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Météo en Guyane

1 juillet 2016 5 01 /07 /juillet /2016 08:14

Avant le début de la desserte aérienne en Guyane, la seule voie d'accès était alors le bateau (grands voiliers longs courriers ou navires à vapeur alimentés au charbon) et cela a perduré jusqu'au premier quart du XX° siècle. Il y eut bien une petite compagnie privée appelée la Société des Transports Aériens Guyanais qui a fonctionné de 1919 à 1922. Installée à Saint-Laurent-du-Maroni, elle ne desservait que la Guyane et a finalement mis la clé sous la porte en raison de son manque de rentabilité. Si vous voulez connaître l'histoire de cette société aérienne (STAG), vous pouvez lire le petit article sur ce blog dédié à cette société "ICI".

Au début des année 1930, la société Pan American Airways (PANAM) dessert la Guyane en faisant escale à Cayenne sur sa route vers le Brésil avec ses hydravions Sikorsky. La ligne aérienne qui relie les Etats-Unis au Brésil fait également escale à Paramaribo (Surinam) et à Trinidad. Il y a un voyage dans chaque sens par semaine. L'agent d'escale de la PANAM en Guyane est M. Julien Sainte-Claire. L'amerrissage des hydravions se fait sur la rivière de Cayenne où une petite station est installée à la Pointe Macouria. Une vedette à moteur fait alors la liaison lors des escales d'hydravions avec la ville de Cayenne. Elle ne desservira la Guadeloupe, et la Martinique depuis la Guyane que plus tard vers 1935.

En septembre 1934, l'agence de la Pan American Airways est dirigée par le nommé S.M Filipovich. En 1935, celui-ci sollicite l'exonération de droits sur les matériaux que cette compagnie aérienne pense introduire dans la colonie pour la construction d'un aéroport moderne à la Pointe Macouria. Il ne s'agissait que d'une mesure provisoire, la société américaine s'engageant à se retirer dans le cas où une société française voudrait s'installer en Guyane. Le 6 mai 1935, le gouverneur Lamy autorisera cette compagnie aérienne américaine a installé un dépôt de gazoline et de lubrifiant d'une contenance de 350 m3 nécessaire pour le fonctionnement de leur station d'aéronautique à la Pointe Macouria. Ce dépôt sera installé sur le terrain appartenant à M. Ernest Prévôt et à l'ancienne Compagnie des Transports Aériens Guyanais sous certaines restrictions.

En février 1936, le nouveau gouverneur Masson de Saint-Félix accordera une concession provisoire gratuite de 10 ans renouvelable par tacite reconduction à La "Pan American System" pour installer à cette Pointe Macouria un appontement destiné à l'accostage de ses hydravions, appontement d'une longueur de 50 m sur une largeur de 30 m. En juin 1938, un pylône privé d'une hauteur de plus de 14,40 m est installée par la Pan American sur cette Pointe avec deux nouveaux feux intermittents ne fonctionnant que lors des amerrissages de nuit des hydravions.

Le 17 août 1938, une convention sera signée entre le gouverneur de la Guyane et la Pan American Airways Inc. relative aux transports des correspondances par voie aérienne. Trois gardes privés seront recrutés en septembre 1941 pour surveiller les installations de "l'aéroport" de la PANAM à la Pointe Macouria.

Petite histoire de la desserte aérienne de la Guyane ...

En 1940, une mission de la Pan American Airways étudie en Guyane la construction d'un aéroport terrestre en vue de remplacer ses hydravions par des avions plus importants. Les Etats-Unis, puissance étrangère, ne pouvant construire un aéroport dans une colonie française, un arrangement juridico-politique sera monté entre Robert Chot, gouverneur de la Guyane, et Messieurs Alexandre Quintrie-Lamothe, Julien Sainte-Claire et Paul Rambaud.

Dès le 16 août 1941, M. Alexandre Quintrie-Lamothe avait obtenu, après l'avoir sollicité, une autorisation provisoire de l'Amiral Robert, Haut-Commissaire aux Antilles et en Guyane, de construire un aéroport civil au lieu-dit "Le Gallion" sur la commune de Tonnégrande. Une convention sera signée par M. Quintrie-Lamothe, industriel, et le gouverneur Chot, sur la construction et l'exploitation de l'aéroport civil du Gallion, sous certaines conditions, convention approuvée en Conseil privé le 21 mars 1942.

Un commissaire du gouvernement de la Guyane française, M. Pantélimon Dumitrescu, géologue des colonies, sera nommé le 9 avril 1942 afin d'assurer l'exécution de la convention. Le commissaire du gouvernement sera par deux fois remplacé, le dernier nommé le 2 juin 1943 sera M. Breul, ingénieur et chef du service des travaux publics. Le nouveau gouverneur de la Guyane, René Veber, prendra par ailleurs un arrêté le 9 septembre 1942 créant un poste fixe de gendarmerie à l'aéroport du Gallion.

L'entrée en guerre des Etats-Unis obligera les américains à modifier leur stratégie, notamment dans les Caraïbes, en transformant les aéroports commerciaux à des fins militaires afin d'accueillir leurs bombardiers devant se rendre en Europe en passant par l'Afrique. Le petit aéroport guyanais du Gallion ne pouvait répondre à ce besoin. Or les échanges entre les Etats-Unis et le régime de Vichy étaient au plus mal. La nécessité de transformer cet aéroport civil en aéroport militaire afin de l'intégrer dans le dispositif du pont aérien vers l'Afrique a poussé le gouvernement américain, et en particulier le Consul des Etats-Unis d'Amérique en Guyane, M. Georges D. Lamont, a appuyé en Guyane le mouvement de dissidence contre le gouvernement de Vichy.

Le ralliement de la Guyane à la France libre le 17 mars 1943 (déclaration officielle du gouverneur René Veber dans le Journal Officiel de la Guyane française du 27 mars 1943 adressée au Consul des Etats-Unis en Guyane et à celui en poste au Brésil) a aussi eu pour conséquence d'autoriser les américains à construire leur aéroport militaire en Guyane. Celui du Gallion ne pouvant correspondre en raison de sa topographie ne permettant pas de faire atterrir des avions lourds, c'est finalement un terrain situé au PK 17, route de Matoury, sur l'ancien camp dit des Malgaches, que le nouveau site fut choisi.

Il est à noter que le nouveau Gouverneur de la Guyane et du Territoire de l'Inini, Jean Rapenne, désigné par le Général Henri Giraud, Haut-Commissaire de l'Afrique française à Alger, atterrira sur cet aéroport du Gallion le 30 mars 1943 où l'attendait une importante délégation officielle conduite par le lieutenant-colonel Le Bel, désigné provisoirement le 19 mars 1943 par le Général de division Bethouart, chef de la Mission militaire représentant le Général Giraud en Amérique.

Traces encore visibles de l'ancien aéroport du Gallion sur la route de l'Est en Guyane.

Traces encore visibles de l'ancien aéroport du Gallion sur la route de l'Est en Guyane.

Commencé en mars-avril 1943, les travaux du nouvel aéroport seront terminés en décembre de la même année. Il faut dire que l'armée américaine, en particulier le service du Génie, commandée par le lieutenant-colonel Homer S. Piper, avait déployée d'importants moyens tant en hommes qu'en matériels pour finir cet aéroport au plus vite. Les matériels étaient acheminés par des transports américains et déchargés en rivière de Cayenne. Outre un recrutement très important de main d'œuvre au niveau local, les américains avaient aussi fait venir plus de mille Portoricains.

La nouvelle piste mesurait alors 2000 mètres de long pour une largeur de 50 mètres, et une épaisseur de bitume de 50 cm. La base aérienne américaine ainsi terminée permettra alors le transit des bombardiers vers l'Europe via l'Afrique. Une base météorologique sera aussi installée avec du personnel américain, assisté d'un agent français détaché de la Martinique.

Croyant bien faire, les forces américaines baptisèrent ce nouvel aéroport militaire du nom du français "Rochambeau". Mais les américains en attribuant ce nom pensait à Jean-Baptiste Donatien de Vimeur, comte de Rochambeau, qui s'illustra à la tête du corps expéditionnaire français aux côtés du marquis de La Fayette lors de la guerre d'indépendance des Etats-Unis (1775-1783). Il terminera sa carrière comme Maréchal de France.

La polémique, soulevée très justement par la députée guyanaise Christina Taubira, portait sur son fils Donation Marie Joseph de Vimeur, Vicomte de Rochambeau, général de la Révolution et de l'Empire, qui réprima durement et sauvagement l'insurrection haïtienne durant l'expédition de Saint-Domingue (1801-1803). Afin de sauvegarder l'honneur et la mémoire de tous ces insurgés et esclaves morts pour défendre leurs droits et leurs libertés, il était préférable de changer le nom de cet aéroport dont le nom "Rochambeau" ne faisait pas de distinction entre le père et le fils !

Bien que le changement de nom fut sollicité par Mme Taubira en 1999, il ne sera finalement réalisé qu'en 2012 avec le choix de Félix Éboué comme nouvelle dénomination de cet aéroport international. La cérémonie officielle de changement de nom se tiendra le samedi 21 janvier 2012 en présence de Nicolas Sarkozy, Président de la République Française.

Mais pour en terminer avec ce nouvel aéroport, construit tout d'abord à des fins principalement militaires par les Etats-Unis, celui-ci subira à plusieurs reprises, et au fil des années depuis sa construction, de nombreux et importants travaux d'agrandissement et d'amélioration. Rappelons cependant que cet aéroport ne sera rendu (ou vendu) officiellement à la France par les américains et ne deviendra civil qu'en 1949, moyennant quelques pièces sonnantes et trébuchantes ...

Quant à l'aéroport international de Cayenne-Félix Éboué d'aujourd'hui, il mérite bien à lui seul un prochain article sur ce blog ...

Petite histoire de la desserte aérienne de la Guyane ...

Sources :

Journal officiel de la Guyane Française (de 1930 à 1944).

http://www.cimacdom.com/actualite-42-inauguration-de-laeroport-cayenne-felix-eboue-le-21-janvier-2012.html.

Sites Internet Wikipédia sur les "Rochambeau", père et fils.

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Rédigé et publié par Phil - dans Vie en Guyane
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commentaires

Juliachou 23/03/2017 11:21

Un article très instructif et bien recherché. L’aéroport de Cayenne-Félix Eboué a pris naissance dans un temps de guerre mais c’est grâce à cet aéroport que j’ai eu la chance de visiter la belle plage de Remire-Montjoly !


Moi aussi il m’est arrivé de belles aventures dans des aéroports :
http://www.juliachou.fr/voyages/vol-international-sans-billet.html

Phil 23/03/2017 12:40

Merci Juliachou pour votre commentaire. J'irai voir votre article ...

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