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Météo en Guyane

22 juin 2015 1 22 /06 /juin /2015 11:16

Cacao est un village hmong rattaché à la commune de Roura qui compte un peu plus de 3000 habitants au total. Le bourg de Roura, situé sur la rive droite de l'Oyak, est quant à lui spécifiquement créole. L'église de Roura et ses alentours méritent largement une visite.

Cacao, situé à environ 75 km de Cayenne, est maintenant accessible par une belle route bitumée, ce qui n'était pas le cas il y a encore quelques années. Il n'y avait alors qu'une piste en latérite difficilement praticable en saison des pluies, et il n'était alors pas rare de crever un pneu de voiture, et même parfois deux, lorsque nous nous y rendions pour une balade dominicale.

Le marché de Cacao se tient tous les dimanches matin et vous y trouverez aussi bien des fruits et légumes que de l'artisanat local (vêtements/accessoires brodés ou tissés), ainsi que des fleurs et autres plantes. Si vous avez une petite faim ou soif durant votre passage au marché, des spécialités culinaires et autres jus de fruits frais vous y attendent.

Les Hmongs sont des montagnards originaires du Sud de la Chine qui se sont installés dans le nord du Laos. Persécutés par les armées vietnamiennes et laotiennes, ils se sont réfugiés pour une bonne partie en Thaïlande. En effet, lors des guerres d'Indochine et du Vietnam, les Hmongs avaient choisi d'aider les français, puis les américains.

En 1977, le gouvernement français a décidé d'accueillir des réfugiés hmongs et créé un village à vocation agricole sur le site de Cacao en Guyane sur des terres appartenant à l'Etat. Ce sont autour de 500 personnes qui arriveront progressivement courant septembre 1977 et qui seront transportés en camions militaires bâchés jusqu'au site de Cacao où ils seront hébergés dans des baraquements prêtés par l'armée.

Leur installation a été facilitée par la création d’une association locale pour le développement du site de Cacao (A.D.E.S.CA) créée par Mme Ho-A-Chuck, épouse du Dr Claude Ho-A-Chuck, chirurgien ORL, lui-même d'origine asiatique, et qui était à l'époque maire de la commune de Roura.

Cacao, un village hmong en Guyane

En 1979, soit deux ans après l'arrivée des premiers hmongs à Cacao, c'est près de Mana que sera construit l'autre village agricole hmong de Javouhey, avec là-aussi l'arrivée d'environ 500 personnes, non loin de l'ancienne léproserie de l'Acarouany. Aujourd'hui, un peu plus de 2000 Hmongs vivent en Guyane et sont donc répartis dans les deux villages de Cacao (Roura) et de Javouhey (Mana), mais aussi dans deux autres plus petites communautés fondées dans les années 1990, l'une au lieu-dit Rococoua (Iracoubo), et l'autre au lieu-dit Corossony (Regina).

Les hmongs ont construit eux-mêmes leurs maisons sur pilotis et les infrastructures communes du village (école, infirmerie, salle de réunion, église ....). Un peu plus tard, seront également construits un temple protestant, une garderie, et des locaux pour la coopérative agricole ...

Sur les 1350 hectares concédés par l'Etat à la Coopérative agricole pour une période de 99 ans, seuls 600 hectares exploitables seront défrichés et transformés en terres cultivables. Les premières années de leur implantation en Guyane, ils ont évité tout contact avec la population guyanaise. Il a fallu attendre plusieurs années avant qu'ils ne viennent vendre leur production sur les différents marchés. C'est le préfet qui les a convaincus même s'il y a eu au tout début quelques réactions d'hostilité à leur présence sur les marchés de Guyane.

Outre le maraîchage, les hmongs élèvent aussi des buffles et autres zébus. De plus, chaque famille a sont petit élevage de canards, de poules et de porcs qui sont vendus sur le marché de Cacao le dimanche matin et sur les autres marchés de Guyane. L'apport de la production maraîchère des Hmongs, ajouté à celui des agriculteurs guyanais, couvre pratiquement les besoins de la Guyane, alors qu'auparavant il était nécessaire d'importer de métropole ou du Surinam voisin.

Outre la Guyane, environ 10.000 réfugiés hmongs sont installés dans les différentes régions de la France métropolitaine alors que d'autres choisiront les Etats-Unis, l'Australie ou le Canada ...

Maison hmong de Cacao, en bois et sur pilotis.

Maison hmong de Cacao, en bois et sur pilotis.

Quelques photos du marché dominical de Cacao :

Cacao, un village hmong en GuyaneCacao, un village hmong en GuyaneCacao, un village hmong en Guyane
Cacao, un village hmong en GuyaneCacao, un village hmong en GuyaneCacao, un village hmong en Guyane

L'accueil de cette population à l'époque en Guyane a été mitigé pour ne pas dire hostile. La gauche, et notamment les indépendantistes, y voyaient une volonté de peuplement colonialiste et certains n'hésitaient pas à parler de "génocide (de la population guyanaise) par substitution (en les remplaçant par des hmongs)" pour reprendre les mots du poète et homme politique martiniquais Aimé Césaire au début des années 1970.

Il faut aussi préciser que leur implantation s'était faite dans une certaine confusion car des rumeurs circulaient sur l'arrivée de 40 000 hmongs, alors que la population guyanaise n'était alors constituée que d'un peu plus de 50 0000 habitants ...

Tout cela est maintenant bien loin et aujourd'hui l'implantation des Hmongs, même si ceux-ci restent encore à l'écart de la population guyanaise, ne pose plus a priori aucune interrogation ni critique. La nouvelle génération intègre même pour certains l'administration française ou le centre spatial guyanais.

Les Hmongs ont organisé leur vie dans leurs villages en conservant l'organisation clanique et leurs traditions. Chaque année, des festivités sont organisées aussi bien à Cacao qu'à Javouhey pour le nouvel an hmong et la fête du Ramboutan.

Le nouvel an hmong qui dure environ une semaine en fin d'année correspond aussi à la fin de la récolte. Les habitants revêtent leurs costumes traditionnels et des danses sont présentées par des jeunes enfants et des jeunes gens. C'est aussi l'occasion pour les célibataires, garçons et filles, de s'adonner à un jeu de séduction qui consiste à se lancer une balle.

Fête du nouvel an hmong à Cacao :

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Le village de Cacao est également accessible par la rivière Comté. De nombreuses familles possédant un bateau se rendent en fin de semaine à Cacao par la rivière. Il est à noter qu'il y eut trois établissements pénitentiaires à l'époque du bagne le long de la Comté. Un service de pilotage maritime effectuait chaque semaine des allers et retours entre Cayenne et ces camps agricoles et forestiers.

Les deux camps de Sainte Marie et de Saint Augustin, ouverts en 1854, furent construits à Cacao dans le quartier (commune) de Roura. Un chantier militaire avait déjà été installé sur la montagne de Cacao sur l'ancienne habitation Bordes quelques mois avant l'installation d'un établissement pénitentiaire. C'est le Capitaine Loubère, aide de camp du gouverneur Bonard, qui sera chargé des travaux d'installation du pénitencier forestier de Sainte Marie. Le Capitaine Jean-Louis Loubère deviendra plus tard gouverneur de la Guyane entre 1870 et 1877.

Le pénitencier de Saint Augustin fut construit sur les terres de l'ancienne habitation L'Eléonore aux abords de l'Etablissement Sainte Marie en expropriant les héritiers Power car l'administration n'avait pu s'entendre avec les propriétaires. Un autre établissement pénitentiaire dénommé Saint Philippe sera créé par arrêté du gouverneur le 19 juillet 1856 sur la rivière Comté dans la crique du même nom, mais celui-ci sera fermé quelques mois après.

Autres photos du village de Cacao :

Cacao, un village hmong en GuyaneCacao, un village hmong en GuyaneCacao, un village hmong en Guyane
Cacao, un village hmong en GuyaneCacao, un village hmong en GuyaneCacao, un village hmong en Guyane

Sources :

Site web de l'ANAI (Association Nationale des Anciens et Amis de l'Indochine et du souvenir Indochinois).

http://ecoledecacao.free.fr/marche.html

https://sites.google.com/site/lemanoadeldorado/le-village-hmong-de-javouhey

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Rédigé et publié par Phil - dans Vie en Guyane
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Laloy Guy 13/10/2015 16:13

Bonjour, bien documenté votre article ! De 70 à 79 j'ai habité la Guyane et j'ai fait partie des bénévoles qui ont apporté aux Mhongs des pelles, des pioches et des casserolles.....car ils ne voulaient pas d'argent. Je revois encore les socialistes guyannais, avec en tête notre ministre des sceaux, Mme Taubira, qui manifestaient sur les quais pour empêcher les Mhongs de descendre du bateau !!! Je repars en guyane dans 10 jours, faire un pélerinage. Bonne chance à vous. G.L.

ALCC 09/07/2015 16:52

Merci pour votre article bien documenté, jusqu'à présent, je me suis contentée de déguster les succulentes soupes chinoises sans trop me poser de question.

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