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Météo en Guyane

7 novembre 2014 5 07 /11 /novembre /2014 07:46

La chapelle de l'île Royale se situe sur le plus grand des trois îlots d'origine volcanique constituant les Îles du Salut. Ces îles sont à environ 7 milles marin (13 km) de Kourou.

Si vous voulez lire un bref résumé de l'histoire de ces îles, cliquez "ICI" ou voir quelques photographies, c'est "". Les Îles du Salut sont la propriété du Centre National d'Etudes Spatiales depuis 1965 car situées sous la trajectoire des lanceurs lors des lancements vers l'Est, ce qui oblige le CNES à évacuer ces îles par précaution. Elles sont administrativement rattachées à la commune de Cayenne.

Cette chapelle a été construite en 1854 sur le projet du sous-ingénieur colonial Leboucher et inaugurée l'année suivante à l'époque du bagne en Guyane où de nombreux pénitenciers furent alors créés sur tout le littoral et notamment aux Îles du Salut.

"J'ai mission de vous faire vivre une vie nouvelle, en France, vous êtes des criminels, ici, je ne veux voir que des hommes repentants ". C'est ainsi que s'adresse le commissaire général de la Guyane, Sarda-Garriga*, aux premiers condamnés à leur arrivée aux Iles du Salut le 10 mai 1852 à dix heures du soir. Ils sont 298 et 3 déportés politiques, partis de Brest le 31 mars 1852 à bord de la frégate l'Allier.

Cette chapelle de l'île Royale, restaurée à plusieurs reprises, est classée Monument Historique par arrêté du 05 Décembre 1979, modifié par arrêté du 27 juin 2000.

Sarda-Garriga* : Joseph Napoléon Sébastien Sarda Garriga, dit Sarga-Garriga, a pour parrain Joseph Bonaparte, frère de l’Empereur. Il sera commissaire général de la Guyane de 1851 à 1853, année de sa destitution de ses fonctions par Napoléon III.

La chapelle de l’Île Royale (Îles du Salut en Guyane)

Une deuxième campagne de travaux en 1894 permettra de réaliser le pignon Nord et le clocher. La chapelle est composée d'une ossature et d'une charpente en bois. Sa façade est construite en blocs de latérite taillés. Sur les faces latérales, des chaînes en pierres de taille alternent avec des parois en bois constituées de lames ventilantes ou des claustras en briques (Cf. la photo ci-dessous).

Son plan correspond à celui qui était utilisé pendant toute la seconde moitié du XIXe siècle pour la construction des églises de Guyane (Rectangle comprenant une nef, des collatéraux et un chœur charpenté), comme par exemple l'église d'Iracoubo.

Le chœur est encadré par deux sacristies. L'entrée principale est protégée par un porche reposant sur des piliers. Les peintures sont l'œuvre du bagnard faussaire Francis Lagrange entre 1938 et 1940. Les fresques recouvrent environ 100 m2 sur les murs et 40 m2 sur des planches, notamment dans le chœur et sur la tribune.

Mais la fermeture définitive du bagne en Guyane en 1946 va se traduire par un manque d'entretien de cette chapelle alors livrée à l'appétit des insectes xylophages mais aussi à la bêtise de quelques vandales. Tout s'est progressivement dégradé, y compris les fresques murales.

Rongés, les panneaux peints par Francis Lagrange avaient été démontés en 1983 et entreposés dans des caisses dans une villa de Kourou dans l'attente d'une future restauration.

La chapelle de l’Île Royale (Îles du Salut en Guyane)

C'est l'Association AGAMIS (Association pour Gérer l'Architecture et le Musée des Îles du Salut) qui a été le maître d'ouvrage pour la restauration de la chapelle de l'île Royale. Cette association de loi 1901, créée en 1999, regroupe à la fois le CNES (Centre National d'Etudes Spatiales) et le Conservatoire du Littoral (CDL).

En 1995, le Conservatoire du Littoral a acquis l'ancienne maison du directeur du bagne sur l'île Royale, maintenant aménagée en Musée. Le fait d'être propriétaire sur les îles permet au Conservatoire du Littoral de percevoir, sur tous les visiteurs qui se rendent aux Îles du Salut, un droit d'accès d'environ 1,50 euros, recouvré par les douanes auprès des différentes sociétés assurant le transport maritime, et reversé à l'association AGAMIS pour financer les opérations de valorisation et d'animation sur ces îles.

Par le biais d'AGAMIS, le CNES a aussi pu mobiliser des crédits plus importants en provenance de la DRAC (Direction Régionale des Affaires Culturelles) et de l'Europe (FEDER). Ces crédits ont notamment permis de financer la restauration de la chapelle de l'île Royale et de réaliser de multiples petits travaux d'entretien comme le remontage de murets ou l'entretien des sentiers et chemins ...

La chapelle de l’Île Royale (Îles du Salut en Guyane)

Sous la supervision de l'architecte des bâtiments de France, les travaux de restauration de la chapelle, commencés début 2002, ont nécessité d'importantes recherches historiques et la participation de spécialistes comme les compagnons du devoir. La première tranche de travaux a concerné le gros œuvre tel que le dallage, les piliers, le clocher, les peintures les menuiseries, les grilles, le vitrail... La charpente et la toiture avaient déjà été restaurées en 1994.

Une nouvelle tranche de travaux a touché principalement la restauration des peintures et en particulier des fresques de Francis Lagrange qui étaient entreposées depuis 1983 dans des caisses. Ce sont les artisans de l'Atelier Bis à Paris qui se sont installés dans une villa de Kourou durant six semaines pour restaurer, non sans mal, les peintures du faussaire bagnard. Il a aussi fallu repeindre le plafond lambrissé de la chapelle. Vingt somptueux bancs en Angélique ont aussi été fabriqués dans le cadre de cette restauration.

L'inauguration de la chapelle restaurée a eu lieu le 17 mars 2007 en présence du directeur du Centre Spatial Guyanais, du président de l'association AGAMIS, de l'architecte des monuments historiques et de l'Inspecteur général des monuments historiques.

La chapelle de l’Île Royale (Îles du Salut en Guyane)

Un petit mot sur Francis Lagrange, un faussaire incorrigible ...

Né le 29 mars 1900 à Lille, Francis Lagrange a présenté très tôt des dons pour la peinture. Malheureusement, il a utilisé son talent pour exécuter à plusieurs reprises des faux, et en particulier des copies de tableaux de la cathédrale de Rouen, ce qui lui vaudra d'être jugé et condamné à dix ans de travaux forcés. Il arrivera au bagne de Saint Laurent du Maroni en 1931. Son diminutif pendant sa détention était "FLAG".

Ayant tenté de s'évader en 1938, il fut condamné à une peine de réclusion sur l'île Saint Joseph. Il échappa à l'enfer des cachots en peignant les logements des surveillants et bénéficia d'une nourriture normale.

A l'expiration de sa peine, on l'envoya sur l'île Royale où là-aussi, il mit à profit ses talents pour décorer la chapelle à la demande de l'évêque de Cayenne, et quelques fresques de l'hôpital. Il continua cependant à contrefaire des documents avec la complicité des gardiens, ce qui lui permit d'obtenir quelques "douceurs".

Il quitte les îles du salut en 1943 pour être assigné à résidence à Saint Laurent du Maroni. Libéré en 1946, il vivota en peignant quelques tableaux et en reproduisant des cartes postales. On lui doit une série de 25 "tableaux" décrivant les conditions de vie au bagne, tableaux exposés au Musée Franconie à Cayenne.

Sollicité par un hollandais, il fabrique de faux florins et sera incarcéré durant trois ans à Paramaribo (Surinam) pour émission de fausses monnaies. A l'expiration de sa peine, il reviendra à Cayenne et se mettra en ménage avec une créole.

Ayant rencontré William Murray, un américain qui construisait l'aéroport de Rochambeau en Guyane, celui-ci l'amena aux Etats-Unis où "FLAG" exposera quelques œuvres et publiera un livre autobiographique : Flag on Devil's Island.

Il termina sa vie en Martinique, après être rentré des États-Unis sans la moindre fortune, avant de décéder le 10 août 1964 à Fort-de-France dans l'indifférence générale.

La chapelle de l’Île Royale (Îles du Salut en Guyane)

Sources :

Ministère de la culture - Base Mérimée

www.bagnedeguyane.fr - Figures du bagne / Francis Lagrange

Latitude 5 : Une chapelle Royale par Anne Bellanova - Mars 2004

Latitude 5 n° 76 - Avril 2007 - Restaurer par Karol Barthelemy

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Rédigé et publié par Phil - dans Eglises de Guyane
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commentaires

trafic organique 13/11/2014 00:13

Merci beaucoup pour ce post. Sympa.

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