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15 avril 2015 3 15 /04 /avril /2015 16:17

Après avoir rédigé un petit article sur la fontaine Tardy de Montravel située place Léopold Héder à Cayenne, nous allons maintenant nous pencher sur la fontaine Paul Dunez, aujourd'hui disparue. Cette fontaine portait le nom d'un ancien esclave que le gouvernement de la Guyane voulut honorer en attribuant son nom à une fontaine de puisage début 1868.

Cette fontaine était située à l'angle de l'avenue De Gaulle et de la rue du 14 juillet à Cayenne. A l'époque en 1867-1868, l'avenue de Gaulle s'appelait rue de Choiseul et la rue du 14 juillet, rue d'Angoulême.

Cette fontaine faisait partie d'un ensemble de quatre fontaines publiques qui alimentaient en eau la ville de Cayenne durant la seconde moitié du XIXe siècle. Elles furent, semble-t-il, toutes construites en même temps et finalisées au début de l'année 1867. L'eau provenait du lac du Rorota de Montjoly par des canalisations et était stockée dans un grand réservoir sur le Fort Cépérou. Cette eau était ensuite distribuée jusqu'aux quatre fontaines publiques de la ville.

Rappelons en effet qu'outre cette fontaine Paul Dunez, il y avait la fontaine Tardy de Montravel située comme déjà vu sur la place Léopold Héder, qui fonctionne encore, la fontaine à l'angle de l'avenue de Gaulle et du Boulevard Mandela (ex-Boulevard Jubelin), toujours présente mais qui n'est plus alimentée en eau depuis bien longtemps, et enfin la fontaine Merlet qui a été enlevée lors de la construction du monument en l'honneur de Felix Eboué en 1957 sur la place des Palmistes.

Petite histoire de la fontaine Dunez  à Cayenne, aujourd’hui disparue

A l'occasion de la fête du travail instituée par le décret du 27 avril 1848, et célébrée en Guyane le 10 août 1851, 3ème anniversaire de la proclamation de l'esclavage, une cérémonie avait été organisée sur la place d'Armes (actuelle place Léopold Héder), en présence du gouverneur et des chefs de service de l'administration, pour distinguer les meilleurs travailleurs agricoles de la colonie, à l'exemple de ce qui se faisait en métropole pour récompenser les agriculteurs méritants.

L'objectif de cette manifestation était aussi et surtout de motiver les nouveaux libres (anciens esclaves) qui avaient fui en masse les habitations pour vivre de la chasse et de la pêche ou pour certains, de cultiver un lopin de terre leur permettant de subsister, afin qu'ils retournent travailler dans leurs anciennes habitations. Les rendements des habitations agricoles s'étaient en effet effondrés depuis l'abolition de l'esclavage. Rares étaient les anciens esclaves libérés à poursuivre leurs activités, même avec un salaire, sur les anciennes habitations esclavagistes ...

Aussi Paul Dunez, esclave libéré de l'habitation Parterre, située dans le quartier du Tour-de-L'Ile, appartenant à Mme Dunezat, qui resta seul sur l'habitation avec son épouse Félicité, à tenter de la sauver de l'envahissement de la mer, fut-il récompensé par un prix qui lui fut officiellement remis ce 10 août 1851 lors de la célébration de la fête du travail en Guyane.

Paul Dunez, du canton de Cayenne, reçut le Prix supérieur avec médaille d'honneur en raison de son dévouement, de sa fidélité et sa conduite morale. Il refusa la bourse qui était associée à ce prix pour la laisser à la famille de son ancien maître dans laquelle il y avait un enfant de douze ans.

Lors de l'abolition de l'esclavage en 1848, la propriétaire de l'habitation Parterre était Mme Dunezat, veuve en secondes noces de Jean-Baptiste Marc Gabriel de Saint Michel Dunezat, ancien officier de la marine royale, chevalier de Saint Louis, ancien commissaire commandant du quartier du Tour-de-L'Ile, décédé le 23 septembre 1839 à Cayenne à l'âge de 72 ans. Mme Dunezat née Antoinette Suc décédera à Cayenne le 25 octobre 1882 à l'âge de 89 ans.

Petite histoire de la fontaine Dunez  à Cayenne, aujourd’hui disparue

En 1852, l'Académie française décerna le Prix de la vertu à Paul Dunez. Ce prix, fondé par M. de Montyon, était décerné annuellement par l'Académie française aux actions jugées par elle comme étant les plus vertueuses. L'histoire de Paul Dunez est mentionnée dans l'ouvrage dont vous pouvez voir la couverture sur la partie gauche de ce paragraphe.

Je cite dans son intégralité l'extrait concernant P. Dunez : "Vous savez, il y a quatre ans l'abolition de l'esclavage, bienfait depuis longtemps attendu, mais auquel il importait de préparer avec sagesse ceux-là mêmes qui devaient en jouir, faillit, par sa brusque apparition, entraîner la ruine des colonies françaises.

En peu de jours, presque toutes les habitations furent désertes. Les noirs, dans les premiers transports de leur joie, se dispersaient, les uns pour fuir tout travail, les autres pour fonder çà et là de petits établissements où ils devaient enfouir d'improductifs efforts.

Le Parterre, une des habitations les plus florissantes de la Guyane, n'échappa point au sort commun. Des soixante-dix noirs qui l'avaient cultivé jusque là, un seul, Paul Dunez, ne voulut point partir ; il promit à sa maîtresse, car l'établissement appartenait à une veuve, qu'il resterait fidèlement sur cette terre, où, par sa bonne conduite et son travail assidu, il était devenu contre-maître.

D'abord il essaya de recruter quelques travailleurs libres, mais ne pouvant fixer leur humeur vagabonde, il entreprit presque seul, aidé de sa femme, courageuse négresse, de cultiver quelques parties de l'habitation, et surtout d'en prévenir la ruine. Cette propriété, située dans les basses terres, exposée deux fois par mois à l'invasion des hautes marées, n'était protégée que par des digues qui demandaient un continuel entretien.

C'est là que Paul dirigea ses efforts. Non seulement il travaillait le jour à fortifier les digues; mais à chaque quinzaine, il passait deux ou trois nuits le long du rivage, surveillant les désordres causés par la mer, et les réparant à propos. Pendant trente-deux mois cette vigilance arrêta le danger ; mais en mars 1851, à la grande marée d'équinoxe, faute de bras pour fermer les brèches qui s'ouvraient de toutes parts, les digues furent emportées, et cette habitation, naguère si belle, devint un grand lac d'eau salée.

Paul travaillait à réparer le désastre, lorsqu'il apprit avec surprise que sa noble conduite excitait à Cayenne l'admiration générale, que le gouverneur venait de lui décerner un prix comme au plus méritant travailleur de la colonie, et qu'à ce prix était attaché, en vertu du décret d'émancipation, le droit de faire élever un de ses fils, comme boursier, dans un collège.

Aussitôt la pensée lui vint de faire porter cette faveur, non sur son propre enfant, mais sur le fils de celle qu'il appelait encore sa maîtresse et que depuis trois ans, il servait sans salaire. Ce n'est pas tout : connaissant la détresse de cette famille, il demanda que le trousseau du jeune élève fut payé avec les six cents francs auxquels lui donnait droit le prix qu'il avait obtenu. Faire un si noble usage de cette récompense, c'était s'en montrer deux fois digne.

Aussi l'Académie, sur les instances du gouverneur et de toutes les autorités de la Guyane, décerne-t-elle un prix nouveau au lauréat de la colonie. Ce n'est pas seulement pour nos possession d'outre-mer qu'il est utile et opportun d'honorer de tels actes, l'exemple en est bon partout. Cet affranchi de la veille a trouvé dans son cœur une science que n'apprennent pas toujours ceux-là même qui ont reçu de leurs pères le noble don de la liberté.

Il a compris qu'en l'émancipant, on ne l'exemptait point d'être fidèle, laborieux, reconnaissant. il n'est sorti de la servitude que pour s'élever au devoir ; il y en a tant qui laissent là le devoir pour descendre aussi bas que la servitude ! ".

Petite histoire de la fontaine Dunez  à Cayenne, aujourd’hui disparue

Paul Dunez décèdera le 12 août 1865 à Cayenne à l'âge de 65 ans au n°25 de la rue de Praslin (actuelle rue Christophe Colomb). Ce sont deux fils de son ancienne maîtresse, Jean-Baptiste François de Saint Michel Dunezat et Louis François Aristide de Saint Michel Dunezat qui se rendront officiellement à la Maison commune pour déclarer le décès à Nicolas Merlet, maire et officier d'Etat-civil de la ville de Cayenne.

Deux ans après sa mort, le gouverneur de la Guyane, A. Hennique, adressa le 29 octobre 1867 une lettre à l'Amiral Ministre de la marine et des colonies en proposant que l'on attribue le nom de Paul Dunez à une fontaine de puisage située à l'angle des rues de Choiseul et d'Angoulême à Cayenne.

Un décret impérial du 25 décembre 1867, signé de Napoléon, décrétait officiellement l'attribution du nom de Paul Dunez, ancien affranchi, à la fontaine de puisage érigée au point de jonction des rues de Choiseul et d'Angoulême, afin de perpétuer le souvenir de ses vertus (Cf. la copie de ce décret ci-dessous).

Le Gouverneur de la Guyane promulguera par arrêté du 7 février 1868 dans la colonie le décret impérial du 25 décembre 1867 ci-dessus cité.

Petite histoire de la fontaine Dunez  à Cayenne, aujourd’hui disparue

Sources :

Bulletin des lois de l'Empire Français - XIe série - Règne de Napoléon III, Empereur des français - 1868 (BNF).

Bulletin officiel de la Guyane française 1868.

Les prix de vertu, fondés par M. de Montyon, Discours prononcés à l'Académie française, deuxième partie 1841-1860 (BNF).

Guyane Française, Premier concours agricole de 1877 (Manioc.org).

ANOM (Archives Nationales d'Outre-Mer).

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commentaires

Mariezanne 22/04/2015 14:27

Quel blog passionnant et bien documenté. Merci de ce partage !

Phil 22/04/2015 16:33

Merci pour ce commentaire qui m'encourage à poursuivre dans cette voie ...

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