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Météo en Guyane

2 mars 2017 4 02 /03 /mars /2017 17:22

En Guyane, tout le monde a entendu parler de D'chimbo dit "Le Rongou", un bandit sanguinaire, dont la légende se perpétue encore aujourd'hui. Il fut pourtant décapité le 14 janvier 1862 à 6h30 sur la place du marché - actuelle place du coq - à Cayenne devant une foule nombreuse et matinale qui s'était massée autour de l'échafaud. Son surnom "Le Rongou" vient du fait qu'il appartenait à cette tribu africaine du Gabon dont nombre de ses membres avait immigré en Guyane. C'est le cas de D'chimbo qui a débarqué le 26 septembre 1858 sous le numéro 1144, soit dix ans après l'abolition de l'esclavage.

Outre l'arrivée des premiers bagnards en Guyane en 1852 qui devait aussi en partie remplacer la main d'œuvre servile, l'administration coloniale avait favorisé l'arrivée de travailleurs extérieurs dans cette colonie de la Guyane, mais aussi dans les autres, afin de relancer leur économie. L'abolition de l'esclavage en 1848 avait en effet logiquement abouti au départ massif des esclaves de toutes les habitations. De plus, la découverte de l'or en 1855 dans le quartier d'Approuague nécessitait beaucoup de personnel pour exploiter tous les gisements déjà découverts et ceux qui allaient progressivement l'être durant la seconde moitié du XIXe siècle.

Il faut savoir qu'un nouveau Traité - le premier datait de janvier 1854 - avait été signé par le ministre de la marine et des colonies du Second Empire avec le capitaine nantais Charles Chevalier (*) le 30 juin 1858 ayant pour objectif l'introduction de 2000 immigrants africains en Guyane. Il était précisé que ceux-ci pourront être cédés aux habitants de la colonie qui voudront les engager selon les termes de l'arrêté du gouverneur de la Guyane du 7 septembre 1858 concernant l'exécution dudit Traité. Ces immigrants africains arrivés en Guyane en 1858 et 1859 étaient recrutés selon la méthode du rachat de "captif" et engagés pour dix ans en échange de leur affranchissement ... contrairement aux immigrants africains "libres" recrutés avant 1858 et dont la durée d'engagement n'était que de six ans.

La Compagnie des mines d'or de l'Approuague, pour laquelle D'Chimbo avait été engagé, avait elle-même fait venir d'Afrique 141 immigrants sur le navire le Joseph vers la fin de l'année 1858. Les frais inhérents à la venue de ces immigrés avaient été payés par la Compagnie de l'Approuague à la Maison Vidal du Havre. Il est tout-à-fait raisonnable de penser que D'Chimbo, arrivé en Guyane en septembre 1858, était de ceux-là.

 

(*) Charles Chevalier, né en avril 1798 à Nantes, était un ancien capitaine négrier après qu'il ait été reçu capitaine au long cours en avril 1825. Après avoir abandonné sa spécialité en 1830, il fera six expéditions de recrutement d'immigrants africains pour la Guyane entre 1854 et 1859.

Ce portrait au crayon de D'chimbo a été réalisé par Hippolyte de Saint-Quentin, receveur des Domaines, en décembre 1861 à  la prison de Cayenne, quelques semaines avant son exécution.

Ce portrait au crayon de D'chimbo a été réalisé par Hippolyte de Saint-Quentin, receveur des Domaines, en décembre 1861 à la prison de Cayenne, quelques semaines avant son exécution.

Né en 1828 au Gabon, D'chimbo qui était engagé comme ouvrier agricole, se fit rapidement remarquer par ses nombreux vols et sa violence. Suite à ses méfaits, il fut arrêté une première fois sur les "placers" (gisements aurifères) de l'Approuague mais réussit à s'échapper. Repris et conduit à la geôle de Cayenne, Il fût condamné par la chambre correctionnelle de la Cour impériale le 10 décembre 1859 pour coups et blessures, vol et vagabondage à trois mois de prison et cinq ans de surveillance par la haute police. Il parvint à s'échapper de la prison le 28 janvier 1860 et se réfugia dans la forêt au sud de Cayenne.

C'est durant près d'un an et demi qu'il demeura caché dans la brousse, vivant de rapines, volant dans les habitations, dévalisant à mains armées les passants isolés, surtout des femmes, et commettant un grand nombre de vols, de viols et d'assassinats. C'est ainsi que la légende de D'chimbo naquît, le dotant de pouvoirs surnaturels, véritable démon qui terrorisait la population et se métamorphosait pour ne pas être pris. Des battues furent organisées par les colons, mais Le Rongou s'échappait toujours, changeant régulièrement de cachettes, dormant dans des carbets provisoires sous le vent des sentiers, et poursuivaient ses crimes.

"Petit mais trapu, et prodigieusement musclé, les dents de devant limés en pointe, tatoué sur la poitrine, le ventre et le dos, couturé sur tout le corps de cicatrices de coups de sabre et de coups de feu, D'chimbo joignait à une force herculéenne, une agilité incroyable", telle est la description physique du Rongou rédigée de la propre main d'Emile Merwart, président du comité de patronage du musée local de Cayenne en 1902, et secrétaire général de la Guyane.

Emile Merwart avait en effet rédigé un résumé de l'histoire guyanaise et meurtrière de D'chimbo, au verso du portrait de ce dernier réalisé par Hippolyte de Saint-Quentin.

Image provenant du livre rédigé par Frédéric Bouyer, Capitaine de frégate " La Guyane Française, Notes et souvenirs d'un voyage exécuté en 1862-1863".

Image provenant du livre rédigé par Frédéric Bouyer, Capitaine de frégate " La Guyane Française, Notes et souvenirs d'un voyage exécuté en 1862-1863".

Sa tête ayant été mise à prix, il se jouait des coups de fusil tirés dans sa direction lors des battues et passait aux yeux de la population pour invulnérable alors qu'il n'avait pour seule arme qu'un mauvais sabre d'abatis. Il fut pourtant capturé le 6 juin 1861 à deux heures du matin sur l'habitation La Folie dans le quartier d'Approuague où il était venu chercher du feu. Ce sont deux autres immigrants africains, Tranquille et Anguilaye, de la tribu des Rongous comme lui, et qui, employés sur cette habitation, réussirent à le maîtriser après une terrible bagarre. Les deux hommes furent largement félicités et officiellement remerciés par une gratification de mille francs chacun.

Ligoté et ramené à la geôle (terme utilisé à l'époque pour désigner la prison) de Cayenne dès le lever du jour, il fut présenté au juge d'instruction Frédéric Besse auquel il fit des aveux partiels. L'instruction du dossier fut longue car il y avait beaucoup de témoins à entendre et de nombreux chefs d'accusation  Il comparut le 19 août 1861 devant la Cour d'assises présidée par M. Baudouin, chef du service judiciaire. Le procès dura quatre jours. Le 22 août, D'chimbo fut condamné à mort et son pourvoi rejeté. Le Conseil privé déclara qu'il n'y avait pas lieu de recourir à la clémence de l'Empereur.

Il fut conduit à pied depuis la geôle jusqu'à la place du marché et fit montre de la plus totale indifférence face à la préparation de l'exécution, sans-doute cette machine étrange nommée guillotine ne lui disait rien du tout. Les autorités de la colonie avaient placé toute la tribu des immigrants rongous au premier rang devant l'échafaud. Quelques minutes encore avant son exécution, le Révérend Père Guyodo, curé de Cayenne, l'exhortait à se repentir, Le Rongou lui répondit en créole "D'abord, puisque c'est si bon, pourquoi ne prends-tu pas ma place ?".

Il fut donc guillotiné le 14 janvier 1862 à 6h30. Sa tête fut exposée à l'amphithéâtre de l'hôpital militaire de Cayenne (devenu hôpital Jean Martial et actuellement en cours de réhabilitation). Ainsi se termina la vie meurtrière de l'immigrant africain D'chimbo qui est aujourd'hui devenu un personnage de la littérature guyanaise.

 

Extrait de l'Etat-civil de Cayenne (Archives Nationales d'Outre-Mer).

Extrait de l'Etat-civil de Cayenne (Archives Nationales d'Outre-Mer).

Sources :

Les migrations de travail à destination de la Guyane et des Antilles françaises - Sociétés post-esclavagistes, macule servile et genre, par Céline Flory (OpenEdition Press).

Archives Nationales d'Outre-Mer (Etat-civil).

"La Guyane Française : Notes et souvenirs d'un voyage exécuté en 1862-1863" par Frédéric Bouyer, Capitaine de frégate.

Musée Franconie de Cayenne (portrait de D'chimbo d'Hippolyte de Saint-Quentin et son histoire rédigée par Emile Merwart).

site internet "www.manioc.org"

Bulletin officiel de la Guyane française (1868).

Compagnie de l'Approuague - Assemblée générale du 30 janvier 1859 - Rapport présenté au nom du Conseil d'administration par M. A. Franconie Aîné.

Guadeloupe, Guyane et Martinique en 1848-1898, Trois colonies françaises des Caraïbes sous l'optique de l'histoire et de l'historiographie par Oruna D. Lara.

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Rédigé et publié par Phil - dans Personnages de Guyane
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