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Météo en Guyane

19 juin 2017 1 19 /06 /juin /2017 11:51

A un peu plus d'une encablure de la berge française du fleuve Maroni en face de Saint-Laurent, gît un navire épave qui s'est peu à peu au fil des ans transformé en une véritable île végétalisée. En effet, les plantes, arbustes, palmiers et autres arbres ont envahi le pont de ce cargo à vapeur anglais nommé Edith Cavell qui s'est échoué il y a un peu plus de quatre vingt dix ans sur cet écueil.

Affrété par la Société Générale des Transports Maritimes de Marseille, le vapeur anglais Edith Cavell effectue en novembre 1924 un transport de marchandises de Marseille vers les Antilles en passant par la Guyane (Cayenne d'abord, puis Saint-Laurent-du-Maroni). Après avoir quitté Cayenne le 27 novembre, il arrive à Saint-Laurent-du-Maroni le lendemain. Deux jours plus tard, le 30 novembre, en voulant accoster le quai de l'administration pénitentiaire, il s'échoue sur un rocher. L'eau envahit progressivement la salle des machines mais les pompes du navire sont inefficaces, il est alors fait appel à celles du vapeur Maroni, appartenant à l'administration pénitentiaire. Rappelons ici que Saint-Laurent-du-Maroni fut la seule commune de France créée et gérée par l'administration pénitentiaire jusqu'en novembre 1949 où elle devint alors une commune "civile" de plein droit. Elle est aujourd'hui avec plus de 40.000 habitants, la deuxième ville la plus peuplée de Guyane après Cayenne.

Le 13 décembre 1924, le gouverneur de la Guyane, Charles Jean Chanel,  infligera un blâme avec inscription au dossier  à Jean-Louis Cagnet, pilote de 4e classe, et à Julien Cabéria, guetteur de vigie de 3e classe, pour négligence dans le service à l'occasion du "stationnement hors rade du vapeur Edith Cavell". Cette décision sera finalement rapportée en juin 1925.

Malgré toutes les tentatives faites pour le renflouer, le vapeur anglais se brisera en deux le 30 décembre 1924. Les treuils du cargo anglais étant hors d'usage, ce sont ceux du vapeur Oyapock, autre bateau de l'administration pénitentiaire, qui se chargèrent de vider la cargaison. Seuls 1200 tonnes purent être sauvées et déchargées sur la rive. L'administration pénitentiaire mettra à la disposition de l'équipage des bagnards afin de transporter les marchandises jusqu'à un hangar près de l'hôpital.

Le navire épave Edith Cavell échoué fin 1924 à Saint-Laurent-du-Maroni ...

L'administration locale diligenta une enquête aboutissant à la responsabilité du capitaine du navire qui, lui, rejettera la faute à la fois sur une erreur du pilote français chargé de guider le navire et à la mauvaise position de la bouée signalant l'écueil. Cette argumentation ne tiendra pas car l'échouage s'étant produit de nuit, cette bouée n'était pas lumineuse. 

Cependant et après audition de l'ensemble de l'équipage, le capitaine et le 1er officier ainsi que le chef mécanicien seront arrêtés et emprisonnés le 13 janvier 1925 pour avoir délibérément abandonner leur navire sur les côtes françaises. Le reste de l'équipage sera rapatrié à destination du Havre à bord du vapeur Prins Frederik Hendrik (voir photo ci-dessous) le 24 janvier. De leur côté, et eu égard aux accusations venues de Guyane, les propriétaires du vapeur Edith Cavell déclareront que "le Capitaine et son second sont absolument incapables d'une telle indélicatesse".

L'affaire fera grand bruit en Angleterre où la presse se déchaînera interpellant le Foreign Office sur les mesures prises pour faire libérer les officiers du navire. De plus, l'état de santé du Capitaine John G. Joys s'étant détérioré, le Consul britannique en poste à Paramaribo - capitale de la Guyane hollandaise devenue aujourd'hui le Suriname - viendra rendre visite aux officiers écroués afin de les interroger et d'avoir aussi la version des officiels français. Après une forte pression du gouvernement anglais, le ministre des colonies demandera officiellement au gouverneur de la Guyane de remettre en liberté les deux officiers de marine, le chef mécanicien ayant déjà été autorisé à quitter la Guyane.

Finalement le Capitaine John G. Joys et son 1er officier Francis W. Burton furent libérés le vendredi 6 février 1925 sous caution d'un montant de 20.000 francs. Malgré les intentions des autorités locales en Guyane d'intenter un procès  contre les deux officiers anglais, le gouvernement français le jugera totalement inopportun. Les deux hommes décèderont malheureusement quelques mois après leur retour en Angleterre et la presse britannique imputera ces décès aux conditions de leur emprisonnement injustifié en Guyane.

Cette affaire de l'Edith Cavell se poursuivit encore plusieurs années après le naufrage, notamment après qu'elle fut à quelques reprises évoquée à la Chambre des communes du Parlement du Royaume-Uni notamment par Sir Basil Peto qui demanda des compensations financières afin d'indemniser les familles des deux officiers. Ce fut finalement le gouvernement local en Guyane qui dût se charger de cette indemnisation à hauteur de 225 000 francs qui seront imputés sur le budget de l'année 1927.

Vapeur Prins Frederik Hendrik à bord duquel sera rapatrié le reste de l'équipage de l'Edith Cavell.

Vapeur Prins Frederik Hendrik à bord duquel sera rapatrié le reste de l'équipage de l'Edith Cavell.

Le vapeur 'Edith Cavell' dont le nom était 'Wagner' jusqu'en 1915, fut construit par Bartram & Sons à South Dock et mis à l'eau le 23 mai 1898 pour le compte de l'armement Jenneson Taylor and Co (Sunderland). Jaugeant 3475 tonneaux, le vapeur mesurait 106,60 m pour une largeur de 14,50 m et un tirant d'eau de 5 mètres.

Il fut racheté à la fin de l'année 1915 par "Sefton SteamShip Company" appartenant à Mr Edward Ashley Cohan, mais gérée par H. E. Moss & Co de Liverpool. La compagnie Sefton SS était une filiale anglaise de la Société Générale des Transports Maritimes (SGTM) de Marseille, ce qui explique sa présence en Guyane en novembre 1924. Lors de son rachat fin 1915, le vapeur fut renommé 'Edith Cavell' du nom de l'infirmière anglaise fusillée par les allemands en Belgique le 12 octobre 1915. Dans le milieu de la marine, on a l'habitude de dire que cela porte malheur de changer le nom d'un bateau ...

Edith Louisa Cavell (voir photo ci-dessus) naît le 4 décembre 1865 dans le village de Swaderson (Angleterre) où son père était pasteur. Après avoir été un temps gouvernante en Belgique où elle s'était installée, elle deviendra infirmière après son retour en Angleterre au "Royal London Hospital". Devenue infirmière chef, elle sera directrice de la première école d'infirmières dans la ville d'Ixelles près de Bruxelles.

Dès le début de la première guerre mondiale, elle aidera une centaine de soldats britanniques et français à quitter la Belgique occupée par les allemands pour se réfugier aux Pays-Bas qui était resté neutre. Dénoncée, elle sera arrêtée le 3 août 1915 et accusée de haute trahison devant une cour martiale. Condamnée à mort avec d'autres membres de son réseau, et malgré des demandes internationales de clémence, Edith Cavell sera fusillée le 12 octobre 1915 par un peloton d'exécution dans le camp militaire connu sous le nom de Tir national à Schaerbeeck dans la région bruxellloise.

 

Sources :

Bulletin officiel de la Guyane française (1925).

Journal officiel de la Guyane française (1924, 1927, 1935).

Brochure "Laissez-vous conter l'épave Edith Cavell" (plaquette de la ville de Saint-Laurent-du-Maroni - texte : Jean-Louis Conte).

Presse britannique : - Dundee Courier/12 february 1925, - Western Morning News/12 february 1925, - Gloucester Journal/14 february 1925).

Presse française : - Le Radical du 12 février 1925, - Annales coloniales du 12 février 1925, - La Lanterne du 10 mars 1925, - Le Gaulois du 12 février 1925).

http://www.sunderlandships.com/

Photo du vapeur Prins Frederik Henrik : Ships Nostalgia.

 

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Rédigé et publié par Phil - dans Vie en Guyane
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