Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Présentation

  • : Marie-Odile et Philippe
  • : Ce blog a pour ambition de décrire nos balades à travers la Planète, nos vacances snorkeling, mais aussi et surtout, la vie en Guyane (petites histoires, monuments, faune et flore) ...
  • Contact

Heure de Guyane

 

Recherche

Météo en Guyane

30 mai 2016 1 30 /05 /mai /2016 17:13

Depuis le XVII° siècle, le rocher de l'Enfant perdu servait déjà comme point de repère pour les vaisseaux de fort tonnage arrivant dans la rade de Cayenne. En raison des brisants et des bancs de vase, notamment à marée basse, les bateaux mouillaient au large de cet amer en attendant la haute mer leur permettant ainsi de se rapprocher de la ville. Par très grosse mer, ils devaient aller se réfugier aux Îles du Salut. Ce n'est qu'à la fin de l'année 1863 que le gouverneur Tardy de Montravel inaugura ce phare à feu fixe construit en deux ans par les forçats sur ce gros monticule rocheux qui surplombe la mer de quelques mètres.

En 1906, Albert Bordeaux qui avait fait le voyage en bateau depuis Saint Nazaire écrivait dans son ouvrage, la Guyane inconnue : " A deux ou trois heures de distance des îles du Salut, voici un îlot, un rocher qui sort de la mer comme le dos d'un cétacé, mais ce dos est surmonté d'un bâti en bois portant un phare et d'un mât avec un drapeau : une maison minuscule se blottit sous le phare. C'est l'Enfant-Perdu, le rocher balayé des vagues qui porte le phare de Cayenne. Le séjour y semble peu réjouissant ; il y a pourtant plus de stabilité que sur le bateau-feu de Surinam. Ici les gardiens du feu sont des forçats et on les relaie tous les mois. Ce poste est une punition ; ils y vivent séparés de leurs semblables. Je ne vois pas pourquoi on les plaindrait : le bateau-feu du Surinam n'est pas une punition".

Ce phare était en effet très utile en raison de la ligne de brisants et des très nombreux bancs de vase qui aboutissaient souvent à des échouages. Les conditions pour accoster sur ce récif ne sont pas toujours simples, même parfois aléatoires, en raison de la mer souvent démontée et des grosses vagues qui balaient les abords de ce rocher de moins de un hectare, complètement dépourvu de végétation.

Cet îlet, situé à environ 11 km au nord-ouest de Cayenne, dépend administrativement à la commune de Macouria. On le rattache à la famille des Îlets de Rémire-Montjoly dont la légende est rappelée ( "ICI" ). Il est aujourd'hui toujours en fonctionnement même s'il est maintenant automatisé, comme quasiment tous les phares du monde. C'est le service des phares et balises, rattaché à la direction de la mer qui en a la gestion.

Le phare de l'Enfant perdu, au large de Cayenne

Depuis son inauguration à la fin de l'année 1863, ce phare a subi de nombreuses réparations, mais aussi de notables travaux d'amélioration. Du reste, on le constate sur les quelques gravures et photos de cet article. C'est le service du Port qui entretenait ce phare et l'administration pénitentiaire mettait le personnel, composé de trois forçats, pour l'allumage du feu.

En effet, une décision du gouverneur Tardy de Montravel du 20 novembre 1863 mettra à disposition du service local trois transportés chargés de la surveillance et de l'allumage du feu du Phare de l'Enfant-perdu. Une autre décision du 6 juin 1864 chargera la direction du Port du soin des envois à faire à ces hommes. Enfin, une autre décision du nouveau gouverneur Antoine Favre en date du 12 septembre 1864 fixera les diverses prestations, tant en vivres qu'en deniers, à délivrer aux trois transportés chargés de la surveillance et de l'allumage du feu du phare de l'Enfant-perdu, prestations à partager entre les services de l'administration pénitentiaire et ceux du service local.

En 1894, G. Vershuur dans son livre intitulé "Voyage aux trois Guyanes et aux Antilles", raconte "Nous piquons tout droit pour éviter un banc de sable assez étendu, sur un rocher isolé en pleine mer, où l'on a élevé en 1863 un phare à feu fixe ; ce rocher porte le nom de "l'Enfant-perdu". Il est habité par trois transportés arabes, dont la promenade se borne à un espace de quelques mètres, et dont la distraction quotidienne ne peut consister que dans la contemplation de l'océan et l'entretien de leur feu. On leur envoie de temps en temps des vivres et des objets de première nécessité".

En 1905, on installera sur l'Enfant-perdu une grue à potence pouvant supporter 300 kg pour la fixer sur l'arche et on y construisit un petit hangar sur le budget du service local. Le service local avait en outre la charge d'octroyer une gratification aux "allumeurs" du phare.

Cette gravure d'Edouard Riou représentant le phare de l'Enfant perdu est extraite de l'ouvrage de Frédéric Bouyer "La Guyane Française, notes et souvenirs d'un voyage exécuté en 1862-1863". Dans ce livre, l'auteur précise qu'en 1863, un phare à charpente de fer a été élevé sur l'Enfant-perdu. C'est un excellent relèvement pour attérrir et entrer de nuit dans Cayenne.

Cette gravure d'Edouard Riou représentant le phare de l'Enfant perdu est extraite de l'ouvrage de Frédéric Bouyer "La Guyane Française, notes et souvenirs d'un voyage exécuté en 1862-1863". Dans ce livre, l'auteur précise qu'en 1863, un phare à charpente de fer a été élevé sur l'Enfant-perdu. C'est un excellent relèvement pour attérrir et entrer de nuit dans Cayenne.

En 1929, une décision du gouverneur Bernard Siadous précise les conditions de ravitaillement du phare de l'Enfant-perdu et des responsabilités qu'engageraient l'inexécution des instructions données à cet effet. L'article 1er de cette décision du 8 juin indique que "l'équipe des gardiens du phare comprend trois transportés ; elle est renouvelée par tiers de telle sorte que la durée du séjour de chaque homme sur l'îlot n'excède pas trois mois. Autant que possible ces transportés seront choisis dans une liste de 6 hommes habitués au service du phare".

Cette décision prescrit les responsabilités des services concernés, notamment le lieutenant du Port qui doit prévoir la date des ravitaillements que lui communique l'administration pénitentiaire ainsi que le ou les hommes à embarquer, le service des travaux publics duquel est rattaché le service du Port pour l'entretien du phare et de ses annexes, l'administration pénitentiaire pour assurer la relève et le ravitaillement et enfin les responsabilités des gardiens.

Outre l'allumage du feu et de l'utilisation des différents signaux selon les circonstances, les gardiens bagnards devaient aussi établir un rapport chaque mois pour le gouverneur établissant les faits significatifs et les remarques qu'ils jugeaient bon de transmettre à l'autorité supérieure. La décision du 8 juin 1929 détaillait aussi la ration mensuelle de nourriture d'un forçat sur le phare.

Le 17 août 1934, le feu fixe rouge du phare installé au sommet de la tour en maçonnerie sera remplacé par un feu à éclats blancs, fonctionnant au gaz, d'une portée de 15.000 milles par temps moyen. Fin 1937 début 1938 on reconstruira le logement pour les gardiens du phare mais en béton armé. Lorsque le bagne fermera définitivement en Guyane, après-guerre, ce ne seront plus des transportés mais des personnels civils qui assureront le fonctionnement du phare. Les deux gardiens seront relevés tous les mois avec un ravitaillement tous les quinze jours.

En 1960, un mur de protection sera édifié entre le phare et la maison des gardiens afin de casser les déferlantes qui inondaient le rocher durant la mauvaise saison. Ce mur de protection ne sera jamais totalement terminé. Eu égard aux mauvaises conditions de sécurité, les gardiens seront retirés définitivement du phare de l'Enfant-perdu en 1971.

Le phare de l'Enfant perdu, au large de Cayenne

Les conditions d'accès étaient parfois telles durant les fortes houles que la relève et le ravitaillement n'étaient pas possibles. En effet, le canot ou la chaloupe assurant la relève devait se tenir à distance des rochers de l'Enfant-perdu. Les vivres comme les hommes étaient hissés avec la potence mobile fixée sur l'arche, comme on peut le voir sur la photo ci-dessous.

Pour les forçats, cette mission sur cet îlot perdu était très difficile et apparaissait comme une punition. Du fait de l'isolement, du grondement incessant des vagues venant se fracasser sur les rochers, de la relève qui n'était pas toujours assurée en raison des difficultés d'accès par mer forte, et donc du ravitaillement qui tardait pour les mêmes motifs, il y eut de nombreux suicides parmi les transportés chargés de cette pénible tâche.

Une fois, l'on oublia de ravitailler les trois gardiens. L'un d'entre eux mourut de faim et faute de combustible, le phare cessa d'éclairer. Les deux survivants confectionnèrent un radeau de fortune qui les amena s'échouer sur la côte non loin de Kourou. Les deux transportés furent arrêtés par les gendarmes pour désertion de poste.

Le phare de l'Enfant perdu, au large de Cayenne

Sources :

Voyage aux trois Guyanes et aux Antilles, de G. Verschuur, publié en 1894 (Librairie Hachette).

La Guyane inconnue : voyage à l'intérieur de la Guyane française par Albert Bordeaux 1906 (Libraire Plon).

Bulletin officiel de la Guyane Française 1864.

Journal officiel de la Guyane Française (1905/1929/1934/1937/1946).

Une Saison en Guyane : Le dernier gardien de phare (Entretien avec Julien Prudent).

http://www.bagnedeguyane.fr/archives/2013/04/01/26798314.html

Guy Marchal : Histoire du Bagne de Guyane.

Partager cet article

Repost 0
Rédigé et publié par Phil - dans Vie en Guyane
commenter cet article

commentaires

Marie paule 27/09/2016 09:53

Je suis arrivèe par hasard sur votre site c'est un petit paradis, vous n'aurez jamais d'aussi jolies fleurs en bretagne
Bises a tous les deux

Phil 27/09/2016 14:24

Bonjour Marie-Paule, merci pour ton compliment. C'est vrai que nous avons de belles fleurs toute l'année. Il fait très chaud en ce moment (autour des 33°) et un petit bain dans la piscine est bien agréable ... Bises à vous deux.

Créer un blog gratuit sur overblog.com - Contact - CGU -