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Météo en Guyane

9 juillet 2015 4 09 /07 /juillet /2015 11:41

L'Acarouany est une rivière, affluent du fleuve Mana dont l'embouchure est proche de celle du fleuve Maroni dans l'est de la Guyane. C'est aussi un lieu-dit où fut installé en 1833 une léproserie, proche du village de Javouhey.

Ce village de Guyane fut créé par la Révérende Mère Anne-Marie Javouhey, fondatrice de la congrégation des sœurs de Saint Joseph de Cluny, dont les premières représentantes arrivèrent en Guyane en 1822. Javouhey est depuis 1979 principalement peuplé de réfugiés hmongs originaires du Laos et constitue le deuxième village hmong de Guyane après Cacao.

En 1950, l'ancienne léproserie deviendra Sanatorium hansenien de l'Acarouany - du nom du médecin norvégien Hansen qui découvrit en 1873 la bactérie responsable de la lèpre - jusqu'en 1979, année de fermeture définitive de cet établissement. Plus tard, le site devint l'un des quatre camps en Guyane à accueillir des réfugiés du Suriname fuyant la guerre civile à partir de 1986 jusqu'en 1992, sous l'égide des Nations Unies.

Non entretenu, les alentours de l'ancien sanatorium ont rapidement été recouverts par la végétation. Quelques bâtiments et autres cases des anciens lépreux sont encore occupés aujourd'hui par des familles d'immigrés en situation irrégulière.

L'association culturelle SARPA de la commune de Mana a récemment entrepris d'organiser des "Mayouri (1)" afin de nettoyer et de valoriser le vieux cimetière de la léproserie de l'Acarouany qui comprend a priori autour de 400 tombes.

D'abord appartenant à l'Etat, puis au département, le site de l'Acarouany est depuis 2013 sous la responsabilité de la commune voisine de Mana. L'ancienne léproserie, et son terrain d'assiette, sont protégés par un arrêté du 20 décembre 1999 les classant Monument Historique.

(1) Mayouri : En langage créole, un mayouri est un rassemblement ponctuel de volontaires qui participent bénévolement à l'exécution d'un gros travail agricole ou autre, pour un particulier ou dans le cadre d'une association, et cela dans la bonne humeur et dans une ambiance festive.

Ancienne léproserie de l'Acarouany près de Mana (Guyane)

Nul ne sait précisément à quelle date la lèpre a fait son apparition en Guyane, ni comment elle est arrivée. Il semble qu'elle n'existait pas dans cette partie du monde avant l'arrivée des colons européens ni avant le début de l'importation des esclaves en provenance d'Afrique.

Un rapport des commissaires de la société royale de médecine sur le Mal Rouge de Cayenne ou éléphantiasis, daté de 1784, présente une étude sur la lèpre et les moyens de l'arrêter et de guérir ceux qui en sont touchés. En effet, à cette époque, la lèpre et l'éléphantiasis étaient associés. Ces deux maladies, aujourd'hui bien identifiées et différenciées, étaient à l'époque appelées en Guyane " le mal rouge ".

Dans ce rapport de 1784, on apprend également qu'en Guyane, les lépreux étaient isolés depuis déjà sept ans sur une petite île au large de Cayenne. Il s'agit bien évidemment de l'Îlet la Mère sur lequel, à l'initiative de Pierre-Victor Malouet qui fut commissaire ordonnateur en Guyane entre 1776 et 1778, fut installé un établissement pour recevoir les ladres. Dès l'ouverture de la léproserie courant 1777, on y amènera quarante deux noirs et quatre blancs atteints par le mal rouge.

En 1823, le gouverneur de la Guyane, Pierre-Clément de Laussat, fit déplacer la léproserie de l'îlet la Mère sur les îles du Salut, plus précisément sur l'île Royale. Le 14 novembre 1823, un règlement pour la léproserie transférée aux Îles du salut fut institué par le nouveau gouverneur Milius.

Le 30 mars 1829, le Gouverneur DE FREYCINET avait désigné une commission pour visiter la léproserie des îles du Salut. Plus tard, et eu égard au délabrement des constructions de cette léproserie, une commission fut nommée le 28 mai 1832 par le gouverneur Jubelin pour faire un état des lieux et émettre un avis sur le meilleur endroit où cet établissement pourrait être déplacé, s'il devait l'être.

Case de lépreux à l'Acarouany (Source : Musée de la France d'outre-mer / Ministère de la culture)

Case de lépreux à l'Acarouany (Source : Musée de la France d'outre-mer / Ministère de la culture)

Le 18 mars 1833, et tenant compte de l'avis de la dernière commission d'inspection, le gouverneur Jubelin signera un arrêté ordonnant le transfert de la léproserie des Îles du Salut à l'Acarouany sur l'emplacement de l'ancien chantier d'exploitation de bois de marine (Extrait de cet arrêté à gauche). En avril 1833, le docteur Bayol, chirurgien de 1ère classe de la marine, et chef du service de santé à Cayenne, offrira un don de soixante quinze paillasses, d'une valeur d'environ 500 francs, à la nouvelle léproserie.

Deux des cases pour les lépreux ayant déjà été construites à l'Acarouany, le gouverneur donnera l'ordre le 14 décembre 1833 de transférer tous les lépreux des Îles du Salut au nouvel établissement qui leur a été préparé sur la rive gauche de la rivière.

Le 15 décembre 1833, un règlement concernant l'organisation et la police de la léproserie de l'Acarouany est validé par le gouverneur. Il y est précisé que la gestion de l'établissement sera assurée par Anne-Marie Javouhey, supérieure générale des sœurs de Saint Joseph, qui avait sollicité ce transfert et qui s'était engagée à se charger des soins et de la surveillance des lépreux en y affectant deux sœurs de sa congrégation. L'établissement continuera cependant à être administré en régie comme précédemment et à recevoir toutes les délivrances et prestations allouées aux Îles du Salut.

Le marché passé le 6 avril 1836 entre l'administration coloniale et la Supérieure de l'ordre de Saint Joseph pour l'entretien des lépreux au camp de l'Acarouany sera dénoncé par le gouverneur qui fera établir un nouveau règlement pour le service et la police de la léproserie le 5 janvier 1840. L'administration reprendra la main sur les bâtiments et les matériels en remettant en vigueur le système de régie. Au 31 décembre 1836, il y avait 117 lépreux dans le camp.

Un régisseur (Pierre-Auguste Huard) sera officiellement nommé le 20 février 1840 avec une prise de fonction au 1er mars. Outre les deux sœurs de la congrégation de Saint Joseph, un officier de santé et un ecclésiastique seront également affectés à la léproserie, ainsi que deux noirs de l'atelier colonial.

Ancienne léproserie de l'Acarouany près de Mana (Guyane)

En 1865-1866, la léproserie de l'Acarouany est transférée à la Montagne d'argent. Les constructions et le terrain de l'ancien établissement de l'Acarouany sont cédés à titre gratuit au service pénitentiaire. En mai 1866, l'état des lieux de l'établissement de l'Acarouany réalisé pour la cession se décompose comme suit :

- du logement du docteur (bâtiment principal à étage composé de trois pièces correspondantes, galeries sur la rue, peint et blanchi) ;

- logement des sœurs (maison principale à étage ayant trois pièces en bas et un dortoir au premier, petites réparations au faîtage, badigeonné, à étage, avec servitude servant de magasin et de cuisine, en bon état, non peint, barrière d'entourage neuve, platine montée sur maçonnerie, appartenant aux sœurs ;

- une chapelle (bâtiment à rez-de-chaussée, ayant une chambre pour sacristie et une pour le logement du curé, la toiture est en mauvaise état, les faîtages sont en partie disjoints, ce bâtiment est généralement surplombé ;

- premier hôpital (bâtiment à rez-de-chaussée, divisé en quatre pièces dont une chambre à punition, contient trois lits de camp, toiture mauvaise) ;

- Deuxième hôpital (bâtiment à rez-de-chaussée divisé en six chambres, toiture mauvaise ;

- Troisième hôpital (bâtiment à rez-de-chaussée divisé en six chambres, toiture entièrement défoncée) ;

Ces trois bâtiments ont besoin de fortes réparations.

- Deux cases couvertes en paille : la première est un peu ancienne, et l'autre est un construction neuve.

Finalement, la léproserie de la Montagne d'argent sera elle-aussi fermée début 1868 en raison des inconvénients posés par sa situation pour le bien-être des personnels internés mais aussi dû à l'évacuation de la partie du domaine occupé par le service pénitentiaire. La léproserie devait être transférée sur un terrain domanial occupé par les Jésuites sur la crique de Saint-Régis, affluent de la rivière Comté, dans le quartier de Roura.

Mais la léproserie reviendra s'installer sur le site de l'Acarouany dès 1869 pour y rester jusqu'à sa fermeture définitive en 1979. Cependant, après d'importants travaux de modernisation et d'amélioration, cette léproserie deviendra en 1950 un sanatorium hansenien moderne et bien équipé, rattaché au département.

Outre l'Acarouany, une léproserie fut installée un temps sur l'île du Diable pour les bagnards, puis transférée sur l'îlot Saint Louis, sur le fleuve Maroni, non loin de Saint Laurent.

Toutefois, la lèpre n'a pas complètement disparu en Guyane puisqu'une dizaine de cas sont encore diagnostiqués chaque année ...

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Ancienne léproserie de l'Acarouany près de Mana (Guyane)

Sources :

Bulletins officiels de la GF.

France-Guyane, article du 2 juillet 2015 : "Maladie peu contagieuse, la lèpre reste un problème".

France-Guyane, article du 29 avril 2015 : "Le cimetière de l'Acarouany ressort de la végétation".

Rapport des commissaires de la Société royale de médecine sur le mal rouge de Cayenne ou Eléphantiasis : imprimé sur ordre du Roi (1785).

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Rédigé et publié par Phil - dans Vie en Guyane
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commentaires

Sylvain Thomas 03/10/2015 16:25

J'ai habité à l'Acarouany sept ou huit mois en 1978-1979. Il n'y avait plus de sœurs, mais toujours des lépreux, parmi lesquels M. Assart (pas sûr de l'orthographe), qui possédait un frigo, une télé et une mobylette et que j'aimais beaucoup. Il me prêtait sa pirogue, en échange de quoi tous les jours je lui rapportais du poisson. Je découpais et vendais le reste de mes prises devant chez lui aux quelques habitants de l'endroit. On discutait un peu en buvant du Coca ou de la bière puis chacun rentrait chez soi préparer le déjeuner. Les premiers temps j'habitais une des petites cases au bord de la piste (la forêt commençait juste de l'autre côté), les derniers temps je me suis installé dans la chambre du couvent au-dessus de la rivière. Le soir, on se retrouvait chez M. Assart avec deux de ses amis, M. Dubois et M. Barus (encore moins sûr de l'orthographe), deux vieux lépreux comme lui, on regardait la télé et on rigolait bien. Quand j'étais d'humeur sombre et qu'en fin de matinée je n'étais toujours pas venu le voir, M. Assart prenait une canne et un chapeau et venait jusque chez moi vérifier si tout allait bien. Je gardais la porte et les volets fermés, lui il s'arrêtait à une dizaine de mètres et il m'appelait : "M. Sylvain, ou bien, ou bien ?". Je n'ai jamais donné de nouvelles, je n'en ai jamais eu...

Phil 03/10/2015 17:15

Votre commentaire donne de la vie à cet article car finalement, au-delà de l'intérêt historique de ce site, ce sont les hommes et les femmes qui y ont vécu qui font que cette histoire est intéressante ... Les informations de Michel Bocquet sur Jean, le bagnard, vont dans le même sens.

Michel BOCQUET 03/10/2015 16:40

le "vieux blanc" que j'ai connu s'appelait Mr Jean, il avait dans les 70 ans, il était resté en Guyane à la fermeture des bagnes en 1948 ! il avait été au bagne pour avoir assassiné sa femme et son amant en rentrant de permission durant la grande guerre.

Michel BOCQUET 01/10/2015 09:22

J'y ai séjourné 2 semaines avec l'armée en 1968, 8 ème compagnie de St jean du Maroni. Le village était géré par les sœurs, et était peuplé par beaucoup de lépreux encore, il y avait aussi Monsieur jean, un ancien bagnard très sympathique qui y vivait et habitait une des petites "cases" , il chassait les papillons et en vivait semble-t-il. Nous y étions pour nettoyer le village, les habitants ne pouvant le faire. Il y avait aussi une très belle orangeraie entretenue par les Sœurs, présume qu'elle n'existe plus ,

Phil 01/10/2015 13:10

Votre témoignage est intéressant. Effectivement, tout cela est bien fini. Espérons que la reprise de ce site par la mairie de Mana permettra une réhabilitation de cette ancienne léproserie.

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