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Météo en Guyane

5 février 2016 5 05 /02 /février /2016 08:36

Le premier hydravion amerrit à Cayenne le 12 octobre 1919, dans l'Anse derrière le Palais du gouvernement, en provenance de Saint Laurent du Maroni, devant une foule enthousiaste. Outre le pilote, ce vol inaugural de deux heures était le premier de la nouvelle société des Transports Aériens Guyanais transportant trois passagers. Un premier vol d'une heure avait bien été effectué quelques jours plus tôt le 5 octobre 1919 au-dessus du fleuve Maroni à Saint Laurent par le pilote Bourillon.

Créé en juin 1919 par le Capitaine de frégate Dutertre, la société anonyme des Transports Aériens Guyanais avait son siège social au n° 13 de la rue Notre-Dame des Victoire à Paris, et son site d'exploitation à Saint Laurent du Maroni. C'est avec l'appui du gouverneur de la Guyane, M. Henri Lejeune, du ministre des colonies et du Conseil général de Guyane, que cette initiative avait pu aboutir.

Localement à Saint Laurent du Maroni, le Capitaine Dutertre et son assistant le Lieutenant de vaisseau Poulalion trouveront un appui en la personne du directeur de l'administration pénitenciaire, M. Herménégilde Tell, qui les aidera à trouver un terrain dans cette commune pénitentiaire, deuxième ville de Guyane. Il les épaulera notamment à monter, à partir de juillet 1919, un premier grand carbet pour abriter les hydravions et construire un slip de hissage puis, par la suite, des hangars en leur fournissant de la main d'œuvre constituée de forçats libérés ou en cours de peine, notamment des malgaches. Charles Dutertre devra également aménager les deux autres sites pour ses hydravions, l'un à la pointe Macouria à Cayenne et l'autre, au confluent de l'Inini et du Maroni.

Comme le Capitaine de frégate Dutertre, tous les pilotes, mais aussi nombre de mécaniciens de la société des Transports Aériens Guyanais, étaient issus majoritairement de l'armée et avaient fait en totalité ou en partie la guerre 14-18. Ils se nommaient Bourillon, Nègre, Corouge, Petit, Duramon, Réjon, Dubourg ...

Les premiers hydravions étaient des George Levy, et plus particulièrement des Levy Le Pen avec des moteurs de 220 CV, provenant de la liquidation des stocks de guerre, puis des Breguet 14 T bis à flotteurs dotés de moteurs 300 HP Renault, à coque en métal, spécialement aménagés pour cette nouvelle société guyanaise de transport aérien.

L'éphémère compagnie des Transports Aériens Guyanais (1919 - 1922)

Société anonyme au capital de 600.000 francs, la société des Transports Aériens Guyanais avait à ses débuts cinq pilotes et cinq hydravions. L'objectif officiel était "l'exploitation des lignes de pénétration à l'intérieur de la Guyane de façon à permette la mise en valeur d'un territoire extrêmement riche tant en métaux et pierres précieuses qu'en bois rares et essences de toutes sortes ...".

Aidé financièrement tant localement que par l'Etat, le Directeur-délégué Charles Dutertre, fondateur de la société, s'était expliqué en adressant un courrier au journal La Lanterne du 20 mars 1921 qui l'avait précédemment attaqué sur le montant des subventions reçues par cette société et qui dépassait largement son capital. Le sous-titre de l'article paru le 10 mars 1921 précisait : " L'Etat est généreux avec une société qu'administre M. Galmot". Ce journal politique parisien relayait un article de l'hebdomadaire le Petit Guyanais qui parlait alors de scandale en s'interrogeant sur le montant et l'utilisation de ces subventions et le rôle joué par le député de la Guyane Jean Galmot. Ce dernier, lui-même pilote d'avion, avait investi dans cette société aérienne sur laquelle il portait beaucoup d'espoir.

Dans sa réponse, Charles Dutertre en détaillait le montant exact : le total, soit 675.000 francs, portait sur les deux années 1919 et 1920, à hauteur chaque année de 30.000 francs votés par le Conseil général de la Guyane, et de 300.000 francs émanant du sous-secrétariat de l'aéronautique. Les 15.000 francs restants provenaient d'un trop-perçu sur le fret par les Douanes. Il expliquera aussi que Jean Galmot, actionnaire de la société, n'était pas intervenu pour l'obtention de ces subventions.

Dans ce même courrier, le Capitaine de frégate expliquait les raisons qui l'avaient poussé à fonder cette société de transport aérien outre-mer : La Guyane, dit-il, est de toutes nos colonies, celle qui se prête le mieux à une exploitation aérienne parce que :

- 1) Il n'y a aucun autre moyen de communication, pas de routes et pas de fleuves navigables, donc pas de concurrence ;

2) Les matières exploitées sont des matières précieuses : or, balata, essence de rose, susceptibles de payer un fret élevé ;

3) De toutes les régions équatoriales, seule la Guyane n'a jamais de tornades, ni typhons, possède un régime de vents réguliers, faibles, peu de brumes, par conséquent des conditions atmosphériques éminemment favorables;

4) Les fleuves, bien que non navigables, présentent entre leurs "sauts" de magnifiques bassins d'eau calme sur lesquels un hydro peut toujours amerrir et, en même temps, des routes visibles et faciles à suivre, par conséquent les conditions de sécurité sont aussi fortes que possibles ;

5) L'organisation des lignes aériennes en Guyane française a une répercussion énorme au Brésil, au Venezuela, et dans toute l'Amérique du sud et augmente l'expansion de l'idée française.

Les Transports Aériens Guyanais furent la première compagnie aérienne commerciale créée dans les colonies françaises.

Affiche publicitaire de la Compagnie des Transports Aériens Guyanais, datée de 1921, et réalisée par l'atelier Frip de Paris (comme celle plus haut à gauche du paragraphe)

Affiche publicitaire de la Compagnie des Transports Aériens Guyanais, datée de 1921, et réalisée par l'atelier Frip de Paris (comme celle plus haut à gauche du paragraphe)

Durant sa courte existence, la Société des TAG (Transports Aériens Guyanais) exploitera deux lignes régulières :

- Saint Laurent du Maroni - Cayenne, via Mana et Sinnamary soit 250 km.

- Saint Laurent du Maroni - Inini, via Abounamy soit 250 km.

Le gain de temps gagné par l'hydravion était considérable. En effet, il fallait compter plus de 22 jours de pirogue sur le fleuve Maroni en saison des pluies pour se rendre depuis Saint Laurent à Inini dont la distance se situe autour de 250 km. Par hydravion, la société des TAG ne mettait pas plus de deux heures. De même, la durée du voyage en bateau pour aller de Cayenne à Saint Laurent du Maroni à Cayenne était à l'époque entre 36h et 48h. L'hydravion n'en mettait que deux !

Ces deux lignes seront effectuées à raison de deux départs par semaine dans chaque sens durant la belle saison. Pendant la saison des pluies, le nombre de voyages était réduit à un par semaine. Par ailleurs, des pourparlers seront engagés avec le gouvernement de la Guyane hollandaise (actuel Suriname) pour établir une ligne régulière entre Saint Laurent du Maroni et Paramaribo. Un autre projet de la société sera de relier Cayenne à Saint Georges de l'Oyapock.

M. Henri Lejeune, gouverneur de la Guyane, prendra une Décision (N° 707 du 8 juillet 1921) fixant l'organisation du service aérien, en particulier du fret postal. Celle-ci sera publiée au journal officiel de la colonie : " Un service de transport aérien de dépêches est organisée entre Cayenne, Saint Laurent du Maroni, l'Inini et vice-versa" (article 1°).

Les tarifs pour les passagers en 1922 seront de 300 francs par personne pour un aller simple de Saint Laurent du Maroni à Cayenne, et de 500 francs pour un aller-retour. Quant au voyage de Cayenne à l'Inini, il est de 500 francs pour un aller simple et de 800 francs pour un aller-retour.

Le premier hydravion assemblé en Guyane devant le "carbet" provisoire à Saint Laurent du Maroni. En Guyane, un "carbet" est un abri en bois, souvent sommaire, couvert de palmes ou de tôles ondulées.

Le premier hydravion assemblé en Guyane devant le "carbet" provisoire à Saint Laurent du Maroni. En Guyane, un "carbet" est un abri en bois, souvent sommaire, couvert de palmes ou de tôles ondulées.

Malheureusement, un accident aérien surviendra le 14 août 1922 (1) à Saint Jean du Maroni lors d'un vol de réglage d'un hydravion Breguet sortant de montage. Cet accident, le premier depuis l'existence de la société des Transports Aériens Guyanais, causa la mort du pilote aviateur Pierre Réjon, de son frère Maurice Réjon, venu spécialement de Fort de France pour assister à son mariage, de Fénelon Canavi et de Émile Joseph, mécaniciens. Pierre Réjon devait se marier quelques jours plus tard, le 19 août, avec Mlle Alice Ho-Si-Fat.

La population civile et militaire de Saint Laurent du Maroni fera d'émouvantes funérailles. Aviateur durant la première guerre mondiale à partir de juillet 1917, le martiniquais Pierre Réjon, décoré de la médaille militaire et de la croix de guerre, fut l'un des quatre premiers pilotes noirs militaires de l'histoire (Voir sa photo ci-dessus). Originaires de La Trinité, une rue porte encore aujourd'hui le nom des deux frères Réjon dans cette localité martiniquaise.

Outre cet accident aérien qui aggravait la situation, le bilan de la société des Transports Aériens Guyanais à la fin du mois d'août 1922 n'était guère brillant. Les résultats présentés laisseront peu d'espoir à ses dirigeants pour une poursuite de leurs activités :

Octobre 1919 - Mai 1920 : 24 voyages effectués, 5665 km parcourus, 42 passagers transportés, 0 kg de marchandises, et 0 kg de poste.

Octobre 1920 - Mars 1921: 22 voyages effectués, 5020 km parcourus, 38 passagers, 0 kg de marchandises, et 0 kg de poste.

Avril 1921 - Décembre 1921 : 69 voyages effectués, 18310 m parcourus, 56 passagers, 53 kg de marchandises et 10 kg de la poste.

Janvier 1922 - Août 1922 : 23 voyages effectués, 6231 km parcourus, 30 passagers, 0 kg de marchandises, et 0 kg de poste.

Malgré une nouvelle subvention de l'Etat en juin 1922 (Décret du 26 mai 1922) accordée dans le cadre de l'application de la convention signée le 14 mars 1922 entre le directeur du service de la navigation aérienne, représentant l'Etat, et M. Poulalion, directeur de la société, les Transports Aériens Guyanais seront mis en liquidation le 30 octobre 1922 mettant ainsi un coup d'arrêt définitif aux espoirs que cette aventure aérienne guyanaise avait fait naître !

(1) Les Annales coloniales du 07/11/1922 indiquent que l'accident aérien de Saint Jean du Maroni a eu lieu le 18 août. En réalité, cet accident est survenu le 14 août, car cette date figure en mention marginale à l'acte de naissance de Pierre Réjon à la mairie de La Trinité en Martinique. En effet, cette mention signale le décès de Pierre le 14 août 1922 à Saint Laurent du Maroni.

cliquer sur une des photos pour l'agrandir (Texte à droite : Annonce officielle de l'accident de Pierre Réjon dans le Journal officiel de la Guyane française).cliquer sur une des photos pour l'agrandir (Texte à droite : Annonce officielle de l'accident de Pierre Réjon dans le Journal officiel de la Guyane française).

cliquer sur une des photos pour l'agrandir (Texte à droite : Annonce officielle de l'accident de Pierre Réjon dans le Journal officiel de la Guyane française).

Sources :

http://www.une-autre-histoire.org/pierre-rejon-biographie/

Les Annales coloniales (1900-1949)

L'Aérophile (1893-1949)

L'Aéronautique (1919-1940)

Journal Officiel de la République Française

Hydoretro.net (Vers les Sommet - BREGUET - par Gérard Hartmann)

La Lanterne, journal politique quotidien (1873-1938)

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Rédigé et publié par Phil - dans Vie en Guyane
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