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7 mai 2015 4 07 /05 /mai /2015 09:46

Le Capitaine de Frégate Louis-Eugène Maissin avait été officiellement nommé Gouverneur par intérim de la Guyane française, sur décision du Président de la République du 23 janvier 1850, durant l'absence du gouverneur titulaire André-Aimé Pariset, Contrôleur en chef de la marine de 1e classe, qui avait été autorisé à prendre un congé en métropole.

Par décret du 25 du même mois, M. Eugène Maissin était, en outre, chargé du double commandement de l'aviso à vapeur le Tartare et de la Station de la Guyane française.

La remise des fonctions de gouverneur de la Guyane fut officiellement faite le 16 mai 1850 selon les formes habituelles par M. Pariset à M. Louis-Eugène Maissin. Ce dernier fut aussi élevé quelques jours plus tard, le 22 mai, par décret du président de la République, au grade d'officier de l'ordre national de la Légion d'honneur. C'est également durant cette année 1850 qu'Eugène Maissin sera nommé Capitaine de Vaisseau.

A peine huit mois après sa prise de fonction de gouverneur par intérim, Eugène Maissin tombait malade et était emporté par la fièvre jaune à 1 h du matin le 6 janvier 1851 dans son appartement de l'hôtel du gouvernement, place d'Armes à Cayenne, à l'âge de 40 ans. Au moment de son dernier souffle, il était alors entouré de son épouse, de deux sœurs de Saint Joseph de Cluny qui s'occupaient de ses soins, et du docteur Roux, son médecin.

Dès le 6 janvier au matin, la nouvelle de son décès s'était répandue dans toute la ville. C'est le Procureur général Vidal de Lingendes, et l'Ordonnateur par intérim Reisser qui se chargeront de déclarer le décès du Gouverneur à l'Officier d'Etat civil de la ville de Cayenne le matin du 6 janvier 1851.

Le Gouverneur ne fut hélas pas le seul à décéder durant cette période de fin 1850 à début 1851 à Cayenne. Une meurtrière épidémie de fièvre jaune s'était en effet répandue dans toute la colonie ...

La tombe d'Eugène Maissin, surplombée d'une colonne brisée de marbre blanc, est située très près de l'entrée au cimetière de Cayenne.

La tombe d'Eugène Maissin, surplombée d'une colonne brisée de marbre blanc, est située très près de l'entrée au cimetière de Cayenne.

Dès le matin du 6 janvier 1851, Jean-François Félix Stanislas Marie Vidal de Lingendes, Procureur général, assurait provisoirement l'intérim du gouverneur comme le prévoyait la règlementation coloniale. Sa première mission, outre d'informer le ministère de la marine et des colonies, fut de rédiger une information officielle à destination de la population sous la forme d'une proclamation :

" Habitants de la Guyane Française,

Un affreux malheur vient de nous enlever M. le Capitaine de vaisseau Maissin, notre gouverneur p.i. Jeune encore, plein d'avenir, appelé à s'élever à une haute position dans l'arme qu'il honorait, il était arrivé parmi nous plein de bonnes intentions et d'énergie pour relever cette colonie de ses infortunes. Et la mort l'a frappé, et il est tombé au milieu de l'épidémie qui nous décime, victime de son dévouement ... Honneur et regrets à sa mémoire ! ...

Appelé par les règlements à le remplacer provisoirement, vous concevrez que, dans la carrière que je parcours et dans les circonstances malheureuses où nous nous trouvons, cet honneur ne doit pas être l'objet de mon ambition. Mais puisque le fardeau peut être funeste, je ne le repousserai pas.

Habitants de la Guyane Française, prêtez-moi votre concours pendant le peu de temps sans-doute que j'aurai à tenir les rênes du Gouvernement. Nous sommes sur un champ de bataille ... seulement la mort y est sans lauriers ... Il y a toutefois aussi une triste gloire dans le courage civil. Vos administrateurs, vos fonctionnaires ont montré, ainsi que vous, une admirable abnégation.

Réunissons tous nos efforts pour éloigner le fléau qui nous atteint, et puissé-je alors n'avoir qu'à préparer, pour des mains plus habiles, après la fin du désastre de l'épidémie, l'œuvre d'une nouvelle prospérité pour cette belle colonie.

Courage et résignation ... Dieu et la France ne nous abandonneront pas.

Cayenne, le 6 janvier 1851,

Le Gouverneur p.i , de la Guyane française, Vidal de Lingendes ".

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Des funérailles accompagnées d'honneurs et d'éloges funèbres furent ensuite organisées dans l'après-midi, le corps étant porté par des hommes de l'aviso à vapeur Le Tartare dont M. Maissin exerçait le commandement en même temps qu'il était gouverneur de la Guyane.

Une dépêche ministérielle du 21 février 1851 prit note du décès du gouverneur p.i et indiqua notamment qu'un bâtiment partirait prochainement de Brest pour ramener la famille de M. Maissin. Sollicité par le ministère de la marine et des colonies, M. Pariset, gouverneur titulaire, préféra ne pas revenir en Guyane pour des raisons de santé.

Ce fut finalement M. de Chabannes-Curton, Capitaine de vaisseau, qui fut nommé par décret du Président de la République du 1er mars 1851, nouveau gouverneur de la Guyane Française en remplacement de M. André-Aimé Pariset.

M. de Chabannes-Curton occupera son poste de gouverneur de la Guyane dès le 29 juin 1851, date qui marque aussi la fin des fonctions de gouverneur provisoire de M. Vidal de Lingendes.

Gros plan sur Louis-Eugène Maissin, gouverneur de la Guyane mort de la fièvre jaune en 1851

Il semblerait que l'épidémie de fièvre jaune arriva en rade de Cayenne par l'aviso de guerre Le Tartare qui arrivait de Sainte Marie de Bélem au Brésil. En effet, le 22 novembre 1850, deux cas de fièvre jaune furent constatés à bord de cet aviso, également le 25 avec deux autres cas. Le 25 novembre, un habitant de la ville de Cayenne, monté à bord, fut également frappé par la maladie.

Peu de temps après, les autres navires de commerce mouillés dans la rade, sous le vent du Tartare, furent à leur tour touchés, puis les hommes de la Garnison dont le médecin. Finalement l'épidémie se répandit dans tout le chef-lieu. En trois mois, 685 cas furent traités à l'hôpital militaire. Au total, 211 personnes y laissèrent la vie.

Tous les navires de guerre ou de commerce et autres caboteurs mouillés en rade de Cayenne ayant eu à bord des cas de fièvre jaune reçurent l'ordre de se rendre à la pointe du Larivot où une infirmerie fut établie sur l'habitation dite Larivot pour y soigner les malades, et des logements furent installés pour les équipages avec ordre de rester sur place.

Cette épidémie de 1850-1851 a touché tout le monde, selon M. A. Garnier, médecin principal de 2ième classe des troupes coloniales au début du XXe siècle : "la Garnison, les européens de souche ancienne, les créoles blancs, les gens de couleur, à telle enseigne, a-t-on dit, que la maladie s'éteignit faute d'aliment".

En pleine épidémie et alors que les malades continuent d'affluer à l'hôpital militaire, le gouverneur Maissin, quatre jours avant sa mort, signe une décision le 2 janvier 1851 qui convertit provisoirement la caserne de gendarmerie en succursale de l'hôpital militaire. Elle sera préalablement évacuée par les gendarmes.

Mais l'épidémie ne resta pas à Cayenne et gagna tout le reste de la colonie. Elle atteignit même la Guyane hollandaise (actuel Surinam) et sa capitale. Le dernier décès survint le 21 février 1851.

Il faut noter que cette épidémie n'était pas une première dans la colonie. En effet, la Guyane fut à de très nombreuses reprises touchée par des épidémies de fièvre jaune entre le XVIIe et le début du XXe siècle.

Gros plan sur Louis-Eugène Maissin, gouverneur de la Guyane mort de la fièvre jaune en 1851

Sources :

Bulletin Officiel de la G.F (1851).

La Fièvre jaune à la Guyane avant 1902 et l'épidémie de 1902, par M. A Garnier, médecin principal de 2e classe des troupes coloniales (1903).

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Rédigé et publié par Phil - dans Personnages de Guyane
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