerary et aux Antilles françaises, du 10 juillet 1844, et une Notice sur la Guyane par Félix Coüy, habitation La Ressource, rivière d'Approuague, le 3 mai 1849.

Bien que le décès de Félix Coüy fut officiellement enregistré à l'Etat-civil du quartier d'Approuague le 29 octobre 1863, il fut en réalité assassiné le 15 octobre de cette même année alors qu'il se rendait sur son placer "Impératrice Eugénie", au bord de la rivière Arataye, par un petit groupe de cinq personnes qui avaient monté un véritable guet-apens. L'auteur et ses complices furent identifiés, interpellés et jugés par la Cour d'assises de Cayenne en novembre 1866 :

- L'auteur du crime qui donna les coups de couteau, le brésilien Païva, 49 ans, sera condamné à la peine de mort,

- L'instigateur, Pierre Honoré Antoine Béranger, né à Bouyon dans les Alpes-Maritimes, 49 ans, chercheur d'or, sera condamné aux travaux forcés à perpétuité,

- Trois amérindiens émerillons du quartier d'Approuague : Séguine (30 ans), Massouaye (30 ans) et Charles (19 ans) seront respectivement condamnés pour les deux premiers à 20 ans de travaux forcés, et le plus jeune à 5 ans.  

Ni Félix Coüy, ni Joseph Paoline ne profitèrent de leur découverte qui entraîna en Guyane une véritable ruée vers l'or. En effet, Joseph Paoline mourut quelques années plus tard le 19 décembre 1871, sans ressources, à l'hôpital militaire de Cayenne à l'âge d'environ 60 ans.

 

Gros plan sur Félix Coüy, commissaire-commandant du quartier d'Approuague en Guyane, au milieu du XIXe siècle

Sources :

Bulletins officiels de la Guyane Française.

Archives Nationales d'Outre-Mer (ANOM).

Geneanet (Coüy Félix).

Décret colonial concernant l'organisation municipale à la Guyane française du 30 juin 1835.

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1 septembre 2016 4 01 /09 /septembre /2016 12:08

 

Issu d'une vieille famille créole installée en Guyane dès le XVIII° siècle, Jean Marie Louis Hippolyte de Saint- Quentin est né le 5 juin 1814 à Paris, fils de Narcisse Isidore Edouard de Saint-Quentin né à Abbeville le 23 décembre 1775 dans la Somme et décédé le 29 septembre 1838 à Cayenne à son domicile rue Dauphine (sous-commissaire à la marine à Cayenne / lieutenant-colonel des milices / juge de paix), et de Louise Elisabeth Victoire d'Audiffredy, née le 15 janvier 1780 à Cayenne et décédée le 15 janvier 1864 à Cayenne.

Ses parents avaient été amenés à s'installer en France à la suite de l'occupation portugaise de la Guyane en 1809, ce qui explique sa naissance à Paris en 1814.

Hippolyte de Saint-Quentin s'est marié le 6 octobre 1847 à Marigot sur l'Île de Saint-Martin (Antilles françaises) avec Caroline Dormoy, née le 23 avril 1810 à Marigot (Saint-Martin) et décédée le 25 mai 1871 à Cayenne. Elle était la fille de Pierre Charles Dormoy, né le 12 juillet 1748 à Paris et décédé le 12 mai 1817 sur l'habitation Lotterie, située au quartier du Colombier (Saint-Martin) et de Louise Bertier.

Son portrait ci-dessus (peinture à l'huile) est l'œuvre de Paul Merwart, peintre de la marine et des colonies, vers 1902, c'est-à-dire quelques mois avant le décès d'Hyppolite de Saint-Quentin. Ce tableau est la propriété du Musée Franconie à Cayenne.

Caroline Dormoy avait été mariée en premières noces avec Louis Joseph Maurras, commerçant, né le 19 mai 1810 à Marseilles et décédé le 19 mai 1838 au bourg de Marigot (Saint-Martin). Un enfant, François Charles Maurras, était né de cette union.

Avec son épouse Caroline Dormoy, Hippolyte de Saint-Quentin eut six enfants :

  • Jeanne Hippolyte de Saint-Quentin, née le 26 août 1840 à Marigot, mariée le 8 février 1866 à Cayenne avec Charles Philippe Lestrade (1829-1889), officier d'infanterie de marine.
  • Émile Édouard de Saint-Quentin né le 16 novembre 1841 à Marigot, décédé le 30 septembre 1896 à La Trinité (Martinique), marié avec Nelly Caroline Calixte Durant Saint-Amand, née le 6 mai 1859 à Brest (Finistère), décédée le 15 juin 1898 à Cayenne. Emile Edouard a été receveur de l'enregistrement à Basse-Terre (Guadeloupe), à Gorée et à Cayenne ; il était aussi agent de la Cie transatlantique à Cayenne.
  • Robert Gabriel de Saint-Quentin, né à Marigot le 21 avril 1845, décédé le 20 juin 1876 à Toulon (Var), sous-commissaire de la marine en Cochinchine.
  • Félix Emmanuel de Saint-Quentin,né le 17 juillet 1847 à Marigot (Saint-Martin), marié le 17 février 1873 à Cayenne avec Marie Félicité Quintrie-Lamothe (1852-1897). Il était commissaire de la marine à Cayenne. Il est décédé en mer en 1874.
  • Hippolyte de Saint-Quentin, né en 1850,
  • Adèle Marie Émilie de Saint-Quentin, née le 10 juillet 1851 à Cayenne, mariée le 21 juillet 1869 à Cayenne avec Paul Eucher Auguste Quintrie-Lamothe, né le 9 mars 1844 à Saint-Anne (Guadeloupe), caissier à la Banque de Guyane.

Hippolyte de Saint-Quentin avait cinq frères qui étaient également établis en Guyane. Avec sa nombreuse descendance et celle de ses frères, il était devenu à la fin de sa vie le véritable patriarche de la famille.

Il s'éteignit le 2 juin 1902 à Cayenne à l'âge de 88 ans à son domicile du n° 3 de la rue Maissin entouré des siens. Ses obsèques eurent lieu le lendemain à Cayenne, le mardi 3 juin à 7 heures du matin, en présence d'une foule nombreuse et d'une importante délégation officielle composée de magistrats, de fonctionnaires, d'officiers et de nombreux agents des diverses administrations.

Les cordons du poêle étaient tenus par Henri Ursleur, député de la Guyane, Henry Richard, maire de Cayenne, Théodule Le Blond, consul des Pays-Bas, Henri Marchand, chef de l'imprimerie, Edouard Antier, administrateur de la Banque, et Alfred Cor, chef du service des douanes. Le gouvernement de la Guyane était représenté par Emile Merwart, secrétaire général de la colonie et président du comité de patronage du musée local.

PS : Autrefois, "tenir les cordons du poêle" , c'était tenir les cordons reliés au drap funéraire qui recouvrait le cercueil.

Cayenne, le Gouvernement (Hôtel du gouverneur qui abrite aujourd'hui les services rattachés au Préfet de la Guyane).

Cayenne, le Gouvernement (Hôtel du gouverneur qui abrite aujourd'hui les services rattachés au Préfet de la Guyane).

Ayant obtenu son baccalauréat en avril 1831, avec de grandes connaissances en latin et en grec, il revint en Guyane pour se préparer à une carrière dans l'administration de l'Etat. Nommé surnuméraire au service de l'Enregistrement en 1836 (surnuméraire : a dû attendre une place vacante pour être titularisé), Il fut appelé à servir durant plusieurs années en Guadeloupe et notamment sur l'Île de Saint-Martin.

N'aspirant qu'à revenir en Guyane, il n'obtint satisfaction qu'en 1848 pour ne plus jamais quitter Cayenne. Durant les vingt années qui suivirent, il prit une part active à l'administration de la colonie, devenant pour les gouverneurs qui s'y succédèrent un conseiller précieux et écouté. Etant revenu à Cayenne comme receveur au bureau des enregistrements, il gravit progressivement les échelons de son grade pour prendre la direction du 1er bureau de l'enregistrement (bilan de la propriété immobilière du pays).

C'est au titre de conservateur des hypothèques, et en remerciement de ses services, qu'il fut nommé Chevalier de la légion d'honneur par décret impérial du 11 août 1869. Alors qu'il pouvait prétendre à prendre sa retraite à cette date, Hippolyte de Saint-Quentin ne s'y résolut qu'au 1er juillet 1883. Mais s'estimant être encore disponible pour sa Guyane, il poursuivit ses activités pendant presque encore vingt ans notamment à la bibliothèque Franconie.

Cette bibliothèque, provenant à l'origine de la collection privée des livres de feu M. Alexandre Franconie, fut donnée à la colonie par son fils Gustave, alors député de la Guyane. Amené avec d'autres notables à organiser cet établissement entre 1883 et 1889, il en devint le bibliothécaire officiel en 1889 et ce, jusqu'à sa mort, succédant à M. Jeanneney, professeur au collège de Cayenne.

Doté d'une grande érudition étendue par d'innombrables lectures, il ne pouvait y avoir de meilleur choix qu'Hippolyte de Saint-Quentin comme responsable de cette bibliothèque installée dans l'immeuble Franconie. Pour en savoir davantage sur l'histoire de la famille Franconie, cliquez "ICI".

 

L'immeuble Franconie est situé sur la droite de la carte postale (Le Musée local était installé au rez-de-chaussée du Secrétariat général, il l'est encore aujourd'hui).

L'immeuble Franconie est situé sur la droite de la carte postale (Le Musée local était installé au rez-de-chaussée du Secrétariat général, il l'est encore aujourd'hui).

Outre l'intérêt qu'il portait à l'étude et à la grammaire du parler créole, Hippolyte de Saint-Quentin était aussi un artiste car il avait le goût du dessin et de la peinture. Il avait ainsi dessiné au crayon "sur nature" dans la geôle de Cayenne fin 1861 le portrait du fameux bandit D'Chimbo dit le Rongou qui fut exécuté sur la place publique du marché le 14 janvier 1862 à six heures et demie du matin. Il offrira plus tard ce portrait au musée local dont le premier conservateur sera M. Eugène Bassières (devenu aujourd'hui Musée départemental Alexandre Franconie) qui était alors en cours de réalisation.

Mais le vénérable doyen, comme il était parfois nommé, s'était aussi intéressé à la science héraldique (blasons et armoiries), à cette époque encore peu répandue. C'est grâce à ses compétences dans ce domaine qu'il put utilement conseiller le peintre des colonies Paul Merwart, chargé par son frère Emile, alors gouverneur par intérim de la Guyane, à dessiner le blason de Cayenne qui fut officiellement présenté le 25 septembre 1901 lors de la première réunion du comité de patronage du Musée local. Le blason de Cayenne que l'on peut voir en haut à gauche de ce paragraphe dans sa version originale est visible au Musée Franconie.

Dans le cadre du comité de patronage du musée local, Hippolyte de Saint-Quentin présidera une commission chargée de dresser une liste des noms à commémorer à Cayenne, liste devant aller du XV° au XIX° siècle.

Gros plan sur Hippolyte de Saint Quentin, conservateur des hypothèques à Cayenne durant la seconde moitié du XIX° siècle.

Sources :

Geneanet (Famille de Saint-Quentin).

ANOM (Etat-civil).

Musée Franconie de Cayenne (Portrait d'H.de Saint-Quentin).

Nécrologie d'H. de Saint-Quentin (jogf).

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19 juin 2016 7 19 /06 /juin /2016 12:01

Jean Samuel Chambaud a vu le jour le 20 décembre 1891 à Cayenne au domicile de ses parents, sis à l'angle des rues Molé et Christophe Colomb. Son père Jean Etienne Frédéric Chambaud, né le 21 juin 1853 à Cayenne, exerçait la profession d'arpenteur, et sa mère, Hortense Louise Dassy, née le 23 novembre 1865 à Cayenne, était mère au foyer. Ils se sont mariés le 19 mars 1890 à Cayenne. Lors de la déclaration de la naissance de Samuel devant l'officier d'Etat-civil de Cayenne, les témoins étaient Samuel Lubin, pharmacien (également connu comme musicien sous le pseudonyme d'Edgar Nibul), et Louis Adolphe François Guillaume Laforest, chef de deuxième classe de l'imprimerie du gouvernement.

M. Frédéric Chambaud, géomètre civil et père de Samuel, sera durant plusieurs années au début du XX° siècle, conseiller municipal de la ville de Cayenne. Il sera aussi détenteur d'une concession aurifère sur la commune de Mana. Plus tard, il sera désigné, avec d'autres, comme membre du comité chargé de faire la propagande nécessaire pour faire la représentation de la Guyane à la foire commerciale de Bordeaux qui devait se tenir en septembre 1917.

Samuel Chambaud aura trois autres frères : Emile Etienne, né le 18 mars 1889 à Cayenne, Louis Frédéric né le 19 novembre 1890 (décédé le 26 janvier 1899) et René Etienne, né le 15 mai 1894 également à Cayenne.

Samuel sera dispensé du service militaire après avoir été réformé sur décision de la commission spéciale de Fort-de-France pour faiblesse générale de constitution, maintenu réformé sur décision de la commission spéciale de réforme de Cayenne lors de sa séance du 19 mars 1916 pour musculature insuffisante, faiblesse de constitution.

Quant à son frère ainé Emile Etienne, et malgré son exemption par le Conseil de révision de Cayenne du 9 août 1915, il s'engagera comme volontaire pour la durée de la guerre 1914-1918, d'abord à la Compagnie d'infanterie coloniale de la Guyane comme soldat de 2° classe le 23 septembre 1915, puis au 4° Régiment de zouaves le 1er octobre 1915. C'est dans ce régiment et alors qu'il combattait sur le front à Verdun, qu'il aura le pied droit gelé et sera amputé du gros orteil. Cependant, il continuera la guerre dans le 63° Régiment d'artillerie de campagne, puis au 67° Régiment d'artillerie. Il recevra la croix de guerre - citation à l'ordre du Régiment du 31 décembre 1916 :" Zouave très courageux, quoique malade n'a pas abandonné sa Compagnie pour participer à l'attaque du 18 décembre 1916. S'est fait remarquer durant l'attaque, par son allant et son énergie".

Samuel Chambaud se mariera à Cayenne le 4 juillet 1937 avec Léone Sophie Gabrielle Dorfer.

Gros plan sur Samuel Chambaud, instituteur et fondateur du scoutisme en Guyane

Une carrière professionnelle bien remplie

Après avoir fait ses études à l'école élémentaire des garçons de Cayenne, puis au Collège, il deviendra instituteur en 1912. Durant ses études primaires et secondaires, Samuel Chambaud figurait régulièrement sur les tableaux d'honneur qui paraissaient à l'époque dans le journal officiel de la Guyane française.

Lorsque Samuel fut nommé à Cayenne, le directeur de l'école élémentaire des garçons n'était autre que Paul Laporte. Celui-ci a également fait l'objet d'un petit article sur ce blog que vous pouvez lire en cliquant "ICI". Alors qu'il avait été affecté à Cayenne, Samuel Chambaud sera nommé instituteur à Mana le 16 octobre 1914. Il sera nommé directeur de l'école des garçons de Mana le 7 novembre 1916 sur proposition du chef du service de l'instruction publique.

Il sera plus tard affecté à l'école des garçons du hameau de Malmanoury, hameau qui était rattaché à la commune de Sinnamary. Ce village était à l'époque bien peuplé au début du XX° siècle, tant et si bien qu'une école mixte (garçons et filles) y fut installée en 1912. Le nombre d'élèves filles étant en nette augmentation, et sur la proposition du maire de la commune de Sinnamary, une école de garçons et une autre de filles furent officiellement créées sur décision du gouverneur du 30 mars 1928.

Après quelques années passées à l'école des garçons de Malmanoury, Samuel Chambaud fut officiellement nommé au Collège de Cayenne lors du mouvement général des enseignants validé par le gouverneur Lamy le 20 octobre 1933. Il exercera alors la fonction de surveillant général au petit lycée de Cayenne, comme le Collège était appelé à cette époque.

Mais en 1941, sous le régime de Vichy et suite aux lois signées par le Maréchal Pétain visant les sociétés secrètes (lois du 11 août, 25 octobre et 10 novembre 1941), Samuel Chambaud, qui était alors franc-maçon comme beaucoup d'autres, y compris en Guyane, sera déclaré démissionnaire d'office de son emploi d'instituteur de classe exceptionnelle du cadre local de la Guyane. Il sera alors admis à faire valoir ses droits à une pension de retraite pour ancienneté de service à compter du 18 décembre 1941. Durant cette période, il trouvera un emploi à la construction de l'aéroport.

Il ne sera officiellement réintégré dans ses fonctions qu'à compter du 12 avril 1943 par arrêté du gouverneur de la Guyane Jean Rapenne daté du 3 mai 1943. Cette dernière décision concernant Samuel Chambaud sera par la suite modifiée par un nouvel arrêté daté du 18 avril 1946 signé Jean Peset qui, cette fois, le réintégrera dans ses précédentes fonctions d'instituteur de classe exceptionnelle à compter du 19 décembre 1941. Il reprendra alors ses fonction de surveillant général au Collège de Cayenne.

A partir de 1952, il sera nommé Censeur au lycée Félix Éboué jusqu'à son départ à la retraite en 1955. Cependant, et suite à une vacance de poste, il sera rappelé pour continuer à enseigner dans le primaire jusqu'en 1960. Nommé instituteur en 1912, Samuel Chambaud aura donc travaillé dans l'éducation nationale pendant 48 ans ...

Ce bâtiment de l'école communale de garçons, nommé plus tard Ecole élémentaire Samuel Chambaud, a été construit dans les années 1950. Il est situé au numéro 7 de la rue Léon Gontran Damas. L'autre partie plus ancienne de cette école, rue Mme Payé, date du début du XX° siècle. L'école est située le long de la place des Palmistes à Cayenne.

Ce bâtiment de l'école communale de garçons, nommé plus tard Ecole élémentaire Samuel Chambaud, a été construit dans les années 1950. Il est situé au numéro 7 de la rue Léon Gontran Damas. L'autre partie plus ancienne de cette école, rue Mme Payé, date du début du XX° siècle. L'école est située le long de la place des Palmistes à Cayenne.

Fondateur du scoutisme laïc en Guyane

Parallèlement à son activité dans l'enseignement, Samuel Chambaud sera, avec quelques autres, l'un des premiers à introduire le scoutisme en Guyane française. En effet, un arrêté du 20 décembre 1923 signé par le gouverneur Chanel autorisera le fonctionnement à Cayenne d'une société de sports dénommée Boys Scouts de la Guyane Française. Ils étaient plusieurs à effectuer la demande et le dépôt des statuts de cette nouvelle association de sports en formation, sous la dénomination de Boys Scouts de Guyane, section de Cayenne. Outre Samuel Chambaud, il y avait aussi Urbain Crouzet, Roland Devez et Edouard Roumi.

Cette association va progressivement se développer entre 1924 et 1930, grâce à l'impulsion de Samuel Chambaud, dans différentes communes de Guyane : Mana, Kourou, Regina (Approuague), Sinnamary, Saint-Georges de l'Oyapock, Remire-Montjoly ... Les Boys-Scouts de la Guyane Française seront affiliés aux Éclaireurs de France. Samuel Chambaud sera officiellement désigné Commissaire régional à la Guyane de la Fédération des Éclaireurs de France. Durant toutes ces années, les Boys-Scouts de la Guyane participeront aux manifestations officielles et festives se déroulant dans le pays.

Eu égard à son inlassable dévouement aussi bien pour l'éducation nationale que pour le scoutisme, Samuel Chambaud recevra de nombreuses distinctions et décorations dont les plus importantes sont citées ci-après : Chevalier dans l'ordre national de la Légion d'honneur en 1937 (décret du 11 juin 1937), Commandeur des palmes académiques en 1959, Officier dans l'ordre national de la Légion d'honneur en 1961 (décret du 17 mars 1961).

Dans le cadre de la demande de promotion comme Officier de la Légion d'honneur et de l'élaboration de son dossier en 1960, le recteur de Bordeaux (L'enseignement en Guyane était à l'époque rattaché à l'Académie de Bordeaux) émettait cet avis très favorable : "Personnalité très populaire en Guyane et qui jouit de l'estime général - grosse influence dans les milieux de l'Enseignement du Premier et du Second degré".

Quant au Préfet de l'époque, André DUBOIS-CHABERT, il émettait lui-aussi un avis très favorable le 24 septembre 1960 : " A toujours fait preuve dans l'exercice de ses fonctions d'une activité inlassable et d'un dévouement complet. La promotion au grade d'officier dans l'ordre national de la Légion d'honneur que je sollicite chaleureusement en faveur de M. Chambaud, Chevalier depuis 1937, serait le juste couronnement d'une longue carrière au service de l'enseignement ".

Samuel Chambaud, qui s'adonnait à la chasse durant ses loisirs, était surnommé "le grand blanc". Il faut dire qu'il mesurait 1m 86, ce qui était assez rare à cette époque ...

Il s'est éteint à Cayenne le 20 juin 1964.

Groupe scolaire Samuel Chambaud aujourd'hui (Photo 2015).

Groupe scolaire Samuel Chambaud aujourd'hui (Photo 2015).

Sources :

Archives Nationales d'Outre-Mer (Etat-civil / Matricule militaire)

Journal officiel de la Guyane française

Journal officiel de la République française

Site internet Geneanet (famille Chambaud Frédéric)

Redris 973

Ministère de la Culture (BL).

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20 mai 2016 5 20 /05 /mai /2016 18:55

Lorsque l'on évoque les artistes du bagne de Guyane, on pense tout de suite à Francis Lagrange alias FLAG qui a réalisé des fresques, notamment celles de l'intérieur de la chapelle de l'Île Royale (cliquer "ICI") et de nombreux tableaux représentant des scènes de la vie au bagne, ou encore au bagnard Pierre Huguet qui a peint l'intérieur de l'église Saint Joseph d'Iracoubo (cliquer "ICI").

Mais il y en a eu bien d'autres comme Daniel Capbal, ou LK, ou Casimir Prénéfato ou encore Louis Grilly. C'est à ce dernier peintre du bagne que nous allons nous intéresser dans ce petit article. A travers leurs peintures, ces bagnards trouvaient ainsi un petit espace de liberté, mais aussi le moyen d'améliorer leur ordinaire en échangeant parfois leurs tableaux avec des représentants de l'administration pénitentiaire (surveillants ...) contre de la nourriture ou d'autres objets utiles à leur survie.

D'autres bagnards utiliseront des supports qu'ils trouvaient dans la nature comme des coquillages, des noix de coco, des planches de bois, des bouts de branche ou encore des calebasses qu'ils graveront, sculpteront ou décoreront. Quant aux artistes-peintres, leur support pouvait être la toile d'un sac de farine ou celle d'une tenue de bagnard, une assiette ou encore de la tôle ...

Louis Joseph Ulysse Grilly est né le 13 février 1899 à Fressenneville (Somme), de Joseph François Marie Grilly, ouvrier serrurier, âgé de vingt six ans, et de Marie Camille Mercier, son épouse, âgée de vingt et un ans, exerçant la profession de serrurière, et demeurant tous deux dans la commune de Fressenneville.

L'on apprendra au cours d'un de ses jugements que Louis était l'ainé d'une fratrie de dix enfants, que son père qui était alcoolique et paresseux, avait complètement négligé l'éducation de ses fils. En effet, Louis Grilly, livré à ses mauvais instincts, commettra dès son plus jeune âge des vols qui le conduiront directement devant la justice pour la première fois le 18 mai 1916.

Eu égard à son jeune âge, le tribunal d'Evreux l'acquittera pour ses premiers délits jugeant qu'il avait agi sans discernement et le confiera à la société de patronage d'Evreux. Cette société de patronage avait en charge l'assistance aux libérés et la défense, le placement, l'aide aux enfants traduits en justice.

Ce tableau de Louis Grilly intitulé "Le bagne de Cayenne en 1936" a été peint sur une toile de sac de farine. Le pénitencier de Cayenne était situé à l'actuel emplacement de l'Institut Pasteur.

Ce tableau de Louis Grilly intitulé "Le bagne de Cayenne en 1936" a été peint sur une toile de sac de farine. Le pénitencier de Cayenne était situé à l'actuel emplacement de l'Institut Pasteur.

Louis Grilly, un délinquant multirécidiviste

Après ce premier jugement en mai 1916, Louis Grilly s'enfoncera de plus en plus dans la délinquance.

Une nouvelle affaire le conduira le lundi 15 octobre 1917 devant la Cour d'Assises du Calvados pour incendie volontaire et vol qualifié. En effet, et alors qu'il était employé comme domestique de ferme au service de la veuve Blin, cultivatrice à Sainte-Foy-de-Montgommery, dont le mari avait été tué au front en 1916, il projeta de lui voler la somme de 3750 francs, et de mettre le feu à la ferme. Grilly sauvera le plus jeune enfant de la veuve Blin, âgé de 18 mois, et coura donner l'alarme dans la commune voisine de Livarot (Calvados). Après avoir dans un premier temps nié les faits, Louis Grilly passera aux aveux complets et sera condamné à cinq ans d'emprisonnement.

ll purgeait sa peine à la maison centrale de Beaulieu à Caen, lorsqu'il fut extrait le 13 août 1918 pour être dirigé sur le camp de travailleurs spéciaux d'Amblainville (Oise) où il arriva le 15 août. Le 31 août, il s'évadait et revenait dans la région où il habitait avant sa condamnation. Sans ressources, il erra dans les campagnes tout en commettant plusieurs autres vols importants. Arrêté par les gendarmes le 12 octobre à Léaupartie (Calvados), il fut écroué le 16 octobre à la maison d'arrêt de Lisieux avant sa comparution devant le juge. Mais il s'échappera du Palais de justice le 8 novembre, faussant compagnie aux gendarmes chargés de le surveiller. Il commettra trois autres cambriolages durant sa courte cavale avant d'être arrêté le 9 novembre par le garde-champêtre du village de Crèvecoeur (aujourd'hui Crèvecoeur-le-grand dans l'Oise).

Louis Grilly, sans domicile fixe, domestique de ferme, sera une nouvelle fois jugé par la Cour d'Assises du Calvados lors de la séance du 9 avril 1919 et condamné à dix ans de réclusion et à la relégation. La relégation, peine supplémentaire du XIXe et du début du XXe siècle, consistait à maintenir interné, dans une colonie, un condamné aux travaux forcés après l'accomplissement de la peine principale.

Il sera également condamné une dernière fois par arrêt contradictoire en date du 23 octobre 1919 de la Cour d'Assises de l'Eure, siégeant à Evreux, à douze années de réclusion et de relégation pour vols qualifiés. C'est ainsi que Louis Grilly prit le chemin du bagne de la Guyane ...

Les bâtiments du bagne de Cayenne, au bord de la mer, vers 1935 par Louis Grilly (Marseille, Musée des Civilisations de l'Europe et de la Méditerranée). Ce titre a probablement été donné par le Musée, mais en réalité il s'agit bien de la Caserne d'infanterie coloniale à Cayenne connue sous le nom de Caserne Loubère.

Les bâtiments du bagne de Cayenne, au bord de la mer, vers 1935 par Louis Grilly (Marseille, Musée des Civilisations de l'Europe et de la Méditerranée). Ce titre a probablement été donné par le Musée, mais en réalité il s'agit bien de la Caserne d'infanterie coloniale à Cayenne connue sous le nom de Caserne Loubère.

Condamné à la réclusion et à la relégation en Guyane, Louis Grilly arrivera dans la colonie en 1922."La conduite du transporté Grilly a été médiocre dès son arrivée dans la colonie jusqu'en 1926". Il sera désigné Transporté de 1ère classe à partir du 1er avril 1928.

Louis Grilly ne s'est ensuite plus fait remarquer et n'a plus jamais encouru de peine ni de punition disciplinaire jusqu'à sa libération. A noter toutefois qu'il s'était évadé du bagne à quatre reprises et toujours repris. Sa dernière évasion a eu lieu au camp disciplinaire de Charvein dans l'ouest de la Guyane, non loin de Saint-Laurent-du-Maroni.

Le 17 décembre 1929, il fit une demande pour être porte-clefs, c'est-à-dire pour devenir un forçat employé comme auxiliaire de l'administration pénitentiaire. Sa demande sera rejetée au motif que "ce transporté actuellement à l'hôpital est peintre aux travaux". Il terminera sa peine et sera libéré le 16 avril 1936 et restera encore deux ans à Saint-Laurent-du-Maroni avant de partir s'installer à Saint-Jean-du-Maroni. Il sera relevé définitivement de sa condamnation à la relégation en 1946.

Il restera cependant en Guyane jusqu'à sa mort qui surviendra en 1970 à Cayenne.

Le camp des Roches, situé à la pointe des Roches à l'embouchure du fleuve Kourou (1930) par Louis Grilly (huile sur toile). Le pénitencier des Roches, ouvert en 1856, était principalement à vocation agricole.

Le camp des Roches, situé à la pointe des Roches à l'embouchure du fleuve Kourou (1930) par Louis Grilly (huile sur toile). Le pénitencier des Roches, ouvert en 1856, était principalement à vocation agricole.

Quelques autres peintures du peintre bagnard Louis Grilly

cliquer sur une des peintures pour l'agrandircliquer sur une des peintures pour l'agrandircliquer sur une des peintures pour l'agrandir

cliquer sur une des peintures pour l'agrandir

Cette toile ci-dessus représentant un paysage de Guyane se trouve à la Galerie Morand Collection à Saint-Eulalie-en-Born (40200).

Cette toile ci-dessus représentant un paysage de Guyane se trouve à la Galerie Morand Collection à Saint-Eulalie-en-Born (40200).

Ces deux tableaux ci-dessus sont la propriété d'un particulier dont le grand-père était gardien au bagne en Guyane. Ces deux tableaux ci-dessus sont la propriété d'un particulier dont le grand-père était gardien au bagne en Guyane.

Ces deux tableaux ci-dessus sont la propriété d'un particulier dont le grand-père était gardien au bagne en Guyane.

Trois tableaux de L. Grilly au Musée départemental Alexandre Franconie de Cayenne

Ces trois tableaux (1930 ?) ont été achetés par le Musée départemental Alexandre Franconie à Cayenne en 1991.Ces trois tableaux (1930 ?) ont été achetés par le Musée départemental Alexandre Franconie à Cayenne en 1991.Ces trois tableaux (1930 ?) ont été achetés par le Musée départemental Alexandre Franconie à Cayenne en 1991.

Ces trois tableaux (1930 ?) ont été achetés par le Musée départemental Alexandre Franconie à Cayenne en 1991.

Trois tableaux de L. Grilly mis en vente aux enchères à Quimper (29) en mai 2016

Ces toiles du bagnard Louis Grilly ont été vendues aux enchères à Quimper le samedi 28 mai 2016 sur le site de www.quimper-encheres.comCes toiles du bagnard Louis Grilly ont été vendues aux enchères à Quimper le samedi 28 mai 2016 sur le site de www.quimper-encheres.com
Ces toiles du bagnard Louis Grilly ont été vendues aux enchères à Quimper le samedi 28 mai 2016 sur le site de www.quimper-encheres.comCes toiles du bagnard Louis Grilly ont été vendues aux enchères à Quimper le samedi 28 mai 2016 sur le site de www.quimper-encheres.com

Ces toiles du bagnard Louis Grilly ont été vendues aux enchères à Quimper le samedi 28 mai 2016 sur le site de www.quimper-encheres.com

Sources :

https://criminocorpus.org/fr/musee/les-artistes-du-bagne/

Normannia.info (L'indicateur de Bayeux : 1916/1917/1919 et Le Lexovien : 1916/1919).

Archives départementales en ligne de la Somme (Etat-civil numérisé).

Musée Balaguier au Fort de la Seyne-sur-Mer (83).

Musée Départemental Alexandre Franconie à Cayenne (973).

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14 mai 2016 6 14 /05 /mai /2016 10:31

Le titre de cet article est celui qui figure dans le Grand Dictionnaire universel du XIX° siècle de Pierre Larousse qui relate la vie de ce personnage qui a vécu 112 ans, dont les quarante dernières années de sa vie sur une petite île sur un saut du fleuve Oyapock, en Guyane française.

Cette histoire a été racontée par Pierre-Victor Malouet (1740-1814) qui fut commissaire général de la marine et ordonnateur en Guyane de fin 1776 à 1778. Ce récit figure dans ses Mémoires (Tome I), publiés par son petit-fils en 1868.

Durant son court séjour en Guyane, Malouet a marqué son passage dans la colonie notamment en mettant en place un système de dessèchement des terres noyées, et la construction de canaux et de chemins, avec l'aide de l'ingénieur suisse Guisan qu'il avait fait venir de la Guyane hollandaise. Il a aussi organisé l'urbanisation de Cayenne en construisant des rues, créant un atelier de travaux publics, etc ... En son souvenir, une rue de Cayenne porte encore aujourd'hui son nom.

Mais revenons à notre centenaire dont l'histoire est loin d'être banale. Pierre-Victor Malouet, alors qu'il visitait la Guyane peu après son arrivée, a raconté sa rencontre en 1777 avec cet ancien soldat de Louis XIV, vivant sur cette île perdue au milieu du fleuve Oyapock. Le texte ci-après est l'extrait intégral des Mémoires de P-V. Malouet (Tome I) sur Jacques Blaissonneaux dit "Jacques-des-Sauts" :

Extrait d'une carte intitulée "Partie du fleuve d'Oyapock", datée du 14 janvier 1778 d'après la carte de Brodel Jean-Charles, ingénieur-géographe. Le nom de "Blaisoneau", mal orthographié, y est mentionné ...

Extrait d'une carte intitulée "Partie du fleuve d'Oyapock", datée du 14 janvier 1778 d'après la carte de Brodel Jean-Charles, ingénieur-géographe. Le nom de "Blaisoneau", mal orthographié, y est mentionné ...

"A six lieues du poste d'Oyapock, je trouvai sur un îlot placé au milieu du fleuve qui forme dans cette partie une magnifique cascade, un soldat de Louis XIV qui avait été blessé à la bataille de Malplaquet (1) et avait obtenu alors ses invalides. Connu à la Guyane sous le nom de Jacques-des-Sauts, il avait 110 ans en 1777, et vivait depuis quarante ans dans ce désert.

Il était aveugle et nu, assez droit, très-ridé ; la décrépitude était sur sa figure mais point dans ses mouvements ; sa démarche, le son de sa voix, étaient d'un homme robuste : une longue barbe blanche le couvrait jusqu'à la ceinture. Deux vieilles négresses composaient sa société et le nourrissaient du produit de leur pêche et d'un tout petit jardin qu'elles cultivaient sur les bords du fleuve.

C'est tout ce qui lui restait d'une plantation assez considérable et de plusieurs esclaves qui l'avaient successivement abandonné. Les gens qui m'accompagnaient l'avaient prévenu de ma visite, qui le rendit très-heureux ; il m'était facile de pourvoir à ce que ce bon vieillard ne manquât plus de rien et terminât dans une sorte d'aisance sa longue carrière. Depuis vingt-cinq ans, il n'avait mangé de pain ni bu de vin ; il éprouva une sensation délicieuse du bon repas que je lui fis faire. Il me parla de la perruque noire de Louis XIV, qu'il appelait un beau et grand prince, de l'air martial du maréchal de Villars, de la contenance modeste du maréchal de Catinat, de la bonté de Fénelon, à la porte duquel il avait monté la garde à Cambrai.

Il était venu à Cayenne en 1730 ; il avait été économe chez les jésuites, qui étaient alors les seuls propriétaires riches, et il était lui-même un homme aisé, lorsqu'il s'établit à Oyapock. Je passai deux heures dans sa cabane, étonné, attendri du spectacle de cette ruine vivante. La pitié, le respect en imposaient à ma curiosité ; je n'étais affecté que de cette prolongation des misères de la vie humaine, dans l'abandon, la solitude et la privation de tous les secours de la société.

(1) La bataille de Malplaquet s'est déroulée le 11 septembre 1709 au cours de la guerre de succession d'Espagne. Les troupes commandées par le général John Churchill, duc de Marlborough et le prince Eugène de Savoie, essentiellement autrichiennes et hollandaises, affrontèrent les Français commandés par le maréchal de Villars.

L'endroit où était installé Jacques-des-Sauts est connu aujourd'hui avec la seule appellation de Saut Maripa (voir une vue de ce saut ci-dessus prise en octobre 2015 en saison sèche), premier saut à une heure de pirogue lorsqu'on quitte Saint-Georges de l'Oyapock pour remonter le fleuve du même nom.

L'endroit où était installé Jacques-des-Sauts est connu aujourd'hui avec la seule appellation de Saut Maripa (voir une vue de ce saut ci-dessus prise en octobre 2015 en saison sèche), premier saut à une heure de pirogue lorsqu'on quitte Saint-Georges de l'Oyapock pour remonter le fleuve du même nom.

Je voulus le faire transporter au fort ; il s'y refusa : il me dit que le bruit des eaux dans leur chute était pour lui une jouissance, et l'abondance de la pêche une ressource ; que puisque je lui assurais une ration de pain, de vin et de viande salée, il n'avait plus rien à désirer.

Lorsque je fus prêt de le quitter son visage se couvrit de larmes ; il me retint par mon habit, et, avec ce ton de dignité qui sied à la vieillesse, s'apercevant malgré sa cécité de ma grande émotion, il me dit :"Attendez", puis il se mit à genoux, il pria Dieu et me donna sa bénédiction".

Jacques Boissonneaux alias Jacques-des-Sauts s'éteignit en 1779 à l'âge de 112 ans, soit deux ans après le passage de Pierre-Victor Malouet.

De nombreux auteurs ont repris et romancé la vie de Jacques-des-Sauts, et notamment Jean-Louis Alibert (1768-1837), médecin et professeur à la faculté de médecine de Paris, dans son ouvrage "La physiologie des passions" publié en 1825 et qui obtint un prix Montyon de l'Académie française. Dans ce livre, un chapitre entier est consacré à Jacques Boissonneaux sous le titre "Le Soldat de Louis XIV ou l'histoire de Jacques Des Sauts, anecdote de M. de Préfontaine (2)".

J-L Alibert raconte "la vie singulière de Jacques Blaissonneaux qui, après avoir été intendant chez les jésuites de la mission, s'était adonné avec passion aux travaux agricoles, avait cultivé un petit domaine et était devenu presque riche, lorsque, frappé de cécité, il était tombé peu à peu dans l'état de dénûment où Malouet l'avait trouvé en 1777. Bien qu'aveugle, il prenait part à la culture de son petit jardin et y dirigeait les travaux de ses deux vieilles et fidèles négresses. Blaissonneaux mourut à l'âge de cent douze ans. Cabane et jardin furent alors abandonnés".

Le recensement des habitants de la Guyane, de condition libre, effectué en 1737 cite un Jacques Blaizonneau, habitant sur la rivière d'Oyapock, au lieu-dit "Sauts de la rivière" à l'habitation Le Vaugirard. Il déclare alors avoir 36 ans, être ancien soldat, et marié à Marie-Anne, une indienne de 24 ans. On peut imaginer qu'il ne connaissait pas sa date de naissance car, dans ce cas, il serait né en 1701 et n'aurait pu alors participer à la bataille de Malplaquet en 1709 !

(2) Le chevalier Jean-Antoine Bruletout de Préfontaine a habité la Guyane au XVIII° siècle (mort en 1787). Il fut nommé commandant de la partie nord de la Guyane. Il publiera en 1763 un ouvrage intitulé " sa Maison Rustique, à l'usage des habitans de la partie de la France équinoxiale, connue sous le nom de Cayenne".

Image extraite de l'ouvrage "Les vrais Robinsons, naufrages, solitude,voyages" par MM. Ferdinand Denis et Victor Chauvin, publié en 1863.

Image extraite de l'ouvrage "Les vrais Robinsons, naufrages, solitude,voyages" par MM. Ferdinand Denis et Victor Chauvin, publié en 1863.

Sources :

Mémoires de Malouet publiés par son petit-fils (Tome premier) - 1868.

Physiologie des passions ou nouvelle doctrine des sentiments moraux (Tome 2) par JL Alibert, publié chez Béchet Jeune (Paris 1825).

Grand dictionnaire universel du XIX° siècle par Pierre Larousse (Tome 2).

Extrait de la carte de la rivière Oyapock réalisée par l'ingénieur-géographe Dessigny en 1762. On y voit surligné en jaune par mes soins le prénom de Jacques (Blaissonneaux), là où il avait son habitation.

Extrait de la carte de la rivière Oyapock réalisée par l'ingénieur-géographe Dessigny en 1762. On y voit surligné en jaune par mes soins le prénom de Jacques (Blaissonneaux), là où il avait son habitation.

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1 avril 2016 5 01 /04 /avril /2016 14:30

C'est en poursuivant mes recherches sur Albert Eutrope, lui aussi international de rugby, et mort pour la France en 1915, sur lequel j'ai rédigé un petit article sur ce blog, que j'ai découvert qu'un autre guyanais, Georges Jérôme, avait été sélectionné par deux fois dans l'équipe de France de rugby en 1906.

Théodore Hubert Georges Jérôme est né le 9 février 1883 à Cayenne. Il est le fils de Louis Théodore Ernest Jérôme, né le 9 novembre 1833 à Cayenne, et de Marie Flore Exana Tourville, née le 25 février 1857 en la commune du Tour de l'Isle, demeurant à Cayenne au n° 46 de la rue de la Liberté. Lors de leur mariage célébré à Cayenne le 15 décembre 1880, Louis Théodore Ernest était commerçant à Mana et Marie Flore Exana, sans profession, demeurait chez sa mère, demoiselle Eugénie Tourville, à Cayenne. Le frère de Marie Tourville, Michel Isidore Sextius, né le 29 août 1862 à Cayenne, lui aussi négociant à Mana, deviendra maire de Mana de 1919 à 1926. Il sera nommé chevalier de la légion d'honneur à l'âge de 77 ans (Décret du 31 janvier 1939).

Le couple s'installera à Mana après leur mariage car la situation professionnelle d'Ernest Jérôme était bien établie (négociant et concession aurifère) dans cette commune. Ernest Jérôme décèdera dans sa maison du bourg de Mana, rue du quai, le 25 février 1893. Le grand-père de Georges, Joseph Hubert Georges Jérôme, né à Cayenne, était décédé à Kaw le 26 mai 1874 à l'âge de 73 ans.

Mobilisé le 17 décembre 1914, Georges Jérôme ne sera libéré que le 18 mai 1919. Après être allé se former à l'école d'artillerie de Fontainebleau, Il sera d'abord appelé au 52e Régiment d'Artillerie à Périgueux, puis au 34e R.A le 1er mai 1917. Blessé par un éclat d'obus, il obtiendra deux citations à l'ordre de la division et recevra la croix de guerre avec étoile d'argent et étoile de bronze. Promu brigadier au début de la guerre (17 août 1915), il sera rapidement nommé maréchal des logis (12 novembre 1915), puis sous-lieutenant (Journal officiel du 20 août 1917). Il deviendra lieutenant dans la réserve à la fin de la guerre (Journal officiel du 1 juin 1919).

Le poilu Georges Jérôme aura fait un remarquable et courageux parcours durant la grande guerre, mais sans-doute méconnu de ses compatriotes guyanais. En effet, son nom ne figure pas dans le Livre d'or du contingent de la Guyane française à la grande guerre 1914-1918, peut-être parce qu'il se trouvait à Périgueux lorsqu'il a été mobilisé ou que sa famille en Guyane ignorait ses faits d'armes ... Justice lui est, d'une certaine manière, ainsi rendue avec ce petit article !

Il se mariera le 29 décembre 1928 à Périgueux avec Idalie Pigeassou, née le 7 mars 1895 à Périgueux. L'intéressé aura eu un fils, Georges, né le 14 août 1927 à Périgueux et décédé le 13 août 2006 dans cette même ville (marié à Monique Crépin, un fils).

Peu de temps après son mariage, Georges Jérôme décèdera le 16 mars 1929 à Le Bouscat (Gironde) à l'âge de 46 ans. Il repose au cimetière du nord à Périgueux (Dordogne) comme son épouse Idalie, disparue le 7 mai 1938 à Périgueux.

Equipe mixte des meilleurs joueurs français contre l'équipe Galloise Swansea F.B.C au Parc des Princes en février 1904 (Extrait de La Vie au Grand Air du 25-02-1904).

Equipe mixte des meilleurs joueurs français contre l'équipe Galloise Swansea F.B.C au Parc des Princes en février 1904 (Extrait de La Vie au Grand Air du 25-02-1904).

Un beau palmarès ...

A la fin du XIXe siècle et durant le premier quart du XXe siècle, ce sport était appelé "Football Rugby", et non pas simplement "Rugby". Les joueurs n'avaient pas non plus le gabarit physique des joueurs actuels. Ainsi, Georges Jérôme mesurait 1 m 71 pour 74 kg alors qu'il occupait le poste de deuxième ligne ! Aujourd'hui, les joueurs professionnels à ce poste avoisinent les 2 mètres pour un poids moyen d'environ 120 kg.

Georges Jérôme fera plusieurs clubs durant sa carrière sportive. Il jouera successivement au Stade Français (Paris), au Sporting Club Universitaire de France (SCUF Paris), au Stade Bordelais et à l'UA Libourne (L'Union Athlétique Libournaise). Il sera une fois champion de France avec le Stade Français en 1903 (contre le SOE Toulousain), et quatre fois vice-champion avec le Stade Français en 1904 (Contre le SBUC), 1905 (Contre le SBUC), 1906 (Contre le SBUC) et 1907 (encore contre le Stade Bordelais).

Portant sur son maillot d'international le numéro 14, il sera sélectionné par deux fois en équipe de France de rugby à XV :

La première fois, le 1 janvier 1906, où l'équipe nationale affronte la Nouvelle-Zélande (All-Blacks) au stade vélodrome du Parc des Princes. Il s'agit du tout premier match test de l'histoire de l'équipe de France de rugby. Celle-ci s'inclinera mais d'une manière honorable devant l'équipe des "The Originals", comme elle était aussi appelée, alors quasi imbattable à cette époque, par 38 points (10 essais) à 8 (2 essais dont un de G. Jérôme).

Sa seconde et dernière sélection sera contre l'équipe d'Angleterre le 22 mars 1906, également au stade Vélodrome du Parc des Princes. L'équipe de France inaugure alors sa première tenue tricolore : maillot bleu, culotte blanche et bas rouges. La sélection française perdra aussi ce match par 8 points (2 essais) à 35 (9 essais) pour les anglais.

On retrouve sa trace ensuite à Libourne (UA Libournaise) pour la saison 1911-1912, puis au SBUC (1912-1913), et à Périgueux (1913-1914). Par la suite, Georges Jérôme poursuivra sa carrière sportive dans l'arbitrage, au moins jusqu'en 1926. En effet, Il arbitrera un match à Limoges le 9 décembre 1926 entre une sélection française (Limousins, Périgord, Agenais) et les Maoris en tournée en Europe, match gagné par les Maoris par 32 points à 9.

Le 8 octobre 1926, Georges Jérôme avait déjà arbitré le match à Clermont-Ferrand formé par une sélection composée de onze joueurs de l'A.S. Montferrandaise, 3 du stade clermontois et un de l'U.S Montluçonnaise contre les Maoris.

Sélection des joueurs de l'équipe de France de rugby à XV avant le match du 1er janvier 1906 contre la Nouvelle-Zélande (On y voit le guyanais Georges Jérôme. L'autre noir membre de cette sélection de 1906, lui-aussi au premier rang, est André Vergès).

Sélection des joueurs de l'équipe de France de rugby à XV avant le match du 1er janvier 1906 contre la Nouvelle-Zélande (On y voit le guyanais Georges Jérôme. L'autre noir membre de cette sélection de 1906, lui-aussi au premier rang, est André Vergès).

Un curieux match de rugby en 1905 : Noirs contre blancs ...

"La vie au grand air" du 9 février 1905, hebdomadaire paraissant le jeudi entre 1898 et 1922, faisait sa première page par cette affiche représentant Georges Jérôme effectuant un plaquage aux jambes de Frantz Reichel avec ce sous-titre : "Nègres contre Blancs, un match de foot-ball original" (cliquer sur la photo à gauche si vous voulez l'agrandir). A priori, et bien qu'il soit impossible d'imaginer aujourd'hui la "Une" d'un magazine ou d'un journal avec un tel titre, cela ne semblait poser aucun problème en ce début du XXe siècle ...

Sportif polyvalent de haut niveau, Frantz Reichel est alors en 1905 lors de ce match de rugby, président du Sporting Club Universitaire de France (SCUF) après avoir succédé à Charles Brennus à la présidence de ce club parisien. Mais il sera aussi le capitaine de cette équipe entre 1905 et 1907. C'est lui qui proposera à Georges Jérôme cette rencontre entre une équipe composée de noirs et une autre, de blancs.

Joueur au Stade Français en 1905, Georges Jérôme sera le capitaine de cette équipe de noirs. Le match se déroulera le 2 février 1905 au Parc des princes devant un public enthousiaste. Le rédacteur de l'article décrit le résultat de ce match par ces mots : "Très supérieurs à leurs incolores adversaires par leurs avants, les nègres ont triomphé par six points (un essai, un but sur coup franc) à cinq points (un essai, un but)".

Gros plan sur le guyanais Georges Jérôme, sélectionné par deux fois dans l'équipe de France de rugby en 1906

Photographie de l'équipe des noirs lors du match du 02 février 1905

Le capitaine guyanais Georges Jérôme a le ballon ovale dans sa main.

Le capitaine guyanais Georges Jérôme a le ballon ovale dans sa main.

Sources :

Sites sur Internet : Geneanet et Wikipédia.

Archives Nationales d'Outre-Mer (Etat-civil).

Magazine "La vie au grand air" (1898-1922) sur BnF/Gallica.

Photographies sportives Collection Jules Beau Tome 1904-1905 (Bnf/Gallica).

Playing the man : sport et imperialism 1900-1907 (G.J. Levett -2014- PhD thesis, Birkbeck, University of London).

Archives Départementales Dordogne : Fiche Matricule militaire n° 1654 (curieusement classée 1915) - Sa fiche Matricule sur ANOM (recensement Guyane) ne contient pas d'informations sur son parcours en 14-18.

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22 mars 2016 2 22 /03 /mars /2016 10:40

Œuvre du sculpteur Jacques Raybaud, la statue de Jean Galmot a été inaugurée le vendredi 30 avril 2004 à Cayenne non loin du village chinois sur le rond-point communément nommé rond-point Galmot. L'inauguration a eu lieu en présence de M. Rodolphe Alexandre, à l'époque président de la Communauté de Communes du Centre Littoral-Guyane et de son Conseil communautaire :

M. Jean-Claude Lafontaine, maire de la ville de Cayenne, M. Antoine Karam, président du Conseil Régional, de M. Pierre Désert, président du Conseil Général, de M. François Martin, président directeur général de la Générale des Eaux, de M. Roger-Michel Loupec, président du Conseil Économique et Social Régional. Cette sculpture monumentale en bronze a été offerte à la ville de Cayenne par la Communauté de Communes du Centre-Littoral ainsi que par la Société Guyanaise des Eaux.

Jean Galmot fut homme politique, industriel, chercheur d'or, écrivain, pilote d'avion, journaliste, publiciste et sans-doute, aventurier. Je ne vais pas décrire ici toutes ses activités ni sa vie en Guyane, ni même les circonstances de son décès, car tout a été dit, écrit, et commenté dans la presse de l'époque. Nombre d'articles plus récents sur des blogs ou autres sites Internet retracent la vie pour le moins aventureuse et originale de cet homme d'exception qui fut député de la Guyane de 1919 à 1924, et apprécié d'une large majorité de la population guyanaise qui le surnommait affectueusement Papa Galmot.

Rappelons simplement que Jean Galmot était né le 2 juin 1879 à Monpazier en Dordogne et décédera le 6 août 1928 à l'hôpital Saint Paul de Cayenne à l'âge de 49 ans. La rumeur de son assassinat par empoisonnement déclencha des émeutes dans les rues de Cayenne les 6 et 7 août aboutissant à la mort brutale de six personnes, amis ou partisans d'Eugène Gober, ancien maire de la ville, et opposant politique de Galmot. Eugène Gober avait en effet "lâché" Galmot après l'affaire des Rhums, pour soutenir la candidature d'Eugène Lautier lors des élections législatives de mai 1924, puis ensuite celle d'avril 1928 contre le galmotiste Georges Anquetil.

Suite à ces très graves incidents, trente six personnes furent arrêtées, mais seules quatorze d'entre elles dont deux femmes furent inculpées pour pillages, crimes et complicité de meurtres lors d'un procès retentissant délocalisé à Nantes (Loire-Inférieure) en mars 1931. Les insurgés de Cayenne, comme ils étaient appelés, seront tous acquittés le 21 mars. L'on prête cet acquittement à la brillante plaidoirie de Gaston Monnerville, l'un de leurs avocats. A la suite de cette affaire Galmot, Gaston Monnerville se présentera aux élections législatives de 1932 en Guyane contre le député sortant Eugène Lautier. Il gagnera avec une très large majorité.

Jean Galmot repose au cimetière de Cayenne (voir les photos de sa sépulture en fin d'article).

La statue de Jean Galmot à Cayenne

Alors qu'il est rédacteur à Nice au journal le Petit Niçois depuis 1904, Jean Galmot fait la connaissance, lors d'une réception chez M. André de Joly, préfet des Alpes-Maritimes, du diplomate américain Heydecker, ancien vice-consul des Etats-Unis à Saint-Pétersbourg en Russie. Alexandre William Heydecker lui parle de la Guyane et notamment du placer Elysée (Mine d'or) dont il est le propriétaire. Le courant passe bien entre les deux hommes, tant et si bien que J. Galmot sera invité au domicile niçois du diplomate.

A cette occasion, J. Galmot fera la connaissance de Marianne Heydecker, sa fille, âgée de huit ans de moins que lui, et de laquelle il s'éprendra. Le coup de foudre réciproque entre les deux jeunes gens aboutira à leur mariage, d'abord civil, à la mairie de Nice le 24 octobre 1905, puis à l'église américaine du boulevard Victor Hugo. Lors de son mariage, Jean Antoine Galmot se déclare publiciste, demeurant boulevard Cimiez à Nice. Ses parents, absents mais consentants à ce mariage, Jean-Baptiste et Anne Galmot, habitent à Qilleboeuf dans l'Eure.

Marianne Antoinette Heydecker est née le 28 septembre 1887 à Paris, de nationalité américaine, sans profession, demeurant Villa Heydecker, boulevard de la Mantega à Nice, fille mineure de Heydecker William Alexander, rentier, et de Pain Marie Étiennette, sans profession.

Leur union donnera naissance à leur fils Robert William, né le 16 juillet 1906 à Nice. Malheureusement leur fils souffrira rapidement de maladie, maladie qui était alors nommée "folie précoce". Jean Galmot restera jusqu'à son dernier souffle très attaché à son épouse Marianne malgré de longues et fréquentes périodes d'éloignement.

En 1927-1928, l'adresse des époux Galmot en métropole était Château de Soriac à Soriac en Dordogne et au numéro 4 de la rue Parrot à Paris dans le 12° arrondissement. A son retour en Guyane en 1928, J. Galmot occupait une chambre à la rue Malouet, et une autre transformée en bureau, rue des Marais (actuelle rue du Lieutenant Becker) à Cayenne.

Au décès de Jean Galmot, sa veuve désignera le nouveau maire de Cayenne Auguste Quintrie comme exécuteur testamentaire car c'était un ami du défunt. Celui-ci fut soupçonné peu après d'avoir extrait une grande partie des affaires personnelles de Galmot dans une grande malle qu'il amena chez lui. Mme Veuve Galmot fut en effet déçue de ne recevoir que quelques objets personnels de son mari alors qu'il avait beaucoup de dossiers à Cayenne.

La statue de Jean Galmot à Cayenne

Ce qu'on sait moins de la vie de Jean Galmot, c'est qu'il fut aussi écrivain. Il a rédigé plusieurs ouvrages : La fille de Faust (1901), Nanette Escartefigue - histoire de brigands (1906), Quelle étrange histoire ... (1918), Un mort vivait parmi nous (1922). Son dernier manuscrit, non encore publié, qu'il avait fini d'écrire peu de temps avant sa mort, ne fut jamais retrouvé dans ses affaires personnelles à Cayenne ... Ce brouillon de livre, si l'on peut dire, fut semble-t-il lui-aussi subtilisé comme beaucoup d'autres de ses documents après son décès. Son titre était "Double existence". Seules quelques pages éparses furent retrouvées.

Mandaté par son beau-père pour examiner les conditions d'exploitation de son placer Elysée sur la Mana, Jean Galmot effectuera son premier voyage en Guyane à cheval entre les années 1906 et 1907. Il obtiendra aussi pour l'occasion, sur les recommandations de son beau-père, une mission d'études sur le commerce en Guyane française par le ministère des colonies. A son retour, il fera plusieurs conférences dont une à la société de géographie le 21 juin 1907 où il rendra compte de son périple dans la Guyane anglaise, hollandaise et française. A cette occasion, il exposa un grand nombre de photographies notamment de chercheurs d'or prises sur les fleuves Maroni et Mana. Un compte-rendu sera publié dans le Journal Officiel de la République Française du 11 juillet 1907.

Suite à une décision ministérielle prise le 2 avril 1915, Jean Galmot sera chargé d'une nouvelle mission d'études par le ministre des colonies portant sur les débouchés offerts aux produits français dans les Antilles anglaises et françaises ainsi qu'en Amérique centrale.

Jean Galmot continuera occasionnellement à alimenter par quelques articles quelques périodiques de métropole.

La statue de Jean Galmot à Cayenne

La vie tumulteuse de Jean Galmot inspira de nombreux auteurs, aussi bien avant qu'après sa mort. Louis Chadourne, qui avait rencontré Jean Galmot et qui fut son secrétaire lors d'un voyage aux Caraïbes, écrira deux romans dans lesquels il décrit le personnage controversé de J. Galmot dans " Terre de Chanaan" chez Albin Michel paru en 1921, et "Le Pot au noir" chez le même éditeur en 1922. Cependant, l'un des plus célèbres est sans-doute le roman de Blaise Cendrars intitulé "Rhum. L'aventure de Jean Galmot", paru chez Grasset en 1930.

Plus récemment André Bendjebba publia aux éditions Le Cherche midi en 2010 "Le prophète de la Guyane - La vie aventureuse de Jean Galmot". Un autre écrivain Jacques Magne a publié aux Éditions Caribéennes "Jean Galmot, l'homme des tropiques" en 1990. Michèle Touret fit paraître aux Presses Universitaires de Rennes en 1998 "Cendrars au pays de Jean Galmot : roman et reportage".

Un écrivain guyanais, Georges Othily, qui deviendra sénateur de la Guyane en 1989, rédigea aux Éditions Caribéennes en 1987 un ouvrage nommé : "1928, tragédie à Cayenne : les émeutes, la mort du Dr Jean". On peut aussi citer "Guyane à fleur de mots : essai littéraire : la représentation du milieu naturel guyanais dans les œuvres de Jean Galmot, René Jadfard et Micheline Hermine" d'Hervé Vignes paru aux éditions Aguer en 1995.

Le cinéaste Alain Maline tourna un film "Jean Galmot, aventurier" avec, dans le rôle principal, Christophe Malavoy. Sorti en octobre 1990, il fut principalement tourné en Guyane. Un documentaire destiné à la télévision intitulé "les insurgés de Cayenne, le premier procès colonial à Nantes" de l'auteur André Bendjebbar, fut réalisé par Barcher Bauer en 2009.

Sa sépulture au cimetière de Cayenne :

Photographies de la sépulture de Jean Galmot au cimetière de Cayenne : celle de gauche a été prise quelques années après sa mort, l'autre date de mars 2016 (cliquer sur une photo pour l'agrandir). .Photographies de la sépulture de Jean Galmot au cimetière de Cayenne : celle de gauche a été prise quelques années après sa mort, l'autre date de mars 2016 (cliquer sur une photo pour l'agrandir). .

Photographies de la sépulture de Jean Galmot au cimetière de Cayenne : celle de gauche a été prise quelques années après sa mort, l'autre date de mars 2016 (cliquer sur une photo pour l'agrandir). .

Sources :

http://data.bnf.fr/12128019/jean_galmot/studies

Archives Nationales d'Outre-Mer (IREL).

Journal Officiel de la République Française du 11 juillet 1907.

http://data.bnf.fr/12128019/jean_galmot

La Revue Hebdomadaire de 1934 (La vie véridique et cruelle de Jean Galmot).

Différents articles de la Presse de l'époque (Gallica).

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29 février 2016 1 29 /02 /février /2016 08:48

Ce jeune guyanais avait un avenir prometteur devant lui, mais le destin en a décidé autrement ... International de rugby, breveté de l'École coloniale, le sous-lieutenant Albert Eutrope sera tué d'une balle en pleine tête le 26 mai 1915 alors qu'il conduisait ses hommes à l'assaut d'une position allemande lors des combats de Masseng au Cameroun durant la première guerre mondiale. Mais commençons cette histoire par le début ...

Né le 10 janvier 1988, Albert Victor Olivier avait un frère jumeau : Adalbert Charles Olivier, un frère ainé, Henry Roger Eugène né le 31 mars 1881, une sœur, Rose Pauline Jeanne née le 14 novembre 1882 et un autre frère, Paul Louis Alfred né le 5 mars 1885 à Hell-ville, chef-lieu de l'Île de Nosy Bé (Madagascar). Ce dernier ne sera déclaré que le 21 juin 1886 à l'Etat-civil de Cayenne. Excepté Paul Louis Alfred, les autres enfants Eutrope sont tous nés à Cayenne au domicile de leurs parents au n° 41 de la rue du Port.

Leur père Paul Adalbert Olivier Stanislas Eutrope, né le 11 septembre 1844 à Cayenne, qui avait commencé sa carrière en 1863 comme écrivain de marine dans l'administration coloniale, était sous-commissaire à la marine ; leur mère Joséphine Laurentine Charlotte Dufourg, née le 8 janvier 1860 à Cayenne, était mère au foyer.

Comme son frère Henry, Albert intégrera l'école coloniale à Paris. Par arrêté du ministre des colonies daté du 10 novembre 1913, il sera nommé élève administrateur des colonies et affecté en Afrique Equatoriale Française. Il aura préalablement effectué son service militaire au 19e escadron de Train des Équipages Militaires, stationné quartier Fontenoy dans le 7e arrondissement de Paris, après avoir été reçu 4ième au concours de 1912 des élèves officiers de réserve de cette Arme. Il sera exceptionnellement autorisé à terminer son service militaire au 6e escadron du Camp de Chalon avant de partir pour l'A.E.F.

Son frère Henry fera une très belle carrière dans l'administration coloniale. Chevalier de la légion d'honneur du 12 août 1923, il terminera sa carrière avec le grade de résident supérieur de 1° classe en Indochine. A son départ à la retraite le 31 mars 1938, il occupait le poste de résident supérieur au Laos depuis le 4 août 1934.

Quant à son frère jumeau Adalbert, il avait choisi une toute autre voie en devenant ingénieur des arts et métiers. Il sortira en effet de l'école nationale des Arts et Métiers d'Aix-en-Provence avec le diplôme d'ingénieur en 1909, plus communément nommé "Gadzart". Il se spécialisera ensuite dans le domaine de l'électricité en intégrant l'Institut Electronique de Grenoble. A l'époque de son mariage en 1922, il était ingénieur à la Société d'Electricité pour la Lumière et la Force à Paris. Il publiera plus tard avec Jules Verger un ouvrage intitulé "Formulaire de l'électricien praticien".

Gros plan sur Albert Eutrope, un poilu guyanais mort glorieusement, face à l'ennemi

Albert Eutrope, un rugbyman de haut niveau

Alors qu'il poursuit ses études à l'école coloniale à Paris, Albert joue au rugby, et joue bien. En effet, il sera membre de la section rugby du Sporting Club Universitaire de France (SCUF) dès son arrivée à Paris en 1910 et ce, jusqu'à la fin de l'année 1913, date de son affectation en Afrique (A.E.F) comme élève administrateur des colonies.

Avec le SCUF, il jouera deux finales du championnat de France de première division, l'une en 1911 (SCUF / Stade Bordelais) et l'autre en 1913 (SCUF / Aviron Bayonnais). Mais son titre de gloire en tant que rugbyman, sera d'avoir été sélectionné au moins une fois en équipe de France et d'avoir joué le match international du tournoi des V nations Irlande-France à Cork le lundi 24 mars 1913 au poste de troisième ligne aile.

Outre l'école coloniale, il y a un autre point commun avec le guyanais Félix Éboué. Celui-ci a en effet été joueur de rugby au SCUF dans les années 1907 / 1908. Si Albert Eutrope a été le second guyanais de l'histoire sélectionné dans l'équipe de France de Rugby, le premier a été Georges Jérôme. Né le 9 février 1883 à Cayenne. Georges Jérôme sera joueur de rugby à XV dans plusieurs équipes (Stade français, SCUF, Stade bordelais, UA Libourne) avec un palmarès impressionnant. Il sera surtout sélectionné deux fois en équipe de France jouant notamment le premier match au parc des princes le lundi 1er janvier 1906 contre les néo-zélandais (All Blacks). L'équipe de France de rugby jouait alors le premier match de son histoire ...

Durant leurs études, les autres frères Eutrope joueront également au rugby. Adalbert sera membre de l'équipe de rugby de l'école nationale des arts et des métiers d'Aix-en-Provence. Il jouera la finale interscolaire du champion de France en 1909 dans l'équipe des Gadzarts. Quant à Henry, il jouera aussi dans l'équipe de rugby du SCUF et notamment dans la même équipe que son frère Albert en 1913.

Albert et Henry Eutrope avec l'équipe du Sporting Club Universitaire de France (SCUF) le 30 mars 1913 lors d'un match amical contre le Sporting Club de Vaugirard sur le terrain du Racing à Colombes.

Albert et Henry Eutrope avec l'équipe du Sporting Club Universitaire de France (SCUF) le 30 mars 1913 lors d'un match amical contre le Sporting Club de Vaugirard sur le terrain du Racing à Colombes.

Albert Eutrope, tué à l'ennemi le 26 mai 1915

L'expression "tué à l'ennemi" est la formulation militaire que l'on retrouve sur les fiches signalétiques des soldats morts au combat durant la première guerre mondiale notamment sur le site Mémoire des Hommes. Elle indique que le soldat est mort sur le champ de bataille.

Lorsque la guerre éclate début août 1914, le sous-lieutenant de réserve Albert Eutrope qui se trouve en Afrique est mobilisé pour combattre au Cameroun. Il se retrouvera dans la colonne franco-belge dite Shanga-Cameroun, basée à Brazaville.

Albert Eutrope sera tué d'une balle en plein front le matin du 26 mai 1915 alors qu'il montait à l'assaut d'une position ennemie, un peu avant Masseng, à la tête de sa section qui sortait de la forêt à environ 20 mètres des retranchements allemands. Le lieutenant-colonel Hutin qui commandait la colonne Shanga-Cameroun, écrira à la famille pour relater les circonstances de la mort du sous-lieutenant Eutrope :

"Dans l'ordre de marche du détachement opérant dans la direction de Masseng, la section du sous-lieutenant Eutrope se trouvait en tête du gros.

Le 26 mai, vers 7h45, cette section se déployait à gauche de la piste et se portait sous le bois et en avant. Profitant d'une brousse épaisse, cette fraction peut approcher jusqu'à 20 mètres des retranchements allemands, devant lesquels elle débouche brusquement.

L'ennemi, bien abrité, ouvrit un feu extrêmement violent. Le sous-lieutenant Eutrope tombe mortellement frappé à la tête ; il était 8h 45.

Pendant deux heures, le corps ne put être enlevé, les Allemands qui l'avaient vu tomber, tentèrent de le prendre. Les tirailleurs français, héroïquement, luttèrent pour l'enlever ; un caporal et sept d'entre eux furent tués et blessés. Vers 10h 30, après de longs et vigoureux efforts, le corps du sous-lieutenant Eutrope fut en sûreté.

Il a été transporté à N'Gato (point 29) et inhumé au cimetière de cette position. Il est mort glorieusement au champ d'honneur, à la tête de ses hommes, face à l'ennemi.

Le Lieutenant-Colonel, commandant la colonne franco-belge de la Shanga-Cameroun:

(Signé) Hutin."

Le sous-lieutenant de réserve Eutrope Albert fera l'objet à titre posthume d'une citation à l'ordre de l'armée (voir ci-dessous l'extrait du journal officiel). A cette citation à l'ordre de l'armée, la plus haute distinction durant la guerre 14-18, était automatiquement attribuée la Croix de guerre avec palme.

Une rue porte son nom à Cayenne.

Extrait du journal officiel de la République Française du 27 février 1916.

Extrait du journal officiel de la République Française du 27 février 1916.

Sources :

Rugby et rugbymen pendant la grande guerre (pages 14-18 Forum).

http://www.militarian.com/threads/albert-eutrope-rugby-player.7598/

Archives Nationales d'Outre-Mer (Etat-civil).

Bulletin trimestriel de la société des élèves et anciens élèves de l'École coloniale (Gallica / BNF).

Le rôle des colonnes françaises dans la campagne du Cameroun (1914 - 1916) par Henri Mailier, publication du Comité de l'Afrique Française - 1916.

Journal officiel de la République Française du 27 février 1916.

L'Aéro : Organe hebdomadaire de la locomotion aérienne du 22/10/1911

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26 janvier 2016 2 26 /01 /janvier /2016 11:09

"Par décret du Président de la République en date du 3 juin 1902, rendu sur la proposition du Ministre des colonies, vu l'avis du Conseil de l'ordre portant que la nomination faite aux termes du présent décret n'a rien de contraire aux lois, décrets et règlements en vigueur, est promu au grade d'officier dans l'ordre de la Légion d'honneur :

M. LHUERRE (Joseph - Etienne - Gabriel), Secrétaire général de 2° classe des colonies, Gouverneur p.i de la Martinique.

Chevalier du 31 décembre 1895.

A fait preuve, à l'occasion de la catastrophe de la Martinique, d'intelligence, de décision, d'énergie et d'un grand dévouement".

C'est en ces termes que le gouvernement remercia ce guyanais devenu Secrétaire Général de 2° classe dans l'administration coloniale, mais qui dut assurer l'intérim du gouverneur de la Martinique, mort à Saint Pierre lors de l'éruption de la montagne Pelée le 8 mai 1902. En effet, le gouverneur Louis Mouttet, accompagné de son épouse, décida de retourner le 7 mai à Saint Pierre alors que le volcan s'était réveillé depuis plusieurs mois, mais manifestait des signes de plus en plus inquiétants les derniers jours. Le gouverneur Mouttet voulait montrer à la population alarmée l'appui moral de sa présence ... Ancien gouverneur de la Guyane, Louis Mouttet était en Martinique depuis juillet 1901.

On connaît la suite dramatique de cet évènement car la ville de Saint Pierre et ses alentours furent rasés et on dénombra pas moins de 30 000 morts.

La ville de Saint-Pierre en Martinique après l'éruption du 8 mai 1902

La ville de Saint-Pierre en Martinique après l'éruption du 8 mai 1902

 

Joseph Etienne Gabriel Lhuerre est né le 2 juin 1855 à Cayenne. Son père Louis François Pelage Lhuerre, tailleur d'habits, né le 2 juin 1808 à Cayenne était le fils naturel de Louise Séverin, mulâtresse libre, comme il était indiqué à l'époque dans l'acte d'Etat-Civil. Louis François Pelage décèdera à Cayenne le 2 novembre 1891 à l'âge de 83 ans. Il s'était marié le 28 décembre 1840 à Cayenne avec Magdeleine Henriette Ermance Saint-Clair, couturière (Cf. extrait de l'article du journal La Vigie de Cayenne du 1er janvier 1891 suite à leurs noces d'or, en haut à gauche de ce paragraphe). Celle-ci, mère de Joseph Etienne Gabriel, est née en 1821 à Cayenne. Esclave, elle sera affranchie par arrêté du 20 septembre 1833 et officiellement reconnue par ses parents le 3 décembre 1840 comme neuf autres de ses frères et soeurs.

Joseph Etienne Gabriel Lhuerre aura dix frères et sœurs. Il se mariera le 8 février 1877 à Cayenne avec Marie Cornélie Lhuerre, née le 5 août 1856 à Cayenne sous le patronyme de Marie Cornélie Picard. Elle sera légitimée, selon l'expression de l'époque, par Joseph Auguste Edmond Lhuerre (1832-1881), entrepreneur de tonnellerie, lors de son mariage avec sa mère Marie Justine Picard (1830- 1889) le 7 septembre 1870 à Cayenne.

Gabriel Lhuerre aura 5 fils : Louis Herman Eugène Gabriel né le 20 janvier 1879, Charles Etienne Raoul né le 5 novembre 1881, Justin Camille Edmond né le 15 avril 1883, Herman Emile Albert né le 13 août 1885 et Edgard Eugène Léon né en 1889. Lors de l'établissement de son dossier au dernier trimestre de l'année 1902 pour son grade d'officier dans la Légion d'honneur, Gabriel déclare avoir quatre fils en vie : Gabriel 23 ans, Raoul 20 ans 1/2, Herman 17 ans et Edgard 13 ans 1/2.

En effet, l'un de ses fils, alors qu'il était en Martinique pour assurer l'intérim du gouverneur après l'éruption de la montagne Pelée, décèdera le 23 juin 1902 à bord du paquebot Versailles à l'approche de la ville de Saint Nazaire (44). Justin Camille Edmond âgé de 19 ans était souffrant et avait pris place avec sa mère à bord du paquebot pour venir se soigner en métropole. Il sera inhumé provisoirement le 25 juin dans cette ville après qu'un discours fut prononcé par le docteur Clément, député de la Martinique, qui voyageait également à bord du Versailles.

La ville de Saint-Pierre en Martinique avant l'éruption de la montagne Pelé du 8 mai 1902

La ville de Saint-Pierre en Martinique avant l'éruption de la montagne Pelé du 8 mai 1902

 

Gabriel Lhuerre aura commencé sa carrière professionnelle comme écrivain au Commissariat de la marine à Cayenne le 15 août 1871 à l'âge de 16 ans. Il sera ensuite à partir du 1er juillet 1878, commis au Conseil privé jusqu'au 12 avril 1880 et deviendra alors à cette date, chef du secrétariat du gouvernement et secrétaire archiviste jusqu'au 24 février 1881.

Le 24 février 1881, il est nommé Commis hors cadre de la direction de l'intérieur afin de pouvoir poursuivre les fonctions de chef du secrétariat du gouvernement et ce, jusqu'au 3 mars 1883. Il exercera ensuite les fonctions de Commis à la direction de l'intérieur, puis Commis principal, jusqu'au 1er novembre 1884. Il deviendra Sous-Chef de bureau de 2° classe du 1er novembre 1884 au 12 novembre 1886 toujours à Cayenne.

Après avoir pris des congés en métropole, il est nommé au même grade en Guadeloupe du 26 mai 1887 au 23 octobre 1889, puis est promu Chef de bureau de 1° classe au même poste jusqu'au 21 juin 1890. Après un nouveau congé de six mois qu'il effectuera en Guyane, Gabriel Lhuerre poursuivra sa fonction de Chef de bureau de 1° classe jusqu'au 9 juillet 1896. Il assumera à cette date les fonctions de Directeur de l'intérieur par intérim au gouvernement de la Guadeloupe jusqu'au 25 août 1896.

Nommé chef de bureau hors classe le 23 octobre 1900, il est muté en Martinique où il devient Secrétaire général du gouvernement le 21 juillet 1901. Au décès du gouverneur de la Martinique Louis Mouttet, mort avec son épouse à Saint Pierre le 8 mai 1902, Gabriel Lhuerre assumera les fonctions de gouverneur par intérim dès le lendemain et ce durant plusieurs mois, jusqu'à l'arrivée du nouveau gouverneur Lemaire. Début 1903, il prendra des congés en Guadeloupe et en métropole avec sa famille. Il restera Secrétaire général du gouvernement en Martinique jusqu'à son remplacement le 12 mai 1903. Il sera nommé Secrétaire général de 1°classe des colonies le 31 juillet 1903.

Le 20 octobre 1904, Gabriel Lhuerre est nommé Secrétaire général de 1° classe des colonies au Dahomey jusqu'en 2007. Il prendra en effet sa retraite le 1er novembre de cette année 2007 d'abord en Martinique puis à Bordeaux, avec une pension annuelle de 6000 francs. On trouve une trace du faire-part de son décès le 9 novembre 1923 dans un quotidien de Bordeaux (Cf. le petit encadré en haut à gauche de ce paragraphe).

La ville de Saint Pierre en Martinique en 2010

La ville de Saint Pierre en Martinique en 2010

Entré comme écrivain auxiliaire de la marine à Cayenne en 1871, le mérite de Gabriel Lhuerre aura été de gravir un à un tous les échelons de l'administration pour atteindre le grade de Secrétaire général de 1° classe des colonies lors de son départ à la retraite en 1907. Mais son heure de gloire, si on peut le dire ainsi, fut la difficile gestion de la situation durant les mois qui suivirent l'éruption de la Montagne Pelée le 8 mai 1902. Cette gestion qu'il assuma seul en tant que gouverneur p.i , lui amena bien des compliments, mais aussi quelques critiques ...

Joseph Etienne Gabriel Lhuerre aura reçu plusieurs distinctions durant sa longue carrière :

- Chevalier de la Légion d'honneur

- Officier dans l'ordre de l'Étoile Noire

- Officier de l'Instruction publique

- Officier de la Légion d'honneur

Plusieurs de ses fils, notamment Gabriel et Raoul feront de belles carrières comme administrateurs des colonies en Afrique Occidentale Française. Quant à Herman Lhuerre, autre fils de Gabriel, il sera médecin militaire notamment en Afrique Occidentale Française jusqu'à son décès survenu le 11 novembre 1938 à Dakar (Sénégal) à l'âge de 53 ans. Edgard travaillera aussi dans les Services Civils de l'administration coloniale en Afrique Occidentale Française.

Saint Pierre (Martinique) en 2010

Saint Pierre (Martinique) en 2010

Sources :

Bulletins officiels de la Guyane Française.

Journaux officiels de la République Française.

Journal des débats politiques et littéraires du 26 juin 1902.

Gallica (BNF).

Ministère de la culture (BL)

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19 décembre 2015 6 19 /12 /décembre /2015 09:12

Les vieilles colonies que sont la Guyane, la Réunion, la Guadeloupe et la Martinique deviennent des départements en mars 1946, notamment sous l'impulsion de Gaston Monnerville. Ces nouveaux départements peuvent donc élire un représentant de la Chambre haute.

Depuis la Constitution de la IV° République du 27 octobre 1946, la Chambre haute est appelé Conseil de la République. Ses membres se nommaient alors les Conseillers de la République. Par une résolution adoptée le 16 décembre 1948, les conseillers de la République décident qu'ils porteront dorénavant le nom de "sénateurs, membres du Conseil de la République". Il est à noter que sous la III° République, la chambre haute du Parlement était déjà appelé Sénat.

Avec la constitution du 4 octobre 1958 instituant la V° République, on retrouve officiellement deux Chambres : le Sénat dit "Chambre haute" au Palais du Luxembourg et l'Assemblée nationale dite "chambre basse" au Palais Bourbon.

La loi organique n° 2003-696 du 30 juillet 2003 a réduit la durée du mandat des sénateurs et a réformé la composition du Sénat afin de mieux représenter la réalité démographique et les collectivités territoriales. Cette réforme de 2003, complétée par celle de 2007, a prévu un accroissement graduel de l’effectif sénatorial. Ainsi depuis 2008, la Guyane a maintenant deux sénateurs.

À la différence des élections législatives, où un élu député correspond à une circonscription, les sénateurs sont élus pour l’ensemble d’un département. Ils sont élus au suffrage universel indirect par ce qu'on appelle les grands électeurs (députés, conseillers régionaux, conseillers généraux, et des représentants des conseils municipaux).

Après avoir rédigé un article sur ce blog sur les députés de la Guyane depuis 1900 à ce jour, celui-ci est dédié aux sénateurs de la Guyane depuis la IV° République d'octobre 1946 jusqu'à aujourd'hui.

Les sénateurs de la Guyane depuis 1946 à ce jour ...

QUATRIEME REPUBLIQUE (1946-1958) :

Gaston Monnerville

Gaston Monnerville est né le 2 janvier 1897 à Cayenne et décédé le 7 novembre 1991 à Paris.

Ses parents sont originaires de Case-Pilote en Martinique ; son père était fonctionnaire de l'administration coloniale en Guyane. Boursier du gouvernement, il quitte la Guyane pour terminer ses études secondaires à Toulouse et poursuivre de brillantes études jusqu'à l'obtention d'une licence en droit, et d'une autre en lettres. Il deviendra avocat dès 1918 poursuivant en parallèle ses études supérieures afin de décrocher son titre de docteur en droit en 1921.

Sur le plan professionnel, il s'est notamment illustré en défendant avec brio les quatorze guyanais jugés pour meurtres et pillages devant la cour d'assises de Nantes en mars 1931 à la suite des émeutes étant survenues à Cayenne peu après la mort suspecte du candidat-député Jean Galmot en 1928, battu aux élections sur fond de fraude électorale. Ils seront tous acquittés.

Gaston Monnerville sera élu député de la Guyane de 1932 à 1942 comme radical socialiste puis du 21 octobre 1945 au 27 novembre 1946. Il sera aussi maire de Cayenne entre mai 1935 et novembre 1940. Il fut également nommé sous-secrétaire d'Etat aux colonies du 22 juin 1937 au 13mars 1938.

Grand résistant durant la seconde guerre mondiale, il recevra à la Libération la croix de guerre 1939-1945 et la rosette de la Résistance en récompense de son courage et de son dévouement.

Aux élections législatives de novembre 1946 en Guyane, il est battu au premier tour par René Jadfard, obtenant 3 007 voix contre 3372 à son adversaire. Alors qu'il se trouve en France et qu'il n'a pas fait acte de candidature, il est cependant élu le 15 décembre 1946 au Conseil de la République de la Guyane à l'unanimité des 10 votants.

Il représentera la Guyane au Conseil de la République (Chambre haute) de 1946 à 1948. Le 14 mars 1947, suite au décès d'Auguste Champetier de Ribes le 6 mars, Gaston Monnerville est élu à la présidence de la Haute Assemblée.

Bien que Sénateur du Lot à partir de 1948, Gaston Monnerville, loin de rompre tout lien avec l'outre-mer, reste très attaché aux questions coloniales. Il obtient notamment en 1949 le transfert au Panthéon des cendres de Victor Schoelcher et de celles de Félix Eboué.

Jules Patient

Jules Patient est né le 15 janvier 1905 à Cayenne et décédé le 27 juillet 1985 à Cayenne.

Jules Charles Eugène est le fils naturel d'Hernance Eliette Patient, âgée de 28 ans, couturière, demeurant à Cayenne. Il s'est marié le 20 septembre 1930 à Cayenne avec Dolor Espérance Solange Derbès.

Devenu instituteur puis directeur d'école publique, il sera en mai 1948 secrétaire général du syndicat des instituteurs de la Guyane. Il est aussi l'un des responsables du Mouvement de la Renaissance guyanaise, parti apparenté à la SFIO et fondé par le député René Jadfard.

Il sera élu sénateur, conseiller de la République, le 7 novembre 1948. Son mandat prendra fin le 2 juin 1952, après sa défaite contre Auguste Baudinot du rassemblement des gauches républicaines.

 

Auguste Boudinot

Auguste Boudinot est né le 27 avril 1891 à Cayenne et décédé le 12 avril 1970 à Cayenne.

Son père Ernest Boudinot, âgé de 31 ans, était gendarme à cheval et sa mère Marie Joséphine Louis Demont, 33 ans, sans profession. Auguste Frédéric est né au domicile de ses parents au numéro 67 de la rue Lallouette à Cayenne. Il s'est marié le 3 juillet 1919 à Cayenne avec Françoise Joséphine Blé.

Après des études primaires, Auguste Boudinot est mobilisé en 1915 et est blessé en 1916. A son retour, il travaille un temps à la Banque de Guyane comme chef comptable avant de devenir fondé de pouvoirs de la Maison Gougis à Saint Laurent du Maroni. Il dirigera ensuite en 1928 les agences commerciales et d'assurances d'Auguste Quintrie.

Après un séjour en Martinique, il revient en Guyane en 1936 et fonde à Cayenne la maison de commerce Boudinot. La Chambre de Commerce de Guyane l'accueillit en 1937. Il est démissionné d'office en 1940 par le gouvernement de Vichy et est rétabli dans ses fonctions après le ralliement de la Guyane aux forces françaises combattantes.

A la libération, il entre dans la vie politique et devient conseiller général du canton d'Approuague-Oyapoc le 14 octobre 1945. Il est nommé vice-président du Conseil général (1945-1948), puis président (1948-1955). Il est réélu le 2 octobre 1949 pour représenter le canton de l'Oyapoc. Il n'est pas réélu en 1955.

Il est nommé chevalier de la Légion d'honneur en 1948 ; il était également commandeur du Mérite et titulaire de la médaille du Combattant

Elu conseiller municipal de Cayenne le 19 octobre 1947, il en devient maire le 23 octobre jusqu'en mars 1953. Il ne sera pas réélu comme maire mais restera membre du Conseil municipal jusqu'en 1959.

Il se présente aux élections du 18 mai 1952 comme candidat sénateur au Conseil de la République contre Jules Patient. Il est élu au deuxième tour avec l'étiquette Rassemblement des Gauches Républicaines. Il recueille 38 voix sur 71 suffrages exprimés. Il est reconduit au premier tour, le 8 juin 1958, avec 40 voix sur 74 suffrages exprimés.

Battu aux élections sénatoriales du 26 avril 1959 par Georges Guéril, Auguste Boudinot se retire de la vie politique.

CINQUIÈME RÉPUBLIQUE (1958- ....) :

Georges Guéril

Georges Guéril est né le 28 octobre 1909 à l'Approuague (actuellement Regina) et décédé le 2 mars 1977 à Cayenne.

Né sur les bords du fleuve Approuague d'une famille métisse installée depuis longtemps en Guyane, Georges Judé Guéril suit des études secondaires au collège de Cayenne jusqu'à son baccalauréat avant de poursuivre une première année de droit au lycée Victor Schoelcher de Fort-de-France en Martinique.

Il fera une longue carrière comme fonctionnaire dans la douane d'abord à Saint Nazaire, puis à Paris et enfin à Madagascar. Entre-temps il effectuera une année de service militaire comme simple soldat en 1931-1932. Il revient en Guyane le 1er mars 1938 et sera affecté à Saint Laurent du Maroni à partir du 1er juillet 1939 où il exercera à la fois les fonctions de chef de bureau des douanes et de délégué du gouvernement pour le Maroni.

Comme nombre de ses compatriotes, il décide de continuer la lutte contre l'ennemi allemand dès le 19 juin 1940. Dès mars 1941, il est rétrogradé par le gouvernement de Vichy qui l'envoie d'office en France. Georges Guéril est nommé contrôleur des douanes à Marseille en mars 1942 puis est affecté en Martinique en janvier 1943.

Revenu en Guyane en septembre 1943, il fonde le Comité de résistance et de vigilance du Maroni, et crée le journal Liberté à forte tonalité gaulliste. Il est réintégré vérificateur le 20 avril 1945.

Son attitude courageuse lui vaut d'être fait chevalier de l'Etoile noire du Bénin par décret du 28 mai 1947.

Gravissant les échelons de la hiérarchie dans les douanes pour atteindre le niveau d'inspecteur central, il débute parallèlement une carrière politique. On le retrouve conseiller municipal de Cayenne le 26 avril 1953, et est réélu en 1959. Dans La Guyane républicaine où il écrit jusqu'en mars 1959, Georges Guéril signe plusieurs articles approuvant le retour du général de Gaulle à la présidence du Conseil et le référendum constitutionnel de l'automne 1958.

Le vice-président du Comité de résistance et de vigilance du Maroni soutient les candidats gaullistes à tous les scrutins qui préparent l'installation de la Ve République en 1958. Lors de sa candidature pour l'élection sénatoriale du 26 avril 1959, il est soutenu par l'Union républicaine de Guyane et par l'Union pour la nouvelle république (UNR).

Candidat isolé face à Robert Vignon, Auguste Boudinot et Roland Verderosa, il l'emportera au second tour par 42 des 78 suffrages exprimés. Le désistement de Boudinot et de Verderosa lui fait gagner l'élection.

Inscrit au groupe UNR (Union pour la Nouvelle République), il sera battu dès le premier tour le 22 septembre 1962 par Robert Vignon qui s'inscrira également au groupe UNR ... Georges Guéril sera à nouveau élu au Conseil municipal de Cayenne de 1965 à 1971.

Poursuivant sa carrière dans les douanes en Guyane, il prendra sa retraite en octobre 1974. Il sera alors nommé chevalier dans l'ordre de la Légion d'honneur.

Robert Vignon

Robert Vignon est né le 17 novembre 1910 à Constantine (Algérie) et décédé le 9 octobre 1989 à Saint Germain en Laye (Yvelines).

Son père, directeur d'école, est originaire de l'Hérault et a épousé en Algérie une institutrice née dans les Vosges. Robert Vignon poursuit ses études secondaires à Constantine puis à Oran. Il gagne ensuite la métropole et fréquente l'Université de Toulouse tout en travaillant comme maître d'internat. Il obtient une licence en droit et une autre en lettres en 1933.

Ayant réussi le concours de chef de cabinet de préfet, il est affecté à Albi, dans le Tarn où il restera de 1934 à 1939. Nommé chef de cabinet du préfet de la Haute-Vienne au moment de la campagne de France, il poursuit sa carrière sous l'Occupation, d'abord en Vendée puis à Orléans, comme directeur de cabinet du préfet de région désigné par le gouvernement de Vichy. A la Libération, il est secrétaire général de la préfecture du Loir-et-Cher.

De décembre 1945 à juillet 1947, il est chef-adjoint du cabinet du ministre de l'Agriculture François Tanguy-Prigent. Il est ensuite nommé en Guyane à l'été 1947 où il devient le premier préfet après que le territoire soit devenu département. Passionné par l'avenir de la Guyane, Robert Vignon y restera 8 ans avant de poursuivre ses activités d'abord au cabinet du ministre de l'intérieur avant d'être nommé préfet de l'Allier. En août 1956, il est nommé préfet de Tizi-Ouzou en Kabylie. Refusant le coup d'Etat du général Salan après les évènements du 13 mai 1958, il est arrêté et transféré au camp d'Aïn-Taya.

Après le rétablissement de l'ordre en Algérie avec l'investiture du général de Gaulle le 1er juin 1958, Robert Vignon est libéré mais ne reprend pas son poste à Tizi-Ouzou. Il est mis à la disposition du ministre de l'Intérieur en juillet 1958, puis placé en disponibilité à l'automne. Il décide d'entrer dans l'arène politique en novembre 1958 lors des élections législatives en Guyane. Il est battu par Justin Catayée qui profitera de la division de la droite et notamment du refus d'Edouard Gaumont de se désister au profit de Robert Vignon qui avait cinq voix d'avance.

Robert Vignon se présente ensuite aux élections sénatoriales en Guyane du 26 avril 1959. Il est là-aussi battu par le gaulliste Georges Guéril qui est élu avec 42 suffrages contre 34 à Robert Vignon. Le canton d'Iracoubo le choisit toutefois comme conseiller général de 1961 à 1973.

Candidat une nouvelle fois aux élections sénatoriales du 23 septembre 1962 en Guyane. Robert Vignon est cette fois élu dès le premier tour avec le soutien de 40 grands électeurs guyanais sur 73. Il siègera au Sénat jusqu'en 1971 dans le groupe Gaulliste (Union pour la Nouvelle République) comme son prédécesseur Georges Guéril.

Robert Vignon est élu maire de Maripasoula, la plus grande commune de France par son étendue, de 1969 à 1976. Il ne se représente pas aux élections sénatoriales du 26 septembre 1971.

Il était officier de la Légion d'honneur.

Léopold Héder

Léopold Héder est né le 16 août 1918 à Cayenne et décédé le 9 juin 1978 à Cambo-les-bains (Pyrénées Atlantique).

Fils de négociant, il fait ses études secondaires au lycée Félix Éboué de Cayenne où il obtient le baccalauréat, puis un baccalauréat en droit en Martinique. Entre 1938 et 1940, il devient instituteur de l'école publique mais perd son poste sous le régime de Vichy. Il travaille alors dans des emplois peu qualifiés dans une usine de rhum ou sur les quais de la Compagnie Générale Transatlantique.

Après le ralliement de la Guyane aux forces françaises libres, il est nommé chef de section des services du Gouvernement en charge de la direction des services économiques en Guyane. Entre 1945 à 1950, il est attaché de préfecture puis ayant réussi un concours dans l'administration hospitalière, il devient économe des hôpitaux de 1950 à 1961, puis directeur-économe de 1961 à 1972, et enfin attaché de direction des hôpitaux.

Il débute une carrière politique en devenant député de la Guyane en juin 1962 suite au décès accidentel de Justin Catayée dont il était le suppléant depuis 1958. Il est réélu le 25 novembre 1962 à la suite de la dissolution de l'Assemblée nationale. Il siège au Parlement en tant qu'apparenté socialiste. Battu par Hector Rivierez lors des élections législatives de 1967, il se consacre alors à ses mandats locaux.

Elu au conseil municipal de Cayenne depuis 1963, il en devient le maire en 1965 et le restera jusqu'à son décès en 1978. Conseiller général depuis 1964 du canton de Montsinéry-Tonnégrande, il est élu président de ce Conseil entre 1970 et 1973 et restera conseiller général jusqu'à sa mort en 1978.

Candidat socialiste aux élections sénatoriales de septembre 1971 alors que Robert Vignon ne se représente pas, il est élu dès le premier tour en obtenant 76 voix sur 107 suffrages exprimés.

Atteint d'une grave maladie, il décède en 1978 alors qu'il est encore sénateur.

Henri Agarande

Henri Agarande est né le 13 septembre 1920 à Fort-de-France (Martinique) et décédé le 6 août 1983 à Cayenne.

Issu d'un milieu modeste d'origine antillaise, il poursuit des études en Guyane obtenant un brevet élémentaire puis supérieur. Il devient instituteur à la Malmanoury, un hameau aujourd'hui disparu suite à l'installation du Centre Spatial Guyanais.

Il part en congé à Paris en 1950 et s’inscrit à l’université pour préparer un certificat de sciences. A son retour en Guyane, il continue à enseigner comme instituteur au lycée Félix Éboué. Après avoir été nommé surveillant général dans ce même lycée, il deviendra directeur du Collège d'Enseignement Technique féminin Marchoux jusqu'en 1970, puis adjoint au principal du collège République. A l'ouverture du CES de la Madeleine (actuellement Paul Kapel), il est nommé directeur de ce collège.

Henri Agarande entre en politique à l'occasion de la création du Parti socialiste guyanais (PSG), fondé par Justin Catayée en février 1956. Elu en 1964 conseiller général du canton de Cayenne Sud-Est, il s'impose comme un des principaux responsables du PSG.

Au décès de Léopold Héder, il lui succède le 10 juin 1978 en application de l'article 319 du code électoral qui permet au ministre de l'Intérieur de remplacer un parlementaire décédé. Membre du groupe socialiste, Henri Agarande qui a de gros problèmes de santé depuis 1976 ne fréquente pas assidûment le sénat durant les deux années de son mandat.

Ses problèmes de santé l'obligent à abandonner le Conseil général de Guyane en avril 1980, et renonce, pour les mêmes motifs, à solliciter le renouvellement de son mandat de sénateur lors des élections du 28 septembre 1980.

Raymond Tarcy

Raymond Tarcy est né le 18 novembre 1936 à Saint Laurent du Maroni.

D'origine modeste, il fait ses études à Cayenne à partir de 1952 et obtient un baccalauréat en sciences expérimentales. Il part en métropole à Bordeaux poursuivre ses études à l'école normale d'instituteurs.

De retour en Guyane, il exercera au Petit Collège de Cayenne entre 1958 et 1960 avant d'effectuer son service militaire entre 1960 et 1962. A l'issue de sa période militaire, il est affecté à Saint Laurent du Maroni d'abord comme instituteur puis devient rapidement le directeur de l'école. Il y restera de 1962 à 1980. En 1989, il est nommé Principal du collège n° 1 de Kourou.

Parallèlement à son activité professionnelle, et alors qu'il avait adhéré jeune au Parti Socialiste Guyanais, Raymond Tarcy se présente aux élections municipales de 1971 à Saint Laurent du Maroni. Il est élu maire et le restera durant deux mandats, avant d'être battu par Léon Bertrand aux élections municipales de 1983.

Elu en 1970 au Conseil général de la Guyane pour la canton de Saint Laurent, il siègera dans le groupe du parti socialiste guyanais jusqu'en 1982. Il sera élu conseiller général de 1985 à 1994 dans le canton de Cayenne centre.

Candidat aux élections sénatoriales de 1980, il sera élu le 28 septembre et siègera au palais du Luxembourg dans les rangs du groupe socialiste. Il ne sera pas réélu en 1989.

Raymond Tarcy est décoré des Palmes académiques et est Chevalier dans l'ordre national du Mérite. Il est également membre de l'Amicale des anciens sénateurs.

Georges Othily

Georges Othily est né le 7 janvier 1944 à Cayenne.

Après avoir effectué ses études secondaires au lycée Félix Éboué de Cayenne, puis au lycée Pierre d'Ailly à Compiègne (60), il poursuit des études supérieures en obtenant une licence en droit et un diplôme de l'école de notariat de Paris. Alors qu'il est étudiant à Paris, il va présider pendant trois ans l'Association des Etudiants Guyanais (AEG).

A son retour à Cayenne, il devient le président en 1972 de la Fédération des œuvres laïques. Il organise en 1965 à Cayenne le 2ième Festival Culturel Antilles-Guyane. Durant ce festival, il publie son recueil de poèmes "Harmonie d'Ebène".

Ecrivain, il a écrit de nombreux ouvrages dont certains sur l'histoire de la Guyane. Administrateur de biens, Georges Othily se lance en politique en devenant Conseiller général du canton d'Iracoubo entre 1979 et 1985, puis Conseiller régional de 1982 à 2010. Il deviendra président du Conseil régional de 1983 à 1992. Il sera élu maire de la commune d'Iracoubo entre 1995 et 2001.

Il se présente aux élections sénatoriales en Guyane et est élu sénateur le 24 septembre 1989. Il sera réélu le 27 septembre1998 au premier tour de scrutin et siègera dans le Groupe du Rassemblement Démocratique et Social Européen. Il sera aussi membre titulaire de la Haute Cour de justice entre 2001 et 2007.

Candidat pour un troisième mandat de sénateur et malgré l'augmentation de la représentation guyanaise avec un poste supplémentaire, il ne sera pas réélu le 21 septembre 2008. Cependant, après dix huit ans de mandat, il est élevé à la dignité de sénateur honoraire.

Georges Othily est Chevalier dans l'ordre national de la Légion d'honneur (Décret du 31 décembre 2009) et Chevalier des arts et des lettres (Promotion du 11/03/1986). Il est aussi membre de l'Amicale des anciens sénateurs.

Jean-Etienne Antoinette

Jean-Etienne Antoinette est né le 29 janvier 1966.

Enseignant de formation, il est élu maire de Kourou en 1996 à l'âge de 30 ans et le restera durant trois mandats jusqu'en 2014, battu par la liste conduite par François Ringuet (DVD). Il reste conseiller municipal dans l'opposition de la commune de Kourou.

Jean-Etienne Antoinette est membre du parti Walwari, fondé par Christiane Taubira et Roland Delannon à la fin de l'année 1992.

Candidat aux élections législatives de juin 2002, il est battu par Léon Bertrand (UMP), maire de Saint Laurent du Maroni qui est réélu. Il est élu conseiller régional de Guyane de mars 2004 sur la liste Walwari dont la tête de liste est Christiane Taubira et y restera jusqu'en 2010.

Jean-Etienne Antoinette est élu aux élections sénatoriales de 2008 et siègera au Palais du Luxembourg comme apparenté au groupe Socialiste. Il ne sera pas réélu aux élections sénatoriales de septembre 2014.

Par décret du 6 novembre 2015 du Premier ministre sur proposition du ministre des outre-mer , Jean-Etienne Antoinette a été nommé au Conseil Economique, Social et Environnemental pour une durée de 5 ans. Ce Conseil est actuellement présidé par Jean-Paul Delevoye, ancien ministre.

Georges Patient

Georges Patient est né le 1er avril 1949 à Cayenne.

Fils d'Yves Patient, ancien maire de la commune de Mana, et d'Eugénie Aimable, Georges Patient effectue ses études secondaires au lycée à Cayenne, et part pour Bordeaux à la faculté de droit. Il obtient une maitrise à la faculté de droit à Bordeaux et un diplôme du CESB (Centre d’Etudes Supérieures de Banque). Il rentre en Guyane et commence une carrière dans le secteur bancaire. En 1994, il s’installe en indépendant et travaille comme consultant financier.

En 1983 suite à diverses sollicitations, il se lance dans la politique et devient premier adjoint au maire de Mana. Il est élu maire en mars 1989 et est constamment réélu premier magistrat de la commune depuis cette date.

Parallèlement, il est élu vice-président du Conseil Général de la Guyane entre 1985 et 1998. Il est nommé Président de la Communauté des Communes de l’Ouest Guyanais entre 1994 et 2001 et est conseiller de la CCOG depuis 2001.

Il se présente avec succès aux élections sénatoriales de 2008 en Guyane et siège dans le groupe Socialiste. Il sera réélu aux élections suivantes de septembre 2014.

Depuis le 26 avril 2013, il est Président de l’Intergroupe parlementaire des outre-mer. Il est aussi vice-président du Conseil représentatif des français d'outre-mer (CRFOM).

Georges Patient est Chevalier du Mérite agricole et Chevalier de l’Ordre national du Mérite.

Antoine Karam

Antoine Karam est né le 21 février 1950 à Cayenne.

Fils d'Eliasse Karam, fonctionnaire d'origine libanaise, et de Mme Victoire Mathurin, d'origine Sainte Lucienne, Antoine Karam poursuit des études secondaires au lycée Félix Éboué à Cayenne puis en métropole. A l'issue de ses études supérieures, il revient en Guyane avec une maîtrise d'histoire.

Sur le plan professionnel, il a enseigné dans plusieurs collèges et lycées de Cayenne entre 1975 et 1998, notamment au collège Paul Kapel. Il a aussi été chargé de mission au rectorat de la Guyane en 2002 et 2003. Puis, il est devenu professeur d'histoire à l'Institut d'Etudes Supérieures de la Guyane à partir d'octobre 2003.

Antoine Karam commence une carrière politique en étant élu au Conseil municipal de Cayenne en 1977 et y restera jusqu'en 2002. Il occupera durant toute cette période différentes fonctions comme Adjoint au maire.

En 1975, il sera membre de la direction de l'Union des Travailleurs Guyanais (UTG) jusqu'en 1981. Membre du Parti Socialiste Guyanais, il en sera le secrétaire général de 1989 jusqu'en 1993, puis une nouvelle fois en 2003 jusqu'en 2011. Il était suppléant du député Elie Castor de 1988 à 1993.

Conseiller Régional de 1983 à 1986, il sera également élu au Conseil général du canton Nord-Est de Cayenne de 1985 à 2015. Il est surtout resté Président du Conseil régional de la Guyane de 1992 à 2010. A ce titre, il demeure Président honoraire de ce Conseil.

Candidat aux élections sénatoriales de septembre 2014, Antoine Karam a été élu, battant largement Jean-Etienne Antoinette au second tour. Il siège au Palais du Luxembourg dans le groupe Socialiste et Républicains.

Antoine Karam a reçu plusieurs distinctions : Officier de l'ordre de la cruzeiro do soul (distinction du brésil) - Chevalier de l'Ordre National du Mérite (Décret du 24 juin 1993), - Médailles d'Argent et de Bronze de la Jeunesse et des Sports, - Chevalier dans l'ordre national de la Légion d'honneur (Décret du 31 décembre 2012).

Sources :

http://www.senat.fr/

http://www.redris973.fr/

Wikipedia

https://www.cr-guyane.fr/

http://www.georgespatient.fr/

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8 décembre 2015 2 08 /12 /décembre /2015 10:47

Lors d'un article précédent sur ce blog, nous évoquions l'activité du sculpteur Jean-Luc Plé, dernièrement baptisé le "Rodin des ronds-points" dans un article du Nouvel Obs daté du 22 juillet 2015. Il en a en effet réalisé un très grand nombre de sculptures monumentales sur des ronds-points, notamment en métropole, mais aussi quelques unes en Guyane. Dans ce petit article accessible en cliquant "ICI", je décris ce que j'ai personnellement appelé " les ronds-points animaliers " de Jean-Luc Plé.

Mais si sa première œuvre en Guyane fut le Monument des chaînes brisées situé sur la place renommée à cette occasion Place des chaînes brisées, en front de mer tout au bout du boulevard Nelson Mandela à Cayenne, et inauguré en décembre 2011.

Préalablement à l'installation de la statue, la mairie de Cayenne avait déjà voulu honorer, dans le cadre du cinquantenaire de la mort de Justin Catayée, une portion de l'avenue entre le rond-point communément nommé rond-point des trois races et le rond-point Padovani dit rond-point de la Madeleine, en les dénommant Avenue et Place Justin Catayée.

L'inauguration de ces dénominations, présidée par Mme Marie-Laure Phinera-Horth, maire de Cayenne, avait eu lieu le vendredi 29 juin 2012 en présence de Jean et de Patrice, fils et petit-fils de Justin Catayée. Rappelons qu'une rue (ex rue Voltaire) du centre-ville, un collège, et un pont portent également son nom à Cayenne.

Il ne restait donc plus qu'à installer une statue de J. Catayée sur ce rond-point comme l'avait déclaré Mme le maire de Cayenne lors de cette inauguration du 29 juin 2012.

La statue de Justin Catayée à Cayenne

Commandée par la mairie de Cayenne, la statue a été réalisée dans les ateliers de Jean-Luc Plé en Charente-Maritime selon sa technique habituelle. Ces sculptures sont en effet fabriquées en mousse de polyuréthane puis stratifiées avec de la résine et de la fibre de verre, selon le modèle des coques des bateaux. Enfin, après différentes couches de peinture, elles reçoivent une dernière pellicule de protection anti-UV. Garanti sans entretien particulier, ces sculptures monumentales semblent intéresser nombre de municipalités car elles sont moins chères que des œuvres en bronze même si elles résisteront, de toute évidence, beaucoup moins à l'usure du temps !

Cette sculpture monumentale a été inaugurée le samedi 22 juin 2013 par Mme Phinera-Horth, en présence de nombreuses personnalités dont Mme Christiane Taubira, ministre de la justice, Mr Gabriel Serville, député de la première circonscription de la Guyane, Mr Jean-Pierre Roumillac, maire de Matoury et président de l'association des maires de Guyane, Mr Raymond Saint Louis Augustin, maire de Fort-de-France, Mr Antoine Karam, conseiller général du canton Nord-Est, de Mme Evelyne Ho Coui Youn du Conseil régional, de Mr Denis Rolland, recteur de l'Académie de Guyane et des représentants de la Préfecture et du Conseil municipal de Cayenne. La famille Catayée était aussi présente, et en particulier son fils Jean.

Cette manifestation d'inauguration qui s'est déroulée 51 ans jour pour jour après le crash de l'avion d'Air France qui ramenait Justin Catayée en Guyane le 22 juin 1962, avait débuté par une messe célébrée par Mgr Emmanuel Lafont, évêque de Guyane.

La statue de Justin Catayée à Cayenne

Fils de parents martiniquais, Justin Catayée naît à Cayenne le 30 mai 1916. Son père comptable dans une entreprise commerciale est contraint de regagner la Martinique pour raisons de santé. C'est donc en Martinique que Justin Catayée finira ses études secondaires et passera son baccalauréat. En 1939, il veut s'engager dans l'armée française mais est réformé pour cataracte traumatique à l'œil gauche. Il parvient finalement à s'engager au début de l'année 1942 et intégre au printemps 1943 l'école militaire de Cherchell en Algérie comme élève aspirant, école qu'il quittera volontairement en juin 1943 pour aller combattre dans l'armée de libération. Le 8 octobre 1944, il est gravement blessé lors de la bataille de Belfort et sera alors élevé au grade de sergent-chef. Il recevra la croix de guerre 1939-1945 et la médaille militaire.

Démobilisé en juillet 1945, Justin Catayée poursuivra des études de mathématiques à Bordeaux. Ayant obtenu une licence, Justin Catayée qui souhaitait revenir en Guyane, obtiendra un poste de professeur de mathématiques au lycée Félix Éboué de Cayenne.

C'est à partir de son retour que débutera véritablement son engagement dans la vie politique guyanaise. Outre son initiation à la franc-maçonnique dans la loge la France Equinoxiale de Cayenne, il se prononcera dès le début des années 1950 en faveur d'un nouveau statut pour la Guyane contre une logique d'assimilation. Il deviendra membre du Conseil municipal de Cayenne lors des élections de début mai 1953.

Après la dissolution de l'assemblée nationale par Edgar Faure et la réélection du gaulliste Edouard Gaumont aux élections législatives de janvier 1956 en Guyane, Justin Catayée qui était alors en métropole pour des problèmes de santé revient en Guyane, démissionne de son mandat de conseiller municipal et fonde le Parti Socialiste Guyanais pour en devenir rapidement le secrétaire général.

Ayant finalement décidé de voter pour le "oui" au référendum sur la Vème république lors du scrutin du 28 septembre 1958 après avoir rencontré André Malraux qui s'était déplacé en Guyane, Justin Catayée se portera candidat aux élections législatives de novembre 1958. Il l'emportera au second tour avec 40,9 % des voix face à Robert Vignon, ancien préfet de la Guyane et Edouard Gaumont.

Il siègera parmi les non-inscrits à l'Assemblée Nationale jusqu'à sa mort survenu le 22 juin 1962 dans le crash de l'avion sur les contreforts de la colline de Deshaies en Guadeloupe.

La statue de Justin Catayée à Cayenne

Alors qu'il se trouvait en pleine session parlementaire, Justin Catayée apprend qu'une manifestation organisée par le Front Démocratique Guyanais doit avoir lieu le 25 juin 1962 à Cayenne afin de protester contre la sévère répression menée par le préfet de Guyane René Erignac (père de Claude, préfet de Corse, assassiné le 6 février 1998 à Ajaccio) suite à une manifestation qui s'était tenue le 14 juin 1962 contre l'implantation en Guyane de la Légion étrangère.

Justin Catayée décide alors d'écourter son séjour et de rentrer rapidement en Guyane pour participer à la manifestation du 25 juin. Malheureusement, le Boing 707-331 d'Air France baptisé Château de Chantilly dans lequel il avait pris place le 22 juin 1962 s'écrase sur la colline de la commune de Deshaies à 4h30 peu de temps avant son atterrissage sur l'aéroport de Pointe à Pitre (Guadeloupe).

Il n'y eut aucun survivant parmi les 103 passagers et les 10 membres d'équipage de ce vol AF 117 qui reliait Paris à Santiago du Chili via Lisbonne et les Açores. Outre le député Justin Catayée, il y avait aussi à bord de l'avion un militant autonomiste guadeloupéen Albert Béville, connu comme écrivain poète sous le nom de Paul Niger.

La présence de ces deux fortes personnalités et l'absence d'explications techniques claires sur les causes de ce crash donnent encore lieu, aux yeux de quelques uns et plus de cinquante ans après cette tragédie, à la thèse d'un attentat ou d'un sabotage. D'ailleurs, un nouvelle commission d'enquête présidée par l'historien Benjamin Stora et créée par arrêté ministériel le 22 avril 2014 notamment sur cet évènement, mais aussi sur deux autres manifestations sanglantes de décembre 1959 en Martinique, et de mai 1967 en Guadeloupe, a été mise en place au début de l'année 2015.

En novembre 2016, la commission d'enquête présidée par Benjamin Stora a invalidé la thèse de l'attentat en ce qui concerne le crash de l'avion (Vol 117). Le rapport d'enquête de l'époque a, en classifiant ce rapport "Secret", rajouté de la consistance à cette thèse. C'est un ensemble de circonstances malheureuses qui ont abouti à ce drame : - responsabilité de l’équipage du Boeing 707, - insuffisances des services au sol en Guadeloupe, - ainsi que les manquements de la compagnie nationale ...

 

 

Sépulture de Justin Catayée au cimetière de Cayenne

Sépulture de Justin Catayée au cimetière de Cayenne

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20 octobre 2015 2 20 /10 /octobre /2015 17:09

Après de solides études, ce jeune guyanais, fils d'esclave et orphelin à dix ans, terminera sa brillante carrière comme haut magistrat en Guyane car il deviendra en 1901 Procureur général, chef de la police judiciaire ...

Peu connu en Guyane, sauf de quelques historiens, son histoire et sa carrière professionnelle méritaient bien un "Gros plan" sur ce blog. C'est aujourd'hui chose faite.

C'est en lisant un article en éloge à Félix Eboué paru dans le journal l'Observateur du 2 décembre 1936, journal républicain paraissant en Guyane à l'époque, rédigé par A. Elosel, que le nom de Maximilien Liontel était cité parmi d'autres guyanais. Je cite l'extrait intégral où son nom apparaît dans l'article :" Puis-je profiter de cette circonstance pour rappeler que la Guyane a produit déjà des enfants noirs de grande valeur qui ont eu de hautes situations sociales dans le monde administratif et dans la politique : les Zulima, Maximilien Liontel, Herménégilde Tell, et enfin Eugène Gober même, malgré l'ostracisme dont il est frappé injustement, ont tenu haut, quoiqu'on dise, le nom de ce pays."

Pour mémoire, Louis Zulima (1839-1895) fut commissaire à la marine, Herménégile Tell (1865-1931) , premier directeur noir de l'administration pénitentiaire en Guyane, et Eugène Gober (1876-1946), maire de Cayenne et président du Conseil général ...

Le rédacteur de cet article sur Félix Eboué, Auguste Elosel, qui fut conducteur des travaux publics à Cayenne, collaborait assez régulièrement au journal L'Observateur. Il rédigea aussi dans ce journal un article en hommage à son ami Paul Laporte, instituteur devenu directeur de l'école des garçons de Cayenne en 1913. Auguste Elosel deviendra à sa retraite des travaux publics, directeur et administrateur du journal "Le Rassemblement populaire" en mai 1937, organe du mouvement politique du même nom.

Mais revenons à l'histoire de Maximilien Liontel ...

Gros plan sur Maximilien Liontel, premier guyanais devenu Procureur général de la Guyane au début du XXe siècle

Origine familiale

Maximilien Liontel est né le 27 octobre 1851 à Cayenne, soit trois ans après l'abolition de l'esclavage. Sa mère Désirée Liontel, âgée de 24 ans en 1848, était alors esclave à l'habitation L'Ermitage de Nancibo dans le quartier de Roura, comme son frère Jean-Pierre (37 ans) et sa fille Rosalie (7 ans).

En 1849, Désirée Liontel, domestique, mettra au monde Jean-Pierre Eugène Liontel né le 6 février à Cayenne. Celui-ci deviendra chercheur d'or et se mariera en secondes noces le 5 janvier 1882 avec Jeanne Julienne Regour. Quant à Rosalie Liontel, fille ainée de Désirée et née elle-aussi esclave, elle se mariera le 14 septembre 1866 à Cayenne avec Léonard Esor. Lors de ce mariage, ils reconnaîtront leur enfant Joseph Frédéric Esor né le 16 décembre 1859 à Cayenne.

Sans-doute inspiré par la réussite de son oncle Maximilien, Joseph Frédéric Esor mènera une belle carrière dans l'administration coloniale en Guyane, puis en Guinée et en Afrique Equatoriale Française (AEF). Il se mariera le 22 juillet 1905 à Cayenne avec Augusta Marie Ambrosine Gaumont (1887-1961).

Désirée Liontel décèdera le 17 septembre 1861 à l'âge de 37 ans à son domicile du n° 26 rue Traversière (actuelle rue du Lieutenant Brassé) à Cayenne, laissant le jeune Maximilien orphelin, alors qu'il n'avait que 10 ans,

Brillant élève, Maximilien sera lauréat du 1er prix d'honneur du collège de Cayenne en 1868 et recevra une bourse du gouvernement local pour poursuivre ses études dans un collège de France (750 francs pour la pension et 500 francs pour son trousseau).

Accumulant les réussites scolaires, il continuera à percevoir une bourse du budget local de Guyane jusqu'à la fin de ses études au prestigieux lycée Saint Louis à Paris avant d'intégrer l'école spéciale militaire de Saint-Cyr avec l'ambition de faire une carrière militaire.

Gros plan sur Maximilien Liontel, premier guyanais devenu Procureur général de la Guyane au début du XXe siècle

Le nègre de Mac-Mahon

Ayant intégré le 6 février 1872 la 56° promotion de l'école spéciale militaire de Saint-Cyr (1872-1873), Maximilien Liontel sera finalement réformé pour faiblesse générale de constitution le 18 janvier 1873.

Cependant et pendant plus d'une trentaine d'années, une légende le poursuivra affirmant que le maréchal Mac-Mahon, alors président de la République, visitant l'école de Saint-Cyr aurait dit :" C'est vous le nègre ...Et bien, continuez !".

Selon le général Jean Boÿ qui trace l'historique de la 56° promotion de Saint-Cyr dans un article du 25 juin 2011, cette apostrophe, basée sur l'affirmation que le surnom de "nègre" désignait, dans le langage saint-cyrien d'alors, le major de la promotion, apparaît tout à fait discutable car Maximilien Liontel n'était pas le major de sa promotion. De plus, à l'époque de la venue du maréchal Mac-Mahon à l'école, Liontel, réformé, n'y était déjà plus ...

Cette histoire fut racontée plus tard dans de nombreux journaux, tant et si bien que Maximilien Liontel, qui avait beaucoup d'humour, répondit dans la revue mensuelle de l'époque "L'intermédiaire des chercheurs et curieux" dont le directeur l'avait officiellement interrogé sur cette légende. Je cite la réponse complète de Maximilien Liontel datée du 1er décembre 1906 :

"A monsieur Georges Montorgueil, directeur de l'intermédiaire des chercheurs et curieux,

Monsieur le directeur,

Dans le n° de l'intermédiaire du 20 août dernier, un "Passant" a demandé quel était le nom du saint-cyrien à qui le maréchal de Mac-Mahon a posé la question fameuse : "C'est vous le nègre ...? Continuez". Des renseignements contradictoires vous ayant été fournis me mettant en cause, vous avez pensé bien faire en vous adressant à moi.

Que vous ai-je fait, monsieur, pourquoi vouloir me dépouiller d'une propriété légitimement, presque légalement acquise ? ... par prescription ? Voilà presque 30 ans que je possède la qualité de nègre de Mac-Mahon.

Nègre, je le suis sans conteste et saint-cyrien aussi. Si vous voulez vous reporter à l'Annuaire de la promotion du Shah (1872-1873) vous verrez figurer, parmi les camarades ne faisant plus partie de l'armée d'active, le nom de Liontel, réformé, quelques lignes avant celui du lieutenant-colonel en réforme Picquart.

Ne sont-ce pas là des titres suffisants pour me laisser celui du nègre du maréchal ? Songez, monsieur, songez à ce que peut valoir un nom historique, à Paris surtout !

Parti de rien, sans fortune, boursier, avoir lutté contre les préjugés ou préventions, être arrivé procureur général, peuh ! mais être le nègre de Mac-Mahon, quel bonheur ! Ah ! ma sœur, c'est à lui, à lui-même, que le maréchal s'est adressé !

Pour parler sérieusement, monsieur le directeur, je ne crois pas que le maréchal se soit jamais adressé, à Saint-Cyr, à un noir, d'ancienne colonie française.

En ce qui me concerne, si je l'ai aperçu quelques fois de loin, comme tout le monde, jamais je n'ai eu l'honneur de lui parler.

Que la légende ait été racontée par About, Arène ou tout autre, qu'importe. Monsieur tout le monde n'a-t-il pas plus d'esprit que Voltaire. Mais sans vous offenser, si vous faites preuve de conscience et d'érudition, vous ne montrez pas un esprit bien avisé en vous mêlant de détruire une légende. La mienne vous enterrera, le plus tard possible, je l'espère. Et en dépit de la vérité, des démentis, et de moi-même.

Je resterai et signe ... votre nègre de Mac-Mahon,

M. Liontel. "

Après la réponse ci-dessus de Maximilien Liontel, la revue fera le commentaire suivant :" Il est impossible de s'exprimer avec plus de bonne humeur et d'esprit. Pour que Mac-Mahon se fût adressé à un nègre à Saint-Cyr, il fallait qu'à Saint-Cyr il y eût un nègre. Il y en avait un : c'était M. Liontel. (allusion flatteuse au titre donné au major de la promotion de saint-Cyr à l'époque !).

Gros plan sur Maximilien Liontel, premier guyanais devenu Procureur général de la Guyane au début du XXe siècle

Carrière professionnelle :

Ayant quitté l'école militaire de Saint-Cyr, Maximilien Liontel se lance dans des études de droit avant d'obtenir sa licence en 1874. Il revient en Guyane en 1875 où il devient avocat. Soutenu par le bâtonnier et le procureur général près la Cour d'Appel de Paris, il entre dans la magistrature coloniale dès 1875 où il obtient son premier poste le 20 mai comme deuxième substitut du procureur de la République près le Tribunal de première instance de Saint Denis de la Réunion.

Le 10 novembre 1877, il est nommé substitut du procureur de la République à Saigon (Cochinchine), puis conseiller auditeur à la Cour d'Appel de Martinique le 5 janvier 1880, et substitut du procureur général de la Martinique le 26 décembre 1880.

Nommé en Guadeloupe le 20 septembre 1882 comme substitut du procureur général à Basse-Terre, il deviendra quelques années plus tard procureur de la République près du Tribunal de première instance le 11 février 1884, puis premier substitut du procureur général de Basse-Terre le 10 octobre 1884 avant d'être désigné procureur général par interim de la Guadeloupe le 30 avril 1886.

Le 5 octobre 1887, Maximilien Liontel revient en Guyane comme procureur de la République, chef du service judiciaire à Cayenne (Cf. extrait du journal La Vigie du 07 août 1890 en haut à gauche de ce texte). C'est à ce poste qu'il recevra des mains du gouverneur de la Guyane, Louis Albert Grodet, les insignes de Chevalier de la légion d'honneur le 9 septembre 1891.

Mais sa brillante carrière ne s'arrête pas là car il sera successivement nommé président de la cour d'appel de l'Inde française, puis président du Tribunal supérieur de Papeete (Océanie), et enfin, par décret du 22 mai 1900, président du Conseil d'appel du Dahomey, en mission pour la réforme de la justice dans les colonies du Sud (Dahomey, Guinée et Côte d'Ivoire).

Le 5 novembre 1901, Maximilien Liontel qui était revenu en Guadeloupe comme conseiller à la Cour d'Appel, est nommé par décret procureur général, chef du service judiciaire en Guyane. Il restera en Guyane jusqu'à la fin de sa carrière. Il prendra en effet sa retraite de la magistrature le 1er mai 1907 avec une pension annuelle de 6000 francs.

Mais M. Liontel poursuivra durant encore quelques années une carrière d'avocat en Guyane. Il s'essaiera aussi à la politique en se présentant, sans succès, sous l'étiquette Radical socialiste, aux élections législatives d'avril 1914 en Guyane contre le député sortant Louis Albert Grodet, ancien gouverneur, et Georges Emler, membre du conseil supérieur des colonies.

Gros plan sur Maximilien Liontel, premier guyanais devenu Procureur général de la Guyane au début du XXe siècle

Vie personnelle

Le jeune Félix Éboué a été influencé par Maximilien Liontel qu'il appelait "Mon Oncle". Les deux hommes ont, un temps, poursuivi une relation épistolaire.

Marié à une martiniquaise, Maximilien eut plusieurs enfants nés aux Antilles mais aussi à Cayenne (René Maximilien Liontel : 24/12/1888-20/10/1954). Un de ses fils, Léon, périt en 1902 lors de l'éruption de la Montagne Pelé alors qu'il était élève au lycée de Saint-Pierre. Un autre de ses fils, Jules, affronta lors d'un duel en 1913 le député de la Martinique Joseph Lagrosillière avec lequel son père s'était querellé. Maximilien étant alors âgé de 62 ans, les parties concernées avaient accepté que son fils le remplace lors de cet affrontement.

Mais le suicide de Jules Maximilien Liontel avec toute sa famille, sa femme et ses deux enfants (Cf. le résumé de l'affaire à gauche de ce texte - cliquez sur le texte pour l'agrandir) en 1923 accéléra la fin de l'ancien Procureur général de la Guyane qui s'éteignit à l'âge de 73 ans en décembre 1924 à Samois en Seine-et-Marne où il s'était retiré après le décès de son épouse.

D'une vive intelligence, doté d'un caractère indépendant, et d'une personnalité jugée peu malléable pour un magistrat colonial, Maximilien Liontel s'opposa souvent à sa hiérarchie, aux békés antillais lorsqu'il était en poste aux Antilles et même aux négociants européens au Dahomey.

En août 1903, Emile Merwart, gouverneur p.i de la Guyane, adressa une lettre à Maximilien Liontel lui demandant de s'excuser suite à des propos désobligeants que l'intéressé aurait eu à son égard. N'ayant pas obtenu de réponse immédiate du procureur général, Emile Merwart lui envoya dès le 3 août l'ordre de s'embarquer pour qu'il aille s'expliquer devant le Ministre des colonies ...

Gros plan sur Maximilien Liontel, premier guyanais devenu Procureur général de la Guyane au début du XXe siècle

Sources :

Archives Nationales d'Outre-Mer (ANOM)

Bulletins officiels de la Guyane Française (Manioc.org)

https://tel.archives-ouvertes.fr/tel-00979289/document

French Caribbeans in Africa - Diasporic connections and Colonial Administration, 1880-1939 (Véronique Hélénon).

Le Journal L'Observateur du 2 décembre 1936 (BNF / Gallica).

Revue l'Intermédiaire des chercheurs et curieux de 1906 (BNP / Gallica).

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Rédigé et publié par Phil - dans Personnages de Guyane
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