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Météo en Guyane

31 octobre 2014 5 31 /10 /octobre /2014 16:35

Les îlets de Remire-Montjoly se sont formés il y a 150 millions d'années à partir d'une roche volcanique. Ces petites îles sont au nombre de six : Le Père, la Mère, les Mamelles, le Malingre. On associe aussi l'Enfant perdu qui se trouve plus au large en face l'estuaire de la rivière de Cayenne.

Selon la légende, le nom de ces îlets aurait été donné suite à un raz-de-marée qui aurait surpris une famille (Le Père et la Mère) qui se promenait en bateau avec leurs deux filles (les Mamelles) et leur serviteur (le Malingre). Ils s'échouèrent dans l'embouchure du fleuve Mahury. Seul leur fils dériva au large de Cayenne, il prit alors le nom de l'Enfant perdu.

Excepté l'Enfant perdu qui est rattaché à la commune de Macouria, les cinq autres îlets dépendent de la commune de Cayenne, même s'ils sont géographiquement positionnés face à Remire-Montjoly.

Ces cinq îlets sont sous la protection du Conservatoire du littoral depuis le 13 décembre 2000 et sont inscrits à l'inventaire des sites et monuments naturels pour leur intérêt pittoresque et historique. L'Enfant perdu sur lequel se trouve toujours un phare en activité, est quant à lui géré par le service public maritime.

Aujourd'hui, seul l'îlet la Mère est accessible au public depuis 2008. Des liaisons sont effectuées quotidiennement sur réservation entre la marina de Degrad des cannes à Montjoly et l'îlet la Mère (compter autour de 32 € l'A/R pour un adulte et 17 € pour un enfant de moins de 12 ans).

Îlet la Mère, face aux plages de Remire-Montjoly (Guyane)

L'îlet la Mère, aujourd'hui :

L'îlet la Mère est recouvert d'une forêt secondaire d'où émergent plusieurs fromagers et palmiers royaux. L'île culmine à une hauteur de plus de 80 mètres et s'étend sur 55 hectares. Son littoral présente une côte rocheuse et des falaises rares en Guyane.

Un sentier balisé d'environ 3,5 km fait le tour de l'île et permet d'admirer la végétation luxuriante, de grands fromagers dont les fromagers siamois, de voir les vestiges du bagne (clocher et nombreux murs en pierres), une petite plage où il est agréable de se baigner. Il faut compter à peu près 1h30 pour parcourir le tour de l'île à petite vitesse.

Mais le plus étonnant sont les singes Saïmiris ou singes écureuils qui vous accueillent au débarcadère et se montrent curieux et même audacieux si vous affichez sous leur babine de la nourriture. Bien qu'il soit interdit de leur donner à manger, ils tournent autour de vous, grimpent sur vos épaules et essaient parfois d'ouvrir vos sacs espérant y trouver quelque chose à manger. Le seul moyen de leur échapper est d'aller se baigner car, ayant peur de l'eau, ils restent sur les rochers et sur les branches d'arbres.

Autour du débarcadère, on trouve des tables et bancs pour pique-niquer et même un carbet où l'on peut étendre son hamac pour se reposer.

Si vous voulez agrandir une photo, cliquez en son milieu.Si vous voulez agrandir une photo, cliquez en son milieu.Si vous voulez agrandir une photo, cliquez en son milieu.
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L'îlet la Mère, hier :

Occupation amérindienne

Des traces d'une occupation amérindienne à l'époque pré-colombienne sur l'îlet la Mère ont été découvertes. On sait que les Amérindiens sont arrivés en Guyane entre 8000 et 1500 ans avant J-C. Ils ont laissé bon nombre de traces et notamment, des polissoirs sur les rochers de la plage de l'îlet la Mère.

Les polissoirs étaient utilisés pour affûter leurs outils en pierre comme les haches, les herminettes ou les harpons.

La colonisation de la Guyane (XVII-XVIIIe siècle)

Durant la première partie du XVIIe siècle, plusieurs expéditions vont se succéder sur les terres de Guyane mais sans véritable succès. C'est à partir de l'année 1643 que des premiers colons s'installent véritablement avec Charles Poncet de Brétigny de la Compagnie de Rouen. Les jésuites occupent alors l'îlet la Mère.

A partir de 1777 et jusqu'en 1823, l'îlet la Mère héberge une léproserie, qui est alors appelée Etablissement des nègres malades. On retrouve dans les Archives nationales d'outre-mer un plan (manuscrit aquarellé) de l'îlet la Mère réalisé en 1786 par Jean-Baptiste Terray, dessinateur. Sur ce plan, apparaissent : une église, un hôpital, une fontaine des malades, une case en cours de réalisation pour y installer deux baignoires, une case projetée pour le logement des chirurgiens, des pharmaciens et une cuisine, un parc à tortues, la case de Jean Ayouba, une fontaine, un corps de garde servant actuellement de logement aux chirurgiens et aux nègres libres ...

Le plan de 1786 montre que des cultures y sont exploitées et notamment : un abattis des nègres malades planté en mil, en manioc et de bananiers, un abattis de coton du mulâtre Jean Ayouba*, et d'autres bananiers.

*Jean Ayouba avait notamment la garde du poste de l'îlet la Mère sur les instructions de Pierre Victor Malouet (Mai 1776-novembre 1781, Cayenne : commissaire général de la Marine et ordonnateur).

Le baron Malouet, dans une correspondance officielle du 16 décembre 1777, écrit :"Nous avons fait transporter et installer à l'îlet la Mère, avec beaucoup de peine, quarante deux nègres ladres et quatre blancs. Il y actuellement dans cet établissement, vingt carreaux de terre plantés en vivres, quinze maisons pour les malades, un servant du corps de garde, un logement à un sergent et cinq hommes, auxquels nous avons donné une consigne détaillée et exacte pour empêcher toute communication ...".

Îlet la Mère, face aux plages de Remire-Montjoly (Guyane)

La période pénitentiaire (1852-1875)

En 1852 s'ouvre le pénitencier de l'îlet la Mère, parmi les premiers de Guyane. D'abord destiné à y accueillir les déportés politiques, puis les condamnés aux travaux forcés, les récidivistes et les interdits de séjour, il recevra les invalides et les "travaux légers" de tous les autres pénitenciers de Guyane. Il pouvait accueillir jusqu'à 600 détenus.

Dans l'ouvrage "La Guyane Française : Notes et souvenirs d'un voyage exécuté en 1862-1863" par Frédéric Bouyer, capitaine de frégate, celui-ci écrit :" L'îlet la Mère sert de résidence aux vieillards, aux infirmes et aux convalescents de toute catégorie. C'est l'hôtel des Invalides du bagne".

Pierre Vaux, instituteur "révolutionnaire" condamné au bagne (Matricule 3680) sera l'un des plus célèbres déportés de l'îlet la Mère où il arrivera en 1855.

Une épidémie de fièvre jaune en 1867 contraindra les autorités de l'administration pénitentiaire à fermer progressivement le bagne de l'îlet la Mère qui sera complètement abandonné en 1875. Les malades qui l'occupaient furent dirigés vers les Îles du Salut.

Nota : L'Ilet le Père devait aussi recevoir quelques transportés et un début d'aménagement (deux baraques et une jetée) fut réalisé en 1853. En 1854, on pensa que cet îlet pourrait être le lieu de transportation pour les femmes. Mais peu de temps après, le Père fut rendu à sa destination de Poste pour les pilotes des bateaux.

Les gravures ci-dessus sont extraites du livre de Frédéric Bouyer. Les illustrations ont été réalisées par Edouard Riou, dessinateur de l'époque.Les gravures ci-dessus sont extraites du livre de Frédéric Bouyer. Les illustrations ont été réalisées par Edouard Riou, dessinateur de l'époque.Les gravures ci-dessus sont extraites du livre de Frédéric Bouyer. Les illustrations ont été réalisées par Edouard Riou, dessinateur de l'époque.

Les gravures ci-dessus sont extraites du livre de Frédéric Bouyer. Les illustrations ont été réalisées par Edouard Riou, dessinateur de l'époque.

Une ferme modèle sur l'îlet (1923-1933)

Edmond Duez, jusque là connu comme financier compétent, détourna des millions de francs alors qu'il était chargé d'inventorier les actifs des principaux ordres religieux dans le cadre de l'expulsion des congrégations religieuses non autorisées en 1901.

En 1911, condamné à douze ans de travaux forcés, il embarqua pour la Guyane, mêlé aux droits communs. En vertu du doublage, il devait rester assigné à résidence en Guyane une fois son temps accompli. Interné à l'île Royale, il bénéficia immédiatement d'un régime de faveur, passant sans transition au régime des "bonnes conduites" qui le dispensait de travaux pénibles. Il garda d'abord la poudrerie avant que l'on songe à exploiter ses compétences. Il fut alors chargé des principaux services de comptabilité qu'il remit en ordre en dirigeant une myriade de subordonnés, dont des agents de la Pénitentiaire.

Duez accomplit l'intégralité de sa peine. Il obtint néanmoins la concession de l'îlet la Mère. Son ex-femme, Mme Péronnet, vint, après douze ans, rejoindre son ex-mari avec une somme substantielle. Tous les deux, assistés de bagnards assignés, mirent en valeur ce petit coin en élevant des boeufs et des porcs en grande partie nourris par les poissons pêchés en nombre, cultivant des légumes et venant régulièrement approvisionner le marché de Cayenne.

Les Duez devinrent un élément essentiel du ravitaillement de la ville. Des campagnes de presse furent lancées en France pour obtenir la grâce de Duez et le droit pour lui de revenir en Métropole. Elles n'aboutirent jamais et il mourut sur sa terre d'expiation. Sa compagne regagna alors définitivement la France. La forêt reprit alors progressivement possession de l'îlet la Mère.

Dans son livre "Au Bagne", Albert Londres relate sa visite aux époux Duez en 1923 (P.69) en compagnie du directeur des douanes de Guyane.

Îlet la Mère, face aux plages de Remire-Montjoly (Guyane)

L'institut Pasteur (1981- 2001)

En complément d'un Centre de primatologie avec un élevage fermé sur le site de l'avenue Pasteur, l'institut ouvrait dans les conditions naturelles un élevage de singes Saïmiris sur l'îlet la Mère en 1981.

L'objectif de l'Institut Pasteur était d’entreprendre sur un modèle animal expérimental, des études sur la physiopathologie et l’immunologie du paludisme ainsi que des études sur la mise au point d’un vaccin.

Un ancien légionnaire vivait alors sur l'îlet dans un carbet et avait pour mission d'en interdire l'accès. En 2001, l'Institut Pasteur se retire et relâche dans la nature les singes, d'où leur omniprésence aujourd'hui sur l'îlet la Mère.

Îlet la Mère, face aux plages de Remire-Montjoly (Guyane)

Sources :

Inventaire du patrimoine de l'îlet la Mère I Région Guyane.

http://www.bagnedeguyane.fr/ (Figures du bagne - Edmond Duez).

La Guyane Française : Notes et souvenirs d'un voyage exécuté en 1862-1863 par Frédéric Bouyer, capitaine de frégate (Cf. manioc.org).

Collection des mémoires et correspondances officielles sur l'administration des colonies, TomeII et notamment sur la Guiane française et hollandaise par Pierre Victor Malouet 1740-1814 (Cf.manioc.org).

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Rédigé et publié par Phil - dans Vie en Guyane
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