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Météo en Guyane

17 novembre 2016 4 17 /11 /novembre /2016 15:58

Au cimetière de Cayenne, se trouve un monument dédié aux médecins et pharmaciens de marine morts en combattant la fièvre jaune en Guyane durant les années 1850-1858. Cette tombe fut d'abord érigée à la mémoire des trois chirurgiens de marine qui moururent durant l'épidémie qui toucha la ville de Cayenne au milieu du XIXe siècle et dont les noms sont inscrits en lettres d'or sur trois des quatre faces de la stèle en forme de pyramide qui surplombe le monument.

Sur la quatrième face de la pyramide, on peut lire ces mots : "Victimes de leur dévouement pendant  l'épidémie de fièvre jaune qui a ravagé Cayenne en 1850 et 1851". Il y est précisé que la stèle fut élevée par souscription auprès de leurs collègues et de leurs amis. Le nom de l'artisan qui a fabriqué ce monument figure aussi en bas de cette quatrième face. Il s'agit de GORJU, maçon et marbrier à Brest (Finistère), ville où se trouvait l'une des trois écoles de santé de la marine à cette époque (Brest, Rochefort et Toulon).

Le monument est composé d'une stèle en pierre en forme de pyramide très élancée surmontée d'une croix de fer, qui repose sur quatre boulets eux-mêmes posés sur un socle carré, également en pierre. Outre les quatre faces de la stèle pyramidale sur lesquels des inscriptions ont été gravées, les noms des autres médecins et pharmaciens morts entre les années 1853 et 1858, également de la fièvre jaune, figurent aussi en lettres d'or sur trois des quatre côtés du socle, soit un total de 26 noms. Sur le dernier côté, on peut lire l'inscription suivante :" Victimes du même fléau, en attendant le grand jour de la résurrection, qu'ils reposent en paix".

Ce monument était à l'origine placé à la gauche de la porte d'entrée du cimetière, au bout de l'allée qui longe l'avenue d'Estrées. Il a été déplacé il y a quelques années et se trouve maintenant dans le carré militaire du cimetière.

Il est à noter qu'un autre monument en hommage aux 21 médecins et pharmaciens de la marine victimes de la fièvre jaune au Sénégal en 1878 a été élevé, par souscription du service de santé de la marine, sur l'Île de Gorée. En réalité, 24 officiers de santé périrent durant cette épidémie au Sénégal, trois noms furent oubliés sur cette stèle commémorative.

A partir de 1868, l'appellation de "chirurgien" disparaîtra au profit de celle de "médecin"  (Mise en application généralisée du décret impérial du 14 juillet 1865 concernant la réorganisation du service de santé de la marine).

Monument à la mémoire des chirurgiens et pharmaciens de la marine morts en combattant la fièvre jaune en Guyane entre 1850 et 1858.

Monument à la mémoire des chirurgiens et pharmaciens de la marine morts en combattant la fièvre jaune en Guyane entre 1850 et 1858.

L'identification des victimes, à partir des informations nominatives et du mois de décès inscrits sur le monument, et malgré quelques petites erreurs orthographiques dans certains patronymes ou dans les prénoms, a permis de constater que l'hommage était non seulement dédié  aux chirurgiens de marine, mais aussi à leurs collègues pharmaciens. Commençons par les trois noms gravés sur la stèle pyramidale (voir les trois photos ci-dessous), chirurgiens décédés durant l'épidémie de fièvre jaune à Cayenne de 1850-1851 :

- Joachim-Louis Perbosc, né le 6 Messidore an XI (25 juin 1803) à Paris. Chirurgien-major sur l'aviso à vapeur Le Tartare, il décédera début décembre 1850 à l'âge de 47 ans sur cet aviso alors mouillé au large de Cayenne. Il semble que l'épidémie de fièvre jaune ait été importée en Guyane par cet aviso Le Tartare qui venait de Sainte-Marie-de-Bélem au Brésil. Le Capitaine de vaisseau Louis-Eugène Maissin, qui assurait officiellement l'intérim du gouverneur de la Guyane, mais aussi le commandement de l'aviso le Tartare sur lequel il était arrivé en Guyane en provenance de Toulon le 12 mai, mourut lui-aussi de la fièvre jaune le 6 janvier 1851 (Voir l'article sur Louis-Eugène Maissin "ICI").

- Hippolyte Louis Célestin Mittre, né le 8 juillet 1811 à Cuers (Var), Chirurgien de 1ère classe de la marine, décèdera le 8 janvier 1851 à l'âge de 39 ans à son domicile de la rue de Provence à Cayenne où il résidait avec sa famille. Il était alors chargé de la direction du service médical à l'hôpital militaire de Cayenne.

- Eugène Pierre Thomas Leconte, né le 8 janvier 1822 à Tonnay-Boutonne (Charente-inférieure, aujourd'hui Charente-Maritime). Venant de la Martinique pour renforcer l'équipe médicale durant l'épidémie de fièvre jaune, affecté à l'hôpital militaire le 27 décembre 1850, il sera chargé de la direction du service médical à l'hôpital militaire pendant la maladie d'Hippolyte Mittre. Chirurgien de 1ère classe de la marine, Chevalier de la légion d'honneur, il décèdera lui-aussi quelques jours après Hippolyte Mittre, le 13 janvier 1851 à l'âge de 29 ans au domicile de la veuve de Saint Quentin, rue Dauphine à Cayenne.

 

Trois chirurgiens de marine morts de la fièvre jaune en Guyane fin 1850 - début 1851 : Joachim-Louis Perbos, Hippolyte Mittre et Eugène Leconte (cliquer sur une photo pour l'agrandir)Trois chirurgiens de marine morts de la fièvre jaune en Guyane fin 1850 - début 1851 : Joachim-Louis Perbos, Hippolyte Mittre et Eugène Leconte (cliquer sur une photo pour l'agrandir)Trois chirurgiens de marine morts de la fièvre jaune en Guyane fin 1850 - début 1851 : Joachim-Louis Perbos, Hippolyte Mittre et Eugène Leconte (cliquer sur une photo pour l'agrandir)

Trois chirurgiens de marine morts de la fièvre jaune en Guyane fin 1850 - début 1851 : Joachim-Louis Perbos, Hippolyte Mittre et Eugène Leconte (cliquer sur une photo pour l'agrandir)

Outre les chirurgiens de la marine, de nombreux pharmaciens comme déjà précisé au paragraphe précédent, disparurent aussi du fait des épidémies de fièvre jaune en Guyane. On peut citer quelques noms pris au hasard sur ce monument du cimetière de Cayenne :

- Honoré Oscar Bouyer, né à La Rochelle (Charente-Inférieure), pharmacien de 3ème classe de la marine, décèdera le 12 septembre 1856 à l'hôpital militaire de Cayenne, à l'âge de 23 ans.

- Eugène Daniel Délidon, né le 10 août 1830, pharmacien de 3ème classe de la marine, succombera le 3 janvier 1854 à son domicile sur l'Île Royale (Îles du Salut), à l'âge de 24 ans.

- Artur Nedelec, né le 6 juin 1835 à Brest (Finistère), pharmacien de 3ème classe de la marine, perdra la vie le 31 octobre 1856 à l'hôpital militaire de Cayenne, à l'âge de 21 ans.

Et bien d'autres encore, chirurgiens ou pharmaciens de marine, mourront du "vomito negro (*)", comme l'on nommait parfois la fièvre jaune, à l'hôpital militaire de Cayenne, ou dans des camps et pénitenciers de Guyane, ou à bord de leur navire de guerre  ...

Les sœurs de Saint Paul de Chartres, qui soignaient les malades, notamment à l'hôpital militaire de Cayenne mais aussi dans les divers établissements pénitentiaires, payèrent aussi un lourd tribut à la suite de ces épidémies. Le coût des funérailles des personnels coloniaux, comme par exemple des officiers de santé, mais pas uniquement, décédés de la fièvre jaune durant l'exercice de leurs fonctions, était payé par l'Etat.

Ainsi, par une décision du gouverneur Louis-Adolphe Bonard du 6 août 1855, et en application des instructions ministérielles, les différents frais des funérailles de deux sœurs hospitalières de Saint Paul de Chartres et d'un chirurgien de marine, frappés par la fièvre jaune à quelques jours d'intervalle, à l'hôpital militaire de Cayenne furent intégralement pris en charge par l'Etat (imputés sur les crédits des services des hôpitaux).

Ces obsèques concernaient Mmes Scholastique  Pinsonnet, sœur Azélie, et Jenny Saulier, sœur Saint-Julien, de l'ordre de Saint Paul de Chartres (voir "ICI" l'article sur les sœurs hospitalière de St Paul de Chartres en Guyane) et de Laurent Claude Micolon, chirurgien de marine de 3ème classe.

(*) "Vomito negro" était le nom parfois donné à cette maladie à cette époque car les malades de la fièvre jaune vomissaient abondamment du sang noir.

Liste des chirurgiens et pharmaciens de marine morts de la fièvre jaune en Guyane entre 1853 et 1858 (noms gravés sur les côtés du socle du monument funéraire). Liste des chirurgiens et pharmaciens de marine morts de la fièvre jaune en Guyane entre 1853 et 1858 (noms gravés sur les côtés du socle du monument funéraire). Liste des chirurgiens et pharmaciens de marine morts de la fièvre jaune en Guyane entre 1853 et 1858 (noms gravés sur les côtés du socle du monument funéraire).

Liste des chirurgiens et pharmaciens de marine morts de la fièvre jaune en Guyane entre 1853 et 1858 (noms gravés sur les côtés du socle du monument funéraire).

Sources :

Bulletins officiels de la Guyane française.

Archives Nationales d'Outre-Mer (Etat-civil).

Association Amicale Santé Navale et d'Outre-Mer (lire "ICI").

 

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Rédigé et publié par Phil - dans Vie en Guyane
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